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Divorce par consentement mutuel

La convention de divorce par consentement mutuel

7 min de lecture
Sommaire

La convention de divorce par consentement mutuel : rédaction, mentions obligatoires et points de vigilance

Le divorce par consentement mutuel sans juge repose sur un document central : la convention de divorce. Ce contrat, signé par les deux époux et contresigné par leurs avocats respectifs, fixe l'ensemble des conséquences de la rupture. Une fois déposé chez un notaire, il acquiert force exécutoire et produit les mêmes effets qu'un jugement.

Contrairement au divorce judiciaire, les époux n'ont pas à exposer les motifs de leur séparation. Seul l'accord sur les conséquences de la rupture suffit à engager la procédure. Cette caractéristique simplifie considérablement la démarche, à condition que la rédaction de la convention respecte un cadre précis.

Le rôle des avocats dans la rédaction

Chaque époux doit obligatoirement être assisté par son propre avocat. Cette double représentation est une exigence légale qui distingue le divorce par consentement mutuel d'un simple accord amiable. Elle garantit que les intérêts de chacun sont défendus de manière indépendante, même lorsque les époux s'entendent parfaitement sur les modalités de leur séparation.

Les deux avocats travaillent en collaboration avec leurs clients pour élaborer le projet de convention, négocier les points sensibles et vérifier que l'équilibre du texte ne désavantage aucune des parties. La convention est rédigée sur acte d'avocat, ce qui engage la responsabilité professionnelle des conseils sur le contenu et la régularité du document.

Le projet finalisé est ensuite adressé à chaque époux par lettre recommandée avec accusé de réception. Un délai de réflexion de quinze jours court à compter de cette réception. La signature avant l'expiration de ce délai est interdite et entraîne la nullité de la convention.

Les mentions obligatoires de la convention

La convention doit contenir un ensemble d'éléments imposés par la loi. L'absence de l'une de ces mentions peut faire obstacle au dépôt chez le notaire et empêcher le divorce de produire ses effets.

Les conditions d'exercice de l'autorité parentale

Lorsque le couple a des enfants mineurs, la convention organise précisément l'exercice de l'autorité parentale après le divorce. Plusieurs points doivent être réglés :

  • la résidence habituelle des enfants, en alternance ou chez l'un des parents
  • le droit de visite et d'hébergement du parent non gardien
  • le partage des vacances scolaires et des week-ends
  • les modalités de prise de décision pour les actes importants de la vie de l'enfant (santé, scolarité, religion, voyages)
  • le montant et les modalités de versement de la pension alimentaire, qui correspond à la contribution à l'entretien et à l'éducation des enfants

L'autorité parentale reste en principe conjointe après le divorce, sauf circonstances particulières justifiant son attribution exclusive à l'un des parents.

L'information du mineur sur son droit à être entendu

Chaque enfant mineur capable de discernement doit être informé par ses parents de son droit à être entendu par un juge. La convention doit mentionner expressément cette information ainsi que la renonciation de l'enfant à exercer ce droit. La renonciation se matérialise par un formulaire signé par le mineur lui-même, qui est annexé au dossier remis au notaire.

Si l'enfant souhaite être entendu, le divorce par consentement mutuel sans juge devient impossible. Les époux doivent alors s'orienter vers un divorce judiciaire devant le tribunal.

Le critère du discernement n'est pas fixé par un âge précis. La pratique retient généralement que tout enfant suffisamment mature pour comprendre la situation et exprimer un avis doit recevoir cette information, ce qui concerne en pratique les enfants à partir de sept ou huit ans.

Le versement éventuel d'une prestation compensatoire

La convention précise si l'un des époux verse à l'autre une prestation compensatoire. Cette prestation est destinée à corriger la disparité que la rupture du mariage crée dans leurs conditions de vie respectives. Plusieurs critères entrent en compte pour fixer son montant : durée du mariage, âge et état de santé de chaque époux, qualifications et situations professionnelles, choix faits pendant la vie commune (notamment l'arrêt d'activité pour élever les enfants), patrimoine prévisible, droits à la retraite.

Le texte fixe le montant retenu et la forme du versement :

  • capital en une seule fois, qui est la modalité la plus fréquente
  • capital échelonné sur huit ans maximum
  • rente viagère dans des cas exceptionnels liés à l'âge ou à l'état de santé du créancier
  • attribution d'un bien en propriété ou en usufruit

L'absence de prestation compensatoire doit également être mentionnée si tel est l'accord des parties. Cette précision évite toute ambiguïté ultérieure.

L'état liquidatif du régime matrimonial

La convention règle le sort du patrimoine commun. Deux situations se présentent :

Lorsque le couple possède des biens à partager, en particulier des biens immobiliers, un état liquidatif du régime matrimonial doit être établi par acte notarié et annexé à la convention. Ce document recense l'actif et le passif, fixe la valeur des biens, organise leur attribution et règle d'éventuelles soultes. Le recours au notaire est obligatoire dès qu'un bien soumis à publicité foncière est concerné.

Lorsqu'il n'y a rien à partager, une déclaration sur l'honneur signée par les deux époux suffit. Cette déclaration atteste de l'absence de patrimoine commun à liquider et dispense de produire un état liquidatif.

Le régime matrimonial des époux (communauté légale, séparation de biens, participation aux acquêts) influence directement le travail liquidatif. La séparation de biens simplifie la démarche, tandis que la communauté légale impose une analyse plus poussée.

Le sort du nom d'usage

Pendant le mariage, chaque époux peut utiliser le nom de l'autre comme nom d'usage, en remplacement ou en adjonction de son nom de naissance. Le divorce entraîne en principe la perte de cette faculté.

La convention doit donc préciser si l'époux ayant utilisé le nom de l'autre conserve cet usage après le divorce ou y renonce. La conservation suppose en général un accord exprès de l'autre époux. Elle se justifie par exemple par un intérêt professionnel (notoriété attachée au nom) ou par celui des enfants (cohérence du nom de famille au sein du foyer).

La possibilité de revenir sur la procédure avant le dépôt chez le notaire

Tant que la convention n'a pas été déposée au rang des minutes d'un notaire, la procédure reste réversible. L'un des époux, ou les deux, peuvent saisir le tribunal pour demander une séparation de corps ou un divorce judiciaire en cas de désaccord persistant ou de remise en cause des engagements pris.

De la même manière, un enfant mineur ayant initialement renoncé à être entendu peut revenir sur cette renonciation et solliciter une audition par le juge. Cette demande met fin au divorce par consentement mutuel sans juge et impose le passage devant le tribunal.

Cette possibilité de retour en arrière protège chaque partie contre une décision prise dans la précipitation ou sous une pression mal mesurée.

Le dépôt chez le notaire et la prise d'effet du divorce

Une fois la convention signée par les deux époux et leurs avocats, après respect du délai de réflexion de quinze jours, le texte est transmis au notaire dans un délai de sept jours. Le notaire dispose à son tour de quinze jours pour procéder au dépôt au rang de ses minutes.

À la date de ce dépôt, le divorce prend effet entre les époux et la convention acquiert force exécutoire. Elle peut alors être produite pour faire exécuter les engagements pris (versement de la prestation compensatoire, paiement de la pension alimentaire, transfert de propriété), au besoin par voie d'huissier de justice.

Le notaire procède également aux formalités de publicité, notamment la mention du divorce en marge des actes d'état civil des époux.

Points de vigilance pour les époux

La convention de divorce engage les époux pour de nombreuses années, en particulier sur le volet patrimonial et parental. Plusieurs précautions méritent d'être prises avant la signature :

  • faire évaluer les biens immobiliers par un professionnel indépendant pour éviter une sous-estimation au moment de la liquidation
  • anticiper les conséquences fiscales de la prestation compensatoire, dont le régime fiscal varie selon la forme retenue (capital versé sur moins de douze mois, capital échelonné, rente)
  • prévoir des clauses de révision pour la pension alimentaire afin de tenir compte de l'évolution des ressources des parents et des besoins des enfants
  • vérifier la cohérence des engagements pris au regard de la situation professionnelle réelle de chaque époux et de ses perspectives d'évolution
  • examiner la situation des comptes bancaires joints, des crédits en cours et des cautions éventuellement souscrites pour le compte du conjoint

L'accompagnement par un avocat spécialisé en droit de la famille apporte une sécurité indispensable, tant sur la qualité rédactionnelle de la convention que sur la protection des intérêts de chaque partie.

Questions fréquentes

Combien de temps prend un divorce par consentement mutuel ?

La durée varie selon la complexité du dossier. Pour une situation simple sans bien immobilier, comptez en général un à trois mois entre la première rencontre avec les avocats et le dépôt chez le notaire. La présence d'un patrimoine à liquider ou de désaccords à résoudre peut allonger ce délai à six mois ou davantage.

Faut-il obligatoirement passer chez un notaire ?

Le passage chez le notaire est obligatoire pour le dépôt de la convention. Il est également nécessaire pour établir l'état liquidatif lorsque le couple possède des biens immobiliers. En l'absence de patrimoine à partager, l'intervention notariale se limite au dépôt.

Que se passe-t-il si l'un des époux ne respecte pas la convention après le divorce ?

La convention déposée au rang des minutes du notaire a force exécutoire. Le créancier peut donc en obtenir l'exécution forcée par voie d'huissier de justice, sans avoir besoin de saisir au préalable un juge pour faire reconnaître ses droits.

Peut-on modifier la convention après le divorce ?

Certaines clauses, notamment celles qui concernent les enfants (résidence, pension alimentaire), peuvent faire l'objet d'une révision en cas de changement de circonstances. La modification suppose soit un nouvel accord entre les parents, soit une saisine du juge aux affaires familiales. Les dispositions strictement patrimoniales sont en revanche difficiles à remettre en cause une fois le divorce prononcé.

Le divorce par consentement mutuel est-il toujours possible en cas d'enfant majeur ?

Oui. La présence d'enfants majeurs ne fait pas obstacle à la procédure et n'impose pas de mention spécifique sur leur droit à être entendus. La question de leur audition concerne uniquement les enfants mineurs.