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Licenciement économique

Formation et rupture du contrat de travail : la procédure pas à pas

Par Maître Guillaume Ghestem · Avocat en droit social11 min de lecture
Sommaire

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Chaque année, plusieurs centaines de milliers de contrats d'apprentissage et de professionnalisation sont signés en France. Une part importante de ces contrats de travail en formation est rompue avant le terme prévu. Derrière les chiffres, des réalités très différentes : mésentente avec le maître d'apprentissage, échec en centre de formation, projet professionnel qui bascule, difficultés économiques de l'entreprise, exclusion disciplinaire.

Le droit traite ces ruptures autrement qu'un licenciement classique ou une démission ordinaire. Un contrat de travail en formation obéit à des règles propres, articulées autour d'une période de rupture libre, d'une exigence d'accord écrit ensuite, et d'un régime particulier pour l'exclusion du centre de formation. Ces spécificités, codifiées pour l'essentiel aux articles L. 6222-18 et L. 6222-18-1 du Code du travail, échappent aux repères habituels du salariat.

Ce guide s'adresse à vous si vous êtes apprenti, salarié en contrat de professionnalisation, employeur confronté à une difficulté avec un alternant, ou parent d'un jeune en formation. Vous y trouverez les étapes exactes pour engager une rupture, les documents à produire, les délais à respecter et les leviers si la rupture est contestée. Les règles détaillées concernent principalement le contrat d'apprentissage, qui concentre l'essentiel du contentieux. Les grandes lignes valent aussi, avec des adaptations, pour les contrats de professionnalisation et les contrats de travail à durée déterminée conclus à des fins de formation.

  1. Étape 1 — Qualifier le contrat concerné

    Identifier le type de contrat (apprentissage, professionnalisation, CDD de formation) et repérer les règles légales et conventionnelles applicables.

  2. Étape 2 — Vérifier la période libre des 45 jours

    Compter les jours effectifs de formation pratique en entreprise pour savoir si la rupture reste libre ou si un accord écrit devient nécessaire.

  3. Étape 3 — Formaliser la rupture

    Rédiger l'écrit prévu par la loi, signer l'accord bilatéral ou engager la saisine du médiateur consulaire si vous êtes apprenti.

  4. Étape 4 — Procédure de licenciement si exclusion

    En cas d'exclusion définitive du centre de formation, l'employeur engage la procédure de licenciement de droit commun.

  5. Étape 5 — Récupérer documents et indemnités

    Certificat de travail, attestation France Travail, solde de tout compte, indemnités éventuelles : vérifier la cohérence des pièces remises.

  6. Étape 6 — Contester si nécessaire

    Saisir le conseil de prud'hommes dans le délai de prescription, en demande d'indemnisation ou de requalification.

Identifier le contrat de travail en formation concerné et le régime applicable

Avant d'engager quoi que ce soit, posez noir sur blanc le type exact de contrat qui vous lie. Un contrat d'apprentissage, un contrat de professionnalisation et un contrat à durée déterminée conclu à des fins de formation n'obéissent pas aux mêmes règles de rupture. Confondre les trois, c'est risquer de notifier une rupture dans un cadre juridique inapplicable, et de voir cette rupture requalifiée aux torts de l'auteur.

Le contrat d'apprentissage est régi par les articles L. 6221-1 et suivants du Code du travail. Sa rupture bénéficie d'un régime particulier aux articles L. 6222-18 et L. 6222-18-1. Le contrat de professionnalisation suit, pour l'essentiel, les règles du contrat à durée déterminée ou indéterminée selon la forme choisie, avec des adaptations issues du Code du travail et de la convention collective applicable. Les contrats de formation du secteur agricole relèvent de l'article L. 718-3 du Code rural et de la pêche maritime, qui renvoie au droit commun du travail avec des aménagements fixés par accord collectif.

Vérifiez trois éléments sur le contrat signé : la nature du contrat écrite en toutes lettres, la date de début effectif d'exécution en entreprise (distincte de la date de signature), et la durée convenue. Ces informations commandent toute la suite. Un apprenti qui pense être au-delà des quarante-cinq jours alors qu'il n'y est pas, ou un employeur qui déclenche un licenciement là où un accord bilatéral suffisait, s'exposent à des contentieux coûteux.

Jurisprudence
Pour requalifier des contrats en contrat de travail à durée indéterminée, la cour d'appel s'appuie sur l'historique des formations réalisées par le salarié et sur les fiches descriptives versées aux débats par l'employeur. L'arrêt rappelle que la qualification résulte de l'exécution concrète, non des mentions formelles du contrat.

Cass. soc. — 2022-11-23 — n° 21-13.310

Vérifier la période de rupture libre des quarante-cinq premiers jours en entreprise

Le législateur a aménagé une période initiale pendant laquelle le contrat d'apprentissage peut être rompu librement par chacune des parties, sans motif à justifier et sans indemnité à verser. Cette période couvre les quarante-cinq premiers jours, consécutifs ou non, de formation pratique en entreprise effectuée par l'apprenti. Le texte est précis sur la méthode de calcul.

Le contrat d'apprentissage peut être rompu par l'une ou l'autre des parties jusqu'à l'échéance des quarante-cinq premiers jours, consécutifs ou non, de formation pratique en entreprise effectuée par l'apprenti.
Article L6222-18 du Code du travail

Le compteur ne tourne que sur les jours réellement passés en entreprise. Les jours en centre de formation, les week-ends non travaillés, les jours fériés chômés, les absences pour maladie ou pour congés ne sont pas comptabilisés. Un apprenti alternant une semaine en entreprise et une semaine en CFA n'atteindra pas les quarante-cinq jours au bout d'un mois et demi civil mais, selon le rythme, autour du troisième mois d'exécution du contrat.

Pour exercer ce droit, aucune formalité particulière n'est imposée au-delà d'un écrit remis à l'autre partie, daté et signé. Les notifications par lettre recommandée avec accusé de réception restent recommandées pour la sécurité probatoire. L'apprenti doit également informer le centre de formation. L'employeur, de son côté, doit transmettre la rupture à l'opérateur de compétences financeur et à la chambre consulaire qui a enregistré le contrat.

Formaliser l'accord écrit de rupture du contrat de travail en formation

Une fois les quarante-cinq jours écoulés, le régime bascule. La rupture unilatérale n'est plus possible en apprentissage, sauf cas limitativement énumérés. La loi exige un accord bilatéral consigné dans un écrit signé des deux parties. L'apprenti dispose aussi d'un droit propre de démission encadré.

Passé ce délai, la rupture du contrat, pendant le cycle de formation, ne peut intervenir que sur accord écrit signé des deux parties.
Article L6222-18 du Code du travail

L'accord bilatéral prend la forme d'un document écrit. Il mentionne l'identité des parties, les références du contrat initial, la date de rupture retenue et la volonté commune d'y mettre fin. Chaque partie en conserve un exemplaire. L'employeur procède ensuite aux déclarations de rupture auprès de l'opérateur de compétences et de la chambre consulaire. Aucun préavis légal n'est imposé par le texte, mais les parties peuvent en convenir.

L'apprenti qui souhaite rompre sans accord de l'employeur doit saisir au préalable le médiateur consulaire de la chambre de métiers, d'agriculture ou de commerce et d'industrie, selon le secteur. Après la saisine, un délai minimal doit s'écouler avant la notification de la démission. Cette procédure est spécifique à l'apprentissage et ne concerne pas les contrats de professionnalisation, où les règles du droit commun du CDD ou du CDI s'appliquent selon la forme contractuelle choisie.

Pour la rupture conventionnelle d'un contrat de professionnalisation à durée indéterminée, les règles classiques des articles L. 1237-11 et suivants du Code du travail s'appliquent : entretien, convention, délai de rétractation de quinze jours, homologation par l'administration. Le régime fiscal et social des indemnités est aligné sur celui de la rupture conventionnelle de droit commun, dans les limites fixées par le Code de la sécurité sociale.

Engager la procédure de licenciement en cas d'exclusion du centre de formation

L'exclusion définitive de l'apprenti par le centre de formation ouvre à l'employeur une voie spécifique de rupture. Le texte retient l'exclusion comme un motif en soi, qualifié par la loi, qui dispense de rechercher une faute grave ou une inaptitude. L'employeur n'en reste pas moins tenu de respecter la procédure de licenciement du droit commun.

Cette exclusion constitue la cause réelle et sérieuse du licenciement, qui est prononcé dans les conditions prévues par les dispositions du code du travail relatives à la rupture du contrat de travail.
Article L6222-18-1 du Code du travail

La procédure est la suivante : convocation à un entretien préalable par lettre recommandée ou remise en main propre contre décharge, tenue de l'entretien avec possibilité pour l'apprenti d'être assisté, puis notification du licenciement par lettre recommandée après un délai de réflexion. Les délais légaux de convocation et de notification s'appliquent. L'absence d'entretien préalable ou le non-respect des délais entache la procédure et ouvre droit à indemnisation, même si la cause réelle et sérieuse reste établie par l'exclusion.

L'apprenti licencié dans ce cadre peut, selon les règles de droit commun, prétendre à l'indemnité légale ou conventionnelle de licenciement si les conditions d'ancienneté sont réunies, et au paiement du préavis. Le licenciement doit être justifié par la seule exclusion : l'employeur qui ajoute d'autres griefs à la lettre affaiblit sa position en cas de contestation. La formulation précise de la lettre de licenciement est l'enjeu principal, car elle fixe les limites du débat prud'homal.

Récupérer les documents de fin de contrat de travail et les indemnités dues

Quelle que soit la voie de rupture retenue, l'employeur doit remettre à la date d'effet trois documents : le certificat de travail, l'attestation destinée à France Travail et le reçu pour solde de tout compte. L'absence de ces documents, ou leur remise tardive, ouvre droit à des dommages-intérêts si un préjudice est démontré. Le salarié ou l'apprenti doit vérifier chaque mention avant signature.

Le certificat de travail mentionne les dates d'entrée et de sortie, la nature de l'emploi et la qualification. L'attestation destinée à France Travail conditionne l'ouverture des droits à l'assurance chômage pour les contrats y ouvrant droit : contrat de professionnalisation à durée déterminée ou indéterminée, contrat d'apprentissage sous conditions d'affiliation. Le solde de tout compte récapitule les sommes versées : salaires restant dus, indemnité compensatrice de congés payés, indemnité de fin de contrat lorsqu'elle s'applique, prime éventuelle.

Pour les contrats de formation du secteur maritime, un document spécifique s'ajoute : le relevé de services délivré au marin par l'employeur. Ce relevé tient lieu de certificat de travail et vaut preuve des périodes embarquées pour l'ouverture des droits sociaux spécifiques aux marins.

Un relevé de services est délivré au marin par l'employeur à tout moment, sur demande, et à la rupture du contrat d'engagement maritime. Il tient lieu de certificat de travail prévu à l'article L. 1234-19 du code du travail, dans des conditions précisées par décret.
Article L5542-39-1 du Code des transports

Le contrat d'apprentissage ne donne pas lieu à l'indemnité de précarité prévue pour les CDD classiques. Le contrat de professionnalisation à durée déterminée n'y donne pas droit non plus lorsque la rupture intervient à l'initiative du salarié ou résulte d'une faute grave. Pour les contrats CDD maritimes de formation, le Code des transports pose une règle de calcul propre et des cas d'exclusion identiques au droit commun.

L'indemnité de fin de contrat à durée déterminée mentionnée à l'article L. 1243-8 du code du travail est calculée en fonction de la rémunération du marin et de la durée du contrat. L'indemnité n'est pas due en cas de rupture anticipée due à l'initiative du marin, à sa faute grave, à un cas de force majeure ou en cas de non-prorogation par le marin d'un contrat comportant une clause de ce type.
Article L5542-46 du Code des transports

Agir dans les délais de prescription pour contester la rupture du contrat de travail

La contestation d'une rupture se fait devant le conseil de prud'hommes. L'enjeu peut être une indemnisation pour rupture sans cause réelle et sérieuse, une requalification du contrat en contrat à durée indéterminée, le paiement de rappels de salaire, ou l'annulation de la rupture pour atteinte à un droit fondamental (discrimination, harcèlement). Chaque fondement obéit à un délai de prescription propre.

Pour les actions portant sur la rupture, le délai est de douze mois à compter de la notification. La Cour de cassation a précisé que ce délai bascule à cinq ans lorsque l'action est fondée sur le harcèlement moral, en application des règles de prescription applicables à l'atteinte à l'intégrité de la personne.

Jurisprudence
Selon le premier des textes visés, toute action portant sur la rupture du contrat de travail se prescrit par douze mois à compter de la notification de la rupture. La chambre sociale juge toutefois que cette action se prescrit par cinq ans lorsqu'elle est fondée sur le harcèlement moral.

Cass. soc. — 2024-10-09 — n° 23-11.360

Pour les demandes de rappel de salaire, le délai est de trois ans. Pour les demandes liées à l'exécution du contrat autres que salariales, le délai est de deux ans. Un même dossier peut cumuler plusieurs chefs de demande avec des délais différents : la vigilance s'impose dès la décision de contester, car la prescription du chef principal peut rendre inopérant tout le reste.

L'action en requalification d'un contrat de formation en contrat à durée indéterminée est souvent portée simultanément à l'action en contestation de la rupture. Les juges examinent l'exécution concrète : réalité des heures de formation, adéquation entre la mission effective et le programme pédagogique, suivi par le centre de formation. Lorsque la formation n'a été que formelle, la requalification est acquise, avec les conséquences financières d'un CDI (indemnité de requalification, indemnités de rupture calculées sur la base d'un contrat à durée indéterminée).

Jurisprudence
Les salariés dont le contrat a été rompu après un accident du travail peuvent contester la rupture devant le conseil de prud'hommes. La cassation retient que l'employeur doit démontrer l'impossibilité de maintenir le contrat de travail pour un motif non lié à l'accident du travail pour justifier la rupture.

Cass. soc. — 2024-09-11 — n° 22-18.409

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Qualifier précisément le type de contrat (apprentissage, professionnalisation, CDD de formation) à partir du document signé.
  • Reconstituer le décompte des jours effectifs en entreprise pour trancher entre période libre et période post-45 jours.
  • Formaliser toute rupture par écrit, daté et signé, et conserver la preuve de la notification (lettre recommandée avec accusé de réception).
  • Vérifier la remise effective du certificat de travail, de l'attestation France Travail et du solde de tout compte avant toute signature libératoire.
  • Consulter un avocat en droit du travail avant d'engager toute action, pour cadrer les fondements et respecter les délais de prescription.

Questions fréquentes

  • Peut-on rompre un contrat d'apprentissage à tout moment ?

    Non. Le contrat d'apprentissage peut être rompu librement par l'une ou l'autre partie, sans motif, pendant les quarante-cinq premiers jours consécutifs ou non de formation pratique en entreprise effectivement réalisée par l'apprenti. Au-delà, la rupture suppose soit un accord écrit signé des deux parties, soit une démission de l'apprenti après saisine préalable du médiateur consulaire, soit un licenciement pour faute grave, inaptitude, force majeure ou exclusion définitive du centre de formation. Toute rupture hors de ces cadres expose à des dommages-intérêts et à l'obligation de rembourser les aides perçues.

  • Que faire en cas d'exclusion définitive du centre de formation ?

    L'exclusion définitive du centre de formation constitue, pour l'apprenti, une cause réelle et sérieuse de licenciement reconnue par l'article L. 6222-18-1 du Code du travail. L'employeur doit engager la procédure de licenciement de droit commun : convocation à un entretien préalable, tenue de l'entretien avec possibilité d'assistance pour l'apprenti, puis notification du licenciement par lettre recommandée dans les délais légaux. La lettre doit viser l'exclusion comme motif unique. Pour un contrat de professionnalisation, cette hypothèse n'est pas automatiquement une cause de rupture : l'employeur doit démontrer une cause réelle et sérieuse selon le droit commun.

  • Quelle est la durée de prescription pour contester la rupture ?

    Le délai est de douze mois à compter de la notification de la rupture pour toute action portant sur la rupture du contrat de travail. La Cour de cassation a précisé en 2024 que ce délai bascule à cinq ans lorsque l'action est fondée sur un harcèlement moral. D'autres délais s'appliquent aux demandes connexes : trois ans pour les rappels de salaire, deux ans pour les demandes liées à l'exécution du contrat. Dans un même dossier, chaque chef de demande suit son propre délai. Il est préférable d'engager l'action rapidement pour éviter que la prescription du chef principal ne compromette l'ensemble.

  • Un contrat de formation peut-il être requalifié en contrat à durée indéterminée ?

    Oui, lorsque l'exécution concrète du contrat s'écarte des engagements de formation. La chambre sociale de la Cour de cassation examine l'historique réel des actions de formation, les fiches descriptives et la cohérence entre la mission accomplie et le programme pédagogique. Un contrat de formation qui n'a servi, dans les faits, qu'à occuper un poste de travail ordinaire sans contenu pédagogique véritable est susceptible d'être requalifié en contrat à durée indéterminée. Les conséquences sont lourdes : indemnité de requalification, calcul des indemnités de rupture sur la base d'un CDI, et éventuellement rappels de salaire au niveau conventionnel du poste réellement occupé.

  • Quels documents l'employeur doit-il remettre à la rupture ?

    Trois documents au minimum, à la date d'effet de la rupture : le certificat de travail, l'attestation destinée à France Travail et le reçu pour solde de tout compte. Le certificat de travail mentionne les dates et la qualification. L'attestation France Travail conditionne l'ouverture des droits à l'assurance chômage pour les contrats y ouvrant droit. Le solde de tout compte récapitule les sommes versées. Pour les contrats maritimes de formation, un relevé de services spécifique est également remis en application de l'article L. 5542-39-1 du Code des transports. Avant de signer le reçu pour solde de tout compte, vérifiez chaque somme : la signature sans réserve a un effet libératoire limité à six mois.