Cession d’entreprise / parts sociales
Non paiement cession de parts sociales
Sommaire
- Sécuriser le dossier avant toute action en non paiement de la cession de parts sociales
- Envoyer une mise en demeure ciblée au cessionnaire
- Choisir la voie judiciaire adaptée en cas de non paiement de la cession de parts sociales
- Saisir le tribunal compétent pour recouvrer le prix de cession
- Prendre des sûretés conservatoires pour préserver le recouvrement
- Exécuter la décision et recouvrer effectivement le prix de la cession de parts sociales
Vous avez cédé vos parts sociales. Le cessionnaire a signé l'acte, il a peut-être même pris les commandes de la société, mais le prix convenu n'est pas arrivé sur votre compte. Cette situation est plus fréquente qu'on ne l'imagine, particulièrement lorsque le prix est payable en plusieurs échéances ou lorsqu'un séquestre a mal été calibré. Le non paiement d'une cession de parts sociales place le cédant dans une position délicate : il n'est plus associé, il n'a plus la main sur la société, et son seul actif est désormais une créance sur le cessionnaire.
Ce guide décrit, étape par étape, les actions que vous devez enclencher pour récupérer votre prix. L'enjeu est double : préserver votre créance contre le risque d'insolvabilité du cessionnaire, et choisir la bonne stratégie entre le simple recouvrement du prix et la résolution de la cession qui vous rendrait les parts. Chaque étape a un délai, un coût, et des pièges. Comptez, en pratique, de trois à dix-huit mois entre la première mise en demeure et l'exécution effective d'une décision de justice, selon la résistance du débiteur et le tribunal saisi.
Étape 1 — Sécuriser le dossier
Rassembler l'acte de cession, les preuves de non-paiement, et vérifier les clauses de garantie du prix.
Étape 2 — Envoyer une mise en demeure
Interpeller officiellement le cessionnaire par lettre recommandée avec accusé de réception, en fixant un délai pour payer.
Étape 3 — Choisir la voie judiciaire
Trancher entre action en paiement, action en résolution, et référé provision selon votre objectif et l'urgence.
Étape 4 — Saisir le tribunal compétent
Assignation devant le tribunal de commerce ou le tribunal judiciaire selon la qualité des parties.
Étape 5 — Prendre des sûretés conservatoires
Bloquer les comptes ou les biens du cessionnaire en attendant le jugement, sur autorisation du juge.
Étape 6 — Exécuter la décision
Faire signifier le jugement et lancer les saisies utiles avec un commissaire de justice.
Sécuriser le dossier avant toute action en non paiement de la cession de parts sociales
La première étape n'est pas judiciaire, elle est documentaire. Avant d'envoyer la moindre lettre, vous devez reconstituer trois choses : la preuve de la cession, la preuve du prix convenu, et la preuve du non-paiement. C'est cette trilogie que le juge examinera en premier, et c'est aussi ce que votre avocat vous demandera au premier rendez-vous.
L'acte de cession doit être écrit. La Cour de cassation l'a rappelé dans un arrêt récent : un transfert de parts sociales suppose un écrit, à défaut de quoi la preuve du transfert et du prix devient très difficile à rapporter. Vérifiez que l'acte est bien signé par les deux parties, daté, et qu'il porte mention du prix, des modalités de paiement, et de l'échéancier le cas échéant.
La cession de parts sociales doit être constatée par écrit. Sans écrit, le cédant qui réclame le prix se heurte à un obstacle probatoire majeur.
Cass. com. — 2025-05-21 — n° 23-10.119
La preuve du non-paiement est plus simple : relevés bancaires montrant l'absence de virement, ou lettre du séquestre indiquant que les fonds n'ont pas été libérés. Datez précisément le point de départ du retard, car il conditionne le calcul des intérêts moratoires que vous pourrez réclamer.
Relire les clauses de garantie du prix
Beaucoup d'actes de cession contiennent des dispositifs de garantie que le cédant a oublié en signant : clause résolutoire, clause pénale, caution bancaire, garantie à première demande, séquestre, nantissement des parts au profit du cédant tant que le solde n'est pas payé. Ces clauses transforment votre stratégie. Une clause résolutoire, par exemple, permet de faire tomber la cession sans procès de fond si elle est bien rédigée.
Envoyer une mise en demeure ciblée au cessionnaire
La mise en demeure n'est pas une simple formalité. Elle produit trois effets juridiques concrets : elle fait courir les intérêts moratoires, elle constitue le point de départ de la faute du cessionnaire, et elle vous ouvre la porte de l'action en résolution si le paiement ne suit pas. Envoyez-la par lettre recommandée avec accusé de réception, jamais par simple courrier ni par email.
La lettre doit contenir des éléments précis : identification de l'acte de cession (date, notaire éventuel, nombre de parts), rappel du prix convenu et de la fraction impayée, mention de la date à laquelle le paiement était dû, décompte des intérêts si applicable, et surtout un délai raisonnable pour s'exécuter. En pratique, on retient huit à quinze jours pour un cessionnaire visiblement en difficulté, trente jours si un dialogue reste possible.
Ce que vous pouvez déjà annoncer dans la lettre
Annoncez, sans bluff, la suite juridique en cas de non-régularisation : action en paiement, action en résolution de la cession, saisies conservatoires, mise en jeu de la caution ou du séquestre. Cette annonce n'est pas une menace, c'est une information légale utile qui montre que vous êtes préparé. Elle amène souvent le cessionnaire à ouvrir une négociation, parfois avec un rééchelonnement contre nantissement supplémentaire.
Choisir la voie judiciaire adaptée en cas de non paiement de la cession de parts sociales
À l'expiration du délai de la mise en demeure, trois voies principales s'ouvrent. Elles ne sont pas équivalentes, et le choix engage la suite du dossier pour de longs mois. L'avocat vous fera arbitrer selon la solvabilité du cessionnaire, l'existence d'une clause résolutoire, et votre volonté de récupérer les parts ou de récupérer l'argent.
L'action en paiement du prix
C'est la voie la plus fréquente. Vous demandez au juge de condamner le cessionnaire à vous payer la somme due, majorée des intérêts et des frais. La cession reste valable, les parts restent chez le cessionnaire. Cette option a du sens quand le cessionnaire est solvable et que la société est bien tenue, ou quand vous n'avez plus d'intérêt à reprendre les parts (retraite, absence de compétence pour continuer l'activité).
L'action en résolution de la cession
Vous demandez cette fois au juge d'anéantir la cession et de vous restituer les parts. Le cessionnaire vous rend les parts, vous lui rendez les acomptes déjà perçus, et vous récupérez éventuellement des dommages-intérêts. Cette voie est puissante mais lente, et elle n'a de sens que si la société a conservé sa valeur. Si le cessionnaire a dilapidé l'actif ou dégradé le fonds, vous récupérez une coquille vide. La clause résolutoire, quand elle existe, accélère considérablement ce mécanisme.
Le référé provision
Quand la créance n'est pas sérieusement contestable — un prix clair, un acte signé, un impayé documenté — le référé provision permet d'obtenir en quelques semaines une condamnation à titre provisionnel, exécutoire immédiatement. C'est souvent la meilleure porte d'entrée en pratique, car elle met la pression maximale sur le cessionnaire tout en préservant votre action au fond.
Saisir le tribunal compétent pour recouvrer le prix de cession
La question du tribunal compétent est traitée en amont, sinon l'assignation est nulle. Le principe : les litiges entre commerçants ou relatifs à un acte de commerce relèvent du tribunal de commerce. Un litige entre particuliers relève du tribunal judiciaire. La cession de parts sociales entre deux personnes physiques non commerçantes ne relève pas automatiquement du tribunal de commerce, sauf clause attributive de compétence dans l'acte.
Vérifiez donc trois choses avant d'assigner : la qualité des parties (commerçant ou non), la nature de la cession (cession de contrôle, cession minoritaire, cession à un dirigeant), et la clause attributive de juridiction éventuellement stipulée. Une cession portant sur l'intégralité des parts d'une société est qualifiée par la Cour de cassation d'acte de cession de contrôle, ce qui change parfois les règles de solidarité entre plusieurs cédants.
Une cession portant sur l'intégralité des parts constitue un acte de cession de contrôle. Entre cédants, la solidarité n'est pas présumée hors garantie de passif.
Cass. com. — 2023-08-30 — n° 22-10.466
Les parts sociales peuvent faire l'objet d'un nantissement constaté par un acte authentique ou par un acte sous signature privée signifié à la société ou accepté par elle.
Le nantissement de parts sociales est constaté dans les conditions fixées par voie réglementaire, avec inscription au registre du commerce et des sociétés pour son opposabilité aux tiers.
Le recours à un nantissement des parts au profit du cédant, prévu par ces textes, est un outil sous-utilisé. Si votre acte de cession l'a stipulé, vous disposez d'une sûreté réelle : en cas de non-paiement, vous pouvez faire vendre les parts nanties, ou vous en faire attribuer la propriété par le juge. C'est souvent la clause qui fait toute la différence entre un dossier bien engagé et un dossier compliqué.
Contenu et forme de l'assignation
L'assignation est signifiée par un commissaire de justice. Elle expose les faits, le fondement juridique (résolution, paiement, référé), les pièces produites, les demandes chiffrées, et une date d'audience. Comptez, en région parisienne, un délai de quatre à huit semaines entre la délivrance de l'assignation et la première audience utile en référé, et plusieurs mois en procédure au fond.
Prendre des sûretés conservatoires pour préserver le recouvrement
Une décision de justice sans actifs à saisir en face ne vaut rien. Entre la mise en demeure et la décision définitive, le cessionnaire peut vider ses comptes, revendre les parts, transférer les actifs de la société vers une autre structure. Les mesures conservatoires servent à geler son patrimoine en attendant le jugement.
Vous pouvez demander au juge de l'exécution, sur requête, l'autorisation de pratiquer une saisie conservatoire sur les comptes bancaires du cessionnaire, sur des titres, sur un bien immobilier lui appartenant, ou même sur les parts sociales qu'il a acquises. Cette autorisation est délivrée sans que le cessionnaire soit prévenu, ce qui préserve l'effet de surprise. Il faut démontrer une créance paraissant fondée dans son principe et un risque pour son recouvrement.
Exécuter la décision et recouvrer effectivement le prix de la cession de parts sociales
Obtenir un jugement n'est pas obtenir son argent. La phase d'exécution est souvent aussi longue que la phase judiciaire, et elle mobilise à nouveau des compétences techniques. Le jugement doit d'abord être signifié au cessionnaire par un commissaire de justice, ce qui fait courir les délais de recours et rend la décision exécutoire.
Une fois la signification faite, plusieurs voies de saisie coexistent : saisie-attribution sur comptes bancaires (la plus rapide, mais elle suppose de connaître les banques du débiteur), saisie sur salaires ou revenus de dirigeant, saisie-vente sur biens meubles, saisie immobilière, saisie des parts sociales elles-mêmes. Le commissaire de justice pilote l'ensemble et vous conseille sur la séquence.
Si le cessionnaire est en cessation des paiements ou en procédure collective, la stratégie change complètement. Votre créance devra être déclarée au passif dans un délai bref à compter de la publication du jugement d'ouverture, et vous prendrez rang avec les autres créanciers. C'est là qu'un nantissement des parts prend toute sa valeur, en vous plaçant en créancier privilégié plutôt qu'en chirographaire.
Ce qu'il faut faire maintenant
- Rassembler l'acte de cession, l'échéancier de paiement et les preuves du non-paiement (relevés bancaires, courriers du séquestre).
- Faire relire l'acte par un avocat pour identifier une clause résolutoire, une clause pénale, une caution ou un nantissement des parts au profit du cédant.
- Envoyer une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, chiffrant précisément le solde dû et fixant un délai clair.
- Préparer, en parallèle, une requête en saisie conservatoire pour geler les comptes ou les biens du cessionnaire dès que possible.
- Trancher entre référé provision, action en paiement et action en résolution avec votre avocat, en fonction de la solvabilité du cessionnaire et de l'état de la société.
Questions fréquentes
Quel délai pour agir en cas de non paiement d'une cession de parts sociales ?
Le point de départ utile est la date d'exigibilité de l'échéance impayée, souvent fixée par l'échéancier de l'acte de cession. En pratique, plus vous attendez, plus la solvabilité du cessionnaire se dégrade et plus les preuves deviennent difficiles à réunir. Envoyez une mise en demeure dès les premiers signaux, engagez un référé provision dans les semaines qui suivent si le paiement ne vient pas, et surveillez de près la situation financière du cessionnaire. Un avocat vérifiera pour vous les délais spécifiques à votre situation, notamment la prescription contractuelle et les délais propres aux procédures collectives si le cessionnaire est en difficulté.
Puis-je récupérer mes parts si le cessionnaire ne paie pas le prix ?
Oui, en principe. Deux voies existent : l'activation d'une clause résolutoire prévue dans l'acte, qui provoque l'anéantissement de la cession si ses conditions sont remplies, ou une action en résolution judiciaire, dans laquelle vous demandez au juge de prononcer la résolution pour inexécution grave. Dans les deux cas, vous récupérez les parts et devez restituer les acomptes déjà perçus. Cette voie a du sens si la société a conservé sa valeur ; elle en a beaucoup moins si le cessionnaire a dégradé le fonds pendant qu'il en avait le contrôle. Le choix se fait avec un avocat au regard de votre objectif réel.
Le référé provision est-il vraiment plus rapide qu'une action au fond ?
Oui, très nettement, à condition que la créance ne soit pas sérieusement contestable. En pratique, on obtient une audience en quelques semaines et une décision peu après, exécutoire immédiatement même en cas d'appel. Le juge des référés ne tranche pas le fond du droit, il constate qu'une somme paraît manifestement due et accorde une provision. Si le cessionnaire soulève une contestation sérieuse (litige sur la garantie de passif, discussion sur les conditions suspensives), le juge des référés renverra les parties au fond, et l'avantage de rapidité disparaît. Un bon dossier de référé provision est un dossier documentaire, où l'acte parle de lui-même.
Que faire si le cessionnaire est mis en redressement judiciaire ?
Vous devez déclarer votre créance au passif dans le délai imparti, qui commence à courir à compter de la publication du jugement d'ouverture au BODACC. Passé ce délai, la créance est en principe inopposable à la procédure. Si vous disposez d'un nantissement sur les parts cédées ou d'une autre sûreté, mentionnez-le dans la déclaration : vous serez traité comme créancier privilégié et non comme simple chirographaire, ce qui améliore considérablement vos chances de récupération. Un avocat en procédures collectives sécurise cette déclaration, souvent techniquement délicate, et suit les échéances du dossier.
Que se passe-t-il si plusieurs cédants ont vendu ensemble ?
La question de la solidarité entre cédants est technique. La Cour de cassation a rappelé que dans une cession de contrôle, la solidarité entre cédants n'est pas présumée du seul fait qu'ils ont vendu ensemble, sauf en matière de garantie de passif ou si l'acte l'a expressément stipulée. Concrètement : si l'un des cédants a été payé par le cessionnaire et pas les autres, chacun agit pour la part qui lui revient. Si l'acte contient une clause de solidarité active, un cédant peut réclamer pour le compte de tous. Faites relire les clauses de solidarité et de mandat entre cédants avant d'assigner, car elles conditionnent la stratégie collective.
Combien coûte une procédure de recouvrement d'un prix de cession impayé ?
Les coûts se répartissent en trois postes principaux : les honoraires d'avocat (souvent au forfait pour la mise en demeure et le référé, au temps passé ou avec un honoraire de résultat pour l'action au fond), les frais de commissaire de justice pour la signification des actes et l'exécution, et les frais de procédure au greffe. La partie qui perd est en principe condamnée à verser à l'autre une somme au titre des frais irrépétibles, mais cette somme ne couvre jamais l'intégralité des honoraires réels. Demandez un devis chiffré dès le premier rendez-vous, avec une répartition entre phase amiable, phase judiciaire et phase d'exécution.
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