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Divorce par consentement mutuel

Divorce chez le notaire : procédure du consentement mutuel sans juge

Par Maître Valérie Pons-Tomasello · Droit de la famille et des successions10 min de lecture
Sommaire

Depuis la réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2017, deux époux qui s'accordent sur tout, le principe de la rupture comme ses conséquences, peuvent divorcer sans passer devant un juge. La procédure repose sur une convention signée par chaque époux et son avocat, puis déposée au rang des minutes d'un notaire. C'est ce dépôt qui donne au divorce sa date certaine et sa force exécutoire. En 2026, le dispositif reste le seul mode de divorce entièrement extrajudiciaire ouvert en France.

Le divorce chez le notaire intéresse les couples qui veulent aller vite, éviter l'audience et garder la maîtrise du calendrier. Il suppose un accord intégral : pension, prestation compensatoire, partage des biens, résidence des enfants. Le moindre désaccord persistant referme la porte et renvoie au juge. Comptez deux à quatre mois entre la première consultation et le dépôt définitif, hors complications patrimoniales.

Ce guide détaille la procédure pas à pas : choisir le bon avocat, rédiger la convention, respecter le délai de réflexion, signer dans les formes, déposer chez le notaire et tirer les conséquences administratives du divorce une fois acté.

  1. Étape 1 — Choisir chacun son avocat

    Chaque époux doit obligatoirement être assisté de son propre avocat. Un avocat unique pour le couple est interdit, à peine de nullité.

  2. Étape 2 — Négocier et rédiger la convention

    Les avocats rédigent ensemble la convention qui règle l'intégralité des effets du divorce : enfants, biens, pensions, nom d'usage.

  3. Étape 3 — Envoyer le projet à chaque époux

    Le projet est adressé par lettre recommandée avec accusé de réception à chaque époux. Ce courrier déclenche le délai de réflexion.

  4. Étape 4 — Respecter le délai de réflexion de 15 jours

    La signature ne peut intervenir avant l'expiration d'un délai de quinze jours à compter de la réception du projet. Le non-respect entraîne la nullité.

  5. Étape 5 — Signer la convention

    Les deux époux et leurs deux avocats signent le même jour, dans le même lieu, l'acte d'avocat contresigné.

  6. Étape 6 — Déposer la convention chez le notaire

    L'avocat le plus diligent transmet la convention signée au notaire qui dispose de quinze jours pour la déposer au rang de ses minutes. Le divorce produit alors ses effets.

Vérifier l'éligibilité au divorce chez le notaire avant toute démarche

Le divorce par consentement mutuel par acte sous seing privé contresigné par avocats est réservé aux couples qui s'accordent sur la rupture et sur l'ensemble de ses conséquences. Aucun désaccord ne peut subsister : pension alimentaire, prestation compensatoire, partage des biens, résidence des enfants, droit de visite et d'hébergement, attribution du logement familial. Si un seul point reste ouvert, la procédure bascule devant le juge aux affaires familiales.

Deux situations ferment la porte au divorce sans juge. La première est expressément prévue par la loi : lorsqu'un enfant mineur du couple demande à être entendu par le juge, la procédure judiciaire devient obligatoire.

Lorsque le mineur […] demande son audition par le juge […], les époux ne peuvent consentir mutuellement à leur divorce par acte sous signature privée contresigné par avocats.
Article 229-3 du Code civil

Vous devez donc informer chaque enfant mineur capable de discernement de son droit d'être entendu. Un formulaire d'information signé par l'enfant est annexé à la convention. S'il ne sait pas écrire ou n'a pas le discernement suffisant, ses parents l'attestent par écrit.

La seconde situation tient à l'état d'un des époux. Si l'un des deux fait l'objet d'une mesure de protection (tutelle, curatelle, sauvegarde de justice), le divorce extrajudiciaire est exclu. Le juge devra intervenir.

Choisir un avocat dédié pour chaque époux dans le divorce chez le notaire

La règle est intangible : un avocat pour chaque époux. Le législateur a voulu garantir que chacun bénéficie d'un conseil propre, distinct, sans conflit d'intérêts.

Le consentement au divorce et à ses effets ne peut faire l'objet d'aucune renonciation par les époux. […] La convention de divorce comporte expressément, à peine de nullité […] le nom du notaire ou de la dénomination de la société titulaire de l'office notarial chargé d'en recevoir l'acte en dépôt au rang des minutes.
Article 229-3 du Code civil

En pratique, les époux choisissent souvent deux avocats du même cabinet ou de deux cabinets qui travaillent en partenariat. C'est admis tant qu'aucun lien hiérarchique ou financier ne crée de conflit. Évitez les associés directs : la déontologie peut s'y opposer.

Ce que chaque avocat doit vérifier avant de rédiger

Régime matrimonial, contrat de mariage éventuel, actes notariés antérieurs, comptes bancaires, dettes communes, biens immobiliers, parts sociales, contrats d'assurance-vie, plans d'épargne. Si un bien immobilier figure dans le patrimoine, un état liquidatif notarié est obligatoire avant la signature de la convention. Ce point est trop souvent sous-estimé.

Rédiger la convention de divorce avec toutes les mentions obligatoires

La convention de divorce est le cœur du dossier. Elle se substitue au jugement. Sa rédaction conditionne la solidité du divorce pour les vingt années qui suivent. Une convention bâclée se paie cash devant le juge en cas de contentieux ultérieur sur la pension ou le partage.

Sept mentions sont exigées à peine de nullité : les noms, prénoms, dates et lieux de naissance des époux et de leurs enfants ; le nom, l'adresse et la qualité des avocats ; la mention de l'accord des époux sur la rupture et ses effets ; les modalités du règlement complet des effets du divorce ; l'état liquidatif si nécessaire ; la mention du droit d'audition de l'enfant ; le nom et l'adresse du notaire chargé du dépôt.

Les clauses sensibles à négocier ligne à ligne

La prestation compensatoire : son montant, ses modalités (capital, rente, mixte), son indexation éventuelle. Une fois la convention déposée, sa révision est strictement encadrée et difficile.

Le juge […] peut refuser l'homologation et ne pas prononcer le divorce s'il constate que la convention préserve insuffisamment les intérêts des enfants ou de l'un des époux.
Article 232 du Code civil

Cet article s'applique au divorce par consentement mutuel devant le juge, qui reste une voie ouverte si l'enfant demande à être entendu. Il rappelle un principe utile en pratique : même hors juge, un avocat sérieux refusera de contresigner une convention manifestement déséquilibrée pour son client.

La pension alimentaire pour enfant : montant, modalités de versement, indexation sur l'indice INSEE des prix à la consommation, sort en cas de changement de résidence ou de scolarité. Prévoir les vacances scolaires, les frais exceptionnels (orthodontie, voyages scolaires, soutien scolaire), le passage à la majorité.

Le sort du logement familial : attribution à l'un, vente, soulte, indemnité d'occupation. Si le bien est commun ou indivis, l'état liquidatif notarié devient obligatoire avant signature.

Jurisprudence
La signature de la convention de divorce en l'étude du notaire suffit à établir le consentement de l'époux, même s'il conteste a posteriori avoir participé aux discussions préalables. La signature personnelle est l'élément central de la preuve.

Cass. 1ère civ. — 2017-02-22 — n° 16-14.351

Respecter le délai de réflexion de quinze jours avant la signature

Une fois la convention rédigée et validée par les deux avocats, chaque époux reçoit le projet définitif par lettre recommandée avec accusé de réception. Cet envoi est l'acte qui déclenche le compteur.

La convention est signée par les époux et leurs avocats ensemble, en trois exemplaires, à l'expiration d'un délai de réflexion de quinze jours à compter de la réception, par chacun des époux, du projet de convention.
Article 1144-1 du Code de procédure civile

Le calcul du délai est strict. Le point de départ est la date de réception attestée par l'accusé de réception de chaque époux. Pas la date d'envoi, pas la date de présentation, la date de réception effective. Si les deux dates de réception diffèrent, on retient la plus tardive.

Quinze jours francs. Le seizième jour est le premier jour où la signature peut intervenir. Signer le quinzième jour entraîne la nullité de la convention et oblige à recommencer.

Et si l'un des époux change d'avis pendant le délai

Chaque époux peut renoncer à signer pendant le délai, sans avoir à se justifier. La procédure s'arrête. Si le couple souhaite reprendre plus tard, il faut recommencer : nouveau projet, nouvelle lettre recommandée, nouveau délai de quinze jours. C'est le prix de la sécurité juridique voulue par le législateur.

Organiser la signature de la convention par acte sous seing privé contresigné

La signature se déroule en présence physique des quatre signataires : les deux époux et les deux avocats. Même jour, même lieu, généralement le cabinet de l'un des avocats ou directement l'étude du notaire. Pas de signature électronique à distance, pas de procuration pour la signature de la convention elle-même.

Trois exemplaires originaux sont signés : un pour chaque époux et un destiné au dépôt chez le notaire. Chaque page est paraphée. Les avocats contresignent en qualité d'avocats rédacteurs, ce qui confère à la convention sa qualité d'acte d'avocat.

Les annexes obligatoires sont signées en même temps : état liquidatif notarié si patrimoine immobilier, formulaire d'information de chaque enfant mineur, justificatifs d'identité, attestations des avocats sur le respect du délai de réflexion.

Procéder au dépôt minute chez le notaire pour rendre le divorce effectif

C'est l'étape qui déclenche les effets du divorce. Sans dépôt, la convention signée n'a pas force exécutoire et ne dissout pas le mariage. Le notaire ne refait pas le travail des avocats : il vérifie le respect des exigences formelles, puis dépose l'acte au rang de ses minutes.

L'avocat le plus diligent transmet la convention au notaire dans un délai de sept jours suivant la date de la signature de la convention. Le notaire au rang des minutes duquel est déposée la convention contrôle le respect des exigences formelles […]. Il s'assure également que le projet de convention n'a pas été signé avant l'expiration du délai de réflexion […]. Il procède au dépôt en dépôt au rang de ses minutes dans un délai de quinze jours suivant la date de la réception de la convention.
Article 1148 du Code de procédure civile

Deux délais à retenir : sept jours entre la signature et la transmission au notaire, quinze jours entre la réception par le notaire et le dépôt effectif. Le notaire date son acte de dépôt. C'est cette date qui est celle du divorce.

Lorsque les époux s'entendent sur la rupture du mariage et ses effets, ils constatent, assistés chacun par un avocat, leur accord dans une convention prenant la forme d'un acte sous signature privée contresigné par leurs avocats.
Article 230 du Code civil

Le coût du dépôt minute chez le notaire

Les émoluments du notaire pour le dépôt de la convention sont fixés par le tarif réglementé.

Tarif réglementé applicable au dépôt au rang des minutes du notaire de la convention de divorce par consentement mutuel par acte sous signature privée contresignée par avocats.
Article A444-166 du Code de commerce

À ces émoluments s'ajoutent les droits d'enregistrement éventuels et la TVA. Si la convention emporte partage de biens, des droits supplémentaires s'appliquent. La fiscalité du partage est prévue par l'article 636 du Code général des impôts pour ce qui concerne les exonérations applicables.

Tirer les conséquences administratives du divorce chez le notaire

Le dépôt minute produit immédiatement les effets du divorce entre époux. Mais l'opposabilité aux tiers et l'inscription en marge des actes d'état civil supposent des démarches qui restent à la charge des époux et de leurs avocats.

Faire mentionner le divorce en marge de l'acte de mariage

L'avocat le plus diligent ou le notaire adresse à l'officier d'état civil du lieu du mariage une demande de mention en marge. La même mention est portée en marge de l'acte de naissance de chaque époux. Sans cette mention, le divorce n'est pas opposable aux tiers (banques, administrations, employeur).

Mettre à jour les organismes sociaux et fiscaux

Caisse d'allocations familiales, assurance maladie, mutuelle, services fiscaux, banques, employeurs. Une notification rapide évite les régularisations rétroactives, en particulier pour les prestations familiales calculées sur la composition du foyer. Pour l'allocation de soutien familial et les avances sur pension impayée, le régime applicable est celui des articles L523-1 et L581-2 du Code de la sécurité sociale.

Conserver l'acte et son original

Chaque époux conserve un original de la convention. Le notaire en conserve un autre à son étude, où il peut être demandé en copie exécutoire à tout moment. Conservez précieusement votre exemplaire : il est la preuve de votre divorce et de tous ses effets (pension, partage, prestation compensatoire). Un duplicata auprès du notaire est payant.

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Vérifier que votre situation entre dans le champ du divorce sans juge : accord intégral, absence d'enfant demandant à être entendu, absence de mesure de protection.
  • Choisir chacun votre avocat et imposer un calendrier précis : projet rédigé, lettre recommandée, signature, dépôt.
  • Faire chiffrer le patrimoine commun par un notaire en amont si vous détenez un bien immobilier ou des parts sociales.
  • Réunir les justificatifs d'identité, livret de famille, contrat de mariage éventuel, actes de propriété et relevés bancaires récents.
  • Planifier dès la première consultation les démarches administratives postérieures au dépôt (état civil, CAF, fisc, banque).

Questions fréquentes

  • Combien de temps dure un divorce chez le notaire en moyenne ?

    Entre deux et quatre mois en l'absence de complications patrimoniales. Le calendrier minimum incompressible est d'environ un mois et demi : quelques semaines pour négocier et rédiger la convention, quinze jours de délai de réflexion obligatoire après envoi du projet par lettre recommandée, sept jours pour transmettre la convention signée au notaire, puis jusqu'à quinze jours pour le dépôt minute. Si un bien immobilier doit être liquidé, l'état liquidatif notarié allonge la procédure de plusieurs semaines, parfois deux ou trois mois supplémentaires selon la disponibilité du notaire et la complexité des biens.

  • Peut-on faire un divorce chez le notaire sans avocat ?

    Non, jamais. La loi impose qu'un avocat assiste chaque époux, à peine de nullité. Un seul avocat pour les deux est interdit. L'intervention de deux avocats distincts est la garantie que chaque époux est conseillé sur ses intérêts propres. Le notaire ne se substitue pas à l'avocat : il reçoit la convention en dépôt au rang de ses minutes, sans donner de conseil juridique sur le contenu. Tenter un divorce sans avocat conduit au refus de dépôt par le notaire et oblige à reprendre la procédure depuis le début.

  • Que se passe-t-il si l'un des époux refuse de signer au dernier moment ?

    Chaque époux peut renoncer à signer jusqu'au moment de la signature effective, sans avoir à se justifier. La procédure s'arrête immédiatement et la convention reste lettre morte. Si le couple souhaite reprendre plus tard, il faut recommencer entièrement : nouveau projet rédigé, nouvelle lettre recommandée, nouveau délai de réflexion de quinze jours. Les honoraires d'avocat déjà engagés ne sont en principe pas remboursables. Si le refus traduit un désaccord de fond, la voie du divorce judiciaire s'ouvre, soit en consentement mutuel devant le juge, soit en divorce contentieux.

  • La convention peut-elle être modifiée après le dépôt chez le notaire ?

    Difficilement. Une fois la convention déposée au rang des minutes du notaire, elle a force exécutoire et son contenu s'impose aux deux ex-époux. Les clauses relatives aux enfants (pension, résidence, droit de visite) peuvent être révisées par saisine du juge aux affaires familiales en cas de changement substantiel des circonstances. La prestation compensatoire en capital n'est en principe pas révisable, sauf circonstances exceptionnelles. Le partage des biens, une fois liquidé, est définitif. C'est pourquoi la rédaction initiale doit être verrouillée ligne à ligne avec votre avocat.

  • Quel est le coût total d'un divorce chez le notaire en 2026 ?

    Le coût comprend trois postes : les honoraires des deux avocats, les émoluments du notaire pour le dépôt minute fixés par le tarif réglementé du Code de commerce, et les éventuels droits d'enregistrement et frais de partage si la convention emporte liquidation de biens. Les honoraires d'avocat sont libres et varient selon la complexité du dossier, la localisation et la notoriété du cabinet. Les émoluments de dépôt du notaire sont fixes et modestes. En revanche, si un état liquidatif notarié est nécessaire pour un patrimoine immobilier, son coût peut représenter plusieurs milliers d'euros, calculé sur la valeur des biens partagés.

  • Mon enfant mineur peut-il vraiment bloquer la procédure ?

    Oui. L'article 229-3 du Code civil prévoit que si un enfant mineur capable de discernement demande à être entendu par un juge, le divorce par acte sous seing privé est exclu et la procédure judiciaire devient obligatoire. C'est pourquoi chaque enfant mineur doit être informé personnellement de son droit d'être entendu, par un formulaire spécifique qu'il signe et qui est annexé à la convention. L'enfant n'a pas à motiver sa demande. En pratique, un dialogue préalable avec l'enfant, mené par les parents avec calme, suffit le plus souvent à éclairer son choix sans dramatiser.