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Divorce

Partage des biens lors d'un divorce : calcul, donation et compte joint

Par Maître Valérie Pons-Tomasello · Droit de la famille et des successions10 min de lecture
Sommaire

Le divorce ne se limite pas au prononcé du jugement. La partie souvent la plus longue, la plus tendue et la plus coûteuse commence après : il faut partager ce qui appartenait au couple. Logement, comptes bancaires, contrats d'assurance-vie, parts de SCI, mobilier, dettes en cours, donation consentie au conjoint pendant le mariage. Tout passe en revue.

Le partage des biens du divorce obéit à un cadre précis. L'article 267 du Code civil impose au juge aux affaires familiales d'ordonner la liquidation et le partage des intérêts patrimoniaux. Selon le régime matrimonial choisi au mariage, les règles changent du tout au tout. Selon que les ex-époux s'entendent ou non, la procédure passe par un notaire ou repart en contentieux. Selon les montants en jeu, le droit de partage et les honoraires peuvent peser plusieurs milliers d'euros.

Ce guide explique, étape par étape, comment se déroule un partage des biens lors d'un divorce en 2026 : du diagnostic du régime matrimonial à la signature de l'état liquidatif, en passant par le sort du compte joint, des donations entre époux et des dettes communes. Compter en pratique de six à dix-huit mois entre le prononcé du divorce et la clôture du partage, davantage en cas de désaccord ou de bien immobilier difficile à céder.

  1. Étape 1 — Identifier le régime matrimonial

    Communauté légale, séparation de biens, communauté universelle ou participation aux acquêts : la nature du régime conditionne ce qui se partage et ce qui reste propre à chacun.

  2. Étape 2 — Inventorier et évaluer

    Recenser actif et passif, puis fixer une valeur à jour. L'évaluation se fait au jour du partage, pas au jour du divorce.

  3. Étape 3 — Traiter compte joint et donations

    Clôturer ou désolidariser le compte joint, vérifier le sort des donations entre époux consenties pendant le mariage.

  4. Étape 4 — Choisir partage amiable ou judiciaire

    Convention notariée si accord, désignation d'un notaire commis par le juge en cas de blocage.

  5. Étape 5 — Régler les frais et droits

    Droit de partage, honoraires de notaire, frais d'expert : anticiper le coût total et le calendrier fiscal 2026.

Étape 1 — Identifier votre régime matrimonial avant tout partage des biens du divorce

Le régime matrimonial est la matrice de tout le partage. Sans contrat signé devant notaire avant ou pendant le mariage, vous êtes par défaut sous le régime de la communauté légale réduite aux acquêts. Tout ce qui a été acquis pendant le mariage avec les revenus du couple appartient à la communauté et se partage par moitié. Ce que chacun possédait avant, ou a reçu par succession ou donation pendant le mariage, reste un bien propre et n'entre pas dans le partage.

Si vous avez signé un contrat de séparation de biens, chaque époux conserve ses acquisitions personnelles. Le partage se limite alors aux biens indivis (souvent le logement acheté à deux) et aux comptes communs. La communauté universelle, à l'inverse, met tout en commun, y compris les biens reçus avant le mariage ou par héritage, sauf clause contraire. La participation aux acquêts fonctionne comme une séparation de biens pendant le mariage et donne lieu, au divorce, à une créance compensatoire entre les époux.

Retrouver votre régime matrimonial en pratique

Le régime matrimonial figure sur l'acte de mariage délivré par la mairie et, si un contrat existe, dans la minute conservée par le notaire qui l'a reçu. Demandez une copie intégrale de l'acte de mariage à la mairie du lieu de célébration. Le mode de mention « sans contrat » signifie communauté légale ; toute autre mention renvoie à l'étude notariale concernée. Cette première vérification conditionne l'ensemble des étapes suivantes.

À défaut d'un règlement conventionnel par les époux, le juge, en prononçant le divorce, ordonne la liquidation et le partage de leurs intérêts patrimoniaux.
Article 267 du Code civil

Étape 2 — Dresser l'inventaire et évaluer les biens pour la liquidation du régime matrimonial

La liquidation du régime matrimonial commence par un état complet : actif et passif, biens communs et biens propres, créances entre époux. Côté actif, vous listez le logement, les résidences secondaires, les véhicules, les comptes bancaires, les livrets, les contrats d'assurance-vie, les parts de SCI ou de société, le mobilier, les objets de valeur. Côté passif, vous recensez les emprunts en cours, les soldes débiteurs, les impôts dus, les éventuelles dettes professionnelles selon le régime.

Chaque bien doit être valorisé. L'évaluation suit une règle dégagée par la Cour de cassation : la valeur retenue est celle au jour du partage, pas au jour de l'ordonnance de non-conciliation ni du prononcé du divorce. Pour un bien qui prend de la valeur entre la séparation et la signature de l'état liquidatif, l'époux qui le récupère doit en tenir compte. Une expertise judiciaire ou amiable est souvent nécessaire pour les biens immobiliers et les parts sociales.

Jurisprudence
La Cour de cassation rappelle que les co-partageants ne peuvent retenir une valeur nominale figée et doivent évaluer les créances au jour du partage, en tenant compte de la plus-value du bien. La lésion de plus du quart ouvre la voie à une action en rescision de l'acte de partage.

Cass. 1ère civ. — 2023-10-25 — n° 21-25.051

Récompenses et créances entre époux dans la liquidation du régime matrimonial

Sous le régime de la communauté, lorsque la communauté a financé l'amélioration d'un bien propre, ou inversement, des comptes de récompenses sont établis. Exemple courant : la communauté a remboursé l'emprunt d'une maison reçue en héritage par l'un des époux. La communauté détient alors une créance de récompense contre cet époux, à intégrer dans le partage. Ces calculs techniques justifient à eux seuls l'intervention d'un notaire spécialisé en droit patrimonial.

Étape 3 — Traiter le compte joint et les donations entre époux durant le divorce

Le compte joint pose deux problèmes distincts. D'abord la solidarité bancaire : tant que le compte reste ouvert, chacun des co-titulaires peut continuer à signer, prélever, émettre des chèques, et l'autre demeure tenu d'un éventuel découvert. La dénonciation du compte joint, ou désolidarisation, doit être demandée par écrit à la banque dès l'engagement de la procédure. Ensuite la répartition du solde : le solde créditeur est présumé appartenir à la communauté ou à l'indivision selon le régime, et entre dans le partage.

Les donations entre époux obéissent à des règles spécifiques qui dépendent de leur nature. La donation de biens présents consentie pendant le mariage, par exemple un appartement donné à son conjoint, est en principe irrévocable. À l'inverse, la donation au dernier vivant — qui prend effet au décès — est révocable à tout moment et caduque par l'effet du divorce.

Les donations faites entre époux de biens à venir sont toujours révocables. La révocation peut être faite à tout moment par l'époux donateur, sans qu'il ait à motiver sa décision.
Article 1097 du Code civil
Les époux peuvent, soit par contrat de mariage, soit pendant le mariage, se faire l'un à l'autre telles donations qu'ils jugeront à propos, sous les modifications ci-après énoncées.
Article 1091 du Code civil

Désolidariser le compte joint sans incident

La désolidarisation doit être adressée à la banque par lettre recommandée avec accusé de réception, signée par celui qui s'en retire. La banque transforme alors le compte joint en compte indivis : aucune opération n'est possible sans l'accord des deux titulaires. Les chèques émis avant la dénonciation continuent d'engager les deux signataires. Conservez la preuve de la date d'envoi : c'est elle qui détermine la fin de votre solidarité bancaire pour les opérations postérieures.

Étape 4 — Choisir entre partage amiable et liquidation judiciaire des biens du divorce

Deux voies coexistent. La voie amiable, de loin la plus rapide et la moins coûteuse, repose sur une convention de liquidation signée devant notaire. Les époux y règlent l'attribution de chaque bien, les soultes à verser, le sort du compte joint et celui des dettes. Cette convention peut être préparée avant le divorce et homologuée par le juge dans le cadre du divorce par consentement mutuel, ou conclue après le prononcé du jugement.

Les époux peuvent, pendant l'instance en divorce, passer toutes conventions pour la liquidation et le partage de leur régime matrimonial. Lorsque la liquidation porte sur des biens soumis à publicité foncière, la convention est passée par acte notarié.
Article 265-2 du Code civil

La voie judiciaire s'impose en cas de blocage. À défaut d'accord, le juge aux affaires familiales désigne un notaire pour conduire les opérations de liquidation et de partage. Ce notaire commis par le juge dresse un projet d'état liquidatif. Si les époux signent, le partage est clos. S'ils ne signent pas, le notaire dresse un procès-verbal de difficultés et le dossier repart devant le juge, qui tranche les désaccords. Cette procédure peut durer plusieurs années lorsque les contentieux sont nombreux.

Jurisprudence
La Cour de cassation confirme que le juge qui prononce le divorce, à défaut de règlement conventionnel entre les époux, doit désigner un notaire pour procéder aux opérations de liquidation et partage des intérêts patrimoniaux.

Cass. 1ère civ. — 2012-11-07 — n° 12-17.394

Jurisprudence
La liquidation à laquelle il est procédé à la suite du divorce englobe tous les rapports pécuniaires entre les époux, et pas seulement le partage des biens communs au sens strict.

Cass. 1ère civ. — 2021-05-26 — n° 19-23.723

Que faire si un bien a été oublié dans l'état liquidatif

Un état liquidatif signé n'est pas toujours définitif. La jurisprudence admet la demande de partage complémentaire pour les biens ou dettes omis dans l'état initial. Le justiciable qui découvre, après coup, un compte épargne, un contrat d'assurance-vie ou une dette commune oubliés conserve une action pour les intégrer dans le partage. Ce recours est utile lorsqu'un époux a dissimulé un actif au moment de la liquidation.

Jurisprudence
Un époux demeure recevable à présenter une demande ultérieure tendant au partage complémentaire de biens communs ou de dettes communes omis dans l'état liquidatif homologué.

Cass. 1ère civ. — 2009-09-30 — n° 07-12.592

Étape 5 — Anticiper les frais, le droit de partage et la fiscalité du divorce en 2026

Le partage des biens du divorce a un coût qu'il faut anticiper. Trois postes principaux : le droit de partage perçu par l'administration fiscale, les honoraires du notaire chargé de l'état liquidatif, et le cas échéant les honoraires d'expert et d'avocat. L'addition peut représenter plusieurs milliers d'euros, parfois plus selon la consistance du patrimoine et la complexité des calculs.

Le droit de partage est un impôt prélevé sur l'actif net partagé, c'est-à-dire la valeur des biens partagés diminuée du passif. Son taux a été abaissé par le législateur ces dernières années pour les partages consécutifs à un divorce ou à une séparation de corps. Le notaire le calcule sur l'état liquidatif et le reverse à l'administration au moment de la formalité d'enregistrement. Pour un actif net de 200 000 euros partagé entre deux époux, son montant représente quelques milliers d'euros, à provisionner avant la signature.

Le droit de partage est assis sur la valeur de l'actif net partagé. Pour les partages consécutifs à une séparation de corps, à un divorce ou à une rupture de Pacs, un taux réduit s'applique dans les conditions fixées par la loi.
Article 776 A du Code général des impôts

Honoraires du notaire dans la liquidation du régime matrimonial

Les émoluments du notaire sont réglementés et proportionnels à la valeur des biens partagés. À ces émoluments s'ajoutent les débours (frais de publicité foncière, copies d'actes, déplacements) et la TVA. En présence d'un bien immobilier à partager, comptez plusieurs milliers d'euros à provisionner. Demandez au notaire un devis chiffré dès la première rencontre : il est tenu de l'établir avant toute mission complexe.

Les donations en pleine propriété de parts ou actions de sociétés ainsi que de biens meubles ou immeubles à usage agricole bénéficient, sous conditions, d'une réduction de droits prévue par la loi.
Article 790 du Code général des impôts

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Récupérer une copie intégrale de votre acte de mariage pour identifier votre régime matrimonial
  • Réunir cinq ans de relevés bancaires, tableaux d'amortissement, contrats d'assurance-vie et actes notariés
  • Adresser à votre banque une lettre recommandée pour désolidariser le compte joint
  • Vérifier si une donation au dernier vivant a été signée et lister les donations consenties pendant le mariage
  • Solliciter un devis détaillé auprès d'un notaire et estimer le droit de partage avant toute signature

Questions fréquentes

  • Combien de temps dure un partage des biens après un divorce ?

    Pour un partage amiable avec un patrimoine simple et l'accord des deux époux, comptez en pratique de trois à six mois entre la désignation du notaire et la signature de l'état liquidatif. En présence d'un bien immobilier à vendre ou d'une expertise à mener, le délai monte couramment à douze, voire dix-huit mois. En cas de désaccord profond et de procédure judiciaire, le partage peut durer plusieurs années, le juge devant trancher chaque point de désaccord après procès-verbal de difficultés dressé par le notaire commis.

  • Le compte joint doit-il être clôturé pendant la procédure de divorce ?

    Pas obligatoirement, mais il est fortement recommandé de le désolidariser sans attendre. Tant que le compte reste ouvert sous forme joint, chaque co-titulaire reste tenu solidairement des opérations. Une lettre recommandée à la banque demande la transformation du compte joint en compte indivis : aucune opération ne peut alors avoir lieu sans accord des deux titulaires. Le solde créditeur entre dans le partage selon le régime matrimonial, et les opérations passées par l'un des époux pendant la procédure peuvent donner lieu à des comptes entre époux.

  • Une donation entre époux est-elle annulée par le divorce ?

    Cela dépend de sa nature. La donation au dernier vivant, qui porte sur des biens à venir et prend effet au décès, devient caduque par l'effet du divorce conformément à l'article 1097 du Code civil. Elle est révocable à tout moment par le donateur. La donation de biens présents, en revanche — un bien immobilier ou une somme d'argent transmis pendant le mariage — reste en principe acquise au bénéficiaire. Sa révocation est strictement encadrée et difficile à obtenir, sauf cause précise prévue par la loi.

  • Quel est le coût du droit de partage en cas de divorce ?

    Le droit de partage est calculé sur l'actif net partagé, c'est-à-dire la valeur des biens diminuée des dettes. Le législateur a abaissé son taux pour les partages liés à un divorce ou à une rupture de Pacs. Le notaire le calcule au moment de l'état liquidatif et le reverse à l'administration fiscale lors de la formalité d'enregistrement. Pour estimer le coût total de votre partage, demandez au notaire un devis incluant le droit de partage, ses émoluments réglementés, les débours et la TVA. La somme doit être provisionnée avant la signature.

  • Peut-on rouvrir un partage déjà signé si un bien a été oublié ?

    Oui, dans certaines limites. La Cour de cassation admet la demande de partage complémentaire pour les biens communs ou les dettes communes omis dans l'état liquidatif homologué. L'époux qui découvre, après signature, un compte non déclaré, un contrat d'assurance-vie ou une dette ignorée conserve une action pour les intégrer au partage. Par ailleurs, en cas de lésion de plus du quart, une action en rescision contre l'acte de partage est ouverte. Ces voies de recours sont techniques et soumises à des délais : un avocat doit analyser rapidement la situation.

  • Faut-il un avocat ou seulement un notaire pour le partage des biens du divorce ?

    Le notaire est indispensable dès qu'un bien immobilier est concerné : il est seul habilité à dresser l'acte authentique et à publier le partage. L'avocat n'est pas obligatoire pour la liquidation proprement dite, mais son intervention est presque toujours utile. Il conseille avant la signature, vérifie l'équilibre du partage, calcule les récompenses, négocie les soultes et alerte sur les conséquences fiscales. Le notaire est un officier public neutre, l'avocat défend votre intérêt propre. Les deux rôles sont complémentaires, en particulier lorsque les montants en jeu dépassent quelques dizaines de milliers d'euros.