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Cession d’entreprise / parts sociales

Liste des entreprises en redressement ou liquidation judiciaire : comment la consulter

Par Maître Gabriel Aknin · Avocat en droit des affaires et M&A8 min de lecture
Sommaire

Un créancier, un salarié, un partenaire commercial : chacun peut avoir besoin de savoir si une entreprise avec laquelle il traite fait l'objet d'une procédure collective. Le redressement judiciaire cherche à sauver l'activité et à préserver l'emploi. La liquidation judiciaire acte l'échec et organise la disparition ordonnée de l'entreprise. Dans les deux cas, les décisions sont publiques et consultables, encore faut-il savoir où et comment chercher.

En pratique, il n'existe pas une seule liste des entreprises en redressement ou liquidation judiciaire qui serait unique et centralisée. L'information est éclatée entre plusieurs canaux officiels : le Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (BODACC), les registres tenus par les greffes des tribunaux, les affichages au sein des juridictions, et pour certains secteurs des publications spécifiques.

Le délai pour agir, notamment pour déclarer une créance, court à compter de la publication au BODACC. Un retard, et vous perdez toute chance de recouvrement. Ce guide vous accompagne pas à pas pour identifier le tribunal compétent, consulter les publications officielles, vérifier le régime applicable à l'entreprise concernée, déclarer votre créance dans les temps et suivre la procédure jusqu'à son terme.

  1. Étape 1 — Identifier le tribunal compétent

    Selon la nature du débiteur, la procédure est ouverte par le tribunal de commerce ou par le tribunal judiciaire. Vous devez d'abord repérer la juridiction qui a été saisie du dossier.

  2. Étape 2 — Consulter les publications officielles

    Le BODACC publie l'ouverture de toute procédure collective. Infogreffe, les greffes des tribunaux et les affichages en juridiction complètent l'information.

  3. Étape 3 — Vérifier le régime applicable

    Une exploitation agricole, une compagnie d'assurance, une institution de prévoyance ou une mutuelle obéissent à des règles propres. Le régime général du Code de commerce ne s'applique pas toujours en l'état.

  4. Étape 4 — Déclarer votre créance dans les délais

    À compter de la publication au BODACC, un délai strict court pour déclarer toute créance née antérieurement. Le mandataire judiciaire est votre unique interlocuteur.

  5. Étape 5 — Suivre la procédure jusqu'à son terme

    Plan de redressement, cession, vérification des créances, répartition : chaque phase produit des décisions qui affectent vos droits. Restez attentif jusqu'à la clôture.

Identifier le tribunal compétent pour un redressement ou une liquidation judiciaire

La première étape consiste à déterminer quelle juridiction a été saisie. La règle dépend de la nature juridique du débiteur, elle ne se choisit pas.

Pour un commerçant, un artisan immatriculé ou une société commerciale, le tribunal de commerce est compétent. L'article R211-4 du Code de l'organisation judiciaire fixe cette répartition. Pour un débiteur non commerçant (professionnel libéral, association, particulier, exploitant agricole), la compétence revient au tribunal judiciaire, conformément à l'article R213-3 du même code.

L'implantation géographique compte tout autant que la nature du débiteur. C'est le tribunal du siège social pour une personne morale, ou du principal établissement pour un entrepreneur individuel, qui traite l'affaire. Un jugement d'ouverture rendu à Lyon ne figurera pas dans les registres du tribunal de Paris, quelle que soit l'implantation de vos propres bureaux.

Cette étape conditionne toute la suite. Sans identifier le bon tribunal, vous ne pouvez ni consulter le dossier, ni déclarer votre créance auprès du bon mandataire, ni suivre le calendrier de la procédure.

Consulter la liste officielle des entreprises en redressement ou liquidation judiciaire

Aucune plateforme unique ne centralise l'intégralité des procédures collectives ouvertes en France. Plusieurs canaux publics coexistent, chacun avec ses forces et ses limites.

Le BODACC, source de référence

Le Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales publie toutes les décisions d'ouverture, de conversion, d'homologation d'un plan et de clôture. La consultation est libre et gratuite sur le site officiel. Le BODACC constitue la source de référence puisque sa publication déclenche le délai de déclaration de créance opposable aux créanciers.

Infogreffe et registres des tribunaux

Le portail Infogreffe agrège les données des greffes des tribunaux de commerce. Vous pouvez y rechercher une entreprise par nom, SIREN ou dirigeant, et consulter son état civil, ses comptes annuels et les procédures collectives en cours. L'accès à l'information de base est gratuit, les extraits Kbis et pièces annexes sont payants. Le greffe du tribunal compétent conserve le dossier physique et affiche les décisions dans ses locaux.

Publications sectorielles complémentaires

Pour les entreprises artisanales, le répertoire des métiers tenu par les chambres de métiers relaie l'information. Pour les exploitations agricoles, la publication est complétée par le registre agricole tenu conformément aux articles R526-1 et R526-2 du Code rural et de la pêche maritime.

L'article R211-4 du Code de l'organisation judiciaire attribue au tribunal de commerce la connaissance des procédures collectives ouvertes à l'encontre des commerçants et des sociétés commerciales.
Article R211-4 du Code de l'organisation judiciaire

Vérifier le régime applicable à l'entreprise concernée par la procédure collective

Toutes les entreprises ne sont pas soumises exactement au même corpus juridique. Le Livre VI du Code de commerce constitue le socle général, mais plusieurs secteurs obéissent à un régime propre qu'il faut identifier avant d'agir.

Exploitations agricoles et procédure de règlement amiable

Une exploitation agricole peut faire l'objet d'un règlement amiable spécifique, prévu à l'article L351-8 du Code rural et de la pêche maritime, préalable ou alternatif à la procédure collective judiciaire. Si la procédure collective de droit commun s'ouvre néanmoins, elle intègre des adaptations liées à la saisonnalité de l'activité et à la nature des biens ruraux.

Assurances, mutuelles et institutions de prévoyance

Les entreprises d'assurance relèvent d'un régime dérogatoire. L'article L326-2 du Code des assurances organise l'ouverture d'une procédure spéciale sous contrôle de l'autorité de régulation prudentielle. Les institutions de prévoyance sont soumises à des règles proches en application de l'article L931-18-1 du Code de la sécurité sociale, et les mutuelles à l'article L212-16 du Code de la mutualité.

Sociétés de crédit foncier

Une société de crédit foncier obéit à des règles particulières prévues à l'article L515-27 du Code monétaire et financier, destinées notamment à préserver les droits des porteurs d'obligations foncières en cas de défaillance de l'établissement.

L'article L326-2 du Code des assurances encadre le sort des entreprises d'assurance en difficulté et articule leur situation avec la procédure de retrait d'agrément conduite par l'autorité de contrôle.
Article L326-2 du Code des assurances

Déclarer votre créance auprès du mandataire judiciaire dans les délais

Une fois la procédure identifiée, le créancier a une priorité absolue : déclarer sa créance. Sans déclaration régulière, la créance est inopposable à la procédure. Vous perdez alors tout droit de percevoir un dividende dans la répartition finale.

Le point de départ du délai est la publication du jugement d'ouverture au BODACC. Le délai standard est de deux mois pour un créancier situé en France métropolitaine, allongé pour les créanciers domiciliés hors du territoire. Vérifiez systématiquement le délai qui figure sur la publication elle-même, et non celui que vous croyez connaître.

La déclaration se fait auprès du mandataire judiciaire, dont l'identité figure dans le jugement d'ouverture et dans la publication BODACC. Elle doit préciser le montant de la créance, sa nature, son fondement juridique, et s'accompagner des pièces justificatives : factures, bons de commande, contrats, jugements, correspondances contractuelles.

Le mandataire vérifie ensuite la créance. Il peut la contester en tout ou partie. Le juge-commissaire statue en cas de désaccord persistant. Cette procédure de vérification s'inscrit dans le cadre fixé par l'article L631-7 du Code de commerce pour le redressement, et par l'article L641-1 du même code pour la liquidation.

L'article L631-7 du Code de commerce précise les règles d'audition des parties et de conduite de la procédure de redressement judiciaire par le tribunal.
Article L631-7 du Code de commerce

Suivre la procédure de redressement ou de liquidation judiciaire jusqu'à son terme

La procédure ne se termine pas à l'ouverture. Plusieurs étapes s'enchaînent, chacune susceptible d'affecter directement vos droits.

En redressement judiciaire, une période d'observation permet d'établir un bilan économique et social et de proposer un plan. Le plan peut prévoir un apurement progressif du passif, une cession partielle ou totale de l'activité, ou une combinaison des deux. L'article L631-22 du Code de commerce encadre les hypothèses de cession dans le cadre d'un plan de redressement.

Si le redressement s'avère impossible, le tribunal convertit la procédure en liquidation judiciaire. La Cour de cassation a rappelé que la liquidation ne peut être prononcée que si le redressement est manifestement impossible (Cass. com., 26 juin 2019, n° 17-27.498). Le juge doit caractériser cette impossibilité, il ne peut se contenter de la présumer (Cass. com., 2 juin 2021, n° 19-25.556).

Le représentant du personnel est consulté à chaque étape clé, en application des articles L2323-48 et L2323-49 du Code du travail dans leur rédaction applicable à la date du jugement. Un plan de sauvegarde de l'emploi peut être requis lorsque des licenciements pour motif économique sont envisagés, dans les conditions prévues à l'article L1233-59 du Code du travail.

La clôture met fin à la procédure, soit par extinction du passif si tous les créanciers sont payés, soit par insuffisance d'actif si le liquidateur ne peut plus payer personne. À défaut de dividende, les créances non recouvrées deviennent en principe irrécouvrables entre les mains du créancier.

Jurisprudence
La Cour de cassation censure la décision qui prononce la liquidation judiciaire sans caractériser l'impossibilité manifeste du redressement. La conversion en liquidation suppose un constat motivé et non une présomption tirée de la seule situation financière.

Cass. com. — 2019-06-26 — n° 17-27.498

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Identifier le tribunal compétent en fonction du siège social ou du principal établissement du débiteur
  • Consulter le BODACC et Infogreffe pour vérifier la date exacte de publication du jugement d'ouverture
  • Rassembler toutes les pièces justificatives de la créance : factures, contrats, bons de livraison, correspondances
  • Adresser la déclaration de créance au mandataire judiciaire par lettre recommandée avec accusé de réception, avant expiration du délai indiqué au BODACC
  • Prendre rendez-vous avec un avocat si le dossier présente des enjeux financiers importants ou une contestation prévisible

Questions fréquentes

  • Où trouver la liste officielle des entreprises en redressement ou liquidation judiciaire ?

    Aucun site ne centralise l'ensemble des procédures collectives en une liste unique. Le Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (BODACC) publie toutes les décisions d'ouverture et constitue la source de référence. Le portail Infogreffe permet de rechercher une entreprise nommément et de vérifier si une procédure la vise. Les greffes des tribunaux de commerce et les tribunaux judiciaires tiennent les registres du contentieux et affichent les décisions. Pour les entreprises artisanales, le répertoire des métiers complète l'information. Pour les exploitations agricoles, le registre tenu conformément aux articles R526-1 et R526-2 du Code rural et de la pêche maritime comporte des mentions spécifiques.

  • Quel est le délai pour déclarer une créance à la procédure collective ?

    La déclaration doit intervenir dans le délai indiqué par la publication du jugement d'ouverture au BODACC. Ce délai est en règle générale de deux mois pour un créancier situé en France métropolitaine, avec un allongement pour les créanciers domiciliés hors du territoire. Le point de départ n'est pas la date à laquelle vous avez appris l'existence de la procédure, mais la date de publication officielle au BODACC. Un retard entraîne la forclusion. Un relevé de forclusion peut être demandé au juge-commissaire, mais il exige de démontrer que le retard n'est pas imputable à votre propre fait.

  • Quelle est la différence entre redressement et liquidation judiciaire ?

    Le redressement judiciaire poursuit un objectif de sauvegarde. Le tribunal ouvre une période d'observation destinée à établir un bilan économique et social et à proposer un plan de redressement ou de cession dans les conditions de l'article L631-22 du Code de commerce. La liquidation judiciaire, à l'inverse, acte l'échec du redressement ou son impossibilité manifeste. Le tribunal désigne un liquidateur chargé de réaliser les actifs et de répartir le prix entre les créanciers selon leur rang. La Cour de cassation a rappelé que la liquidation ne peut être prononcée que si le redressement est manifestement impossible (Cass. com., 26 juin 2019, n° 17-27.498).

  • Une exploitation agricole obéit-elle aux mêmes règles qu'une société commerciale ?

    Le régime général du Livre VI du Code de commerce s'applique aux exploitations agricoles, mais avec des adaptations importantes. L'article L351-8 du Code rural et de la pêche maritime prévoit un règlement amiable spécifique, préalable ou alternatif à toute procédure judiciaire. Les particularités de l'activité, saisonnalité, cheptel, biens ruraux, sont prises en compte par le tribunal judiciaire, compétent en la matière conformément à l'article R213-3 du Code de l'organisation judiciaire. Les publications sont relayées au registre agricole tenu conformément aux articles R526-1 et R526-2 du Code rural et de la pêche maritime.

  • Que se passe-t-il pour les salariés en cas de liquidation judiciaire ?

    Les salariés bénéficient d'une protection particulière au titre de leurs créances salariales. Le représentant du personnel est consulté sur les décisions importantes de la procédure, conformément aux articles L2323-48 et L2323-49 du Code du travail dans leur rédaction applicable à la date du jugement. Lorsque des licenciements pour motif économique sont envisagés, l'employeur doit établir un plan de sauvegarde de l'emploi dans les conditions prévues à l'article L1233-59 du Code du travail. Le contrat de travail des salariés compris dans le périmètre d'une cession d'activité est en principe transféré au repreneur, sauf clauses expresses du plan validé par le tribunal.

  • Un créancier peut-il agir directement contre le dirigeant si l'entreprise est liquidée ?

    Le principe est que l'action en responsabilité pour insuffisance d'actif est réservée au liquidateur judiciaire, elle n'appartient pas aux créanciers pris individuellement. Un créancier peut néanmoins signaler au liquidateur des faits susceptibles de fonder une telle action, notamment des fautes de gestion caractérisées. Le créancier conserve par ailleurs la possibilité d'engager une action personnelle contre le dirigeant lorsqu'une faute distincte, séparable des fonctions et directement à l'origine de son préjudice, peut être établie. Ces actions sont techniques et gagnent à être précédées d'un avis d'avocat spécialisé, car la preuve de la faute personnelle du dirigeant obéit à des standards exigeants.