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PACS — conclusion & rupture

Pacs et achat immobilier : le guide étape par étape

Par Maître Pierrick Bournet · Avocat en droit immobilierMis à jour le 10 min de lecture
Sommaire

Vous êtes pacsés, ou vous envisagez de vous pacser, et vous vous apprêtez à acheter un logement ensemble. Le pacs pour achat immobilier n'est pas un simple statut administratif accolé à la transaction : il fixe qui devient propriétaire de quoi, qui reste redevable de quoi, et qui récupère quoi si le couple se sépare ou si l'un des partenaires décède.

Selon la date de conclusion du pacs, les clauses retenues et la manière dont l'acte de vente est rédigé, une même acquisition produit des effets patrimoniaux radicalement différents. Un partenaire peut se retrouver propriétaire à hauteur de son apport réel, ou copropriétaire par moitié alors qu'il n'a rien versé. La différence, en cas de rupture ou de décès, se chiffre parfois en centaines de milliers d'euros.

Ce guide déroule les cinq étapes d'un achat immobilier en pacs, du diagnostic du régime patrimonial jusqu'à la fiscalité qui suit la signature. À chaque étape, le piège à éviter, la décision à trancher et le professionnel à mobiliser. L'objectif : que vous arriviez chez le notaire en sachant exactement ce que vous signez.

  1. Étape 1 — Vérifier le régime patrimonial de votre pacs

    Identifier la date de conclusion et les clauses en vigueur. Cette vérification conditionne tout le reste : rien ne se décide sur l'immobilier tant que le régime applicable n'est pas clair.

  2. Étape 2 — Cadrer les quotes-parts d'acquisition

    Décider ensemble de la répartition inscrite dans l'acte : 50/50, au prorata des apports, ou avec clause spécifique. Cette décision engage durablement.

  3. Étape 3 — Signer le compromis et sécuriser le financement

    Rédiger un compromis qui reflète l'accord entre partenaires, obtenir l'offre de prêt et purger le délai de rétractation. Étape la plus contentieuse en cas de désaccord tardif.

  4. Étape 4 — Signer l'acte authentique chez le notaire

    Valider les mentions relatives au régime, aux quotes-parts et aux financements, puis signer. Les erreurs à ce stade sont difficilement rattrapables sans avenant coûteux.

  5. Étape 5 — Organiser la fiscalité et la transmission

    Anticiper l'imposition commune, la solidarité fiscale sur l'IFI le cas échéant, et surtout organiser la protection du partenaire survivant par testament.

Vérifier le régime patrimonial du pacs avant tout achat immobilier

Première évidence, souvent ignorée : le régime patrimonial de votre pacs dépend d'abord de la date à laquelle il a été conclu. Les pacs signés avant le 1er janvier 2007 relèvent, sauf option expresse contraire, d'un régime d'indivision. Ceux conclus depuis cette date basculent, par défaut, sous un régime dit de séparation de biens, où chacun reste propriétaire de ce qu'il acquiert seul.

La conséquence, pour un achat immobilier, est immédiate. Sous séparation de biens, celui qui achète le bien en seul acquéreur en devient seul propriétaire, même si le couple y vit ensemble et si l'autre partenaire participe aux remboursements mensuels. Sous indivision, la logique est inverse : les biens acquis pendant le pacs sont présumés appartenir aux deux, chacun pour moitié.

Retrouver et lire votre convention de pacs

Ressortez la convention initiale et, le cas échéant, les avenants. Vérifiez si elle mentionne le régime choisi. Un pacs peut avoir été signé sous seing privé, devant notaire, ou déclaré en mairie depuis le transfert des compétences aux communes. Le texte de référence en droit civil demeure celui de l'article 515-1 du Code civil, auquel renvoie l'article 1723 ter-00 B du Code général des impôts pour qualifier les partenaires.

Si vous n'êtes pas certains du régime en vigueur, prenez rendez-vous avec un notaire avant toute signature de compromis. Il pourra, si nécessaire, préparer une convention modificative qui bascule le pacs sous indivision, ou l'inverse. Modifier le régime après la signature de l'acte de vente est possible, mais n'efface pas les effets déjà produits sur le bien acheté.

Cadrer les quotes-parts d'acquisition dans la transaction immobilière

Une fois le régime patrimonial identifié, vient la décision la plus structurante de l'achat immobilier en pacs : la fixation des quotes-parts d'acquisition. L'acte de vente attribue à chaque acquéreur un pourcentage de propriété. Ce pourcentage détermine, sur toute la durée de détention, la répartition des revenus (loyers si le bien est loué), des charges, des plus-values à la revente et des droits en cas de décès.

Le réflexe le plus fréquent est le 50/50. Il fonctionne quand les apports personnels sont équivalents et quand l'emprunt sera remboursé strictement à parts égales. Dans les autres cas, il crée une distorsion entre la réalité économique et l'écriture juridique, avec deux effets miroir : soit un partenaire s'appauvrit au profit de l'autre, soit l'un enrichit l'autre involontairement, ce qui peut, en cas de séparation, être requalifié en donation.

Calibrer la répartition sur les apports réels

La méthode la plus prudente consiste à calquer les quotes-parts sur la contribution financière réelle : apport personnel de chaque partenaire, part respective dans les mensualités de prêt, participation aux frais d'acquisition. Un partenaire qui apporte 70 000 euros sur un prix de 300 000 euros, et qui remboursera 40 % des mensualités, ne devrait pas figurer à 50 % dans l'acte.

Le notaire peut proposer une clause d'inégalité de quotes-parts assumée, ou insérer une reconnaissance de dette entre partenaires pour la fraction non financée. Chacune de ces techniques a un coût, un formalisme, et une portée fiscale différente. Elles se choisissent au regard du projet global, y compris de la probabilité de séparation et de la structure patrimoniale préexistante.

Signer le compromis et boucler le financement d'un achat immobilier en pacs

Le compromis de vente doit refléter, à la lettre, l'accord passé entre partenaires : identité des acquéreurs, quotes-parts, mention du régime de pacs, conditions suspensives d'obtention de prêt. Si un partenaire figure seul comme acquéreur, mentionnez-le explicitement. Si les deux figurent, avec des quotes-parts inégales, écrivez-les. Ce qui n'apparaît pas au compromis se retrouve difficilement dans l'acte authentique sans avenant.

La condition suspensive d'obtention de prêt doit couvrir la réalité du financement : deux emprunteurs pacsés qui empruntent conjointement, ou un seul emprunteur, avec une caution éventuelle du partenaire. La banque évaluera le bien avant d'octroyer le prêt.

Lorsque le prêteur procède ou fait procéder à l'évaluation du bien immobilier à usage d'habitation financé à l'aide d'un prêt mentionné à l'article L. 313-1, il veille à ce que celle-ci soit réalisée par un expert en évaluation immobilière justifiant de sa compétence professionnelle et indépendant du processus de décision d'octroi du prêt afin de fournir une évaluation impartiale et objective.
Article L313-20 du Code de la consommation

Cette obligation d'évaluation indépendante protège aussi les acquéreurs : elle limite le risque de surestimation qui, dans un couple pacsé, peut fausser la répartition des apports et la traçabilité des flux. Conservez l'évaluation ainsi que tous les justificatifs de virement d'apport personnel : ils constitueront votre preuve en cas de séparation contentieuse.

Assurance emprunteur et clauses de solidarité

L'assurance emprunteur mérite une attention particulière quand les deux partenaires empruntent conjointement. La répartition des quotités d'assurance (par exemple 100 % / 100 %, ou 50 % / 50 %) détermine la couverture en cas de décès ou d'invalidité de l'un des partenaires. Une quotité 100 % / 100 % permet, en cas de décès, que le prêt soit intégralement pris en charge par l'assurance, laissant au partenaire survivant un bien libéré de dette.

La clause de solidarité entre coemprunteurs, insérée par la banque, fait de chaque partenaire un débiteur pour la totalité du prêt. En cas de séparation, le partenaire qui quitte le logement reste tenu envers la banque tant qu'une désolidarisation n'a pas été négociée. C'est un des sujets les plus douloureux post-rupture.

Passer devant le notaire pour l'acte authentique

L'acte authentique est le point de non-retour. Le notaire y consigne l'identité des acquéreurs, le régime de pacs, les quotes-parts, le prix, l'origine des fonds et les modalités de financement. Relisez chaque mention avant signature. Les erreurs matérielles se corrigent, les erreurs de fond nécessitent un acte rectificatif signé par toutes les parties, parfois impossible en cas de mésentente ultérieure.

Trois vérifications sont critiques. Premièrement, la mention exacte du régime patrimonial du pacs (indivision d'origine, séparation légale, ou régime conventionnel). Deuxièmement, la ventilation exacte des apports personnels par partenaire, avec l'origine des fonds. Troisièmement, la répartition des quotes-parts en pourcentage, chiffrée sans ambiguïté.

Traiter l'origine des fonds pour éviter la donation déguisée

L'administration fiscale et les juges du contentieux post-rupture prêtent une attention particulière à la traçabilité des fonds. Un apport financé par un compte personnel dont l'origine n'est pas justifiée peut être requalifié : soit en donation entre partenaires (avec fiscalité applicable), soit en apport à indemniser lors de la liquidation du pacs. Fournissez au notaire les justificatifs bancaires détaillés, y compris les donations reçues antérieurement et les dépôts précédant l'achat.

Anticiper la fiscalité de l'achat immobilier réalisé en pacs

Le passage devant le notaire ne clôt pas le dossier fiscal, il l'ouvre. Les partenaires pacsés font, sauf exception, l'objet d'une imposition commune à l'impôt sur le revenu dès l'année de conclusion du pacs. À ce titre, ils déclarent ensemble les revenus fonciers si le bien est loué et bénéficient conjointement, sous conditions, du régime de la résidence principale pour la plus-value en cas de revente.

L'impôt sur la fortune immobilière introduit une seconde couche de solidarité. Le patrimoine immobilier des deux partenaires est agrégé pour apprécier le franchissement du seuil légal, et les deux sont solidaires du paiement.

Les époux et les partenaires liés par un pacte civil de solidarité défini par l'article 515-1 du code civil sont solidaires pour le paiement de l'impôt sur la fortune immobilière.
Article 1723 ter-00 B du Code général des impôts

Cette solidarité n'est pas symbolique. Elle signifie que l'administration peut réclamer à l'un des partenaires l'intégralité de l'impôt dû, y compris pour la part correspondant au patrimoine de l'autre. Elle s'applique tant que le pacs est en vigueur, et parfois au-delà si des dettes fiscales antérieures restent à recouvrer.

L'impôt sur la fortune immobilière est recouvré selon les modalités prévues à l'article 1658 et acquitté dans les conditions prévues au 1 de l'article 1663 et sous les mêmes sûretés, privilèges, garanties.
Article 1679 ter du Code général des impôts

Répondre aux demandes de justification de l'administration

Le contrôle de l'IFI est un contentieux courant chez les couples pacsés qui viennent d'acquérir un bien immobilier significatif. L'administration dispose d'un pouvoir de demande de justifications ciblé.

En vue du contrôle de l'impôt sur la fortune immobilière, l'administration peut demander aux redevables des éclaircissements et des justifications sur la composition de l'actif et du passif du patrimoine. En l'absence de réponse à la demande ou si les éclaircissements ou justifications sont estimés insuffisants, l'administration peut rectifier les déclarations d'impôt sur la fortune immobilière.
Article L23 A du Livre des procédures fiscales

Sécuriser la situation en cas de rupture ou de décès du partenaire

Deux angles morts caractérisent l'achat immobilier en pacs : la sortie et la succession. Sur ces deux terrains, le pacs offre nettement moins de protection que le mariage. Le passer sous silence lors de l'achat crée les conditions d'un contentieux ou d'un déshéritage involontaire.

En cas de rupture, chaque partenaire reprend ses biens propres, et le bien acquis ensemble est partagé selon les quotes-parts inscrites à l'acte. Les créances entre partenaires (apport non compensé, remboursements inégaux) se règlent par indemnités, souvent contestées faute de traçabilité. Prévenir vaut mieux que liquider : un pacte modificatif de pacs organisant les modalités de séparation ou une convention d'indivision claire réduisent le risque contentieux.

L'absence de vocation successorale automatique

En cas de décès d'un partenaire, l'autre n'est pas héritier légal. Il ne reçoit rien, sauf disposition testamentaire expresse. Si le défunt a des enfants, ceux-ci héritent en pleine propriété, et le partenaire survivant peut se retrouver en indivision avec eux, voire contraint de vendre.

Le testament est la parade minimale. Un testament olographe ou authentique peut léguer au partenaire la quotité disponible du patrimoine, éventuellement en usufruit sur le logement pour permettre le maintien dans les lieux. Certains couples préfèrent la clause d'attribution préférentielle du bien commun ou l'acquisition en tontine, chacune ayant ses limites juridiques et fiscales.

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Ressortez la convention de pacs et identifiez le régime patrimonial applicable (indivision ou séparation).
  • Chiffrez précisément l'apport personnel de chaque partenaire et documentez son origine (relevés, donations, prêts familiaux).
  • Discutez et fixez ensemble les quotes-parts à inscrire à l'acte avant même de signer le compromis.
  • Demandez le projet d'acte authentique au notaire au moins huit jours avant la signature et relisez chaque mention.
  • Prévoyez un testament dans les mois qui suivent l'achat pour protéger le partenaire survivant.

Questions fréquentes

  • Peut-on acheter un bien immobilier en pacs sans passer chez le notaire ?

    Non. Toute vente immobilière portant sur un bien immeuble doit être constatée par un acte authentique établi par un notaire pour être opposable aux tiers et publiée au service de la publicité foncière. Le compromis ou la promesse peuvent être signés sous seing privé, mais l'acte de vente final passe obligatoirement par le notaire, que les acquéreurs soient pacsés, mariés, concubins ou seuls. Le notaire joue par ailleurs un rôle de conseil sur les quotes-parts, l'origine des fonds et les clauses spécifiques liées au pacs, qui n'ont d'équivalent nulle part ailleurs dans la procédure.

  • Que se passe-t-il en cas de séparation si un partenaire a payé plus que l'autre ?

    Le sort du bien dépend d'abord des quotes-parts inscrites à l'acte authentique. Si l'acte prévoit 50/50, chacun conserve la moitié quelle que soit sa contribution effective, sauf preuve d'une créance entre partenaires. Si l'acte prévoit une répartition inégale conforme aux apports, la liquidation reflète cette réalité. Les remboursements effectués en excès par un partenaire donnent lieu à une créance à liquider entre eux, à condition qu'ils soient documentés par des justificatifs bancaires. Sans documentation, ces créances sont contestées et difficiles à faire valoir. La rédaction d'une convention d'indivision au moment de l'achat réduit fortement ce risque contentieux.

  • Le pacs donne-t-il des droits successoraux automatiques sur le logement commun ?

    Non. Le pacs n'ouvre aucune vocation héréditaire légale : le partenaire survivant n'est pas héritier du défunt. Sans testament, il ne reçoit rien, même s'il occupe le logement et qu'il a participé au financement. Il bénéficie uniquement d'un droit de jouissance temporaire du logement d'un an à compter du décès, si le bien lui appartenait en indivision avec le défunt ou dépendait de la succession. Pour aller au-delà, un testament est indispensable. Il peut léguer la quotité disponible ou organiser un usufruit permettant au survivant de conserver l'usage du bien à vie.

  • Faut-il déclarer l'achat immobilier au fisc en tant que partenaires pacsés ?

    Les partenaires pacsés font l'objet d'une imposition commune à l'impôt sur le revenu dès l'année de conclusion du pacs. À ce titre, ils déclarent conjointement, sur la déclaration commune, les éléments liés au bien acquis : revenus fonciers si le bien est mis en location, éventuelles réductions d'impôt liées à l'investissement locatif, et bien sûr la valeur des biens immobiliers pour l'IFI si le patrimoine du couple dépasse le seuil d'imposition. Les partenaires sont solidaires du paiement de l'IFI en vertu de l'article 1723 ter-00 B du Code général des impôts.

  • Peut-on acheter en tontine dans le cadre d'un pacs ?

    La clause de tontine, ou pacte tontinier, est juridiquement compatible avec le pacs. Elle prévoit que le bien acheté ensemble revient en pleine propriété au survivant, sans passer par la succession. Elle offre une protection successorale forte, mais présente des inconvénients notables : impossibilité pour un partenaire de sortir seul de l'indivision sans accord de l'autre, fiscalité successorale ou de donation applicable au moment de la mise en œuvre, difficulté de renégociation en cas de séparation. La tontine ne se décide pas à la légère et suppose une analyse au cas par cas avec le notaire, en fonction du patrimoine préexistant et des objectifs de transmission.