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Contrat commercial & rupture

Résiliation du bail commercial par le bailleur : la procédure étape par étape

Par Maître Romain Mirabile · Avocat en IP/IT et droit commercial12 min de lecture
Sommaire

Un locataire commercial qui cesse de payer ses loyers, qui exploite un commerce différent de celui autorisé, qui a déserté les lieux depuis plusieurs mois. Face à ces situations, le bailleur n'a pas la liberté dont il disposerait avec un bail d'habitation. Le statut des baux commerciaux, codifié aux articles L. 145-1 et suivants du Code de commerce, protège le locataire au point que la résiliation ne peut jamais être unilatérale : elle passe par un commandement, un délai d'un mois, puis le juge.

La résiliation du bail commercial par le bailleur obéit à une procédure stricte dont chaque étape conditionne la suivante. Un commandement mal rédigé, un délai mal calculé, une saisine effectuée devant la mauvaise juridiction, et c'est toute la procédure qui s'effondre. Le locataire conserve alors son droit au bail, et le bailleur se retrouve condamné aux frais.

Ce guide détaille les six étapes de la procédure, depuis la caractérisation du manquement jusqu'à l'exécution de la décision. Comptez trois à neuf mois entre le premier commandement et la récupération effective des locaux, parfois davantage si le locataire conteste ou fait l'objet d'une procédure collective. Chaque délai est précisé, chaque pièce à produire est nommée, chaque piège de cabinet est signalé.

  1. Étape 1 — Caractériser le manquement du locataire

    Identifier précisément l'obligation violée (impayé, défaut d'assurance, déspécialisation, défaut d'exploitation) et vérifier que la clause résolutoire du bail la vise expressément.

  2. Étape 2 — Faire délivrer un commandement par commissaire de justice

    Rédiger et faire signifier un commandement visant la clause résolutoire. C'est l'acte déclencheur du délai d'un mois.

  3. Étape 3 — Laisser courir le délai d'un mois

    Attendre un mois franc après la signification. Si le locataire s'exécute dans ce délai, la clause résolutoire est désactivée.

  4. Étape 4 — Saisir le juge pour faire constater la résiliation

    Assigner le locataire devant le juge des référés du tribunal judiciaire pour qu'il constate l'acquisition de la clause résolutoire et ordonne l'expulsion.

  5. Étape 5 — Obtenir la décision et son exécution

    Récupérer l'ordonnance, la faire signifier au locataire et saisir le commissaire de justice pour l'exécution forcée si le locataire ne libère pas spontanément.

  6. Étape 6 — Procéder à l'expulsion et à la restitution des lieux

    Mettre en œuvre l'expulsion, dresser le procès-verbal de reprise des lieux et solder le dossier (dépôt de garantie, dette locative, remise en état).

Caractériser le manquement qui justifie la résiliation du bail commercial

La résiliation du bail commercial par le bailleur suppose un manquement contractuel du locataire. Le bailleur ne peut pas rompre le bail parce qu'il souhaite récupérer les locaux ou parce qu'il a trouvé un acheteur. Il doit démontrer que le locataire a violé une obligation prévue au contrat ou par la loi.

Les manquements les plus fréquents en cabinet sont, dans l'ordre : le défaut de paiement des loyers et charges, le défaut d'assurance, la déspécialisation (exploitation d'une activité différente de celle autorisée), la cession irrégulière du bail, le défaut d'exploitation du fonds, et les troubles graves de voisinage. Le bail commercial contient quasi systématiquement une clause résolutoire qui liste les obligations dont la violation entraîne la résiliation de plein droit.

L'article 1719 du Code civil rappelle les obligations réciproques du bailleur, miroir de celles du locataire. Si le manquement n'est pas visé par la clause résolutoire, le bailleur peut toujours agir en résiliation judiciaire de droit commun, mais la procédure est plus longue et le juge dispose d'un pouvoir d'appréciation plus large.

Le bailleur est obligé, par la nature du contrat, et sans qu'il soit besoin d'aucune stipulation particulière : 1° De délivrer au preneur la chose louée [...] ; 2° D'entretenir cette chose en état de servir à l'usage pour lequel elle a été louée.
Article 1719 du Code civil

Vérifier la rédaction de la clause résolutoire du bail commercial

La clause résolutoire doit viser expressément l'obligation violée. Une clause qui se limite à mentionner « le non-respect des obligations du présent bail » est jugée trop générale et perd son effet automatique : le juge retrouve son pouvoir d'appréciation. Relisez la clause avec attention et confrontez-la au manquement avant toute action. Si la clause est trop vague, orientez-vous vers la résiliation judiciaire plutôt que vers le mécanisme de l'article L. 145-41.

Faire délivrer le commandement visant la clause résolutoire du bail commercial

Le commandement est l'acte fondateur de la procédure. L'article L. 145-41 du Code de commerce impose qu'une clause résolutoire ne produise effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux. Pas de commandement, pas de résiliation. Et un commandement mal rédigé emporte la nullité de toute la procédure.

Toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai.
Article L145-41 du Code de commerce

Le commandement est obligatoirement délivré par un commissaire de justice (ancien huissier). La signification postale ou le simple courrier recommandé ne suffit pas. L'acte doit mentionner, à peine de nullité : la clause résolutoire du bail reproduite ou visée précisément, la nature exacte du manquement (par exemple le détail des loyers impayés avec leurs échéances), le délai d'un mois accordé au locataire pour s'exécuter, et l'avertissement qu'à défaut la résiliation sera acquise de plein droit.

La rédaction du commandement n'est pas un acte anodin. Un décompte erroné, une clause mal visée, une mention oubliée suffisent à faire tomber la procédure. Faites rédiger le commandement par votre avocat, qui le transmettra au commissaire de justice pour signification. Le coût d'un commandement se décompose en honoraires d'avocat pour la rédaction et en émoluments de commissaire de justice tarifés par décret.

Signifier le commandement à la bonne personne et à la bonne adresse

Le commandement doit être signifié au locataire en titre, c'est-à-dire la personne (physique ou morale) qui figure au bail. En cas de société, l'acte est délivré au siège social tel que mentionné au bail ou à l'adresse à jour au registre du commerce et des sociétés. Si le fonds a été cédé, assurez-vous d'identifier le cessionnaire acquéreur et de signifier à son adresse, à défaut de quoi le commandement est inopposable.

Laisser courir le délai d'un mois après le commandement

Le délai d'un mois court à compter du jour de la signification du commandement par le commissaire de justice. Il s'agit d'un délai franc : le jour de la signification ne compte pas, et si le dernier jour tombe un samedi, un dimanche ou un jour férié, le délai est reporté au premier jour ouvrable suivant. Pendant cette période, le locataire peut régulariser sa situation.

La régularisation désactive la clause résolutoire. Pour un impayé, cela signifie le paiement intégral de la dette visée par le commandement, principal, intérêts et frais compris. Un paiement partiel ne suffit pas. Un paiement effectué après l'expiration du délai, même d'un seul jour, n'empêche pas la résiliation d'être acquise. Le bailleur peut refuser ce paiement tardif ou l'encaisser à titre d'arriérés sans que cela vaille renonciation à la clause résolutoire, à condition d'émettre une réserve expresse par écrit.

Pour les manquements autres qu'un impayé, la régularisation est plus délicate à apprécier. Un locataire qui cessait d'exploiter doit reprendre l'activité ; un locataire déspécialisé doit revenir à l'activité autorisée. Dans ces hypothèses, la jurisprudence examine si la régularisation est effective, pas seulement affichée.

Jurisprudence
Pour apprécier si le bailleur qui agit en résiliation du bail a respecté le délai requis, le juge doit se placer à la date à laquelle le bailleur l'a saisi de la demande de résiliation, et non à la date à laquelle il statue. Cette précision est décisive dans les contentieux liés à une procédure collective du locataire : le bailleur doit agir vite, dans le délai imparti, même si la décision tarde à venir.

Cass. 3ème civ. — 2023-01-18 — n° 21-15.576

Saisir le juge des référés pour faire constater la résiliation du bail commercial

Passé le délai d'un mois sans régularisation, la clause résolutoire est acquise. Mais le bailleur ne peut pas reprendre les lieux par la force : il doit obtenir une décision de justice qui constate l'acquisition de la clause et ordonne l'expulsion du locataire. La juridiction compétente est le tribunal judiciaire du lieu de situation de l'immeuble, et plus précisément le juge des référés pour la très grande majorité des dossiers d'impayés.

La procédure de référé est privilégiée parce qu'elle est rapide (quelques semaines à quelques mois contre un à deux ans en procédure au fond) et parce que le juge des référés dispose du pouvoir de constater l'acquisition de la clause résolutoire sans qu'il y ait de contestation sérieuse. Si le locataire soulève une contestation sérieuse (par exemple une discussion réelle sur le montant de la dette ou sur la validité du commandement), le juge des référés peut renvoyer l'affaire au fond, ce qui rallonge la procédure.

L'assignation est délivrée par un commissaire de justice au locataire. Elle doit contenir l'exposé des faits, les manquements visés, la copie du commandement et du procès-verbal de signification, la demande de constat de la résiliation, la demande d'expulsion et, le cas échéant, les demandes d'indemnités d'occupation et de dommages et intérêts. Les pièces du dossier (bail, décomptes de loyers, mises en demeure antérieures) sont communiquées à l'adversaire.

Anticiper les demandes de délais de paiement du locataire commercial

Le juge peut accorder au locataire des délais de paiement et suspendre les effets de la clause résolutoire, à condition que le locataire présente une situation financière crédible et un plan d'apurement réaliste. L'article L. 145-41 alinéa 2 du Code de commerce prévoit cette faculté expressément. Ces délais peuvent aller jusqu'à vingt-quatre mois. Pendant leur durée, la clause résolutoire est suspendue : si le locataire respecte l'échéancier, elle est réputée n'avoir jamais joué.

Préparez votre dossier en anticipant cette demande. Chiffres précis sur l'ancienneté de la dette, défaut de proposition sérieuse de régularisation en amont, situation financière manifestement obérée du locataire : autant d'éléments qui pèsent dans la balance pour écarter des délais.

Obtenir et exécuter la décision de résiliation du bail commercial

Le juge des référés rend son ordonnance quelques semaines après l'audience. Si la demande est accueillie, l'ordonnance constate l'acquisition de la clause résolutoire, prononce l'expulsion du locataire et de tout occupant de son chef, fixe le montant de la dette et condamne le locataire au paiement d'une indemnité d'occupation jusqu'à la libération effective des lieux. L'ordonnance est généralement assortie de l'exécution provisoire.

L'exécution de la décision suit un calendrier précis. L'ordonnance est signifiée au locataire par un commissaire de justice. Ce dernier délivre ensuite un commandement de quitter les lieux. Un délai de deux mois court à compter de ce commandement, pendant lequel le locataire peut organiser son départ. À l'issue de ce délai, si le locataire est encore présent, le commissaire de justice procède à l'expulsion.

La trêve hivernale, qui s'étend du 1er novembre au 31 mars de l'année suivante, ne s'applique pas aux locaux commerciaux : l'expulsion peut être exécutée toute l'année, à la différence des baux d'habitation. Cette particularité accélère la procédure et explique que les bailleurs commerciaux récupèrent souvent leurs locaux plus vite que les bailleurs d'habitation à procédure équivalente.

Jurisprudence
Dans un dossier où le bailleur avait saisi le juge-commissaire aux fins de constater la résolution du bail commercial pour défaut de paiement de loyers échus postérieurement au jugement d'ouverture d'une procédure collective, la Cour de cassation rappelle le cadre spécifique applicable : la demande du bailleur doit être formée selon les règles de la procédure collective et dans les délais qu'elle impose, à peine d'irrecevabilité.

Cass. com. — 2025-12-10 — n° 24-20.714

Faire face à un appel ou à un recours du locataire

Le locataire peut interjeter appel de l'ordonnance de référé dans un délai de quinze jours à compter de la signification. L'appel n'est pas suspensif si l'exécution provisoire a été ordonnée, ce qui est la règle. Le locataire peut toutefois saisir le premier président de la cour d'appel pour demander l'arrêt de l'exécution provisoire, s'il justifie de conséquences manifestement excessives. Préparez-vous à une riposte procédurale si l'enjeu financier est important.

Procéder à l'expulsion et à la restitution des lieux commerciaux

L'expulsion est une opération matérielle encadrée. Le commissaire de justice se présente aux locaux au jour fixé, accompagné le cas échéant d'un serrurier et de la force publique si le concours a été requis au préalable auprès du préfet. Il dresse un procès-verbal d'expulsion qui mentionne les occupants trouvés sur place, l'inventaire des biens mobiliers restés dans les lieux, et la remise des clés au bailleur ou à son représentant.

Les biens mobiliers abandonnés par le locataire font l'objet d'un traitement spécifique. Le bailleur ne peut pas les détruire ou les vendre immédiatement : la loi impose une procédure d'enlèvement et de garde, avec possibilité pour le locataire de récupérer ses biens dans un délai déterminé. Au-delà, ils peuvent être vendus aux enchères ou détruits selon leur valeur. Faites systématiquement établir un inventaire précis des biens laissés sur place par le commissaire de justice.

Si le preneur d'une maison ou d'un bien rural n'emploie pas la chose louée à l'usage auquel elle a été destinée, ou s'il en use de manière qu'il en puisse résulter un dommage pour le bailleur, celui-ci peut, suivant les circonstances, faire résilier le bail.
Article 1766 du Code civil

Une fois les clés remises, procédez immédiatement à un état des lieux de sortie contradictoire si le locataire s'est présenté, ou à un constat d'huissier si les locaux ont été libérés en son absence. Cet état des lieux conditionne la restitution du dépôt de garantie, l'imputation éventuelle de remises en état sur ce dépôt, et la mise en jeu de la responsabilité du locataire pour les dégradations constatées.

Solder la dette locative et les indemnités d'occupation

L'ordonnance de référé a condamné le locataire au paiement de la dette et d'une indemnité d'occupation. Pour recouvrer effectivement ces sommes, le bailleur mandate un commissaire de justice qui procédera aux mesures d'exécution forcée : saisies-attributions sur comptes bancaires, saisies de rémunération si le locataire est une personne physique, saisies-ventes mobilières. Le taux de recouvrement effectif est très variable et dépend essentiellement de la solvabilité du débiteur.

Articulation avec la résiliation triennale et le départ du locataire

La procédure détaillée ici concerne la résiliation à l'initiative du bailleur pour manquement du locataire. Elle est à distinguer du mécanisme de l'article L. 145-44 du Code de commerce qui organise, dans certaines hypothèses de conversion d'activité par le locataire, une résiliation de plein droit sans indemnité à l'expiration d'un délai de trois mois à partir de la signification. Dans ce cas de figure, c'est le locataire qui déclenche la rupture, pas le bailleur.

Lorsque, dans les cas prévus à l'article L. 145-43, le commerçant ou l'artisan quitte le local dont il est locataire pour convertir son activité en la transférant dans un autre local ou pour prendre une activité salariée, la résiliation du bail intervient de plein droit et sans indemnité à l'expiration d'un délai de trois mois à partir du jour où elle est signifiée au bailleur.
Article L145-44 du Code de commerce
Jurisprudence
Dans un contentieux relatif à une résiliation demandée après ouverture d'une procédure collective, la Cour de cassation rappelle que la cour d'appel avait relevé que la requête du bailleur avait été déposée trois mois après le jugement d'ouverture du redressement judiciaire. Le respect de ce délai conditionne la recevabilité de l'action du bailleur contre un preneur sous procédure collective.

Cass. com. — 2025-06-12 — n° 23-22.076

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Relisez attentivement la clause résolutoire de votre bail et confrontez-la au manquement reproché au locataire.
  • Rassemblez les pièces : bail commercial complet avec avenants, décomptes locatifs certifiés, échanges écrits avec le locataire, mises en demeure préalables.
  • Consultez un avocat avant de faire délivrer le commandement : la rédaction de cet acte conditionne toute la procédure.
  • Vérifiez que le locataire n'est pas sous procédure collective en consultant le registre du commerce et des sociétés : cette information change radicalement la procédure applicable.
  • Prévoyez votre budget : honoraires d'avocat, émoluments du commissaire de justice pour la signification et l'exécution, frais éventuels de serrurier et de garde-meuble en cas d'expulsion.

Questions fréquentes

  • Combien de temps dure la procédure de résiliation d'un bail commercial par le bailleur ?

    Comptez trois à neuf mois entre la délivrance du commandement et la récupération effective des locaux dans un dossier simple d'impayés sans contestation. Le commandement est signifié, un délai d'un mois court, l'assignation en référé est délivrée, l'audience se tient quelques semaines plus tard, l'ordonnance est rendue, puis le commandement de quitter les lieux ouvre un nouveau délai de deux mois avant l'expulsion matérielle. Les délais s'allongent sensiblement en cas de contestation sérieuse du locataire, de demande de délais de paiement accordée par le juge, d'appel, ou d'ouverture d'une procédure collective qui change la juridiction compétente et le régime applicable.

  • Un bailleur peut-il résilier un bail commercial sans motif ?

    Non. Le statut des baux commerciaux interdit la résiliation unilatérale sans motif. Le bailleur ne peut rompre le bail qu'en invoquant un manquement du locataire (impayé, déspécialisation, défaut d'exploitation, défaut d'assurance, cession irrégulière). Il peut aussi, à l'échéance triennale, délivrer un congé avec refus de renouvellement, mais ce congé déclenche en principe le paiement d'une indemnité d'éviction qui compense la perte du droit au bail et du fonds de commerce. Le montant de cette indemnité est souvent considérable, ce qui dissuade la plupart des bailleurs de choisir cette voie en dehors d'un motif grave et légitime.

  • Que faire si le locataire paie le loyer après le commandement mais avant le délai d'un mois ?

    Le paiement intégral de la dette visée par le commandement, effectué dans le délai d'un mois, désactive la clause résolutoire. La procédure s'arrête : le bailleur ne peut plus se prévaloir du manquement visé par ce commandement. Le paiement doit couvrir le principal, les intérêts et les frais mentionnés dans l'acte. Un paiement partiel ne suffit pas et laisse la clause active. Si le locataire a payé la totalité à temps mais recommence à ne pas payer les mois suivants, un nouveau commandement devra être délivré pour les nouveaux impayés : chaque commandement vise des échéances précises et n'épuise pas le droit du bailleur pour les manquements ultérieurs.

  • Le bailleur peut-il procéder lui-même à l'expulsion après la décision du juge ?

    Non, en aucun cas. L'expulsion est un acte d'exécution forcée réservé au commissaire de justice, qui agit sur le fondement d'un titre exécutoire (l'ordonnance ou le jugement). Un bailleur qui changerait les serrures, viderait les locaux ou empêcherait physiquement le locataire d'accéder au local commettrait une voie de fait, infraction pénale (violation de domicile commercial, vol) qui peut entraîner sa condamnation personnelle et le rétablissement du locataire dans les lieux. L'expulsion menée par le commissaire de justice est la seule voie légale, même si le délai paraît long et si le bailleur dispose d'une décision favorable.

  • La trêve hivernale s'applique-t-elle aux baux commerciaux ?

    Non. La trêve hivernale, qui suspend les expulsions du 1er novembre au 31 mars de l'année suivante, s'applique aux locaux d'habitation et à certains locaux à usage mixte, mais pas aux locaux à usage exclusivement commercial. Un bail commercial peut donc être résilié et le locataire expulsé toute l'année, y compris pendant la période hivernale. Cette particularité est l'un des rares avantages procéduraux du bailleur commercial par rapport au bailleur d'habitation, et explique que les délais effectifs de récupération des locaux commerciaux soient souvent plus courts que pour les baux d'habitation à procédure équivalente.

  • Que se passe-t-il si le locataire est placé en redressement judiciaire pendant la procédure ?

    L'ouverture d'une procédure collective change radicalement la donne. Le bailleur ne peut plus poursuivre la procédure devant le juge des référés : il doit saisir le juge-commissaire selon les règles spécifiques des procédures collectives. Pour les loyers échus avant le jugement d'ouverture, le bailleur devra déclarer sa créance au passif. Pour les loyers postérieurs, un délai de trois mois à compter du jugement d'ouverture doit être respecté pour saisir le juge-commissaire aux fins de constater la résiliation. La Cour de cassation (notamment Cass. com., 18 janvier 2023, n° 21-15.576) rappelle que le juge se place à la date de la saisine, non à la date où il statue, pour apprécier le respect du délai. Il est indispensable de consulter immédiatement un avocat spécialisé en procédures collectives dès que vous apprenez l'ouverture de la procédure.