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Contrôle fiscal — particuliers

dégrèvement taxe foncière fermage

Par Pierre Meniaud · Expertise-comptable et conseil fiscal9 min de lecture
Sommaire

Une grêle dévaste vos parcelles louées à bail rural. Une sécheresse réduit le rendement de vos prés. Le préfet reconnaît une calamité agricole sur votre commune. Côté impôt, deux mécanismes peuvent alléger la charge : un dégrèvement de taxe foncière sur les propriétés non bâties à demander par le propriétaire bailleur, et une rétrocession obligatoire de cet allègement au fermier exploitant. La mécanique est connue des praticiens du droit rural, mal comprise des justiciables, et source d'un contentieux récurrent devant la troisième chambre civile de la Cour de cassation.

Ce guide s'adresse au propriétaire de terres données à bail rural et au fermier qui les exploite. Il décrit la procédure de dégrèvement de taxe foncière fermage étape par étape : qui dépose la demande, dans quel délai, devant quelle administration, avec quelles pièces, et comment l'allègement obtenu doit être reversé au preneur. La fiscalité des particuliers propriétaires fonciers ruraux mêle ici Code général des impôts et Code rural, ce qui crée des angles morts. Comptez un à six mois entre la déclaration de sinistre et l'obtention effective du dégrèvement, parfois davantage selon la réactivité du centre des finances publiques.

Le contenu qui suit est informatif et ne remplace pas une consultation avec un avocat spécialisé en droit rural ou en fiscalité.

  1. Étape 1 — Identifier le fondement du dégrèvement

    Calamité agricole reconnue par arrêté, perte de récolte sur pied, exonération temporaire spécifique : chaque cas relève d'un texte différent du Code général des impôts.

  2. Étape 2 — Déclarer la perte au centre des finances publiques

    Le bailleur dépose une réclamation auprès du service gestionnaire de la taxe foncière, en joignant les justificatifs de la perte et la copie du bail.

  3. Étape 3 — Suivre l'instruction et répondre à l'administration

    L'administration peut demander des compléments, vérifier sur place et notifier sa décision. Un refus motivé ouvre les voies de recours fiscal.

  4. Étape 4 — Encaisser le dégrèvement et tenir la comptabilité du bail

    Le dégrèvement vient en déduction du rôle, ou est remboursé si la taxe a déjà été payée. Le bailleur doit en garder trace dans les comptes de fermage.

  5. Étape 5 — Rétrocéder l'allègement au fermier

    L'article L. 411-24 du Code rural impose au bailleur de reverser au fermier le montant du dégrèvement obtenu, qu'il ait été remboursé en numéraire ou imputé.

  6. Étape 6 — Régler les contentieux éventuels

    En cas de refus de rétrocession ou de désaccord sur le montant, le tribunal paritaire des baux ruraux est compétent.

Identifier le fondement du dégrèvement de taxe foncière en fermage

La première erreur de cabinet consiste à confondre dégrèvement, exonération et abattement. Les trois mécanismes allègent la facture du propriétaire bailleur, mais ne relèvent pas des mêmes textes ni des mêmes formalités. Avant toute démarche, vous devez savoir sur quel fondement vous demandez l'allègement, parce que la procédure, le délai et les pièces dépendent du texte mobilisé.

Le dégrèvement pour pertes de récoltes et calamités agricoles

Lorsque la récolte est détruite ou gravement endommagée par un événement extraordinaire (grêle, gel, sécheresse, inondation, maladie), le propriétaire peut demander un dégrèvement proportionnel à la perte subie. Ce mécanisme est ancien et bien identifié par la jurisprudence rurale : la Cour de cassation a confirmé à plusieurs reprises qu'il ouvre droit, au profit du fermier, à une ristourne sur le fermage dû.

Jurisprudence
La rétrocession au fermier du dégrèvement obtenu par le bailleur à la suite de calamités agricoles n'est pas subordonnée au paiement effectif du fermage par le preneur.

Cass. 3e civ. — 1996-07-17 — n° 94-20.493

L'exonération de taxe foncière sur les propriétés non bâties agricoles

Différente du dégrèvement, l'exonération vise certaines propriétés agricoles, notamment les terrains exploités selon le mode de production biologique, qui peuvent bénéficier d'une exonération temporaire prévue par le Code général des impôts.

Cet article organise une exonération de la taxe foncière sur les propriétés non bâties pour les parcelles agricoles répondant aux conditions qu'il précise, étant entendu que la rétrocession au fermier est régie par les règles du Code rural.
Article 1398 A du Code général des impôts

Déclarer la perte et déposer la demande de dégrèvement de taxe foncière

Le dégrèvement n'est pas automatique. C'est une démarche du propriétaire bailleur, qui doit déposer une réclamation auprès de l'administration fiscale, en respectant les formes des recours contentieux en matière d'impôts locaux. Le fermier, lui, ne dépose rien : il n'est pas le redevable légal de la taxe foncière, même quand il en supporte économiquement une partie via le bail.

À qui adresser la demande

La réclamation se dépose auprès du service des impôts dont relève la commune des parcelles concernées, désigné sur l'avis de taxe foncière. La demande doit être écrite, signée, identifier précisément les parcelles (références cadastrales) et la nature de la perte. Une démarche en ligne via l'espace particulier du site impots.gouv.fr est généralement possible.

Les pièces à joindre

L'administration attend une description détaillée du sinistre, sa date, son étendue, et tout justificatif probant : arrêté préfectoral reconnaissant la calamité agricole quand il existe, constat d'un expert, attestation de la chambre d'agriculture, photographies datées, déclarations PAC, factures de remise en état. Le bail rural doit également être produit pour identifier le fermier appelé à bénéficier de la rétrocession et le montant du fermage en cours.

Le rôle du fermier dans la déclaration

Le fermier n'est pas partie à la procédure fiscale, mais il a tout intérêt à coopérer. C'est souvent lui qui détient les éléments matériels de la perte : photos prises sur le champ, déclarations à la MSA, factures de réensemencement, rendements comparés. Un bailleur prudent demande au fermier de constituer un dossier-preuve dès la survenance du sinistre, sans attendre. Cette pièce sert deux fois : pour la demande de dégrèvement, et pour la régularisation du fermage.

Suivre l'instruction fiscale et répondre à l'administration

Une fois la réclamation déposée, l'administration instruit. Cette phase est souvent sous-estimée : le silence prolongé du service ne signifie pas refus, mais l'absence de relance peut conduire à une décision tardive, voire défavorable, faute de pièces complémentaires fournies.

Les demandes de complément

L'agent instructeur peut solliciter des pièces complémentaires, organiser une vérification sur place, interroger les services départementaux compétents (DDT, chambre d'agriculture). Vous devez répondre par écrit, dans le délai imparti, et conserver une copie horodatée de chaque envoi. Un défaut de réponse vaut généralement renoncement implicite à la demande.

La décision et son contenu

L'administration notifie soit un dégrèvement total ou partiel, soit un rejet motivé. La décision précise l'année concernée, les parcelles, le montant retenu et les modalités de remboursement ou d'imputation. Conservez cette notification : c'est elle qui fait foi vis-à-vis du fermier au moment de la rétrocession.

Encaisser le dégrèvement et tenir les comptes de fermage

Le dégrèvement obtenu se traduit, selon le moment où la taxe a été acquittée, par une réduction du rôle (si la taxe n'a pas encore été payée) ou par un remboursement effectif du Trésor (si elle l'a été). Dans les deux cas, le bailleur doit en garder une trace écrite et la reporter dans la comptabilité du bail rural.

L'écriture dans les comptes de fermage

Les comptes de fermage sont la pièce centrale de la relation économique entre bailleur et preneur. Ils retracent les sommes dues, les paiements effectués, les charges récupérables, les taxes refacturées. La Cour de cassation a explicitement censuré des comptes de fermages qui ne retraçaient pas l'exonération obtenue par le bailleur, alors que le Code rural en imposait la rétrocession.

Jurisprudence
Les comptes de fermages doivent intégrer la rétrocession au fermier de l'exonération de taxe foncière sur les propriétés non bâties, telle que prévue par l'article L. 415-3 du Code rural et de la pêche maritime.

Cass. 3e civ. — 2021-01-21 — n° 20-10.916

Pas de rétrocession conditionnelle au paiement intégral

Une tentation classique chez le bailleur : refuser de rétrocéder l'allègement tant que le fermier n'a pas réglé l'intégralité de son fermage. La jurisprudence rejette cette logique. Le droit du fermier à la rétrocession n'est pas conditionné au paiement effectif du loyer dû, même si, en pratique, la compensation entre les deux créances permet souvent de solder la situation.

Jurisprudence
Lorsque le fermier a acquitté l'intégralité de l'arriéré de fermage, il a droit au remboursement de la totalité du dégrèvement d'impôt foncier obtenu par le bailleur, au titre de l'année concernée.

Cass. 3e civ. — 2015-12-17 — n° 13-24.224

Rétrocéder le dégrèvement de taxe foncière au fermier

La rétrocession est le cœur du dispositif. Sans elle, l'allègement fiscal n'atteint pas son destinataire économique : l'exploitant qui supporte les pertes. Le Code rural en fait une obligation légale, dont les juges contrôlent la bonne exécution dans les comptes.

Cet article organise la ristourne au preneur du dégrèvement obtenu par le bailleur en cas de calamités agricoles affectant les biens loués, et fixe le principe selon lequel le bailleur doit reverser au fermier le montant dont il a bénéficié.
Article L. 411-24 du Code rural et de la pêche maritime
Cet article répartit les charges entre bailleur et preneur et organise la rétrocession au fermier d'une fraction des exonérations de taxe foncière sur les propriétés non bâties dont a bénéficié le bailleur, dans les conditions qu'il fixe.
Article L. 415-3 du Code rural et de la pêche maritime

Calculer le montant à reverser

Le calcul varie selon le fondement de l'allègement. Pour un dégrèvement après calamité, le bailleur reverse le montant effectivement obtenu, parcelle par parcelle, sur l'année concernée. Pour une exonération de TFNB, l'article L. 415-3 prévoit une rétrocession partielle, dont le pourcentage est fixé par la loi. La traçabilité parcellaire est indispensable : un dégrèvement global réparti au prorata des surfaces louées peut être contesté par un fermier qui démontrerait que ses parcelles ont été plus durement touchées.

Formaliser la rétrocession

Trois modes coexistent en pratique : versement direct par chèque ou virement au fermier, imputation sur le prochain fermage, écriture compensée sur les comptes courants. Quel que soit le mode choisi, le bailleur a intérêt à formaliser l'opération par une lettre explicative jointe à l'appel de fermage ou à l'avis d'écriture, mentionnant l'année du dégrèvement, son fondement, son montant et la parcelle concernée. Cette traçabilité protège en cas de contentieux ultérieur sur les comptes.

Régler un litige sur le dégrèvement de taxe foncière en fermage

Deux catégories de litiges coexistent, et il faut éviter de les confondre. Le contentieux fiscal oppose le bailleur à l'administration sur le bien-fondé du dégrèvement. Le contentieux rural oppose le bailleur au fermier sur la rétrocession à opérer. Chacun a son juge, son délai, sa procédure.

Le contentieux fiscal devant le tribunal administratif

Si l'administration rejette la réclamation de dégrèvement, le bailleur peut saisir le juge administratif. La procédure suit les règles classiques du Livre des procédures fiscales. Avant le contentieux, un recours hiérarchique auprès du conciliateur fiscal départemental est souvent utile : il débloque une partie des dossiers en quelques semaines, sans frais.

Le contentieux rural devant le tribunal paritaire des baux ruraux

Si le bailleur refuse de rétrocéder, ou si bailleur et fermier sont en désaccord sur le quantum, la compétence appartient au tribunal paritaire des baux ruraux. Cette juridiction spécialisée connaît de l'ensemble des litiges nés du bail rural, y compris la régularisation des comptes de fermage. La saisine commence par une tentative de conciliation préalable obligatoire.

La rétrocession au preneur du dégrèvement d'impôts fonciers obtenu par le bailleur à la suite de calamités agricoles n'est pas subordonnée au paiement effectif du fermage.
Cass. 3e civ., 17 juillet 1996, n° 94-20.493

Compensation entre fermage et rétrocession

En pratique, beaucoup de litiges se règlent par compensation : la créance du fermier sur la rétrocession éteint, à due concurrence, sa dette de fermage. Cette compensation suppose des comptes clairs. Quand les comptes sont confus, le juge ordonne un compte définitif et arbitre poste par poste. Un avocat en droit rural est presque toujours utile à ce stade, pour reconstituer plusieurs années d'écritures.

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Identifier le fondement précis du dégrèvement applicable à votre situation (calamité agricole, exonération de TFNB ou autre).
  • Rassembler dès le sinistre les preuves matérielles : photographies datées, arrêté préfectoral, déclarations PAC, attestations de la chambre d'agriculture.
  • Déposer la réclamation auprès du service des impôts dont relève la commune des parcelles, dans les délais du Livre des procédures fiscales.
  • Tenir des comptes de fermage clairs intégrant chaque rétrocession, parcelle par parcelle et année par année.
  • Consulter un avocat en droit rural ou un fiscaliste dès qu'un refus est notifié ou qu'un désaccord apparaît sur le quantum à rétrocéder.

Questions fréquentes

  • Le fermier peut-il demander lui-même le dégrèvement de taxe foncière ?

    Non. Le dégrèvement de taxe foncière sur les propriétés non bâties est demandé par le redevable de l'impôt, c'est-à-dire le propriétaire bailleur. Le fermier n'est pas partie à la procédure fiscale. Sa protection juridique passe par l'obligation de rétrocession qui pèse sur le bailleur, prévue notamment par les articles L. 411-24 et L. 415-3 du Code rural et de la pêche maritime. En pratique, le fermier peut et doit alerter le bailleur, lui fournir les preuves matérielles du sinistre, et exiger ensuite la rétrocession dans les comptes de fermage.

  • Le bailleur doit-il rétrocéder le dégrèvement même si le fermier n'a pas payé son fermage ?

    Oui. La Cour de cassation l'a jugé clairement dans son arrêt du 17 juillet 1996 (n° 94-20.493) : la rétrocession au fermier du dégrèvement obtenu après calamités agricoles n'est pas subordonnée au paiement effectif du fermage. En pratique, la créance de rétrocession et la dette de fermage se compensent souvent, mais le bailleur ne peut pas conserver l'allègement en invoquant un arriéré du preneur. Si vous êtes bailleur, opérez la rétrocession dans les comptes et faites-y figurer la compensation expressément.

  • Quel juge saisir en cas de désaccord entre bailleur et fermier sur la rétrocession ?

    Le tribunal paritaire des baux ruraux est compétent pour tout litige né du bail rural, y compris la régularisation des comptes de fermage et la rétrocession des dégrèvements ou exonérations de taxe foncière. La procédure commence par une tentative de conciliation préalable obligatoire devant cette juridiction spécialisée. À ne pas confondre avec le tribunal administratif, qui n'intervient que sur le contentieux fiscal opposant le bailleur à l'administration sur le bien-fondé du dégrèvement lui-même.

  • Combien de temps a-t-on pour demander un dégrèvement après un sinistre agricole ?

    Les délais de réclamation en matière de taxe foncière sont fixés par le Livre des procédures fiscales et obéissent à des règles strictes. Le délai dépend de la date de mise en recouvrement de la taxe et de la nature du fait générateur (perte de récolte, calamité agricole reconnue). En pratique, ne tardez pas après la constatation du sinistre : passé le délai légal, la réclamation est irrecevable, sans examen au fond, et l'allègement définitivement perdu pour l'année concernée. Une consultation avec un avocat fiscaliste dès la survenance du sinistre est la meilleure protection.

  • L'exonération de TFNB pour les parcelles bio doit-elle être rétrocédée au fermier ?

    Oui, dans les conditions fixées par l'article L. 415-3 du Code rural et de la pêche maritime. La Cour de cassation, dans un arrêt du 21 janvier 2021 (n° 20-10.916), a rappelé que les comptes de fermages doivent intégrer cette rétrocession, à défaut de quoi ils sont erronés. Le bailleur qui ne reverse pas la fraction prévue par la loi s'expose à une action du fermier en régularisation des comptes, sur l'ensemble des années non prescrites. Mieux vaut tracer la rétrocession exercice par exercice.

  • Peut-on cumuler dégrèvement pour calamité et exonération de TFNB sur la même parcelle ?

    Les deux mécanismes peuvent coexister sur une même parcelle, parce qu'ils ne reposent pas sur le même fondement : le dégrèvement pour calamité répond à un événement, l'exonération de TFNB répond à une qualité objective de la parcelle (mode de production, classement). Le bailleur a intérêt à mobiliser chaque mécanisme distinctement et à tracer séparément les montants obtenus dans les comptes de fermage, parce que les règles de rétrocession au fermier diffèrent. En cas de doute sur le cumul applicable, un avocat fiscaliste sécurise l'arbitrage.