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Achat immobilier

Tarif de la mise en conformité du règlement de copropriété à la loi ELAN : le guide complet

Par Maître Pierrick Bournet · Avocat en droit immobilier9 min de lecture
Sommaire

La loi ELAN du 23 novembre 2018 a imposé aux syndicats de copropriétaires de mettre leur règlement en conformité pour intégrer les nouvelles règles sur les parties communes spéciales, les lots transitoires et les droits de jouissance privative. Concrètement, si votre immeuble comporte ce type de configurations et que votre règlement ne les mentionne pas expressément, l'assemblée générale doit voter sa modification, et un notaire doit rédiger et publier l'acte.

La question qui revient en premier rendez-vous n'est jamais théorique. Elle est chiffrée. Combien va coûter cette mise en conformité au syndicat ? Qui paie ? Que couvre exactement l'émolument du notaire, et que faut-il ajouter en plus ? Le tarif de mise en conformité du règlement de copropriété à la loi ELAN est encadré par un barème réglementé, mais le coût total pour la copropriété dépasse presque toujours ce simple émolument.

Ce guide déroule la procédure dans l'ordre où vous la vivrez, du diagnostic initial à la publication de l'acte modificatif. Il indique, à chaque étape, le tarif applicable, les délais réalistes, les pièges qui reviennent le plus souvent en cabinet.

  1. Étape 1 : Diagnostic du règlement existant

    Vérifier si l'immeuble comporte des configurations visées par la loi ELAN (parties communes spéciales, lots transitoires, droits de jouissance privative) et si le règlement les mentionne déjà.

  2. Étape 2 : Devis notarial

    Solliciter un devis auprès d'un notaire, comprenant l'émolument réglementé et l'estimation des frais annexes (formalités, publicité foncière, TVA).

  3. Étape 3 : Ordre du jour de l'AG

    Demander au syndic l'inscription de la mise en conformité à l'ordre du jour de la prochaine assemblée générale, avec projet d'acte joint à la convocation.

  4. Étape 4 : Vote en assemblée générale

    Faire adopter la mise en conformité selon la majorité applicable, la loi ELAN prévoyant un régime de majorité allégé pour ce cas précis.

  5. Étape 5 : Signature et publication

    Signer l'acte modificatif chez le notaire et le publier au service de la publicité foncière pour qu'il soit opposable à tous les copropriétaires actuels et futurs.

  6. Étape 6 : Répartition et paiement

    Répartir le coût entre les copropriétaires selon les règles fixées par l'AG et suivre l'exécution comptable via le syndic.

Vérifier si votre règlement de copropriété doit être mis en conformité avec la loi ELAN

La première étape ne coûte rien mais conditionne tout le reste. Elle consiste à comparer votre règlement existant aux exigences introduites par la loi ELAN pour déterminer si une modification est nécessaire. Trois configurations sont concernées en pratique : les parties communes spéciales (dont la jouissance ou la charge revient à un groupe de copropriétaires identifiés), les lots transitoires (droit de construire un ou plusieurs bâtiments sur une partie du terrain) et les droits de jouissance privative sur des parties communes.

Beaucoup de règlements rédigés avant 2018 mentionnent bien ces configurations, mais sans les nommer avec le vocabulaire imposé désormais par la loi, ou sans respecter les modalités de gestion prévues. Il faut donc les faire relire par un professionnel du droit immobilier (notaire, avocat en droit de la copropriété), pas par le syndic seul.

Les documents à rassembler avant tout devis

Pour qu'un notaire puisse chiffrer sa prestation, vous devez lui transmettre le règlement de copropriété actuel dans sa version publiée, l'état descriptif de division, les modificatifs éventuels déjà votés, et un plan à jour de l'immeuble. Sans ces documents, aucun devis sérieux ne peut être établi et la copropriété perd des semaines. Le syndic est tenu de les fournir sur simple demande écrite du conseil syndical.

Obtenir le devis notarial du tarif de mise en conformité du règlement de copropriété

Le tarif du notaire pour la mise en conformité du règlement de copropriété n'est pas libre. Il est encadré par l'article A444-116 du Code de commerce, qui fixe un émolument forfaitaire spécifique à cette prestation. C'est ce qui différencie économiquement une mise en conformité (tarif réglementé unitaire) d'une modification classique du règlement (tarif souvent plus lourd, avec émolument par lot dans certains cas).

Les prestations en matière de règlement de copropriété ou de descriptif donnent lieu à la perception d'un émolument de 377,31 € pour l'établissement de l'acte de règlement de copropriété ou du descriptif, et de 188,66 € pour la mise en conformité du règlement ou du descriptif aux obligations légales.
Article A444-116 du Code de commerce

Une version antérieure du même article, encore visible sur Légifrance, retient un émolument de 192,31 € pour la mise en conformité. Selon la période de facturation et la version applicable, le tarif oscille donc entre 188,66 € et 192,31 € hors taxes. Ce forfait s'entend à l'acte modificatif, pas par lot ni par copropriétaire.

Un émolument de 192,31 € est perçu pour la mise en conformité du règlement ou du descriptif aux obligations légales, ou pour la modification du règlement ou du descriptif afin de prendre en compte les évolutions législatives.
Article A444-116 du Code de commerce (version antérieure)

Faire jouer la concurrence sur les frais annexes

L'émolument est identique quel que soit le notaire choisi, puisqu'il est fixé par arrêté. En revanche, tout ce qui se rajoute autour (honoraires de conseil complémentaire, frais de copie, prestations de reprise de l'état descriptif si le brouillon transmis est incomplet) peut varier sensiblement d'une étude à l'autre. Solliciter deux devis détaillés permet d'obtenir la comparaison utile. Le conseil syndical peut demander cette mise en concurrence sans passer par un vote d'assemblée.

Inscrire la mise en conformité du règlement de copropriété à l'ordre du jour de l'assemblée générale

La copropriété ne peut pas modifier son règlement sans passer par un vote en assemblée générale. C'est le syndic qui matérialise cette étape : il inscrit la question à l'ordre du jour, joint le projet d'acte modificatif rédigé par le notaire à la convocation, et précise la majorité requise. La demande d'inscription doit être adressée au syndic par le conseil syndical ou par un copropriétaire, par lettre recommandée avec accusé de réception, avant la clôture de l'ordre du jour.

L'un des pièges les plus fréquents concerne le contenu joint à la convocation. Si le projet d'acte modificatif n'est pas annexé, ou s'il ne présente qu'un résumé sans le texte exact des modifications, la décision votée peut être contestée par un copropriétaire opposant dans le délai de recours. Le syndic doit donc transmettre la version rédigée par le notaire, telle qu'elle sera signée.

Voter la mise en conformité du règlement de copropriété à la loi ELAN

La loi ELAN a introduit une règle de majorité allégée pour ce type de vote : la mise en conformité stricto sensu (celle qui se contente d'aligner le règlement sur la loi, sans en modifier l'équilibre) relève d'une majorité plus accessible que la majorité renforcée applicable aux modifications volontaires du règlement. En pratique, quand la modification touche à la répartition des charges ou à la destination de l'immeuble, la majorité redevient plus exigeante.

La distinction est technique et son maniement conditionne la validité du vote. Un notaire ou un avocat en droit de la copropriété doit qualifier précisément chaque disposition modifiée pour indiquer au syndic la majorité applicable. Se tromper de majorité expose la résolution à une annulation contentieuse dans le délai légal ouvert aux copropriétaires opposants ou défaillants.

Que faire en cas de rejet en assemblée

Si l'assemblée refuse la mise en conformité alors que la copropriété est objectivement concernée, la situation n'est pas figée. La question peut être reportée à l'AG suivante avec une meilleure préparation (chiffrage plus fin, réunion préalable du conseil syndical, note pédagogique aux copropriétaires). Dans les copropriétés en difficulté, une procédure d'administration provisoire ou une opération de requalification peuvent conduire à des mesures imposées par le juge ou l'autorité administrative.

Des opérations de requalification des copropriétés dégradées peuvent être mises en place par l'État, les collectivités territoriales ou leurs groupements pour lutter contre l'indignité et la dégradation, en articulation avec la procédure d'administration provisoire renforcée prévue à l'article 29-11 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété.
Article L741-1 du Code de la construction et de l'habitation

Signer l'acte modificatif et le publier au service de la publicité foncière

Une fois la résolution adoptée, le syndic signe l'acte modificatif devant le notaire, en qualité de représentant du syndicat des copropriétaires. La signature est un acte formel qui dure une trentaine de minutes en pratique, mais elle suppose que toutes les pièces annexes soient prêtes (procès-verbal d'assemblée générale, feuille de présence, projet définitif validé).

Le notaire dépose ensuite l'acte au service de la publicité foncière. Cette publication est essentielle : elle rend le règlement modifié opposable à tous les tiers, notamment aux futurs acquéreurs de lots. Un règlement modifié mais non publié reste juridiquement fragile et peut être invoqué contre le syndicat par un copropriétaire qui ne l'aurait pas approuvé.

Combien coûtent la publication et la contribution de sécurité immobilière

Ces frais sont additionnels au tarif réglementé de l'émolument notarial. Leur montant dépend de la nature exacte des modifications publiées et de la taille de la copropriété. Il faut compter, en pratique, plusieurs centaines d'euros supplémentaires à ajouter au forfait de mise en conformité, sans compter la TVA qui s'applique sur l'ensemble des prestations du notaire. Un devis détaillé demandé en amont évite les mauvaises surprises.

Anticiper le coût total au-delà du tarif réglementé de la mise en conformité

Le tarif de mise en conformité du règlement de copropriété à la loi ELAN, tel que fixé par l'article A444-116 du Code de commerce, constitue le socle. À ce socle s'ajoutent, dans presque tous les dossiers, trois catégories de frais : les frais de publicité foncière, les honoraires du syndic s'il facture une prestation exceptionnelle liée à l'organisation de l'AG modificative (selon son contrat), et, si la copropriété comporte un état descriptif de division à refaire, un émolument spécifique par lot.

L'émolument est fixé à 384,62 € pour l'établissement de l'acte de règlement de copropriété ou du descriptif en volume, à 11,54 € par lot pour l'établissement de l'état descriptif, et à 192,31 € pour la mise en conformité du règlement.
Article A444-116 du Code de commerce (barème par lot pour l'état descriptif)

Autrement dit : si la mise en conformité se limite à ajouter les qualifications juridiques manquantes (parties communes spéciales, lots transitoires) sans toucher à l'état descriptif de division, le forfait unique s'applique. Si elle nécessite de refaire l'état descriptif (parce que les lots doivent être renumérotés ou que des tantièmes doivent être recalculés), un émolument par lot s'ajoute. Dans une copropriété de cinquante lots, l'écart entre les deux scénarios peut dépasser 500 € HT rien que sur cette ligne.

Qui paie et comment le coût se répartit entre copropriétaires

Le coût est supporté par le syndicat des copropriétaires. Il est réparti entre les copropriétaires selon les tantièmes de charges générales, sauf si la modification concerne uniquement une partie commune spéciale, auquel cas les seuls copropriétaires du groupe concerné supportent le coût correspondant. Le syndic établit un appel de fonds spécifique, ou intègre la dépense au budget prévisionnel de l'exercice si le montant est mesuré.

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Demander au syndic une copie complète du règlement de copropriété actuel et de l'état descriptif de division.
  • Faire relire ces documents par un notaire ou un avocat en droit de la copropriété pour identifier les points à mettre en conformité.
  • Solliciter deux devis notariaux détaillés, distinguant l'émolument réglementé, les frais de publicité foncière, la TVA et les prestations annexes.
  • Adresser au syndic une demande écrite d'inscription à l'ordre du jour de la prochaine assemblée, avec le projet d'acte joint.
  • Vérifier la majorité retenue pour le vote avant l'AG, pour prévenir tout risque d'annulation contentieuse.

Questions fréquentes

  • Qui paie le tarif de mise en conformité du règlement de copropriété à la loi ELAN ?

    C'est le syndicat des copropriétaires qui supporte le coût de la mise en conformité. Il est ensuite réparti entre les copropriétaires selon les tantièmes de charges générales fixés par le règlement, à moins que la modification ne porte exclusivement sur une partie commune spéciale. Dans ce cas, seuls les copropriétaires du groupe concerné en supportent la charge, à hauteur de leurs quotes-parts respectives. Le syndic établit un appel de fonds dédié ou intègre la dépense au budget prévisionnel de l'exercice, selon le montant et la trésorerie du syndicat. Le paiement au notaire est effectué par le syndic pour le compte du syndicat, sur les fonds appelés.

  • La mise en conformité du règlement à la loi ELAN est-elle obligatoire pour toutes les copropriétés ?

    Non. L'obligation ne concerne que les copropriétés qui comportent effectivement les configurations visées par la loi ELAN : parties communes spéciales, lots transitoires ou droits de jouissance privative sur des parties communes. Un immeuble simple, sans ces particularités, n'a pas à mettre son règlement en conformité au sens de la loi ELAN. Le diagnostic préalable, confié à un notaire ou à un avocat en droit de la copropriété, permet d'éviter d'engager des frais inutiles. Un règlement peut par ailleurs être modifié volontairement pour d'autres raisons (répartition des charges, destination de l'immeuble), mais cette modification volontaire relève d'un régime juridique et tarifaire différent.

  • Que se passe-t-il si l'assemblée générale refuse de voter la mise en conformité ?

    Le refus ne prive pas la copropriété de la possibilité de revoter à une AG suivante, avec une meilleure préparation. Un dossier plus complet, un chiffrage précis et une pédagogie renforcée auprès des copropriétaires permettent souvent d'obtenir la majorité au second tour. Si la copropriété se trouve en situation dégradée, une procédure d'administration provisoire renforcée ou une opération de requalification peuvent conduire à imposer certaines modifications, en application de l'article L741-1 du Code de la construction et de l'habitation. Un avocat en copropriété peut par ailleurs sécuriser la rédaction de la résolution et de son ordre du jour pour maximiser les chances d'adoption.

  • Combien de temps prend la procédure complète, du diagnostic à la publication ?

    Comptez en pratique quatre à neuf mois entre le premier contact avec un notaire et la publication de l'acte modificatif au service de la publicité foncière. Cette durée dépend surtout du calendrier des assemblées générales : si le sujet est inscrit à l'AG annuelle, il faut attendre celle-ci, sauf à convoquer une AG extraordinaire. Le rythme est ensuite plus rapide : rédaction de l'acte par le notaire (deux à quatre semaines), signature par le syndic (dans le mois), publication au service de la publicité foncière (deux à trois mois après signature). Un dossier avec état descriptif à refaire prend sensiblement plus de temps.

  • Peut-on négocier le tarif réglementé de mise en conformité du règlement de copropriété ?

    Non. L'émolument fixé par l'article A444-116 du Code de commerce est réglementé et identique quelle que soit l'étude notariale choisie. En revanche, tout ce qui vient s'ajouter autour de ce forfait (honoraires de conseil complémentaire, prestations préparatoires si les documents transmis sont incomplets, coordination avec un géomètre-expert) peut varier d'un notaire à l'autre. Solliciter deux devis détaillés, en demandant expressément la ventilation entre émolument réglementé, frais de publicité foncière, contribution de sécurité immobilière, TVA et prestations annexes, permet d'identifier les écarts. Le conseil syndical peut prendre cette initiative sans mandat spécifique de l'assemblée.