Indemnité d'occupation en indivision : comment la réclamer et la calculer
Sommaire
- Vérifier l'existence d'une indivision ouvrant droit à indemnité d'occupation
- Établir la jouissance privative du bien indivis
- Chiffrer précisément l'indemnité d'occupation due à l'indivision
- Mettre en demeure l'occupant et interrompre la prescription
- Saisir le juge compétent pour obtenir l'indemnité d'occupation
- Inscrire la créance d'indemnité au compte d'indivision jusqu'au partage
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Un frère occupe seul la maison de famille depuis le décès des parents. Une ex-épouse reste dans l'appartement acheté à deux, sans verser un euro. Un cohéritier s'est installé dans le studio hérité et refuse tout partage. Dans ces trois situations, les autres coïndivisaires ont un droit rarement connu et souvent sous-évalué : celui de réclamer une indemnité d'occupation.
L'indemnité d'occupation en indivision est la contrepartie financière due par l'indivisaire qui jouit privativement d'un bien indivis, au profit de ceux qui en sont privés. Elle n'est pas un loyer, ce n'est pas une sanction, c'est une créance d'équité économique reconnue par l'article 815-9 du Code civil. Elle peut représenter plusieurs milliers d'euros par an et se cumuler sur toute la durée de l'occupation, dans la limite de la prescription.
Sa mise en œuvre suppose une méthode. Constater l'occupation privative, la chiffrer, mettre en demeure, saisir le juge, faire valider dans le partage : chaque étape a ses règles, ses délais et ses pièges. Ce guide décrit la procédure telle qu'elle se déroule en pratique, du premier constat à l'inscription au compte d'indivision, avec les points sur lesquels les dossiers se perdent le plus souvent.
Étape 1 — Vérifier que l'indivision existe
Identifier le régime exact du bien (indivision successorale, post-communautaire, conventionnelle) et écarter les situations qui excluent l'indivision, comme la tontine ou le démembrement mal analysé.
Étape 2 — Établir la jouissance privative
Réunir les preuves objectives de l'occupation exclusive : constat d'huissier, factures, attestations. Sans preuve, l'indemnité ne sera pas prononcée.
Étape 3 — Chiffrer l'indemnité
Faire évaluer la valeur locative du bien, appliquer un abattement pour précarité, ajuster en fonction des quotes-parts et d'un éventuel démembrement.
Étape 4 — Mettre en demeure l'occupant
Adresser une mise en demeure par lettre recommandée. Cet acte fixe le point de départ des intérêts et interrompt utilement la prescription.
Étape 5 — Saisir le juge compétent
À défaut d'accord, saisir le président du tribunal judiciaire, soit à titre provisoire sur le fondement de l'article 815-9, soit dans le cadre des opérations de partage.
Étape 6 — Inscrire la créance au compte d'indivision
Faire intégrer l'indemnité dans les comptes du notaire liquidateur, jusqu'au partage effectif. Un versement provisionnel n'arrête pas le compteur.
Vérifier l'existence d'une indivision ouvrant droit à indemnité d'occupation
L'indemnité d'occupation en indivision n'existe que si le bien est effectivement indivis. Cette vérification, qui semble évidente, écarte en réalité une part significative des demandes portées devant les tribunaux. Trois configurations trompent régulièrement les justiciables.
La première est la clause de tontine, insérée dans l'acte d'acquisition à deux. Tant que la condition ne s'est pas réalisée, la propriété est réputée n'avoir jamais appartenu qu'à un seul acquéreur. Il n'y a pas d'indivision, donc pas d'indemnité possible sur ce fondement.
La Cour de cassation a rappelé le 3 octobre 2018 que la clause d'accroissement dite de tontine est exclusive de l'indivision, dès lors qu'il n'y aura jamais eu qu'un seul titulaire du droit de propriété. Aucune indemnité d'occupation ne peut donc être réclamée sur ce fondement tant que la condition n'est pas levée.
Cass. — 2018-10-03 — n° 17-26.020
La deuxième configuration piège les successions comportant un conjoint survivant. Si celui-ci a opté pour le quart en pleine propriété et les trois quarts en usufruit, il n'existe pas d'indivision en jouissance entre lui et les enfants nus-propriétaires. L'occupation du logement par le conjoint ne peut alors donner lieu à aucune indemnité au profit des enfants.
La Cour de cassation, dans un arrêt du 15 mai 2013, a censuré la cour d'appel qui avait mis une indemnité à la charge de l'usufruitière ayant opté pour le quart en pleine propriété et les trois quarts en usufruit. Cette option exclut l'indivision en jouissance et prive de fondement toute demande d'indemnité.
Cass. — 2013-05-15 — n° 11-24.217
La troisième situation est celle du démembrement partiel. Une indivision peut coexister avec un usufruit, notamment lorsque plusieurs héritiers reçoivent la nue-propriété d'un bien dont un tiers a l'usufruit. L'article 815-18 du Code civil précise que les règles de l'indivision s'appliquent aux indivisions en usufruit, dans la mesure où elles sont compatibles avec ce droit. Analyser précisément la structure des droits est un préalable indispensable.
Les dispositions des articles 815 à 815-17 sont applicables aux indivisions en usufruit en tant qu'elles sont compatibles avec les règles de l'usufruit.
Établir la jouissance privative du bien indivis
Une fois l'indivision confirmée, la deuxième étape consiste à prouver que l'un des indivisaires jouit privativement du bien, c'est-à-dire à l'exclusion des autres. Ce point conditionne l'ensemble de la demande. Sans jouissance privative caractérisée, aucune indemnité n'est due.
La preuve incombe au demandeur. Le juge apprécie la réalité de l'occupation exclusive à partir d'éléments matériels concrets : présence effective dans les lieux, changement de serrures, refus opposé aux autres indivisaires de venir occuper ou visiter, factures d'énergie au nom d'un seul, domiciliation administrative, attestations de voisinage. Un simple usage épisodique ne suffit pas.
Les preuves qui pèsent devant le juge
Le constat d'huissier reste l'outil le plus efficace. Il fige la situation à une date précise, décrit les lieux, peut relever les objets personnels de l'occupant, l'absence de traces de présence des autres indivisaires. Les factures d'électricité, de gaz, d'internet au nom exclusif de l'occupant apportent une continuité dans le temps.
Les attestations rédigées selon les formes de l'article 202 du Code de procédure civile, émanant de voisins ou de proches, complètent utilement. Les courriers échangés avec l'occupant, dans lesquels il reconnaît sa présence ou refuse la vôtre, constituent des aveux exploitables. Toute demande orale non tracée est difficile à faire valoir.
Le cas particulier de la privation de jouissance sans occupation effective
La jurisprudence retient parfois l'existence d'une privation de jouissance même sans occupation permanente des lieux, dès lors que le comportement d'un indivisaire empêche les autres d'user du bien. La Cour de cassation a admis cette approche, y compris dans un contexte de démembrement.
Dans un arrêt du 1er juin 2023, la Cour de cassation a validé la solution retenue par la cour d'appel : la seule privation de jouissance subie par le coïndivisaire génère un droit à indemnité, y compris dans un contexte de démembrement de propriété entre l'usufruitière et les nus-propriétaires.
Cass. — 2023-06-01 — n° 21-14.924
Chiffrer précisément l'indemnité d'occupation due à l'indivision
Le chiffrage est l'étape technique où beaucoup de dossiers se fragilisent. L'indemnité n'est pas un loyer. Elle correspond à la valeur locative du bien, ajustée par un abattement destiné à tenir compte de la précarité de l'occupation par rapport à celle d'un locataire titulaire d'un bail.
Déterminer la valeur locative du bien indivis
La valeur locative se détermine par comparaison avec des biens similaires loués dans le même secteur. Trois voies s'offrent au demandeur : une évaluation par une agence immobilière locale, sous forme d'attestation motivée ; une expertise amiable confiée à un expert immobilier ; une expertise judiciaire ordonnée par le juge, particulièrement recommandée lorsque le montant en jeu est significatif ou lorsque l'occupant conteste vigoureusement.
L'évaluation doit tenir compte de l'état réel du bien, de sa superficie, de son emplacement, de ses équipements, mais aussi des travaux éventuellement supportés par l'occupant. Un bien vétuste ou nécessitant des remises en état ne peut être valorisé au niveau d'un logement équivalent en bon état.
Appliquer l'abattement pour précarité
L'occupant indivisaire ne bénéficie ni d'un bail écrit, ni de la stabilité offerte par la loi du 6 juillet 1989. Il peut être contraint de quitter les lieux à tout moment, notamment en cas de partage. Les juridictions du fond retiennent en pratique un abattement, généralement compris entre 20 % et 30 % de la valeur locative de marché, pour tenir compte de cette précarité. Ce taux n'est pas fixé par la loi et relève de l'appréciation souveraine des juges du fond.
Ajuster pour les quotes-parts et le démembrement
L'indemnité est due à l'indivision et non aux autres coïndivisaires personnellement. En cas de démembrement, elle n'est due qu'à hauteur de la part des indivisaires effectivement privés de la jouissance. La Cour de cassation a jugé qu'en présence d'un conjoint survivant ayant opté pour le quart en pleine propriété et les trois quarts en usufruit sur d'autres biens, l'indemnité pour l'occupation d'un bien précis n'est due que dans la proportion des trois-huitièmes correspondant aux droits des autres.
Par arrêt du 4 juin 2007, la Cour de cassation a validé la limitation de l'indemnité à la proportion des droits des indivisaires réellement privés de jouissance, en l'espèce trois-huitièmes du montant total, en raison de la structure démembrée de la succession.
Cass. — 2007-06-04 — n° 05-21.842
Mettre en demeure l'occupant et interrompre la prescription
La mise en demeure joue un double rôle. Sur le plan comptable, elle fixe la date à partir de laquelle des intérêts moratoires courent sur la créance. Sur le plan procédural, elle constitue un jalon utile pour interrompre la prescription et démontrer la bonne foi du demandeur.
L'action en paiement de l'indemnité d'occupation se prescrit par cinq ans à compter du jour où l'indemnité est due, en application du droit commun. Chaque mensualité d'occupation ouvre un délai propre. Une action introduite tardivement peut voir amputer plusieurs années d'arriérés.
Rédiger une mise en demeure efficace
La mise en demeure doit être adressée par lettre recommandée avec accusé de réception. Elle identifie le bien concerné, rappelle la situation d'indivision et son origine (succession, divorce, achat conjoint), constate la jouissance privative, chiffre l'indemnité mensuelle réclamée et somme l'occupant de payer sous un délai raisonnable, généralement fixé à quinze jours ou un mois. Elle mentionne la référence à l'article 815-9 du Code civil et annonce, à défaut de règlement, la saisine du président du tribunal judiciaire.
À défaut d'accord entre les intéressés, l'exercice de ce droit est réglé, à titre provisoire, par le président du tribunal.
Conserver les preuves de l'interruption de prescription
L'accusé de réception signé de la mise en demeure, l'assignation en justice, la reconnaissance écrite de l'occupant sont autant d'actes qui interrompent la prescription. Chaque courrier doit être conservé dans son enveloppe d'origine, avec les cachets postaux visibles. Les envois simples ou les mails non horodatés offrent une valeur probante moindre.
Saisir le juge compétent pour obtenir l'indemnité d'occupation
À défaut d'accord entre les indivisaires, la voie judiciaire s'impose. Deux fondements procéduraux coexistent, dont le choix dépend de l'état de l'indivision et de l'urgence à trancher.
Saisine à titre provisoire du président du tribunal
L'article 815-9 du Code civil ouvre une voie rapide : la saisine du président du tribunal judiciaire, statuant à titre provisoire. Cette procédure permet de faire fixer une indemnité mensuelle avant même l'ouverture des opérations de partage. Elle est particulièrement adaptée lorsque l'occupation s'installe dans la durée et que le partage risque de tarder.
Le tribunal compétent est celui du lieu de situation de l'immeuble indivis. La procédure est introduite par assignation, avec constitution obligatoire d'avocat lorsque le montant en jeu dépasse 10 000 euros. Le juge peut ordonner une expertise pour évaluer la valeur locative, puis fixer l'indemnité mensuelle applicable, sans préjudice du décompte définitif qui sera arrêté lors du partage.
Demande dans le cadre des opérations de partage judiciaire
Lorsqu'une procédure de partage judiciaire est déjà engagée devant le tribunal judiciaire, la demande d'indemnité d'occupation s'y intègre naturellement. Le notaire commis liquide les comptes de l'indivision, y intègre l'indemnité d'occupation due par l'occupant, et soumet un projet d'état liquidatif au juge commis, qui tranche en cas de désaccord.
Cette voie est plus longue mais permet de traiter en une seule fois l'ensemble des comptes : indemnité d'occupation, remboursement des dépenses d'amélioration, contribution aux dettes, produits perçus. Le résultat s'impute directement sur la part de chaque coïndivisaire dans le partage final.
Sont de plein droit indivis, par l'effet d'une subrogation réelle, les créances et indemnités qui remplacent des biens indivis, ainsi que les biens acquis, avec le consentement de l'ensemble des indivisaires. Chaque indivisaire a droit aux bénéfices provenant des biens indivis et supporte les pertes proportionnellement à ses droits dans l'indivision.
Inscrire la créance d'indemnité au compte d'indivision jusqu'au partage
L'indemnité d'occupation n'est pas due à titre personnel aux autres indivisaires. Elle est due à l'indivision elle-même. Cette distinction technique a des conséquences pratiques importantes, tant pour la comptabilité de l'indivision que pour la fiscalité des sommes versées.
La créance court jusqu'au partage effectif
Tant que l'indivision perdure et que l'occupation privative se poursuit, l'indemnité continue de courir mois après mois. Un versement provisionnel ordonné par le juge n'arrête pas le compteur. Seul le partage effectif, ou la cessation démontrée de la jouissance privative, met fin à l'accumulation de la créance.
La Cour de cassation, par arrêt du 1er février 2017, a confirmé que ni un versement provisionnel ni la décision du juge fixant l'indemnité n'emportent partage. Les indemnités d'occupation continuent d'être dues à l'indivision jusqu'au partage effectif.
Cass. — 2017-02-01 — n° 16-11.599
Cette règle joue de manière symétrique. L'occupant qui s'acquitte de sommes régulières n'est pas libéré pour l'avenir : chaque mois qui passe ajoute une nouvelle mensualité. Les héritiers qui occupent un bien légué en nue-propriété doivent, dès le décès et jusqu'au partage, une indemnité mensuelle à la succession.
Par arrêt du 24 septembre 2014, la Cour de cassation a jugé que les héritiers occupant un bien légué en nue-propriété, dont ils n'auront la pleine propriété qu'au partage, sont redevables d'une indemnité d'occupation mensuelle du jour du décès de leur mère jusqu'au jour du partage.
Cass. — 2014-09-24 — n° 12-26.486
Le rôle du notaire dans la liquidation
Dans le cadre du partage amiable, le notaire chargé de la liquidation intègre l'indemnité d'occupation dans les comptes d'indivision. Il calcule le montant total sur la période, tient compte des règlements déjà intervenus, puis inscrit le solde au débit du compte de l'indivisaire occupant et au crédit du compte de l'indivision. Ce solde s'impute ensuite sur la part de l'occupant dans le partage final.
En cas de désaccord entre les parties sur le principe, la durée ou le montant de l'indemnité, le notaire dresse un procès-verbal de difficultés, qui saisit le juge commis à la surveillance des opérations. Le juge tranche point par point les désaccords et renvoie ensuite les parties devant le notaire pour finalisation de l'état liquidatif.
Ce qu'il faut faire maintenant
- Rassembler tous les documents attestant de l'origine de l'indivision : acte de propriété, acte de notoriété, jugement de divorce, convention d'indivision.
- Faire dresser un constat d'huissier de l'occupation privative, en prenant date sur la situation actuelle du bien.
- Solliciter deux ou trois évaluations de valeur locative auprès d'agences locales pour disposer d'une fourchette solide.
- Adresser une mise en demeure par lettre recommandée à l'occupant, en visant l'article 815-9 du Code civil et en chiffrant la demande.
- Consulter un avocat pour choisir la voie procédurale la plus adaptée : saisine provisoire ou intégration dans le partage.
Questions fréquentes
À partir de quand court l'indemnité d'occupation en indivision ?
L'indemnité court à partir du jour où la jouissance privative est établie. En matière successorale, elle peut remonter au jour du décès si un héritier occupe seul le bien dès cette date, comme l'a jugé la Cour de cassation le 24 septembre 2014. En cas de divorce, elle court à partir de la dissolution du régime matrimonial. Elle continue jusqu'au partage effectif du bien, un versement provisionnel ne l'arrêtant pas. La prescription quinquennale s'applique cependant à chaque mensualité, ce qui signifie qu'une action tardive peut priver le demandeur des sommes les plus anciennes.
L'indemnité d'occupation est-elle un loyer ?
Non. L'indemnité d'occupation n'est pas un loyer et ne relève pas de la loi du 6 juillet 1989 sur les baux d'habitation. Elle est une créance civile destinée à compenser la privation de jouissance subie par les autres coïndivisaires. Cette qualification a plusieurs conséquences : elle est due à l'indivision et non aux indivisaires personnellement, elle intègre un abattement pour précarité qu'un loyer classique ne connaît pas, et elle ne confère à l'occupant aucun droit au maintien dans les lieux. Elle peut cependant, dans son montant, s'inspirer de la valeur locative de marché comme référence de départ.
Peut-on réclamer une indemnité d'occupation quand on est soi-même occupant partiel ?
La question dépend de la nature de l'occupation. Si chaque indivisaire occupe une partie distincte du bien de manière équilibrée, sans que l'un empêche l'autre d'user des lieux, aucune indemnité n'est due. En revanche, si l'un s'attribue les pièces les plus utiles et empêche l'autre d'user pleinement du bien, une indemnité partielle peut être réclamée, proportionnelle au déséquilibre constaté. La preuve d'une occupation vraiment exclusive ou d'une privation caractérisée reste indispensable. Le juge apprécie in concreto à partir des éléments produits.
Combien de temps peut-on remonter dans le passé pour réclamer des arriérés ?
L'action en paiement de l'indemnité d'occupation se prescrit par cinq ans, en application du droit commun. Chaque mensualité obéit à son propre délai. Un demandeur qui agit en 2025 pourra en principe réclamer les indemnités dues à partir de 2020. Les mensualités antérieures sont prescrites, sauf acte interruptif régulièrement adressé pendant la période. La mise en demeure par lettre recommandée, l'assignation ou la reconnaissance de dette écrite de l'occupant interrompent la prescription. Conserver soigneusement ces documents est indispensable pour préserver le maximum d'arriérés récupérables.
Que se passe-t-il si l'occupant refuse de payer l'indemnité fixée par le juge ?
La décision fixant l'indemnité est exécutoire de plein droit. Si l'occupant ne paie pas spontanément, le créancier peut engager les voies d'exécution de droit commun : saisie sur salaire, saisie-attribution sur comptes bancaires, saisie mobilière. En pratique, dans le cadre d'une indivision, la créance est le plus souvent portée au compte d'indivision et s'impute directement sur la part de l'occupant dans le partage final. Le débiteur ne peut alors pas y échapper puisque le règlement se fait par compensation avec ses droits dans l'indivision, sans qu'il ait à débourser des fonds.
Une indemnité d'occupation peut-elle être demandée en cas de démembrement de propriété ?
Oui, dans certaines configurations, mais avec des règles particulières. La Cour de cassation a jugé le 1er juin 2023 que la seule privation de jouissance subie par un coïndivisaire génère un droit à indemnité, y compris en présence d'un démembrement. En revanche, lorsque le conjoint survivant a opté pour le quart en pleine propriété et les trois quarts en usufruit, il n'existe pas d'indivision en jouissance et aucune indemnité n'est due, comme l'a rappelé la Cour le 15 mai 2013. L'analyse fine de la structure des droits est indispensable avant toute demande.
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