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Achat immobilier

Modèle de règlement de copropriété : rédaction, publication et modification

Par Maître Pierrick Bournet · Avocat en droit immobilier10 min de lecture
Sommaire

Vous venez d'acquérir un immeuble à diviser en appartements, vous participez à la création d'une résidence neuve, ou votre copropriété doit refondre un règlement vieilli de quarante ans. Dans chaque cas, un document commande toute la vie de l'immeuble : le règlement de copropriété.

Ce n'est pas un formulaire administratif. C'est un acte authentique, rédigé par notaire, publié au service de la publicité foncière, et opposable à tous les copropriétaires présents et futurs. Un mot mal placé dans ses stipulations peut interdire un commerce au rez-de-chaussée dix ans plus tard, ou faire perdre un procès à un propriétaire qui pensait pouvoir surélever son balcon.

Les modèles de règlement de copropriété circulent librement sur internet. Beaucoup ne respectent plus la loi en vigueur, oublient des mentions devenues obligatoires, ou copient des clauses adaptées à d'autres immeubles. Les utiliser tels quels, c'est fabriquer du contentieux pour la décennie à venir.

Ce guide détaille la procédure réelle : identifier les mentions obligatoires, arbitrer entre modèle type et rédaction sur mesure, saisir le notaire compétent, obtenir la publication, puis faire voter les modifications éventuelles en assemblée générale. Comptez deux à quatre mois pour un règlement initial, de la commande du mesurage à la publication, et un délai variable selon la complexité pour une modification votée en assemblée.

  1. Étape 1 — Audit et mesurage de l'immeuble

    Un géomètre-expert établit les plans à jour, mesure chaque lot et calcule les quotes-parts de parties communes exprimées en millièmes ou dix-millièmes.

  2. Étape 2 — Rédaction du projet par le notaire

    Le notaire assemble les mentions obligatoires, les clés de répartition et les règles de jouissance dans un projet soumis au commanditaire pour validation.

  3. Étape 3 — Vérification des mentions obligatoires

    Le commanditaire fait relire le projet pour contrôler l'état descriptif de division, la destination, la répartition des charges et les règles d'usage.

  4. Étape 4 — Signature de l'acte authentique

    Les parties signent le règlement en forme notariée. L'acte prend date, mais n'est pas encore opposable aux tiers.

  5. Étape 5 — Publication au service de la publicité foncière

    Le notaire dépose l'acte dans les deux mois. La publication rend le règlement opposable à tout acquéreur ultérieur.

Comprendre à quoi sert un modèle de règlement de copropriété

Le règlement de copropriété définit les règles du jeu de l'immeuble. Il décrit chaque lot (parties privatives, quote-part des parties communes), fixe la destination de l'ensemble (habitation, mixte, professionnel), répartit les charges, encadre les usages. Il s'impose au copropriétaire, à l'acquéreur qui lui succède, au locataire qui s'y installe.

Un « modèle » de règlement de copropriété n'existe pas au sens où un modèle de bail d'habitation existe. Aucun formulaire officiel ne vient préremplir les champs. Les cabinets notariaux, les syndicats de copropriétaires et les éditeurs juridiques utilisent des trames de départ, qui sont ensuite adaptées à chaque immeuble. Deux immeubles identiques en apparence auront deux règlements différents, parce que le relevé des parties communes, la destination arrêtée et le découpage des lots varient.

La jurisprudence confirme régulièrement la primauté du règlement. La Cour de cassation a jugé, dans un arrêt du 8 décembre 2021, que seul le règlement de copropriété fixait les droits des parties, écartant même les actes de vente ambigus qui lui étaient contraires. Autrement dit : si votre acte d'achat vous promet l'exclusivité d'une terrasse mais que le règlement la classe en partie commune, c'est le règlement qui l'emporte.

Jurisprudence
Un règlement de copropriété modifié par un copropriétaire restant seul propriétaire des lots divisés, régulièrement publié, s'impose aux acquéreurs ultérieurs : seul le règlement publié fixe les droits des parties, et les actes de vente ambigus ne peuvent pas y déroger.

Cour de cassation — 2021-12-08 — n° 19-26.010

Identifier les mentions obligatoires d'un règlement de copropriété

Le statut de la copropriété des immeubles bâtis, posé par la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965, impose un socle de mentions. L'omission d'une mention essentielle expose à un contentieux immédiat ou différé, souvent au moment d'une vente ou d'un litige entre voisins. Quatre blocs structurent tout règlement de copropriété.

Le label « gestion des copropriétés en difficulté » permet de reconnaître la compétence des administrateurs judiciaires inscrits sur la liste prévue à l'article L. 811-2 avec la mention de la spécialité civile dans le traitement des copropriétés en difficulté au sens de la section 2 du chapitre II de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis.
Article D811-69 du Code de commerce

L'état descriptif de division

L'état descriptif de division dresse la liste exhaustive des lots. Chaque lot reçoit un numéro, une description de ses parties privatives, et une quote-part exprimée en millièmes ou en dix-millièmes. Ce document conditionne la validité des répartitions ultérieures et de toute vente. Un lot absent de l'état descriptif n'existe pas juridiquement.

La destination de l'immeuble

La destination fixe l'usage autorisé : habitation exclusive, usage mixte avec commerces, destination professionnelle. Cette clause conditionne tout : droit d'ouvrir un cabinet médical, de louer en meublé touristique, d'exploiter une activité bruyante. Toute modification de destination suppose un vote en assemblée générale à la majorité la plus exigeante.

La répartition des charges et les règles de jouissance

La répartition distingue les charges générales (entretien courant, administration) et les charges spéciales (ascenseur, chauffage collectif). Le critère d'utilité objective guide la répartition : un copropriétaire du rez-de-chaussée ne contribue pas à l'ascenseur dans les mêmes proportions qu'un copropriétaire du dernier étage. Les règles de jouissance encadrent le bruit, les animaux, les antennes, les travaux visibles depuis l'extérieur, le stationnement, l'affichage.

Choisir entre modèle type et rédaction sur mesure du règlement de copropriété

La question se pose à chaque projet : partir d'un modèle de règlement de copropriété disponible gratuitement, ou faire rédiger un acte intégralement sur mesure ? La réponse dépend de la nature de l'opération.

Les modèles téléchargeables sur des sites généralistes posent trois problèmes récurrents. Beaucoup n'intègrent pas les réformes récentes de la copropriété. Les clauses recopiées d'un immeuble parisien haussmannien ne décrivent pas une résidence pavillonnaire des années 2000. Les clés de répartition servies par défaut ne correspondent à aucune réalité métrique.

Un modèle peut néanmoins servir de point de départ pédagogique, pour comprendre la structure attendue avant de commander la rédaction définitive. Les éditeurs juridiques spécialisés proposent des trames à jour, moyennant abonnement, qui restent de qualité supérieure aux documents circulant librement.

La rédaction sur mesure s'impose dans deux situations : création d'une copropriété neuve (promoteur ou division d'un immeuble ancien), et refonte complète d'un règlement devenu obsolète ou illégal. Dans ces deux cas, un professionnel du droit intervient obligatoirement, parce que l'acte doit être publié au service de la publicité foncière, ce qui exige la forme authentique notariée.

Faire rédiger le règlement de copropriété par un notaire

La rédaction suit un enchaînement précis. Le propriétaire initial (promoteur, propriétaire divisant son immeuble, syndicat des copropriétaires) saisit un notaire. Le notaire ne travaille pas seul : il s'appuie sur un géomètre-expert, qui dresse le plan de division, mesure chaque lot et calcule les quotes-parts.

Les pièces à transmettre au notaire comprennent le titre de propriété de l'immeuble, les plans architecturaux à jour, les diagnostics techniques réglementaires, le relevé exhaustif des équipements collectifs (ascenseur, chauffage, interphone) et les documents d'urbanisme opposables. Les plans doivent correspondre à la configuration réelle, pas à celle du permis de construire d'origine. Les divergences entre plans anciens et état existant sont la source principale de rédactions erronées.

Le notaire rédige ensuite le projet, le soumet au commanditaire pour validation, intègre les retours, puis convoque les parties pour signature. Comptez six à douze semaines entre la saisine et la signature pour une copropriété de taille moyenne, davantage pour un ensemble complexe ou une division contestée.

Les honoraires de rédaction d'un règlement de copropriété sont libres, et varient selon la taille de l'immeuble, le nombre de lots, la complexité des équipements. Un règlement d'immeuble de dix lots en centre-ville ancien coûte sensiblement plus qu'un règlement de résidence neuve clé en main. Demandez systématiquement un devis écrit détaillé avant engagement, en précisant la configuration de l'immeuble.

Pour les opérations de requalification des copropriétés dégradées, un cadre spécifique s'applique. L'article L741-3 du Code de la construction et de l'habitation confie à un expert la mission d'établir les projets de règlement de copropriété et les états descriptifs de division des nouveaux syndicats issus de la division, puis d'homologuer ces règlements.

L'expert établit notamment la répartition des parties communes du syndicat des copropriétaires initial, les projets de règlement de copropriété et les états descriptifs de division des nouveaux syndicats. Il homologue les nouveaux règlements de copropriété et les états descriptifs de division des syndicats issus de la division ou les modifications du règlement de copropriété résultant de la constitution.
Article L741-3 du Code de la construction et de l'habitation

Publier le règlement de copropriété au service de la publicité foncière

Un règlement de copropriété non publié n'est pas opposable aux acquéreurs successifs. Un copropriétaire qui achète un lot sans avoir eu connaissance d'une clause non publiée peut la contester, et son titre de propriété l'emportera. La publication est la condition sine qua non de la vie juridique du règlement.

La publication s'effectue au service de la publicité foncière (anciennement conservation des hypothèques) du lieu de situation de l'immeuble. Le notaire se charge de la formalité, qui donne lieu au paiement d'émoluments et de la contribution de sécurité immobilière, selon un barème fixé par voie réglementaire.

Le délai de publication court à partir de la signature de l'acte authentique. En pratique, les études sérieuses publient dans les semaines qui suivent la signature. La publication crée un titre opposable à tous. À compter de cette date, tout acquéreur d'un lot est présumé connaître le règlement, qui lui sera remis dans son dossier de vente par le notaire chargé de la mutation. Toute clause ultérieurement modifiée doit elle aussi être publiée pour produire effet à l'égard des tiers.

La jurisprudence sanctionne régulièrement les copropriétaires qui invoquent des usages non consignés dans le règlement publié. Dans un arrêt du 8 mars 2018, la Cour de cassation a cassé une décision qui privilégiait le caractère résidentiel de fait d'un immeuble, en rappelant que seul le règlement de copropriété publié avait valeur contractuelle. Les habitudes de l'immeuble, même anciennes, ne priment pas sur le texte.

Jurisprudence
La Cour censure la cour d'appel qui s'était fondée sur le caractère résidentiel de fait de l'immeuble pour ordonner la remise en état des lieux, alors que le règlement de copropriété, qui a seul valeur contractuelle, stipulait que l'immeuble était à usage principal d'habitation sans en exclure d'autres usages.

Cour de cassation — 2018-03-08 — n° 14-15.864

Modifier un règlement de copropriété existant

Un règlement de copropriété n'est pas gravé dans le marbre. Il se modifie, par vote de l'assemblée générale, selon des majorités variables en fonction de l'objet de la modification. Le principe guidant les majorités : plus l'atteinte au droit de propriété est forte, plus la majorité requise est exigeante.

Les modifications simples relatives à l'usage des parties communes requièrent la majorité absolue des voix de tous les copropriétaires. Les modifications touchant à la destination de l'immeuble, aux modalités de jouissance des parties privatives ou à la répartition des charges exigent une majorité renforcée (double majorité). Un changement de destination affecte la nature même de l'immeuble et appelle la majorité la plus exigeante.

La modification votée doit être rédigée en forme authentique par un notaire, puis publiée au service de la publicité foncière, selon la même procédure que le règlement initial. Sans publication, la modification reste inopposable aux acquéreurs qui n'auraient pas participé au vote.

La jurisprudence encadre strictement la portée du règlement modifié. Dans un arrêt du 28 mai 2020, la Cour de cassation a jugé qu'aucun principe d'harmonie des constructions ne pouvait être imposé aux copropriétaires si le règlement de copropriété ne le mentionnait pas expressément. Le silence du règlement vaut absence de règle : le juge ne peut pas ajouter ce que les copropriétaires n'ont pas voté.

Jurisprudence
L'expert judiciaire ayant constaté qu'aucun article du règlement de copropriété ne mentionne un principe d'harmonie des constructions entre elles, la Cour écarte la possibilité d'imposer un tel principe aux copropriétaires. Le juge ne peut ajouter de règle non stipulée au règlement publié.

Cour de cassation — 2020-05-28 — n° 18-20.368

Pour les copropriétés en difficulté, un régime particulier existe. L'article L741-1 du Code de la construction et de l'habitation permet aux pouvoirs publics de mettre en place des opérations de requalification des copropriétés dégradées, qui peuvent conduire à une refonte imposée du règlement sous le contrôle d'un expert judiciaire.

Des opérations de requalification des copropriétés dégradées peuvent être mises en place par l'État, les collectivités territoriales ou leurs groupements pour lutter contre l'indignité et la dégradation des immeubles en copropriété.
Article L741-1 du Code de la construction et de l'habitation

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Récupérer le règlement de copropriété actuel auprès du syndic et vérifier sa date de publication au service de la publicité foncière
  • Faire auditer les clauses susceptibles d'être réputées non écrites, en particulier pour les règlements antérieurs à 1967
  • Demander un devis écrit détaillé à au moins deux notaires avant la rédaction ou la modification du règlement
  • Avant toute acquisition d'un lot, vérifier que les clauses invoquées par le vendeur figurent bien au règlement publié
  • Convoquer une assemblée générale avec un ordre du jour précis et des projets rédigés pour tout projet de modification

Questions fréquentes

  • Combien coûte la rédaction d'un règlement de copropriété par un notaire ?

    Les honoraires de rédaction sont libres et varient selon le nombre de lots, la complexité des équipements collectifs et l'ampleur de l'audit préalable. S'y ajoutent les frais du géomètre-expert, les émoluments de publication au service de la publicité foncière et la contribution de sécurité immobilière, fixés par barème réglementaire. Demandez systématiquement un devis écrit détaillé avant tout engagement, en précisant la configuration exacte de l'immeuble (nombre de lots, surfaces, équipements collectifs, destination). Comparer deux études notariales pour un même projet révèle fréquemment des écarts significatifs sur la partie honoraires.

  • Peut-on utiliser un modèle de règlement de copropriété téléchargé gratuitement ?

    Un modèle gratuit peut servir à comprendre la structure attendue, mais ne peut pas être utilisé tel quel pour créer un règlement opposable. L'acte doit être authentique, donc rédigé et signé par un notaire, puis publié au service de la publicité foncière. Les clauses copiées sans adaptation aux surfaces réelles, aux équipements de l'immeuble et aux réformes législatives récentes exposent à des contentieux systématiques et à la nullité des répartitions de charges. Les modèles génériques ne couvrent pas non plus les mentions devenues obligatoires au fil des réformes. Un règlement non publié n'est opposable à aucun acquéreur ultérieur.

  • Quelle majorité est requise pour modifier le règlement de copropriété ?

    La majorité dépend de l'objet de la modification. Les modifications simples touchant à l'usage des parties communes requièrent la majorité absolue des voix de tous les copropriétaires. Les modifications affectant la destination de l'immeuble, les modalités de jouissance des parties privatives ou la répartition des charges exigent une majorité renforcée (double majorité). Un changement de destination appelle la majorité la plus exigeante. Chaque projet de modification doit être inscrit à l'ordre du jour de l'assemblée générale avec un texte précis, voté, puis publié par le notaire pour devenir opposable aux tiers et aux acquéreurs ultérieurs.

  • Le règlement de copropriété s'impose-t-il aux locataires ?

    Oui, les clauses du règlement de copropriété relatives à la jouissance et à l'usage des lots s'imposent aux locataires. Le bailleur a l'obligation de remettre au locataire un extrait des clauses applicables lors de la signature du bail. En cas de violation (nuisances sonores, usage interdit, animaux prohibés par le règlement), le syndicat des copropriétaires peut agir directement contre le locataire ou mettre en demeure le bailleur de faire cesser le trouble. Les clauses purement administratives (répartition des charges, convocations aux assemblées) ne concernent en revanche que le copropriétaire bailleur, pas le locataire.

  • Que faire si le règlement de copropriété contient une clause illégale ?

    Une clause contraire à une disposition d'ordre public du statut de la copropriété est réputée non écrite. Elle n'a jamais produit d'effet, et aucun délai de prescription n'y fait obstacle. Un copropriétaire peut saisir le juge pour faire constater le caractère non écrit de la clause, sans avoir à attendre un vote d'assemblée générale. Les règlements antérieurs à 1967 sont particulièrement concernés, car ils contiennent souvent des restrictions au droit de propriété devenues illégales (interdictions discriminatoires, limitations excessives à la location). Un audit par un avocat spécialisé permet d'identifier les clauses à faire sanctionner avant qu'elles ne génèrent un contentieux.