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OQTF et recours administratif

Titre de séjour étranger malade et VIH : la procédure pas à pas

Par Maître Indiara Fazolo · Avocate en droit de l'immigration et OQTF9 min de lecture
Sommaire

Votre médecin vient de poser le diagnostic. Vous êtes séropositif au VIH, vous vivez en France depuis quelques mois ou plusieurs années, et vous craignez de devoir repartir dans un pays où la trithérapie n'est pas accessible dans des conditions garantissant la continuité des soins. Le droit français prévoit une protection spécifique : un titre de séjour délivré à l'étranger malade dont l'état de santé exige une prise en charge médicale en France et pour lequel le défaut de soins entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

La procédure est médicalisée. Elle passe par un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), rend un avis au préfet, et laisse à ce dernier une marge d'appréciation. Elle demande des semaines, parfois des mois. Un dossier mal préparé bloque la première demande ou aboutit à un refus. Un refus mal contesté se solde par une obligation de quitter le territoire français (OQTF).

Ce guide détaille les six étapes à suivre, de la vérification des conditions jusqu'au contentieux administratif. Il s'adresse au justiciable séropositif qui engage une première demande, prépare un renouvellement ou vient de recevoir un refus. Ce contenu informatif ne remplace pas une consultation d'avocat en droit des étrangers, particulièrement si une OQTF vous a déjà été notifiée.

  1. Étape 1 : vérifier les conditions médicales et administratives

    Prise en charge en France nécessaire, défaut de soins d'une exceptionnelle gravité, absence d'accès effectif au traitement dans le pays d'origine.

  2. Étape 2 : constituer le dossier médical et administratif

    Volet médical confidentiel rédigé par un médecin habilité, volet administratif complet et horodaté.

  3. Étape 3 : déposer la demande en préfecture

    Dépôt sur la plateforme ANEF ou en préfecture, selon le département, avec enregistrement de la demande.

  4. Étape 4 : attendre l'avis médical du collège OFII

    Trois médecins instruisent le volet médical et rendent un avis consultatif transmis au préfet.

  5. Étape 5 : recevoir le récépissé puis la carte « étranger malade »

    Un récépissé est délivré pendant l'instruction, puis la carte en cas d'avis et de décision favorables.

  6. Étape 6 : contester un refus devant le juge administratif

    Recours contre le refus et contre l'OQTF, dans des délais courts qui courent dès la notification.

Vérifier les conditions du titre de séjour étranger malade pour le VIH

La délivrance du titre de séjour pour raison de santé repose sur trois conditions cumulatives. Le défaut d'une seule bloque la demande.

Première condition, votre état de santé nécessite une prise en charge médicale en France. Pour une infection par le VIH, la trithérapie antirétrovirale au long cours répond à ce critère. Deuxième condition, le défaut de cette prise en charge entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. La doctrine administrative admet traditionnellement que l'interruption d'un traitement antirétroviral place le patient sous le risque d'une progression vers le stade sida, de résistances virologiques et d'infections opportunistes. Troisième condition, vous ne pouvez pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans votre pays d'origine. Cette dernière condition est le terrain principal des refus.

Résidence habituelle en France et moment du dépôt

Le titre « étranger malade » suppose en principe une résidence habituelle en France au moment du dépôt. L'ancienneté exigée varie selon votre situation administrative antérieure. Un étranger entré avec un visa de court séjour peut déposer dès lors qu'il justifie d'un suivi médical en cours. Un étranger entré irrégulièrement doit démontrer une installation stable et un suivi antérieur au dépôt. L'absence de preuve de résidence habituelle est un motif fréquent de refus de recevabilité en préfecture.

Constituer le dossier médical de la demande de titre de séjour étranger malade

La demande repose sur deux volets strictement séparés. Le volet médical est confidentiel. Il est rédigé par un médecin habilité, le plus souvent votre médecin hospitalier référent VIH ou un médecin agréé par l'agence régionale de santé. Il décrit la pathologie, l'historique thérapeutique, le traitement en cours, la perspective d'évolution et les conséquences d'une interruption. Il est transmis sous pli fermé au collège de médecins de l'OFII, jamais à la préfecture.

Le volet administratif rassemble les pièces d'identité, les justificatifs de domicile des douze derniers mois, les photos d'identité conformes, et les éléments relatifs à votre entrée en France. Si vous êtes marié, parent d'un enfant français ou en concubinage stable, joignez les documents correspondants : ils ne fondent pas la demande mais pèsent sur l'appréciation globale et préparent une éventuelle alternative juridique en cas de refus.

Déposer la demande de titre de séjour étranger malade en préfecture

Le dépôt se fait soit en ligne sur la plateforme Administration numérique des étrangers en France (ANEF), soit sur rendez-vous en préfecture, selon les pratiques locales. L'étape clé est l'horodatage de la demande. Un dépôt enregistré fige la date de référence pour l'instruction, ouvre droit à un récépissé et conditionne la régularité de votre séjour pendant la procédure.

Dans la pratique, de nombreux dossiers sont bloqués en amont par des refus informels d'enregistrement, l'absence de créneau sur l'ANEF ou l'exigence de pièces non prévues par les textes. Conservez systématiquement une preuve de dépôt : accusé de réception électronique, courriel de confirmation, lettre recommandée avec accusé de réception adressée au préfet contenant la copie du dossier. Cette preuve est votre point d'ancrage en cas de contentieux.

Attendre l'avis médical de l'OFII sur votre demande de titre de séjour étranger malade

Le volet médical est examiné par un collège de trois médecins du service médical de l'OFII, sur la base du rapport initial rédigé par le médecin habilité. Le collège peut vous convoquer pour un examen complémentaire. Il rend un avis portant sur la nécessité d'une prise en charge en France, la gravité des conséquences d'un défaut de soins, l'accès effectif au traitement dans le pays d'origine et la durée prévisible du traitement.

Cet avis est transmis au préfet. Il est consultatif. Le préfet n'est pas tenu de le suivre, dans un sens comme dans l'autre. Cette architecture a été rappelée par la Cour de cassation : les dispositions du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile accordent au préfet une marge d'appréciation de la situation de la personne malade.

Jurisprudence
La Cour de cassation confirme que l'avis médical de l'OFII ne lie pas le préfet, qui conserve un pouvoir d'appréciation sur la situation globale de la personne malade. Cette marge peut jouer en défaveur du demandeur même en présence d'un avis favorable, mais aussi en sa faveur quand d'autres éléments (vie privée et familiale, ancienneté) viennent compléter le dossier.

Cour de cassation — 2024-03-05 — n° 22-86.972

Recevoir le récépissé puis la carte de séjour pour étranger malade

Entre le dépôt du dossier et la décision du préfet, vous êtes muni d'un récépissé de demande de titre de séjour. Ce document n'est pas une simple attestation : il vaut titre de séjour pour la régularité du séjour, il ouvre des droits sociaux et, selon sa mention, il autorise à travailler.

L'article D115-1 du Code de la sécurité sociale liste les récépissés de demande ou de renouvellement de titre de séjour qui justifient de la régularité du séjour pour l'ouverture des droits à l'assurance maladie et aux prestations sociales. Le récépissé délivré au demandeur du titre « étranger malade » entre dans ce dispositif.
Article D115-1 du Code de la sécurité sociale

L'accès au marché du travail dépend de la mention portée sur le récépissé puis sur la carte. Toutes les cartes de séjour n'autorisent pas automatiquement à exercer une activité salariée.

L'article R5221-48 du Code du travail énumère les titres qui autorisent leur détenteur à exercer une activité professionnelle salariée en France sans autorisation de travail supplémentaire. La carte de séjour délivrée au titre de la santé ouvre, en pratique, un droit au travail sous réserve de la mention qu'elle porte.
Article R5221-48 du Code du travail

Articulation entre titre de séjour et visa de retour

Si vous détenez la carte « étranger malade » et que vous devez quitter temporairement la France (urgence familiale, séjour thérapeutique à l'étranger), le visa de retour permet de revenir sans perdre vos droits.

Un visa de retour est délivré par les autorités diplomatiques et consulaires françaises à la personne de nationalité étrangère bénéficiant d'un titre de séjour en France, sur présentation du document d'identité et du titre de séjour.
Article L312-4 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Renouvellement et continuité des droits

La carte est délivrée pour une durée limitée. Le renouvellement n'est jamais automatique : le préfet réexamine l'ensemble des conditions, notamment l'évolution de l'accès au traitement dans le pays d'origine. Déposez la demande de renouvellement au moins deux à trois mois avant l'expiration. La Cour de cassation a jugé qu'un étranger qui avait sollicité en temps utile le renouvellement de son titre « étranger malade » et s'était heurté à un blocage en préfecture devait être considéré comme en situation régulière au regard de la législation pénale.

Jurisprudence
La Cour de cassation protège l'étranger titulaire d'un titre « malade » qui a sollicité son renouvellement et subit un blocage de l'administration : il reste considéré comme en situation régulière à la date des faits reprochés, dès lors qu'il justifie de sa démarche. Cette protection joue au pénal mais fonde aussi, en pratique, les demandes de référé contre les blocages préfectoraux.

Cour de cassation — 2013-04-24 — n° 12-83.235

Contester un refus de titre de séjour étranger malade devant le tribunal administratif

Un refus de titre peut arriver seul ou être accompagné d'une obligation de quitter le territoire français. Le régime contentieux dépend de cette distinction, et les délais sont courts.

Les modalités selon lesquelles sont présentés et jugés les recours formés devant la juridiction administrative contre les décisions relatives à l'entrée, au séjour et à l'éloignement des étrangers obéissent, lorsque les dispositions du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le prévoient, aux règles spéciales définies au livre IX du même code.
Article L776-1 du Code de justice administrative

Concrètement, un refus de titre sans OQTF se conteste par un recours pour excès de pouvoir devant le tribunal administratif, dans un délai de principe de deux mois. Un refus assorti d'une OQTF suit un régime accéléré : le délai de recours est réduit (le plus souvent à trente jours), le juge statue selon des procédures particulières, et la représentation par avocat est fortement recommandée dès le premier jour.

L'article R776-1 reprend le principe du renvoi aux règles spéciales du livre IX du CESEDA pour l'instruction et le jugement des recours contre les décisions d'entrée, de séjour et d'éloignement des étrangers. Ces règles dérogent au droit commun du contentieux administratif.
Article R776-1 du Code de justice administrative

Les moyens de contestation sur un refus de titre pour étranger malade

Le recours attaque la décision sous plusieurs angles. Erreur de droit sur l'appréciation des conditions, erreur manifeste d'appréciation sur la gravité de la pathologie ou sur l'accès effectif au traitement, insuffisance de motivation, atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale, méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans les dossiers VIH, la contestation porte quasi systématiquement sur l'accès effectif au traitement, point le plus discuté. Documentez-le par des rapports d'ONG, des sources onusiennes, des témoignages médicaux circonstanciés.

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Demander à votre médecin VIH un dossier médical complet avant le dépôt : charge virale, CD4, historique thérapeutique, intolérances, co-infections éventuelles.
  • Rassembler douze mois de justificatifs de domicile et conserver chaque preuve de démarche en préfecture ou sur l'ANEF.
  • Vérifier dès l'arrivée du récépissé qu'il porte bien la mention ouvrant droit au travail si vous êtes salarié ou souhaitez l'être.
  • En cas de refus, contacter un avocat en droit des étrangers dans les 48 heures et déposer une demande d'aide juridictionnelle le même jour pour interrompre les délais.
  • Anticiper le renouvellement au moins deux à trois mois avant la date d'expiration, pour éviter toute rupture de droits sociaux et toute rupture thérapeutique.

Questions fréquentes

  • Combien de temps dure la procédure complète de titre de séjour étranger malade pour une infection par le VIH ?

    Entre le dépôt du dossier et la remise de la carte, comptez généralement quatre à neuf mois, parfois davantage selon la préfecture et la charge du service médical de l'OFII. L'instruction médicale par le collège de médecins occupe une part importante de ce délai, à laquelle s'ajoute le temps de décision du préfet. Pendant toute l'instruction, le récépissé délivré justifie de la régularité du séjour et ouvre les droits sociaux. Son renouvellement périodique est à anticiper pour éviter toute rupture de droits.

  • Puis-je travailler pendant que ma demande de titre pour raison de santé est en cours ?

    Cela dépend de la mention portée sur le récépissé qui vous est remis. L'article R5221-48 du Code du travail liste les titres de séjour autorisant leur détenteur à exercer une activité salariée sans autorisation complémentaire. La plupart des récépissés délivrés dans le cadre d'une demande de titre « étranger malade » portent la mention qui autorise le travail, mais vérifiez systématiquement avant de signer un contrat. En cas de doute, demandez à votre avocat ou directement à la préfecture une attestation précisant vos droits.

  • Que se passe-t-il si le collège de médecins de l'OFII rend un avis défavorable ?

    Un avis défavorable ne détermine pas automatiquement un refus de titre. L'avis est consultatif et le préfet conserve une marge d'appréciation, confirmée par la Cour de cassation en 2024. Si le préfet suit l'avis défavorable et refuse le titre, le refus se conteste devant le tribunal administratif. Le recours peut remettre en cause l'appréciation médicale, soulever des erreurs de droit, ou invoquer d'autres fondements comme la vie privée et familiale. Faites-vous assister par un avocat spécialisé dès la notification.

  • Puis-je rester en France si mon titre expire alors que je viens de déposer la demande de renouvellement ?

    Oui, dès lors que la demande de renouvellement a été déposée en temps utile et enregistrée. La Cour de cassation, par un arrêt du 24 avril 2013 (n° 12-83.235), a protégé un étranger titulaire d'un titre « malade » qui avait sollicité le renouvellement et s'était heurté à un blocage en préfecture : il devait être considéré comme en situation régulière. Conservez systématiquement la preuve du dépôt. Si la préfecture tarde à vous délivrer le récépissé, un référé devant le tribunal administratif peut débloquer la situation.

  • Quels délais pour contester un refus de titre de séjour étranger malade ?

    Un refus de titre notifié seul se conteste par un recours pour excès de pouvoir devant le tribunal administratif dans un délai de deux mois à compter de la notification. Un refus accompagné d'une obligation de quitter le territoire français obéit à des règles spéciales issues du livre IX du CESEDA, auxquelles renvoient les articles L776-1 et R776-1 du Code de justice administrative. Le délai est alors réduit, le plus souvent à trente jours, voire à 48 heures dans les procédures les plus rapides. Agissez immédiatement et déposez une demande d'aide juridictionnelle le jour même pour interrompre les délais.

  • Mon enfant mineur séropositif peut-il bénéficier d'une protection similaire ?

    La situation du mineur séropositif se traite d'abord sous l'angle de la protection liée à la minorité et à l'intérêt supérieur de l'enfant, puis à l'approche de la majorité par l'anticipation d'un titre à titre personnel. Les parents accompagnants peuvent, selon les cas, se prévaloir du droit au respect de leur vie privée et familiale pour obtenir un titre, en complément de la demande fondée sur l'état de santé de l'enfant. L'articulation entre protection de l'enfant malade et droit au séjour des parents est particulièrement technique : un avocat en droit des étrangers est indispensable.