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Investissement SCPI & immobilier locatif

SCPI en indivision : souscrire, gérer et sortir sans blocage

Par Maître Pierrick Bournet · Avocat en droit immobilierMis à jour le 9 min de lecture
Sommaire

Détenir des parts de SCPI à plusieurs, sans passer par une société, reste une situation fréquente. Couples non mariés, cohéritiers d'un portefeuille, parents qui associent leurs enfants majeurs à un investissement immobilier : l'indivision s'installe souvent sans que ce régime ait été choisi. Les règles de l'indivision civile s'appliquent alors mécaniquement aux parts, avec des conséquences très concrètes sur la perception des dividendes, les décisions de gestion et la sortie du dispositif.

Ce guide décrit la démarche à suivre pour souscrire, faire vivre et éventuellement liquider une indivision portant sur des parts de SCPI. Vous y trouverez les formalités auprès de la société de gestion, la répartition des revenus distribués, la mécanique des décisions collectives et les options de sortie ou de transmission. Le Code civil encadre l'ensemble via ses articles 815 et suivants, mais l'objet ici est de vous donner un mode d'emploi opérationnel.

Le calendrier réel d'une indivision sur SCPI se compte souvent en années. Une souscription à quatre indivisaires demande deux à quatre semaines de formalités auprès de la société de gestion. Une sortie amiable, plusieurs mois. Un partage judiciaire, dix-huit à vingt-quatre mois. Anticiper la sortie dès la souscription reste la meilleure façon d'éviter le blocage.

  1. Étape 1 — Comprendre le régime applicable

    Identifier l'origine de l'indivision (succession, achat commun, donation) et mesurer les droits respectifs de chaque indivisaire sur les parts détenues.

  2. Étape 2 — Formaliser la souscription en indivision

    Compléter un bulletin de souscription unique, désigner un mandataire commun et rédiger une convention d'indivision adaptée.

  3. Étape 3 — Organiser la répartition des revenus

    Mettre en place une ventilation systématique des dividendes trimestriels au prorata des quotes-parts et documenter chaque distribution.

  4. Étape 4 — Encadrer les décisions collectives

    Distinguer les actes conservatoires, d'administration et de disposition et respecter les règles de majorité applicables à chacun.

  5. Étape 5 — Préparer la sortie ou la transmission

    Choisir entre cession à un tiers, rachat entre indivisaires, licitation ou démembrement, selon l'objectif patrimonial poursuivi.

Comprendre le régime juridique des parts de SCPI en indivision

Les parts de SCPI sont des valeurs mobilières émises par la société civile de placement immobilier. Lorsque plusieurs personnes en détiennent la propriété simultanément, sans avoir constitué de société entre elles, elles se trouvent en indivision. Cette situation résulte le plus souvent d'un achat commun, d'une succession, d'un pacs sans convention spécifique ou du démembrement d'un patrimoine familial.

Le régime applicable est celui de l'indivision civile de droit commun, prévu aux articles 815 et suivants du Code civil. Les indivisaires détiennent chacun une quote-part exprimée en fraction (un tiers, un quart, cinquante pour cent, etc.), qui représente leur droit sur l'ensemble des parts, jamais sur des parts individualisées. Cette distinction reste centrale : personne n'est propriétaire de « ses » parts, chacun est propriétaire d'une fraction du tout.

Nature des droits réels attachés aux parts indivises

Chaque indivisaire dispose d'un droit réel de propriété sur sa quote-part. Il peut la vendre, la donner, la nantir. Il ne peut en revanche pas disposer seul des parts elles-mêmes, ni percevoir directement les revenus sans respecter les règles de répartition. La société de gestion ne connaît qu'un interlocuteur pour les opérations courantes : le mandataire commun désigné par les indivisaires.

Chaque indivisaire a droit aux bénéfices provenant des biens indivis et supporte les pertes proportionnellement à ses droits dans l'indivision.
Article 815-10 du Code civil

Souscrire des parts de SCPI en indivision : les formalités à respecter

La souscription en indivision s'effectue auprès de la société de gestion via un bulletin de souscription unique portant les noms et quotes-parts de chaque indivisaire. La société de gestion ouvre une inscription en compte au nom de l'indivision, généralement libellée « Consorts X ». Les fonds versés doivent l'être conjointement ou via un compte commun. La traçabilité de la contribution de chaque indivisaire reste essentielle pour éviter tout contentieux ultérieur sur les quotes-parts réelles.

Rédiger une convention d'indivision adaptée aux parts de SCPI

La convention d'indivision n'est pas obligatoire pour souscrire, mais elle reste vivement recommandée dès que l'indivision dépasse deux personnes ou implique des enjeux financiers significatifs. Elle peut désigner un gérant de l'indivision, fixer les règles de répartition des revenus, organiser un droit de préemption entre indivisaires et prévoir un maintien dans l'indivision pour une durée déterminée. Pour des parts de SCPI, un acte sous seing privé suffit, mais la signature devant notaire renforce la sécurité juridique et facilite l'opposabilité aux tiers.

Le maintien dans l'indivision ne peut être prescrit pour une durée supérieure à cinq ans.
Article 815-1 du Code civil

Désigner un mandataire commun de l'indivision

La société de gestion demande systématiquement la désignation d'un représentant unique pour recevoir les avis, exercer le droit de vote aux assemblées et percevoir les revenus. Ce mandataire n'est pas propriétaire des parts : il agit au nom de l'indivision. Sa mission peut être révoquée par les indivisaires selon les modalités prévues dans le mandat ou dans la convention. À défaut de désignation, la société de gestion peut refuser d'exécuter certaines opérations, ce qui bloque la vie de l'indivision.

Répartir les revenus et charges de vos parts de SCPI indivises

Les SCPI distribuent des dividendes trimestriellement, parfois mensuellement selon les véhicules. En indivision, ces revenus reviennent à chaque indivisaire au prorata de sa quote-part, conformément à l'article 815-10 du Code civil. La répartition doit être documentée : virement individuel sur chaque compte personnel, ou centralisation sur le compte de l'indivision suivie de virements ventilés au bénéfice de chacun.

Traitement fiscal des revenus perçus par chaque indivisaire

Chaque indivisaire déclare sa quote-part de revenus dans sa propre déclaration d'impôt : en revenus fonciers pour la fraction locative, en revenus de capitaux mobiliers pour les distributions issues de plus-values ou de trésorerie. La société de gestion établit un imprimé fiscal unique adressé au mandataire, qui doit ventiler les montants entre indivisaires avant leur déclaration respective. La déclaration par un seul indivisaire de l'intégralité des revenus expose l'ensemble du groupe à un redressement.

Prise en charge des frais et appels de fonds

Les frais de la SCPI (commissions de gestion, frais de tenue de compte, appels de fonds éventuels pour des travaux ou une augmentation de capital) sont supportés par les indivisaires au prorata de leur quote-part. Un indivisaire qui aurait avancé l'intégralité d'un appel de fonds dispose d'une créance de remboursement contre l'indivision, exigible lors du partage ou dans les conditions fixées par la convention. Cette créance doit être formalisée par écrit pour être opposable.

Prendre les décisions collectives sur les parts de SCPI en indivision

Le Code civil distingue plusieurs catégories d'actes concernant les biens indivis, chacune soumise à un régime différent de décision. Cette hiérarchie s'applique intégralement aux parts de SCPI et détermine la capacité de chaque indivisaire à agir seul ou avec les autres.

Actes conservatoires, actes d'administration et actes de disposition

Les actes conservatoires (mesures urgentes visant à préserver le patrimoine indivis, par exemple une déclaration à la société de gestion en cas d'incident) peuvent en principe être décidés par un seul indivisaire. Les actes d'administration (gestion courante, encaissement des revenus, vote aux assemblées générales ordinaires) requièrent une majorité qualifiée des droits indivis. Les actes de disposition (vente des parts, apport à une société, nantissement au profit d'un tiers) supposent en principe l'unanimité des indivisaires.

Vote aux assemblées générales de la SCPI

Le mandataire commun exerce le droit de vote pour l'ensemble des parts indivises. Son mandat doit préciser s'il vote selon ses convictions personnelles ou selon les instructions préalables des indivisaires. En l'absence de mandataire désigné, la société de gestion peut refuser le vote, ce qui prive l'indivision de toute influence sur les décisions collectives : approbation des comptes, augmentation de capital, changement de statuts, modification des orientations d'investissement.

Jurisprudence
La Cour de cassation a rappelé que l'apport en société de parts de SCPI issues d'une indivision (36 parts en l'espèce, apportées à une SCI en contrepartie de parts sociales) engage la responsabilité des apporteurs sur la nature exacte des droits transmis. En présence d'un démembrement entre nue-propriété et pleine propriété, la description précise des droits apportés conditionne la validité de l'opération.

Cour de cassation — 2008-09-23 — n° 07-15.210

Sortir de l'indivision ou anticiper la transmission de vos parts de SCPI

L'indivision est par principe un régime provisoire. Chaque indivisaire peut à tout moment demander le partage, sauf convention contraire limitée à cinq ans renouvelables. Sur des parts de SCPI, la sortie prend trois formes principales : la cession à un tiers avec répartition du prix, le rachat par un ou plusieurs indivisaires (licitation amiable), ou la conversion en démembrement pour organiser une transmission.

Cession à un tiers ou licitation entre indivisaires

La vente à un tiers suppose l'accord unanime des indivisaires et l'agrément de la société de gestion, la quasi-totalité des SCPI prévoyant une clause d'agrément dans leurs statuts. Le prix est fixé selon la valeur de retrait ou de marché publiée par la société de gestion. Le produit est réparti au prorata des quotes-parts, après règlement des dettes de l'indivision.

Le rachat par un indivisaire, appelé licitation, se pratique de gré à gré ou aux enchères. Un désaccord persistant sur le prix peut être tranché par le juge, qui ordonne alors la vente forcée aux enchères publiques. Cette voie contentieuse allonge la procédure de dix-huit à vingt-quatre mois en moyenne et génère des frais significatifs : honoraires d'avocat, émoluments de notaire, frais d'expertise.

L'indivision peut également être maintenue à la demande des mêmes personnes et dans les conditions fixées par le tribunal, en ce qui concerne la propriété du local d'habitation ou à usage professionnel. Le maintien dans l'indivision ne peut être prescrit pour une durée supérieure à cinq ans.
Article 815-1 du Code civil

Transmettre les parts par démembrement de propriété

Le démembrement des parts de SCPI (usufruit conservé par un parent, nue-propriété transmise à un enfant, par exemple) fait cohabiter deux régimes distincts : celui du démembrement classique et celui de l'indivision entre nus-propriétaires ou entre usufruitiers lorsqu'ils sont plusieurs. L'article 815-18 du Code civil précise les règles applicables à ces indivisions particulières.

Les dispositions des articles 815 à 815-17 sont applicables aux indivisions en usufruit en tant qu'elles sont compatibles avec les règles de l'usufruit. Mais un usufruitier ne peut acquérir une part en nue-propriété que si aucun nu-propriétaire ne s'en porte acquéreur ; un nu-propriétaire ne peut acquérir une part en usufruit que si aucun usufruitier ne s'en porte acquéreur.
Article 815-18 du Code civil
Jurisprudence
La Cour de cassation a jugé que la perte définitive de droits en nue-propriété sur un bien immobilier, imputable à une erreur d'un professionnel du droit lors de la rédaction d'un acte, ouvre droit à indemnisation. Transposée aux parts de SCPI, cette jurisprudence rappelle qu'un démembrement mal formalisé engage la responsabilité de son rédacteur et justifie le recours à un acte notarié pour toute opération de cette nature.

Cour de cassation — 2016-11-16 — n° 15-12.604

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Cartographier précisément les quotes-parts détenues par chaque indivisaire et vérifier qu'elles correspondent aux contributions financières réelles
  • Rédiger ou actualiser la convention d'indivision, en y intégrant une durée, un mécanisme de préemption et la désignation d'un mandataire
  • Notifier à la société de gestion l'identité du mandataire commun et communiquer une adresse unique pour la réception des avis
  • Mettre en place un tableau annuel de répartition des revenus, signé par tous les indivisaires, et le conserver au moins six ans
  • Consulter un avocat ou un notaire dès l'apparition d'un désaccord persistant, avant que la situation ne dégénère en contentieux

Questions fréquentes

  • Peut-on souscrire seul des parts de SCPI et les placer ensuite en indivision ?

    L'indivision ne se crée pas par simple déclaration. Elle résulte soit d'un événement juridique (succession, dissolution de communauté, apport commun), soit d'un acte de donation ou de cession partielle. Un souscripteur unique qui souhaite associer son conjoint ou ses enfants à ses parts doit procéder à une donation partielle formalisée par acte notarié, ou à une cession partielle. La société de gestion actualise ensuite l'inscription en compte. L'opération a des conséquences fiscales (droits de donation, plus-values éventuelles) qu'il faut chiffrer avant de décider.

  • Combien de temps peut durer une indivision sur des parts de SCPI ?

    L'indivision est en principe illimitée dans le temps si aucun indivisaire ne demande le partage. Une convention peut néanmoins organiser un maintien pour une durée maximale de cinq ans renouvelable, conformément à l'article 815-1 du Code civil. Passé ce délai, tout indivisaire peut à nouveau exercer son droit de sortie. En pratique, une indivision bien organisée peut durer dix à quinze ans sans contentieux, à condition que les revenus soient correctement ventilés et que la communication entre indivisaires reste fluide.

  • Que se passe-t-il si un indivisaire décède ?

    Le décès d'un indivisaire ne dissout pas l'indivision. Les héritiers du défunt entrent dans l'indivision aux lieu et place de leur auteur, à hauteur de la quote-part qu'ils recueillent dans la succession. L'indivision peut ainsi passer de deux à cinq ou six indivisaires en quelques semaines, ce qui complexifie mécaniquement la prise de décision. Une clause d'agrément ou de préemption dans la convention permet aux indivisaires survivants de racheter les droits transmis, sous réserve de disposer des liquidités nécessaires dans le délai imparti.

  • Un indivisaire peut-il céder sa seule quote-part sans l'accord des autres ?

    Un indivisaire peut céder sa quote-part indivise sans l'accord des autres, mais ceux-ci disposent d'un droit de préemption légal qu'ils doivent pouvoir exercer. Le cédant doit notifier son projet de vente aux autres indivisaires par acte extrajudiciaire, en précisant le prix et l'identité de l'acquéreur pressenti. Les indivisaires disposent alors d'un délai pour se substituer à l'acquéreur au même prix. En pratique, la cession d'une quote-part isolée reste rare : l'acquéreur tiers hérite du régime de l'indivision et de ses contraintes, ce qui déprécie la valeur de la part.

  • Comment se déclarent fiscalement les revenus de SCPI en indivision ?

    Chaque indivisaire déclare sa quote-part de revenus dans sa propre déclaration d'impôt sur le revenu. La société de gestion transmet un imprimé fiscal unique récapitulant les revenus versés à l'indivision (revenus fonciers pour la fraction locative, revenus de capitaux mobiliers pour les distributions issues de plus-values). Le mandataire ventile ensuite les montants au prorata des quotes-parts et communique à chaque indivisaire son décompte individuel. L'oubli de ventilation ou la déclaration par un seul indivisaire de l'intégralité des revenus expose à un redressement fiscal.