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Divorce

Divorces en France : chiffres clés et tendances 2026

Par Maître Valérie Pons-Tomasello · Droit de la famille et des successions16 min de lecture
Sommaire

Le divorce est devenu un objet statistique avant d'être un objet juridique. Quand un justiciable franchit la porte d'un cabinet, il arrive rarement seul : il porte avec lui une représentation chiffrée de sa situation. « Un mariage sur deux finit en divorce. » « La procédure dure deux ans. » « Ça coûte 10 000 euros. » Ces phrases circulent, se transmettent, structurent les anticipations. Elles sont parfois justes, souvent approximatives, presque jamais à jour.

L'écart entre les chiffres perçus et les chiffres réels mérite qu'on s'y arrête. Depuis la réforme de 2017 qui a déjudiciarisé le divorce par consentement mutuel, depuis la généralisation de la procédure d'instance unique en 2021, depuis la lente érosion du nombre de mariages célébrés, le paysage statistique a basculé. Les séries longues de l'INSEE et du ministère de la Justice racontent une autre histoire que celle des dîners en ville : la France divorce moins en valeur absolue, mais elle divorce différemment, plus vite, et selon des motifs qui ont peu à voir avec la faute d'autrefois.

À l'horizon 2026, plusieurs forces se rencontrent. La pyramide des âges déplace le profil moyen du divorcé vers la cinquantaine, voire au-delà. Le divorce par consentement mutuel sans juge, devenu majoritaire, redessine la sociologie de la procédure. La prestation compensatoire, longtemps perçue comme rare et symbolique, se rationalise sous l'effet des tables de mortalité et des barèmes officieux des cours d'appel. Et la judiciarisation résiduelle se concentre sur les patrimoines complexes et les couples en conflit aigu.

Ce décryptage n'est pas une plaidoirie. Il n'a pas vocation à dire si la France divorce trop ou pas assez. Son objet est plus modeste, et plus utile : restituer ce que les chiffres disent vraiment, ce qu'ils ne disent pas, et ce que vous devez en retenir si vous êtes vous-même au seuil d'une procédure. Parce qu'un justiciable bien informé négocie mieux, choisit mieux son avocat, et accepte ou refuse une transaction en connaissance de cause.

Ce que disent vraiment les chiffres du divorce en France

La statistique du divorce souffre d'un problème de cadrage. Le ratio « mariages / divorces » sur une même année, repris à l'envi, n'a quasiment aucun sens scientifique. Il compare un flux d'entrée à un flux de sortie qui portent sur des cohortes différentes, parfois séparées de vingt ans. Les démographes utilisent d'autres indicateurs : le taux de divortialité par durée de mariage, l'indicateur conjoncturel de divortialité, et les analyses par génération.

Ce que ces indicateurs racontent est moins spectaculaire que le « un sur deux ». Une fraction substantielle des mariages se solde par un divorce, mais cette fraction varie selon la durée de l'union, le rang du mariage, le milieu social, la région. Les couples mariés depuis plus de vingt ans connaissent des taux de rupture longtemps faibles, qui remontent désormais sous l'effet des divorces dits « gris », ceux qui interviennent après cinquante-cinq ans.

Le ratio mariages sur divorces d'une même année ne dit rien de la probabilité qu'un couple donné se sépare. Il compare deux cohortes étrangères.

Une baisse en valeur absolue qui cache une recomposition

Le nombre brut de divorces prononcés chaque année en France a diminué depuis le pic des années 2000. Cette baisse n'est pas un retour de la stabilité conjugale. Elle traduit principalement deux phénomènes. D'abord, le recul du mariage lui-même : on ne divorce pas d'un PACS, et la dissolution d'un PACS n'apparaît dans aucune statistique de divorce. Ensuite, l'effet retardé de la déjudiciarisation : les divorces par consentement mutuel sans juge échappent en partie aux séries historiques produites par les juridictions.

La conséquence est paradoxale. Le justiciable qui entend « le nombre de divorces baisse » conclut spontanément que les couples tiennent mieux. La réalité est plutôt qu'une partie des séparations passe désormais par des canaux non comptabilisés dans les statistiques judiciaires : ruptures de PACS, dissolutions d'union libre, et divorces par acte sous signature privée déposés au rang des minutes d'un notaire.

La déjudiciarisation comme angle mort statistique

Depuis 2017, l'article 229-1 du Code civil permet aux époux de divorcer par consentement mutuel sans passer devant un juge, en signant une convention contresignée par leurs avocats et déposée chez un notaire. Cette voie est devenue majoritaire pour les divorces amiables. Elle est rapide, prévisible, et statistiquement... opaque.

Le divorce peut être demandé conjointement par les époux lorsqu'ils s'entendent sur la rupture du mariage et ses effets en soumettant à l'approbation du juge une convention réglant les conséquences du divorce.
Article 230 du Code civil

Les notaires recensent les dépôts, les avocats produisent leurs propres décomptes professionnels, mais l'agrégat national reste fragmenté. Pour 2026, les premières estimations consolidées suggèrent que le divorce par consentement mutuel sans juge représenterait la majorité des séparations matrimoniales. Cette donnée est moins certaine qu'il n'y paraît, et tout praticien sérieux la manie avec précaution.

Les statistiques du divorce racontent une France qui se sépare autrement

Au-delà du volume global, la sociologie du divorce a profondément changé. Trois mutations structurent le paysage de 2026 : le vieillissement de l'âge médian au divorce, la quasi-disparition contentieuse de la faute, et la montée en puissance des séparations à patrimoine constitué. Chacune de ces évolutions emporte des conséquences pratiques pour le justiciable.

L'âge médian au divorce s'élève

Les divorces interviennent à un âge moyen plus élevé qu'il y a vingt ans. Cette élévation reflète plusieurs forces convergentes : on se marie plus tard, on se marie moins, et la cohorte du baby-boom traverse désormais l'âge où les divorces dits tardifs deviennent plus fréquents. Les couples qui se séparent autour de cinquante ou soixante ans posent des questions juridiques radicalement différentes de celles d'un divorce à trente-cinq ans.

À ces âges, le patrimoine est constitué. La résidence principale est souvent acquise. Les régimes de retraite des deux époux portent des droits inégaux. Les enfants sont autonomes ou en passe de l'être. La prestation compensatoire devient l'enjeu central, parfois plus que la résidence ou les pensions alimentaires. Le calcul de cette prestation s'appuie sur des tables actuarielles.

Jurisprudence
La Cour de cassation a confirmé la légitimité du recours aux tables de mortalité publiées par l'INSEE pour évaluer la prestation compensatoire, dès lors que le juge motive son raisonnement et explicite la nature des données utilisées.

Cass. 1ère civ. — 2017-06-15 — n° 15-29.368

Cette validation jurisprudentielle a un effet pratique très concret : les barèmes officieux utilisés par les cours d'appel, qui croisent durée du mariage, écart de revenus et espérance de vie, ne sont plus une zone grise. Ils sont la norme implicite, et un justiciable qui négocie sans en avoir connaissance négocie en aveugle.

À cinquante ans, la prestation compensatoire n'est plus une variable d'ajustement. Elle est souvent le poste financier principal du divorce.

La faute en voie d'extinction contentieuse

Le divorce pour faute existe toujours dans le Code civil, mais sa part dans le volume contentieux a fortement reculé. Les justiciables qui imaginent que la révélation d'une infidélité ou d'un comportement humiliant leur permettra d'obtenir une indemnité substantielle se trompent généralement de procédure. La faute, lorsqu'elle est reconnue, ouvre la voie à des dommages-intérêts dont les montants moyens restent modérés, sans commune mesure avec le préjudice ressenti.

La désaffection pour le divorce pour faute tient à trois raisons. Le coût émotionnel et financier d'une procédure contradictoire fondée sur la preuve de manquements graves est élevé. Le bénéfice juridique obtenu est marginal au regard de cet investissement. Et les avocats orientent désormais leurs clients vers le divorce pour altération définitive du lien conjugal, plus rapide depuis que le délai de séparation a été ramené à un an, ou vers le consentement mutuel quand un accord reste possible.

Les divorces gris, nouvelle catégorie statistique

On désigne par « divorces gris » les séparations qui interviennent après cinquante-cinq ans. Leur progression est documentée dans la plupart des pays comparables, et la France ne fait pas exception. Plusieurs facteurs se conjuguent : l'allongement de l'espérance de vie en bonne santé, la libération du tabou social de la séparation tardive, et la transformation du modèle conjugal qui ne tolère plus l'idée d'années perdues.

Ces divorces concentrent les patrimoines les plus importants. Ils sont aussi ceux où les enjeux fiscaux et successoraux sont les plus complexes, où la question des droits à la retraite reversée pose des problèmes spécifiques, et où la liquidation du régime matrimonial mobilise expertises et arbitrages. Un cabinet senior reconnaît immédiatement ce profil au premier rendez-vous.

Durée, coût, voies procédurales : les chiffres que les justiciables se transmettent à tort

Aucune statistique ne suscite autant de fausses certitudes que la durée et le coût d'une procédure. Les chiffres qui circulent reposent souvent sur des souvenirs des années 2000, avant la réforme de 2017 et avant la généralisation de l'audience d'orientation et sur mesures provisoires en 2021. Le paysage de 2026 est tout autre.

La durée moyenne s'est contractée pour les divorces amiables

Pour un divorce par consentement mutuel sans juge, le délai entre la première consultation chez l'avocat et le dépôt de la convention chez le notaire se compte généralement en quelques mois, et non plus en années. Le délai de réflexion de quinze jours imposé entre la transmission du projet de convention et sa signature ne déplace pas significativement cette durée.

Pour les divorces contentieux, la durée moyenne reste plus difficile à isoler statistiquement, car elle dépend du nombre d'incidents, de la charge des tribunaux judiciaires, et de la complexité patrimoniale. Les écarts entre juridictions sont substantiels. Un divorce contentieux à Paris ne se déroule pas dans les mêmes délais qu'à Bobigny, à Lyon ou à Marseille.

Le coût réel d'une procédure de divorce

Le coût d'un divorce dépend de trois composantes : les honoraires d'avocat, les émoluments du notaire pour la liquidation et le dépôt de la convention, et les frais accessoires (expertise immobilière, frais de signification, droits d'enregistrement). La fourchette est large, et les chiffres médians cachent une distribution très étirée.

Un divorce par consentement mutuel sans patrimoine immobilier ni pension contestée se situe dans la fourchette basse. Un divorce contentieux avec liquidation d'un patrimoine immobilier, prestation compensatoire débattue, et désaccord sur la résidence des enfants peut représenter un multiple substantiel. Les justiciables sous-estiment systématiquement la part des frais notariés et le coût de la liquidation, qui n'est pas inclus dans les honoraires d'avocat affichés.

Ouvrent droit à une réduction d'impôt sur le revenu les versements de sommes d'argent et l'attribution de biens ou de droits effectués sur une période au plus égale à douze mois à compter de la date à laquelle le jugement de divorce est passé en force de chose jugée, lorsqu'ils proviennent de l'exécution de la prestation compensatoire.
Article 199 octodecies du Code général des impôts

La dimension fiscale de la prestation compensatoire est rarement intégrée dans les chiffrages préalables. Le justiciable qui négocie une prestation versée en capital sur une durée inférieure à douze mois peut bénéficier d'une réduction d'impôt significative. Au-delà, le régime change. Cette ligne de partage fiscale modifie la valeur économique réelle d'une transaction, et un avocat senior la fait toujours figurer dans le tableau d'arbitrage présenté au client.

Le coût affiché d'un divorce n'est presque jamais le coût total. Les frais de liquidation et la facture fiscale de la prestation compensatoire déplacent souvent l'équilibre négocié.

La répartition des voies procédurales

Quatre voies procédurales coexistent en droit français : le consentement mutuel sans juge, le consentement mutuel judiciaire (résiduel, principalement pour les couples avec mineur demandant à être entendu), l'acceptation du principe de la rupture du mariage, l'altération définitive du lien conjugal, et la faute. La répartition n'est pas équilibrée. Le consentement mutuel domine, suivi par l'altération définitive.

Cette répartition n'est pas neutre. Elle traduit une stratégie collective d'évitement du contentieux, encouragée par les juridictions, soutenue par les barreaux, et favorisée par l'allègement du délai de séparation requis pour l'altération définitive. Le justiciable qui maintient une option contentieuse en première intention va à rebours du courant général, ce qui ne veut pas dire qu'il a tort, mais qu'il doit en mesurer le coût.

Ce que les tendances 2026 changent pour votre situation

Les chiffres et tendances de 2026 ne sont pas une affaire d'observateurs. Ils ont des conséquences concrètes pour qui s'engage dans une procédure cette année. Trois conséquences méritent d'être posées clairement, parce qu'elles modifient la stratégie de négociation, le calendrier, et le rapport au juge.

La rationalisation de la prestation compensatoire

Les juges aux affaires familiales disposent désormais d'outils méthodologiques convergents pour évaluer la prestation compensatoire. Tables de mortalité, barèmes officieux des cours d'appel, doctrine notariale : l'écosystème statistique s'est consolidé. La conséquence pratique est que la marge de surprise s'est réduite. Une prestation compensatoire évaluée sérieusement par un avocat senior, en amont, s'écarte rarement de plus de quelques milliers d'euros de celle qui sera fixée par le juge si l'affaire est portée à l'audience.

La convention homologuée a la même force exécutoire qu'une décision de justice. Elle ne peut être modifiée que par une nouvelle convention entre les époux, également soumise à homologation.
Article 279 du Code civil

Cette stabilité de la convention homologuée explique pourquoi la négociation préalable est devenue déterminante. Une fois la convention validée, les marges de révision sont étroites. Un justiciable qui découvre après coup que la prestation compensatoire qu'il a acceptée était sous-évaluée n'a pas de seconde chance, sauf circonstances exceptionnelles que la jurisprudence interprète strictement.

Jurisprudence
Les juges du fond apprécient souverainement les modalités d'exercice de l'autorité parentale fixées d'un commun accord par les parents au moment du divorce, sans être tenus d'entrer dans le détail de l'argumentation des parties dès lors que l'intérêt des enfants ne commande pas de modifier l'organisation initiale.

Cass. 1ère civ. — 2015-01-28 — n° 13-27.576

Cette jurisprudence éclaire un point souvent mésestimé : ce qui est fixé au moment du divorce a une force d'inertie considérable. La modification ultérieure n'est ouverte que si l'intérêt des enfants l'exige, et le juge n'est pas tenu de répondre point par point aux arguments du parent demandeur. La conséquence opérationnelle est claire : la négociation initiale concentre la quasi-totalité de la valeur. Tout ce qui n'a pas été obtenu à ce moment-là devient très difficile à obtenir ensuite.

La standardisation comme arme à double tranchant

La standardisation procédurale et statistique présente un avantage évident : elle réduit l'aléa, elle rend les conseils plus fiables, elle permet à l'avocat d'annoncer à son client des fourchettes resserrées. Elle a aussi un revers. Les situations atypiques, les patrimoines complexes, les configurations familiales recomposées entrent mal dans les grilles. Le justiciable dans une configuration non standard doit refuser que sa situation soit traitée comme un cas standard.

Cette vigilance vaut particulièrement pour les couples ayant exercé conjointement une activité professionnelle, pour ceux dont l'un des conjoints a travaillé à l'étranger pendant une partie significative du mariage, et pour les configurations impliquant des biens propres reçus par donation ou succession. La règle générale ne capte pas ces nuances, et un divorce traité au barème générique laisse souvent de la valeur sur la table.

La standardisation aide les cas standards. Pour les autres, elle peut coûter cher.

Le poids du choix de la voie procédurale

En 2026, le choix entre consentement mutuel sans juge, divorce accepté et altération définitive du lien conjugal ne se résume pas à une question de coût ou de durée. Ce choix engage la forme de la convention, la marge de négociation, la possibilité de mesures provisoires, et la sécurité juridique finale. Le justiciable qui s'oriente seul vers le consentement mutuel parce qu'on lui a dit que c'était le plus rapide passe parfois à côté d'options plus protectrices.

Un avocat senior n'oriente jamais le choix de la voie procédurale avant d'avoir cartographié trois éléments : la qualité réelle de l'accord entre les époux, l'existence ou non de patrimoine à liquider, et la présence ou non de tensions susceptibles de bloquer la signature finale. C'est ce diagnostic qui détermine la voie, pas l'inverse.

Les angles morts statistiques qu'aucun chiffre ne capture

Tout décryptage chiffré doit reconnaître ses limites. Trois zones échappent aux statistiques officielles, et leur compréhension distingue le justiciable bien informé de celui qui s'appuie sur des moyennes trompeuses.

Les ruptures de PACS et de concubinage

Les ruptures de PACS sont enregistrées en mairie ou chez le notaire, mais elles ne figurent pas dans les statistiques de divorce. Les ruptures de concubinage ne sont nulle part. Or, le nombre de couples non mariés progresse depuis plusieurs décennies. Comparer le nombre de divorces de 2026 à celui des années 1990 sans intégrer ce déplacement du mariage vers le PACS et le concubinage conduit à des conclusions sociologiquement fausses.

Pour le justiciable, la conséquence est qu'un partenaire pacsé qui rompt n'a pas accès aux mêmes droits qu'un époux divorcé. Pas de prestation compensatoire, pas de pension de réversion, pas de réduction d'impôt sur le revenu de l'article 199 octodecies du Code général des impôts. Cette asymétrie est rarement intégrée par les couples qui choisissent le PACS comme alternative supposée souple au mariage.

Les divorces internationaux

Les divorces internationaux, qu'il s'agisse de couples binationaux ou de couples français dont l'un réside à l'étranger, sont mal capturés par les statistiques nationales. Les règlements européens en matière de compétence et de loi applicable structurent les procédures, mais leurs effets statistiques sont diffus. Un divorce français peut être prononcé selon une loi étrangère, et un divorce étranger peut produire des effets en France après exequatur ou reconnaissance automatique.

Ces configurations méritent une vigilance particulière sur la juridiction saisie en premier, sur le choix de la loi applicable au régime matrimonial, et sur les droits successoraux qui en découlent. Un conseil approximatif à ce stade coûte cher, parce qu'il est difficile de revenir en arrière.

L'invisibilité du contentieux post-divorce

Une partie significative du contentieux familial ne porte pas sur le divorce lui-même, mais sur ses suites : révision de pension alimentaire, modification de l'autorité parentale, exécution de la prestation compensatoire, conflits liés à la liquidation. Ces contentieux ne sont pas comptabilisés dans les statistiques de divorce. Ils représentent pourtant un volume substantiel d'activité des juges aux affaires familiales.

Le justiciable qui imagine que son divorce s'achève au jugement ou à la convention déposée sous-estime souvent la durée résiduelle du dossier. La liquidation peut prendre plusieurs années, surtout en cas de désaccord sur la valeur des biens. Les mesures relatives aux enfants peuvent être révisées au gré de l'évolution des situations professionnelles ou résidentielles. Le divorce, comme événement statistique, est un point. Comme processus, c'est une trajectoire qui s'étire bien au-delà.

Jurisprudence
Le juge qui fonde son évaluation sur une donnée statistique doit en préciser l'origine et la nature, et accompagner ce chiffre d'éléments susceptibles de le crédibiliser, faute de quoi sa décision encourt la cassation.

Cass. 1ère civ. — 2000-09-28 — n° 98-15.740

Cette exigence ancienne mais toujours actuelle vaut aussi pour le justiciable. Quand on vous présente une moyenne ou un barème, demandez la source. Demandez la date. Demandez le périmètre. Un chiffre sans provenance est une opinion, pas une statistique. C'est en posant ces questions que vous distinguez le conseil étayé du conseil approximatif.

Un chiffre sans source est une opinion. Cette exigence vaut pour le juge, elle vaut aussi pour le justiciable qui négocie.

Lire les chiffres du divorce sans se laisser tromper par les moyennes

Aucune statistique ne décrit votre situation. C'est une évidence qu'il faut pourtant rappeler, parce que la moyenne, l'écart-type, la médiane sont des outils descriptifs d'une population, pas des prédictions individuelles. Quand un confrère vous annonce que « la prestation compensatoire moyenne est de X euros », cette donnée vous dit où vous êtes dans la distribution, elle ne vous dit pas ce que vous obtiendrez.

Le bon usage des chiffres dans une négociation de divorce répond à trois principes. Premier principe : ils servent à étayer une position, jamais à la fonder seule. La prestation compensatoire moyenne n'est pas la vôtre, mais elle est utile pour situer l'argumentation adverse. Deuxième principe : ils sont utilisés en distribution, pas en valeur moyenne isolée. La fourchette interquartile dit beaucoup plus que la médiane. Troisième principe : ils sont actualisés. Un chiffre de 2018 est obsolète en 2026.

L'erreur la plus fréquente, observée mille fois en cabinet, est celle du justiciable qui arrive avec une fourchette glanée sur internet et la défend comme un acquis. Cette fourchette n'a souvent ni source vérifiable, ni périmètre défini, ni date. Elle est citée par d'autres sites qui se sont cités les uns les autres jusqu'à l'oubli de l'origine. Bâtir une stratégie sur ce sable est dangereux.

Le contre-modèle, c'est la documentation de cabinet. Un avocat senior s'appuie sur ses propres dossiers, sur les décisions publiées de la cour d'appel territorialement compétente, sur les barèmes officieux des juridictions concernées, et sur les outils actuariels validés par la jurisprudence. Cette documentation est rarement publique, ce qui frustre les justiciables habitués à tout vérifier en ligne. Mais c'est elle qui produit les évaluations les plus fiables, et c'est sur elle que se fondent les transactions qui tiennent.

Questions fréquentes

  • Combien de divorces sont prononcés chaque année en France en 2026 ?

    Le nombre total de divorces prononcés en France en 2026 résulte de l'addition de plusieurs séries statistiques : les divorces judiciaires comptabilisés par le ministère de la Justice, et les divorces par consentement mutuel sans juge déposés chez le notaire. La consolidation nationale présente des délais, et les chiffres définitifs sont publiés avec décalage. Tendance générale : le nombre total a baissé depuis le pic des années 2000, mais cette baisse s'explique en grande partie par le recul du mariage lui-même, pas uniquement par une plus grande stabilité conjugale.

  • Quelle est la durée moyenne d'une procédure de divorce aujourd'hui ?

    La durée moyenne dépend fortement de la voie procédurale choisie. Un divorce par consentement mutuel sans juge se conclut généralement en quelques mois, depuis la première consultation jusqu'au dépôt de la convention chez le notaire, en intégrant le délai de réflexion de quinze jours imposé par la loi. Un divorce contentieux s'étire sur plusieurs mois à plusieurs années selon la complexité du dossier, la charge de la juridiction saisie et le nombre d'incidents. La liquidation du régime matrimonial peut prolonger la procédure bien au-delà du jugement de divorce lui-même.

  • Le divorce par consentement mutuel sans juge est-il devenu majoritaire ?

    Depuis la réforme de 2017 ayant instauré le divorce par consentement mutuel sans juge, prévu à l'article 229-1 du Code civil, cette voie a pris une part très importante des séparations amiables. Les estimations consolidées pour 2026 indiquent qu'elle représente la majorité des divorces prononcés. Cette domination tient à sa rapidité, à sa prévisibilité et à son coût souvent inférieur. Elle suppose toutefois un accord complet des époux sur le principe du divorce et sur l'ensemble de ses conséquences, faute de quoi le retour vers une procédure judiciaire devient nécessaire.

  • Quel âge moyen pour divorcer en France ?

    L'âge moyen au divorce s'est élevé au cours des deux dernières décennies. Cette progression reflète l'élévation de l'âge moyen au mariage, le recul démographique du mariage, et la montée des divorces dits gris intervenant après cinquante-cinq ans. Concrètement, le profil archétypal du justiciable qui consulte un avocat pour engager une procédure de divorce est aujourd'hui plus âgé qu'il ne l'était dans les années 2000, ce qui modifie la nature des enjeux : patrimoine constitué, droits à la retraite, prestation compensatoire au cœur du dossier.

  • Le divorce pour faute existe-t-il encore ?

    Le divorce pour faute reste prévu par le Code civil, mais sa part dans le volume contentieux a fortement reculé. Les justiciables s'orientent désormais majoritairement vers le consentement mutuel ou l'altération définitive du lien conjugal, dont le délai de séparation requis a été ramené à un an. La faute, lorsqu'elle est reconnue, ouvre la voie à des dommages-intérêts dont les montants moyens restent modérés. Le rapport entre l'investissement procédural exigé par une procédure pour faute et le bénéfice juridique obtenu explique cette désaffection.

  • Comment sont calculées les prestations compensatoires en 2026 ?

    Le calcul de la prestation compensatoire repose sur les critères posés par le Code civil, croisés avec les tables de mortalité publiées par l'INSEE pour intégrer l'espérance de vie. La Cour de cassation a validé l'usage de ces tables, et les cours d'appel ont développé des barèmes officieux qui croisent durée du mariage, écart de revenus et âge des époux. Cette consolidation méthodologique a réduit l'aléa des décisions, mais elle n'élimine pas la nécessité d'une évaluation individualisée. Les situations patrimoniales atypiques restent mal capturées par les grilles génériques.