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Accident du travail & maladie professionnelle

Acromioplastie de l'épaule : la faire reconnaître en maladie professionnelle

Par Maître Guillaume Ghestem · Avocat en droit socialMis à jour le 9 min de lecture
Sommaire

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L'acromioplastie consiste à retirer chirurgicalement une partie de l'acromion pour libérer les tendons de la coiffe des rotateurs. L'opération intervient le plus souvent après des années de gestes répétitifs en élévation du bras : caissière, peintre, mécanicien, aide-soignante, ouvrier d'abattage. La question qui suit l'intervention est rarement médicale. Elle est administrative : votre acromioplastie peut-elle être reconnue comme maladie professionnelle ?

L'enjeu dépasse la symbolique. Une reconnaissance ouvre droit à la prise en charge intégrale des soins par la branche accidents du travail et maladies professionnelles de la Sécurité sociale, à des indemnités journalières calculées sur un taux plus favorable, à une rente ou un capital en cas de séquelles indemnisables, et à une protection renforcée contre le licenciement pendant l'arrêt. Un refus vous laisse en arrêt maladie « simple », avec un revenu de remplacement moindre et sans protection spécifique de l'emploi.

La procédure obéit à un cadre strict. Le tableau n°57 des maladies professionnelles liste précisément les pathologies de l'épaule indemnisables, les gestes professionnels requis et le délai de prise en charge. La Cour de cassation en vérifie les termes au mot près. Hors tableau, un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles peut encore reconnaître l'origine professionnelle, mais sur critères plus exigeants.

Ce guide suit l'ordre réel de la procédure : vérification des critères, certificat médical initial, déclaration à la caisse primaire d'assurance maladie, instruction, contestation d'un éventuel refus, puis ouverture des droits. Comptez plusieurs mois entre la déclaration et la décision définitive, davantage en cas de recours.

  1. Étape 1 — Vérifier l'inscription au tableau n°57

    Confirmer que la pathologie opérée figure dans le tableau n°57 et que votre travail habituel comporte les gestes professionnels listés.

  2. Étape 2 — Obtenir le certificat médical initial

    Faire établir par le médecin traitant un certificat qui mentionne la pathologie précise et le lien possible avec l'activité professionnelle.

  3. Étape 3 — Déclarer à la caisse primaire d'assurance maladie

    Adresser le formulaire de déclaration et le certificat à votre CPAM dans le délai légal, pour éviter la réduction des indemnités journalières.

  4. Étape 4 — Instruction par la caisse

    Enquête administrative, questionnaire employeur, examen par le médecin-conseil : la caisse décide dans le délai réglementaire d'instruction.

  5. Étape 5 — Décision et contestation

    Décision motivée notifiée. En cas de refus, saisine de la commission médicale de recours amiable, puis du pôle social du tribunal judiciaire.

  6. Étape 6 — Ouverture des droits

    Prise en charge des soins, indemnités journalières majorées, rente ou capital selon le taux d'incapacité, protection renforcée de l'emploi.

Vérifier que votre acromioplastie relève du tableau n°57 des maladies professionnelles

Le tableau n°57 ne liste pas l'acromioplastie en tant que telle. Il recense les pathologies de l'épaule qui, lorsqu'elles résultent de gestes professionnels définis, sont présumées d'origine professionnelle : tendinopathie de la coiffe des rotateurs, rupture partielle ou transfixiante de la coiffe. L'acromioplastie est l'acte chirurgical qui traite ces pathologies. Ce qui est reconnu, c'est la pathologie sous-jacente, pas l'intervention.

Trois conditions cumulatives commandent la présomption : la pathologie désignée au tableau, le délai de prise en charge entre la fin de l'exposition et la constatation médicale, et une liste limitative de travaux susceptibles de provoquer la pathologie. La Cour de cassation applique ces critères avec rigueur et refuse toute lecture extensive.

Jurisprudence
Seule la maladie visée au tableau des maladies professionnelles peut être prise en charge au titre de la législation professionnelle. Les juges ne peuvent étendre la présomption à une pathologie non expressément désignée.

Cour de cassation — 2016-12-15 — n° 15-26.900

Si l'une des trois conditions manque (délai dépassé, poste non listé, pathologie décrite autrement par le médecin), la présomption tombe. La reconnaissance reste possible, mais vous devrez démontrer directement le lien causal entre travail et maladie, devant le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles.

Jurisprudence
La prise en charge au titre du tableau n°57 n'est pas écartée par l'existence d'une pathologie antérieure non professionnelle affectant l'autre épaule, dès lors que la pathologie déclarée remplit les conditions du tableau.

Cour de cassation — 2021-09-23 — n° 20-10.608

Obtenir le certificat médical initial d'une acromioplastie professionnelle

Le certificat médical initial est la pièce qui déclenche toute la procédure. Il doit être établi sur le formulaire officiel (CERFA de certificat médical accidents du travail – maladies professionnelles) par le médecin traitant, le chirurgien orthopédiste qui a réalisé l'acromioplastie, ou tout autre médecin. Il mentionne la pathologie précise, la date de première constatation médicale et, pour fonder la procédure de maladie professionnelle, le lien possible avec l'activité.

Le régime agricole illustre explicitement le rôle pivot de ce certificat. L'article D752-7 du code rural fixe le point de départ des délais à la date d'information par certificat médical du lien possible entre la maladie et l'activité professionnelle. La logique est transposable au régime général : sans certificat, pas de reconnaissance.

La date à laquelle la victime est informée par un certificat médical du lien possible entre sa maladie et une activité professionnelle. Pour les personnes mentionnées à l'article L. 171-3 du code de la sécurité sociale, sont présumées d'origine professionnelle toutes maladies désignées dans les tableaux de maladies professionnelles.
Article D752-7 du Code rural et de la pêche maritime

Le médecin établit le certificat en plusieurs exemplaires : un pour la caisse, un pour vous, un pour l'employeur (sans mention du diagnostic sur l'exemplaire employeur). Conservez votre exemplaire et toutes les pièces médicales (compte-rendu opératoire, imageries, arrêts). Elles serviront en cas de contestation ou de constatation ultérieure d'aggravation.

Déclarer la maladie professionnelle à la caisse primaire d'assurance maladie

La déclaration incombe au salarié, pas à l'employeur. Vous adressez à votre CPAM la déclaration de maladie professionnelle (formulaire S6100b pour le régime général), accompagnée des deux premiers volets du certificat médical initial, de la copie des attestations de salaire fournies par l'employeur et de tout document utile sur votre poste de travail.

La déclaration doit intervenir dans le délai prévu par le code de la sécurité sociale. Un dépôt tardif n'empêche pas la reconnaissance, mais il peut réduire le montant des indemnités journalières versées pour la période antérieure à la déclaration. Le régime agricole formalise cette sanction.

Si la déclaration d'accident du travail ou de maladie professionnelle est adressée à la caisse de mutualité sociale agricole au-delà des délais mentionnés au premier alinéa, les indemnités journalières sont réduites. Le modèle de déclaration est fixé par arrêté du ministre chargé de l'agriculture.
Article D752-65 du Code rural et de la pêche maritime

Joignez un descriptif détaillé de votre poste. Dates d'embauche, cadence, poids manipulés, hauteur de travail (bras au-dessus de l'épaule), outils utilisés, vibrations : plus l'exposition est documentée, plus la caisse pourra retenir la correspondance avec les travaux listés au tableau n°57. Un historique de carrière sur dix ou quinze ans est pertinent si les postes antérieurs présentaient la même sollicitation.

Pour les fonctionnaires, la logique est similaire mais relève du régime d'imputabilité au service, et non du régime général.

Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice des fonctions. Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux lorsque les conditions sont réunies.
Article L822-20 du Code général de la fonction publique

Suivre l'instruction du dossier par la caisse d'assurance maladie

Dès réception de la déclaration, la caisse ouvre une phase d'instruction. Elle adresse un questionnaire à l'employeur et au salarié, saisit son service médical, et peut diligenter une enquête administrative sur le poste de travail. Vous disposez d'un accès au dossier avant la décision, dans le cadre d'une phase contradictoire : vous pouvez consulter l'ensemble des pièces, formuler des observations écrites et compléter le dossier.

Le médecin-conseil joue un rôle central. Il peut vous convoquer pour un examen, demander des pièces complémentaires et apprécier la cohérence entre le diagnostic, les clichés et le libellé du tableau.

Le dossier adressé à la caisse primaire d'assurance maladie ou à l'organisation spéciale de sécurité sociale permet au médecin conseil de donner son avis sur la relation de cause à effet entre le décès et la maladie professionnelle. Dans le cas où une nouvelle fixation des réparations est envisagée, la victime est tenue de se soumettre à l'examen.
Article D461-18 du Code de la sécurité sociale

Lorsque la pathologie est présente au tableau mais qu'une condition fait défaut (délai de prise en charge dépassé, durée d'exposition insuffisante, liste limitative des travaux non remplie), la caisse saisit obligatoirement un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles. Le CRRMP examine le lien direct entre la pathologie et l'activité professionnelle. Son avis s'impose à la caisse.

Pendant l'arrêt, vous percevez des indemnités journalières au titre de l'assurance maladie dans l'attente de la décision. En cas de reconnaissance, ces indemnités sont requalifiées et complétées.

Gestionnaire du risque de l'incapacité temporaire des accidents du travail et des maladies professionnelles. Lorsque les constatations d'accident du travail ou de maladie professionnelle entraînent un arrêt de travail sans hospitalisation.
Article D461-11 du Code de la sécurité sociale

Contester un refus de reconnaissance de l'acromioplastie en maladie professionnelle

La décision de la caisse vous est notifiée par courrier motivé. Un refus n'est pas définitif. La contestation d'une décision à caractère médical (refus fondé sur l'avis du médecin-conseil, taux d'incapacité jugé trop faible) relève de la commission médicale de recours amiable. La contestation d'une décision administrative (hors tableau, défaut d'exposition, désaccord sur la date de première constatation) relève de la commission de recours amiable.

En cas d'échec de la phase amiable, le pôle social du tribunal judiciaire est compétent. Le juge peut ordonner une expertise médicale judiciaire ou saisir un second CRRMP. La jurisprudence récente a précisé plusieurs points sensibles aux pathologies de l'épaule.

Jurisprudence
Lorsque la pathologie affecte successivement les deux épaules, chaque atteinte doit être examinée séparément au regard des conditions du tableau n°57. Le refus de prise en charge d'une épaule n'emporte pas rejet automatique pour l'autre.

Cour de cassation — 2017-02-09 — n° 16-10.884

Jurisprudence
La reconnaissance d'une rupture de la coiffe des rotateurs bilatérale au titre des maladies professionnelles est validée dès lors que la pathologie, telle qu'énoncée au certificat médical, correspond à celle du tableau et que les conditions d'exposition sont établies.

Cour de cassation — 2021-04-08 — n° 20-10.621

La contestation est enfermée dans des délais stricts à compter de la notification. Un délai dépassé rend le refus définitif, sans recours ultérieur possible. Les délais exacts figurent en pied de la notification de refus : lisez-la attentivement dès réception.

Faire valoir vos droits à indemnisation et à la protection d'emploi

Une acromioplastie reconnue en maladie professionnelle ouvre plusieurs droits distincts. D'abord, la prise en charge intégrale des soins liés à la pathologie reconnue, sans avance de frais, y compris la chirurgie, la rééducation, les orthèses et le transport médical. Ensuite, des indemnités journalières calculées sur une base plus favorable que l'arrêt maladie classique, et sans jour de carence.

À la consolidation (date fixée par le médecin-conseil à partir de laquelle les lésions se stabilisent), le médecin évalue le taux d'incapacité permanente partielle. Un taux inférieur au seuil ouvre droit à un capital versé en une fois ; au-delà, à une rente viagère. En cas d'aggravation, une révision est possible.

Côté emploi, l'arrêt pour maladie professionnelle suspend le contrat de travail et déclenche une protection spécifique : l'employeur ne peut rompre le contrat pendant la suspension, sauf faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à la maladie. À la reprise, une visite médicale de reprise est organisée par le médecin du travail, qui peut prononcer un avis d'inaptitude. L'employeur est alors tenu à une recherche de reclassement, et la rupture éventuelle obéit à un régime indemnitaire renforcé.

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Vérifier que votre pathologie figure exactement dans les termes du tableau n°57
  • Obtenir un certificat médical initial précis, qui reprend le libellé du tableau et mentionne le lien possible avec le travail
  • Rassembler un historique détaillé de vos postes (durée, gestes, cadences, outils) sur l'ensemble de votre carrière exposée
  • Déposer la déclaration à la CPAM sans attendre, pour sécuriser le niveau des indemnités journalières
  • Consulter un avocat en droit de la sécurité sociale au premier signe de difficulté : refus, désaccord sur la pathologie retenue, taux d'incapacité contesté

Questions fréquentes

  • Quelle différence concrète entre une acromioplastie reconnue en maladie professionnelle et un arrêt maladie classique ?

    Trois différences majeures. D'abord, la prise en charge des soins est intégrale, sans ticket modérateur, pour tout ce qui est lié à la pathologie reconnue (chirurgie, rééducation, orthèses). Ensuite, les indemnités journalières sont calculées sur une base plus favorable et versées sans jour de carence. Enfin, à la consolidation, un taux d'incapacité permanente peut ouvrir droit à un capital ou à une rente viagère, versés même si vous reprenez le travail. La protection de l'emploi est également renforcée : votre contrat ne peut être rompu pendant la suspension, sauf motifs limitativement énumérés.

  • Un employeur peut-il licencier un salarié pendant un arrêt pour acromioplastie reconnue en maladie professionnelle ?

    La rupture est très encadrée pendant la suspension du contrat pour maladie professionnelle. L'employeur ne peut licencier que pour faute grave du salarié ou pour impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l'accident ou à la maladie. Un licenciement pour motif économique prononcé pendant la suspension suppose la démonstration de cette impossibilité, à défaut de quoi il est nul et le salarié peut être réintégré ou indemnisé. Si l'inaptitude est prononcée à la reprise par le médecin du travail, un régime spécifique s'applique, assorti d'une obligation renforcée de reclassement et d'indemnités majorées en cas d'impossibilité de reclassement.

  • Que faire si la CPAM refuse la reconnaissance de ma maladie professionnelle ?

    Lisez attentivement la notification : le motif du refus détermine la voie de recours. Un refus fondé sur un avis médical (pathologie ne correspondant pas au tableau selon le médecin-conseil, taux d'incapacité) relève de la commission médicale de recours amiable. Un refus administratif (défaut d'exposition, délai de prise en charge dépassé) relève de la commission de recours amiable. En cas d'échec, le pôle social du tribunal judiciaire est compétent. Les délais sont courts et courent à compter de la notification. Un avocat spécialisé identifie la bonne voie et dépose le recours dans les délais, condition de recevabilité.

  • Mon acromioplastie concerne les deux épaules à des dates différentes, puis-je obtenir une double reconnaissance ?

    Oui, chaque atteinte est examinée séparément au regard des conditions du tableau n°57. La Cour de cassation a jugé que le refus de prise en charge pour une épaule n'emporte pas rejet automatique pour l'autre, et qu'une pathologie antérieure non professionnelle sur une épaule ne fait pas obstacle à la reconnaissance de l'atteinte de l'autre épaule si les conditions du tableau sont réunies. Deux déclarations distinctes doivent être faites, avec pour chacune un certificat médical initial, une date de première constatation et un dossier d'exposition. Le taux d'incapacité peut ensuite être évalué globalement en tenant compte des deux atteintes.

  • Combien de temps dure la procédure entre la déclaration et la décision de la caisse ?

    Comptez plusieurs mois entre le dépôt du dossier complet et la décision finale. L'instruction comprend l'envoi des questionnaires à l'employeur et au salarié, l'enquête administrative, l'examen par le médecin-conseil, la phase contradictoire d'accès au dossier et, le cas échéant, la saisine du CRRMP qui prolonge le délai. Une contestation ajoute plusieurs mois à chaque niveau (commission amiable, puis tribunal judiciaire). Pendant toute cette période, vous percevez des indemnités au titre de l'assurance maladie classique, requalifiées rétroactivement en cas de reconnaissance.