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Donation simple

Réévaluation d'un bien après donation : la méthode étape par étape

Par Maître Valérie Pons-Tomasello · Droit de la famille et des successionsMis à jour le 10 min de lecture
Sommaire

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Un bien donné il y a vingt ans ne vaut plus ce qu'il valait au jour de la donation. L'appartement acheté 80 000 euros par vos parents en 1998 et donné à votre frère en 2005 vaut peut-être 280 000 euros aujourd'hui. Au moment du règlement de la succession, cette plus-value change tout : elle peut déséquilibrer le partage, créer une dette entre héritiers, ou au contraire être neutralisée selon le type d'acte signé. La réévaluation d'un bien après donation obéit à des règles précises, qui dépendent de la nature de la libéralité (donation simple ou donation-partage), de l'état du bien et de la date retenue pour l'évaluation.

Ce guide s'adresse à l'héritier confronté au partage et au donataire qui s'interroge sur ce qu'il devra rapporter à la succession. La procédure complète s'étale sur plusieurs mois, parfois plus d'un an quand l'évaluation est contestée. Chaque étape se joue devant le notaire chargé de la succession, avec, en cas de désaccord, un passage possible devant le tribunal judiciaire. Compter entre six et dix-huit mois selon la complexité du dossier et le nombre d'héritiers concernés.

  1. Étape 1 — Identifier le type de libéralité

    Reconstituer l'historique des donations (simples, donations-partages, dons manuels) et récupérer les actes auprès du notaire dépositaire.

  2. Étape 2 — Déterminer la méthode d'évaluation applicable

    Appliquer la règle de la valeur au jour du partage selon l'état du bien à l'époque de la donation, ou la figer selon la nature de l'acte.

  3. Étape 3 — Faire estimer le bien à sa valeur actuelle

    Mandater un expert immobilier ou un commissaire-priseur pour établir une valeur contradictoire opposable aux cohéritiers.

  4. Étape 4 — Reconstituer l'état du bien à la date de la donation

    Isoler les améliorations financées par le donataire et les dégradations qui lui sont imputables pour corriger la valeur de référence.

  5. Étape 5 — Calculer le rapport ou l'indemnité de réduction

    Soumettre le résultat au notaire pour intégration dans la masse à partager et formalisation de l'acte de partage.

  6. Étape 6 — Trancher les désaccords devant le juge

    Saisir le tribunal judiciaire si un héritier conteste la valeur retenue ou la méthode appliquée.

Identifier le type de donation à réévaluer

La première étape conditionne tout le reste. Les règles de réévaluation diffèrent radicalement selon qu'il s'agit d'une donation simple, d'une donation-partage, ou d'un don manuel non déclaré. L'erreur fréquente, à ce stade, consiste à traiter toutes les libéralités de la même manière alors que leur régime successoral n'a rien à voir.

La donation simple (ou donation « ordinaire ») est consentie à un héritier sans qu'elle n'organise un partage anticipé. Elle est rapportable à la succession, c'est-à-dire qu'elle doit être réintégrée fictivement dans la masse à partager pour que l'égalité entre héritiers soit respectée. La donation-partage, à l'inverse, est un acte par lequel le donateur répartit tout ou partie de son patrimoine de son vivant entre ses héritiers présomptifs. Elle fige, en principe, la valeur des biens au jour de l'acte.

Récupérer les actes auprès du notaire dépositaire

Chaque donation notariée est conservée dans l'étude du notaire qui l'a reçue. En cas de doute sur l'existence d'une donation ancienne, le fichier central des dispositions de dernières volontés (FCDDV), géré par le Conseil supérieur du notariat, permet au notaire chargé de la succession de retrouver un éventuel testament. Pour les donations, c'est l'interrogation directe des études connues des parties et, le cas échéant, du fichier des donations, qui permet de reconstituer l'historique.

Déterminer la méthode de réévaluation d'un bien après donation

Deux grands principes gouvernent la matière. Pour les donations rapportables (donations simples), le bien est évalué à sa valeur au jour du partage, mais selon son état à l'époque de la donation. Autrement dit, on reprend le bien tel qu'il était au moment où il a été donné, puis on lui applique les prix du marché actuel. Pour les donations-partages, la règle est inverse : la valeur est en principe figée au jour de l'acte, sauf exceptions.

Pour faire une donation entre vifs ou un testament, il faut être sain d'esprit.
Article 901 du Code civil

La Cour de cassation applique ces principes avec constance. Dans un arrêt du 8 juillet 2009, elle rappelle que le rapport dû par un héritier gratifié se calcule sur la valeur des parts d'après leur état à l'époque de la donation. Dans celui du 25 mai 2016, elle juge au contraire qu'en matière de donation-partage, la réévaluation des biens à la date de l'acte est indifférente, dès lors que les conditions de l'action en complément de part pour cause de lésion ne sont pas réunies.

Jurisprudence
Le rapport successoral se calcule sur l'état des parts données à l'époque de la donation, auxquelles s'applique la valeur au jour du partage. Omettre cette distinction entre valeur et état expose le partage à l'annulation.

Cass. 1ère civ. — 2009-07-08 — n° 07-18.041

Jurisprudence
En matière de donation-partage, les réévaluations opérées par l'expert à la date de l'acte sont indifférentes à la solution du litige lorsque les conditions de l'action en complément de part pour cause de lésion ne sont pas réunies.

Cass. 1ère civ. — 2016-05-25 — n° 15-16.160

La règle particulière de la donation-partage réincorporée

Lorsqu'un bien précédemment donné est réincorporé dans une nouvelle donation-partage, l'article 776 A du Code général des impôts prévoit un mécanisme d'imputation des droits déjà acquittés. Les droits de donation payés lors de la première donation sont déduits de ceux dus lors de la réincorporation, pour éviter une double taxation sur le même bien.

Les droits acquittés lors de la première donation à raison du bien réincorporé sont imputés sur les droits dus à raison du même bien lors de la donation-partage, y compris lorsque ce bien est réattribué à un descendant du premier donataire lors de la donation-partage.
Article 776 A du Code général des impôts

Faire estimer la valeur actuelle du bien donné

L'évaluation est le nerf de la guerre. Pour un bien immobilier, le prix retenu doit refléter la valeur vénale au jour du partage, c'est-à-dire ce que le bien pourrait être vendu dans des conditions normales de marché. Trois voies coexistent, de la moins contraignante à la plus solide.

L'estimation amiable d'abord : les cohéritiers s'accordent sur une valeur, souvent sur la base de deux ou trois avis d'agences immobilières. Cette voie fonctionne quand les relations familiales le permettent et quand les enjeux financiers restent modérés. L'expertise amiable contradictoire ensuite : les parties désignent conjointement un expert immobilier qui remet un rapport opposable à tous. Son coût (généralement entre 1 500 et 4 000 euros pour un logement courant) est partagé entre les héritiers. L'expertise judiciaire enfin, décidée par le juge en cas de blocage, dont les honoraires sont provisionnés par la partie demanderesse.

Les méthodes d'évaluation reconnues

Pour l'immobilier, trois approches sont admises par les notaires et les experts : la méthode par comparaison (prix constatés sur des ventes récentes de biens similaires dans le même secteur), la méthode par capitalisation (valeur fondée sur les loyers que le bien pourrait produire) et la méthode par le coût de reconstruction (plus rare, utilisée pour des biens atypiques). La base DVF (Demandes de Valeurs Foncières), ouverte par l'administration fiscale, permet de consulter les prix de vente réels des trois dernières années sur l'ensemble du territoire.

Reconstituer l'état du bien à l'époque de la donation

C'est l'étape la plus technique de la réévaluation d'un bien après donation. Le principe est le suivant : la valeur retenue est celle du bien au jour du partage, mais dans son état au jour de la donation. Les améliorations financées par le donataire (travaux d'agrandissement, rénovation lourde, construction d'une piscine) ne doivent pas enrichir la masse à partager, puisqu'elles résultent de son investissement personnel. À l'inverse, les dégradations qui lui sont imputables ne doivent pas appauvrir cette masse.

En pratique, le notaire ou l'expert procède à une estimation en deux temps. D'abord, la valeur actuelle du bien tel qu'il est aujourd'hui. Ensuite, une correction : on retire la plus-value apportée par les travaux du donataire, on ajoute la moins-value causée par ses éventuelles dégradations. Le résultat est la valeur de référence pour le rapport ou la réduction.

Les justificatifs à rassembler par le donataire

Le donataire a tout intérêt à conserver et à produire les preuves des investissements qu'il a réalisés sur le bien depuis la donation : factures d'entreprises, permis de construire, déclarations préalables de travaux, photos avant/après. Sans ces pièces, l'expert ne pourra pas distinguer la plus-value du marché de celle apportée par ses travaux, et la totalité de la plus-value sera réintégrée dans la masse à partager.

Jurisprudence
L'émolument net d'une libéralité, à concurrence duquel elle est rapportable, se calcule en déduisant de la valeur du bien donné à l'époque du partage, d'après son état à l'époque de la donation, le montant de la charge, sans réévaluation de celle-ci au jour du partage.

Cass. 1ère civ. — 2022-11-16 — n° 21-11.837

Calculer le rapport et l'indemnité de réduction

Une fois la valeur de référence établie, le notaire procède à deux opérations distinctes. Le rapport consiste à réintégrer fictivement la valeur du bien donné dans la masse à partager, pour que chaque héritier reçoive effectivement sa part. Le donataire ne « rend » pas le bien : il voit simplement sa part dans la succession réduite d'autant. La réduction, elle, intervient quand une donation empiète sur la réserve héréditaire (la part minimale que la loi garantit aux enfants et, à défaut, au conjoint survivant).

La réserve héréditaire est calculée sur la masse de calcul, qui comprend les biens existant au décès plus la valeur réévaluée des biens donnés. Si les donations dépassent la quotité disponible (la part dont le défunt pouvait librement disposer), les bénéficiaires doivent une indemnité de réduction aux héritiers réservataires lésés. Cette indemnité se paie en principe en valeur, non en nature.

L'articulation avec le testament et les autres libéralités

Un testament laissé par le défunt peut compléter ou contredire les donations antérieures. Les règles de capacité posées par les articles 901, 902 et 906 du Code civil s'appliquent de la même manière aux donations et aux testaments. Lorsque les deux types d'actes coexistent, le notaire doit reconstituer l'ordre chronologique des libéralités pour calculer correctement la réduction : les legs testamentaires sont réduits en premier, puis les donations les plus récentes, en remontant dans le temps.

Toutes personnes peuvent disposer et recevoir soit par donation entre vifs, soit par testament, excepté celles que la loi en déclare incapables.
Article 902 du Code civil

Formaliser l'acte de partage chez le notaire

Le partage successoral est constaté par un acte notarié lorsqu'il porte sur des biens immobiliers. Cet acte reprend l'intégralité du calcul : masse de calcul, part de chaque héritier, imputation des donations antérieures, soultes éventuelles. Les émoluments du notaire sont fixés par le tarif réglementé. Pour un acte de partage, ils sont proportionnels à la valeur de l'actif partagé.

Les actes relatifs aux donations entre époux donnent lieu à la perception des émoluments suivants : donation entre époux, pendant le mariage : 113,20 € ; révocation de donation entre époux, de testament, de mandat ou de substitution : 26,41 €.
Article A444-69 du Code de commerce

Si un héritier refuse de signer l'acte de partage amiable, les autres peuvent demander au tribunal judiciaire d'ordonner un partage judiciaire. Le juge désigne alors un notaire commis, qui tente une conciliation, puis dresse un procès-verbal des difficultés qui subsistent. Le juge tranche ensuite les points de désaccord, dont la valeur retenue pour les biens donnés. Cette procédure est longue (douze à vingt-quatre mois en moyenne) et coûteuse.

La protection du donataire par la donation-partage

La donation-partage reste l'outil le plus efficace pour sécuriser la transmission et éviter les contentieux de réévaluation d'un bien après donation. En figeant la valeur au jour de l'acte, elle protège le donataire qui a fait fructifier le bien reçu. Elle protège aussi les cohéritiers, qui savent dès le départ ce qu'ils reçoivent et ce qu'ils ne pourront pas remettre en cause au moment du décès. Son efficacité suppose toutefois que tous les héritiers réservataires y soient parties, à défaut de quoi elle peut être partiellement remise en cause lors du règlement de la succession.

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Lister toutes les donations consenties par le défunt, en remontant jusqu'aux dons manuels non déclarés.
  • Récupérer auprès des notaires concernés les copies des actes de donation et de donation-partage.
  • Rassembler les justificatifs des travaux financés par le donataire depuis la donation (factures, permis, photos).
  • Faire estimer les biens donnés par au moins deux professionnels (agence immobilière, expert, commissaire-priseur selon la nature).
  • Vérifier avec le notaire chargé de la succession la méthode de réévaluation applicable à chaque libéralité.

Questions fréquentes

  • Faut-il réévaluer tous les biens donnés, même ceux reçus il y a plus de quinze ans ?

    Oui, en matière de rapport successoral, aucun délai de prescription n'efface l'obligation de réintégrer la valeur du bien donné dans la masse à partager. Un bien donné il y a vingt ou trente ans doit être réévalué au jour du partage. Seule exception notable : la donation-partage, qui fige en principe la valeur au jour de l'acte, quelle que soit son ancienneté. En matière fiscale, le rappel fiscal des donations antérieures ne s'applique qu'aux donations de moins de quinze ans pour le calcul des abattements, mais cette règle est distincte de celle du rapport civil.

  • Qui prend en charge les frais d'expertise du bien donné ?

    L'expertise amiable, décidée conjointement par les cohéritiers, est financée par la succession ou partagée entre les parties selon leurs droits. L'expertise judiciaire, ordonnée par le juge en cas de blocage, est provisionnée par la partie demanderesse (celle qui conteste la valeur ou qui demande le partage). À l'issue de la procédure, les frais sont ensuite répartis selon la décision du juge, en général proportionnellement aux parts successorales ou à la charge de la partie perdante.

  • Que se passe-t-il si le donataire a vendu le bien reçu avant la succession ?

    La règle est la même : la valeur à retenir est celle du bien au jour du partage, dans son état à l'époque de la donation. Si le bien a été vendu, l'évaluation se fait sur la base de la valeur qu'il aurait eue aujourd'hui, et non du prix de vente obtenu par le donataire. Celui-ci reste redevable du rapport sur la valeur théorique actuelle. Si le prix de vente a été réinvesti dans un autre bien, un mécanisme de subrogation peut parfois s'appliquer, à condition qu'il soit clairement établi.

  • La donation-partage peut-elle être remise en cause des années plus tard ?

    Oui, dans des cas précis. Une donation-partage peut être attaquée par un héritier réservataire qui n'y a pas été partie, pour atteinte à sa réserve. Elle peut également être contestée pour vice du consentement (dol, violence) dans les cinq ans suivant la découverte du vice, ou pour cause de lésion de plus du quart dans les deux ans. Hors de ces cas, les valeurs retenues dans l'acte sont figées et s'imposent aux héritiers lors du règlement de la succession, ce qui en fait un outil de sécurisation privilégié.

  • Un enfant peut-il refuser d'accepter la valeur retenue par le notaire pour un bien donné à son frère ?

    Oui. L'héritier qui conteste la valeur retenue peut demander une expertise amiable contradictoire. Si l'autre partie refuse, il peut saisir le président du tribunal judiciaire en référé pour obtenir la désignation d'un expert judiciaire. En l'absence d'accord malgré l'expertise, le partage amiable échoue et une procédure de partage judiciaire doit être engagée. Le juge tranche alors la valeur retenue au vu du rapport d'expertise et des éléments produits par chaque partie.