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PACS — conclusion & rupture

PACS et régime matrimonial : le guide pour organiser votre patrimoine de couple

Par Maître Valérie Pons-Tomasello · Droit de la famille et des successionsMis à jour le 10 min de lecture
Sommaire

« Nous sommes pacsés, quel est notre régime matrimonial ? » La question revient à chaque premier rendez-vous. Elle contient déjà une confusion. Le PACS et le mariage n'ouvrent pas les mêmes règles patrimoniales, et la notion de régime matrimonial reste juridiquement réservée aux couples mariés. Les partenaires pacsés relèvent d'un régime patrimonial distinct, organisé par leur convention de PACS. Cette distinction n'est pas cosmétique : elle change la propriété des biens acquis pendant l'union, les droits en cas de rupture, la protection du survivant en cas de décès et la fiscalité applicable au logement familial.

Ce guide vous accompagne, étape par étape, pour identifier le régime qui s'applique aujourd'hui à votre couple, puis pour le modifier si votre situation le justifie. Vous saurez quel document consulter, quel professionnel solliciter, quels délais respecter, quel budget prévoir. Les couples pacsés y trouveront les règles propres à leur convention. Les couples mariés y verront la procédure exacte pour changer de régime matrimonial, désormais largement déjudiciarisée mais toujours strictement encadrée par le Code civil et par l'intervention notariale.

Vous prenez ces décisions rarement. Elles engagent parfois toute une vie. Autant les prendre en connaissance de cause.

  1. Étape 1 — Identifier votre régime actuel

    Retrouvez votre convention de PACS ou votre contrat de mariage. En l'absence d'écrit, le régime supplétif légal s'applique. Sans ce diagnostic initial, aucune décision utile n'est possible.

  2. Étape 2 — Décider si votre régime doit être modifié

    Un changement de vie (activité professionnelle indépendante, achat immobilier, naissance, remariage envisagé) doit déclencher un audit patrimonial. Le régime choisi il y a dix ans n'est plus toujours le bon.

  3. Étape 3 — Formaliser la modification chez le notaire

    Le passage devant notaire est obligatoire pour tout changement de régime matrimonial. Pour un PACS, la modification passe également par un acte notarié ou une convention modificative enregistrée.

  4. Étape 4 — Publier et informer

    Mention en marge de l'acte de mariage, information des enfants majeurs et des créanciers, éventuelle opposition à gérer : le formalisme post-notaire conditionne l'opposabilité aux tiers.

  5. Étape 5 — Anticiper la dissolution

    Divorce, dissolution de PACS ou décès : les conséquences liquidatives dépendent directement du régime en place. Certaines clauses avantageuses peuvent être remises en cause dans des situations extrêmes.

PACS ou mariage : identifier le régime matrimonial ou patrimonial qui s'applique à votre couple

La première erreur consiste à parler de « régime matrimonial » pour un PACS. Le régime matrimonial n'existe que pour les couples mariés. Les partenaires pacsés sont soumis à un régime patrimonial, organisé par leur convention. Les concubins, eux, n'ont aucun régime : chacun reste propriétaire de ses biens, sauf achat en indivision expressément formalisé.

Ce que dit votre convention de PACS

Deux régimes patrimoniaux coexistent pour les partenaires pacsés. Le premier est la séparation de biens, applicable de plein droit à défaut de choix contraire depuis la réforme de 2006. Chaque partenaire conserve la propriété exclusive de ce qu'il acquiert, de ses revenus, de ses dettes. Le second est l'indivision des acquêts, qui doit être expressément choisie dans la convention : tout bien acquis pendant le PACS est présumé appartenir aux deux partenaires pour moitié, sauf mention contraire dans l'acte d'achat.

Pour savoir dans quel régime vous êtes, retournez au texte signé au moment du PACS. S'il ne mentionne rien sur les biens, vous êtes en séparation. S'il opte pour l'indivision, vous y êtes. Cette vérification prend cinq minutes et évite dix ans de malentendu au moment de la rupture.

Ce que dit votre contrat de mariage

Pour les couples mariés, quatre régimes principaux structurent l'organisation patrimoniale : la communauté réduite aux acquêts (régime légal, applicable à défaut de contrat), la séparation de biens, la participation aux acquêts et la communauté universelle. Le régime effectif figure sur le contrat de mariage établi par notaire avant la célébration. Sans contrat, la communauté réduite aux acquêts s'applique automatiquement.

Choisir votre régime lors du PACS ou du mariage

Le choix initial pèse lourd. Il est plus simple de bien choisir dès le départ que de modifier ensuite. Quatre paramètres orientent la décision : l'existence d'une activité indépendante, l'écart de patrimoine entre les deux partenaires, la présence d'enfants issus d'unions précédentes, le projet immobilier à venir.

PACS : arbitrer entre séparation et indivision

La séparation de biens protège chaque partenaire des créanciers professionnels de l'autre. Elle convient aux couples dont l'un exerce une activité à risque (commerçant, entrepreneur individuel, profession libérale). L'indivision, à l'inverse, simplifie la gestion du patrimoine commun et facilite la transmission entre partenaires, mais elle expose chacun à la moitié des difficultés de l'autre sur les biens indivis.

En pratique, la séparation reste le choix par défaut le plus prudent, quitte à formaliser ponctuellement une indivision sur un bien précis lors de son acquisition. Le passage par un notaire pour la convention de PACS, non obligatoire, devient très recommandé dès qu'il y a un patrimoine préexistant, une activité indépendante ou un projet immobilier.

Mariage : quatre régimes, quatre logiques

La communauté réduite aux acquêts protège l'époux dont les revenus sont plus faibles, en lui garantissant la moitié des biens acquis pendant l'union. La séparation de biens sécurise le patrimoine professionnel et convient aux couples déjà installés patrimonialement. La participation aux acquêts combine les deux logiques : séparation pendant l'union, partage des enrichissements à la dissolution. La communauté universelle, souvent choisie tardivement, mutualise l'intégralité du patrimoine et protège fortement le conjoint survivant.

Changer de régime matrimonial en cours de mariage : la procédure notariale

Depuis les réformes intervenues ces dernières années, le changement de régime matrimonial est largement déjudiciarisé. Il passe désormais principalement par acte notarié, avec un contrôle judiciaire limité aux cas où il subsiste des intérêts à protéger, notamment ceux d'enfants mineurs ou de créanciers.

L'acte notarié, socle de la modification

Les deux époux comparaissent devant le notaire, qui rédige l'acte de changement. Cet acte constate la volonté commune, décrit le nouveau régime et procède, si nécessaire, à la liquidation du régime précédent. Les enfants majeurs de chaque époux ainsi que les créanciers sont informés personnellement de la modification, avec un délai d'opposition qui court à compter de cette information.

Une expédition de l'acte notarié qui modifie ou change entièrement le régime matrimonial est jointe à la requête.
Article 1302 du Code de procédure civile

L'homologation judiciaire, résiduelle mais gracieuse

Lorsqu'un enfant mineur est concerné ou qu'une opposition est formée par un enfant majeur ou un créancier, le juge est saisi pour homologuer le changement. La procédure relève de la matière gracieuse, ce qui signifie qu'il n'y a pas de partie adverse : le juge vérifie que la modification n'est pas contraire à l'intérêt de la famille.

L'homologation d'un changement de régime matrimonial relève de la matière gracieuse.
Article 1301 du Code de procédure civile

Publicité et mention en marge de l'acte de mariage

La modification n'est opposable aux tiers qu'après publication. Une mention est portée en marge de l'acte de mariage. Pour les couples mariés à l'étranger ou dont le changement résulte de l'application d'une loi étrangère, la publicité obéit à des règles particulières.

Lorsque l'acte de mariage est conservé par une autorité française, le changement de régime matrimonial obtenu en application de la loi étrangère régissant les effets de l'union est mentionné en marge de cet acte.
Article 1303-3 du Code de procédure civile

Anticiper le coût et la fiscalité du changement de régime matrimonial

Changer de régime a un coût. Il combine trois éléments : les émoluments du notaire, éventuellement le droit de partage si une liquidation intervient, et les frais annexes (publicité, information des enfants). Le devis doit être demandé en amont et confronté à la valeur patrimoniale du couple, en particulier lorsqu'un bien immobilier est en jeu.

L'exonération fiscale du passage en régime communautaire

Le Code général des impôts prévoit une exonération spécifique lorsque le changement vise l'adoption d'un régime communautaire. Cette exonération allège sensiblement le coût fiscal du passage, par exemple, d'une séparation de biens à une communauté universelle.

Les actes portant changement de régime matrimonial, en vue de l'adoption d'un régime communautaire, ne donnent lieu à aucune perception au profit du Trésor.
Article 1133 bis du Code général des impôts

L'exonération ne couvre pas tous les frais : les émoluments notariés et les éventuels droits liés à la publicité foncière restent dus. Elle ne s'applique pas non plus lorsque le changement se fait dans l'autre sens (d'un régime communautaire vers une séparation), configuration qui déclenche généralement un partage soumis au droit d'enregistrement.

PACS, mariage et union libre : sécuriser la dissolution de votre régime matrimonial ou patrimonial

La dissolution du couple révèle la qualité du régime choisi. C'est à ce moment que la théorie devient argent, mètres carrés et années de vie commune. Les trois formes d'union (PACS, mariage, union libre) obéissent à des logiques liquidatives radicalement différentes.

Dissolution du PACS et sortie de l'indivision

La dissolution du PACS ne suppose pas l'intervention d'un juge : une déclaration conjointe ou unilatérale suffit. En séparation de biens, chacun repart avec son patrimoine. En indivision des acquêts, il faut liquider les biens indivis, à l'amiable si possible, judiciairement si le désaccord persiste. Les partenaires pacsés n'ont pas droit à une prestation compensatoire ni à une pension au titre du devoir de secours.

Divorce et liquidation du régime matrimonial

Le divorce entraîne la dissolution du régime matrimonial et impose sa liquidation, que ce soit par acte notarié annexé à la convention en divorce par consentement mutuel, ou par voie contentieuse. Les clauses stipulées dans le contrat de mariage (préciput, avantages matrimoniaux, clause d'attribution intégrale) sont revisitées au moment de la liquidation. La jurisprudence rappelle que le régime choisi (par exemple séparatiste) n'empêche pas le juge d'apprécier globalement la disparité de situation entre les époux pour fixer une prestation compensatoire.

Jurisprudence
La Cour de cassation confirme qu'en régime séparatiste, l'existence d'une indivision immobilière et la disparité de ressources entre époux au regard de leur âge respectif peuvent justifier l'allocation d'une prestation compensatoire par le juge de première instance.

Cass. 1ère civ. — 2020-11-18 — n° 19-19.231

Union libre : l'absence de régime, une fragilité assumée

Les concubins ne relèvent d'aucun régime patrimonial. À la rupture, chacun conserve ses biens propres, sans possibilité de réclamer une compensation au titre du travail effectué dans le foyer, sauf à démontrer une société créée de fait ou un enrichissement injustifié. C'est la forme d'union la plus fragile juridiquement, ce qui explique pourquoi le PACS ou le mariage restent, dans la plupart des situations patrimoniales, des choix mieux protecteurs.

Cas particulier : la déchéance des clauses de la convention matrimoniale

Le législateur a récemment introduit un mécanisme de déchéance des clauses avantageuses de la convention matrimoniale au bénéfice de l'époux auteur de faits d'une gravité extrême contre son conjoint. Cette déchéance opère de plein droit dans certains cas, et sur décision judiciaire dans d'autres.

L'époux condamné pour avoir donné ou tenté de donner la mort à son époux ou pour avoir volontairement commis des violences ayant entraîné la mort de son époux sans intention de la donner est, dans le cadre de la liquidation du régime matrimonial, déchu de plein droit du bénéfice des clauses de la convention matrimoniale qui prennent effet à la dissolution du régime matrimonial ou au décès de l'un des époux et qui lui confèrent un avantage.
Article 1399-1 du Code civil

L'article 1399-2 du Code civil étend cette logique à une déchéance facultative, prononcée par le juge, pour d'autres faits graves. L'article 1399-4 précise les obligations de restitution des fruits et revenus perçus par l'époux déchu depuis la dissolution du régime. Ce mécanisme, encore récent, s'applique aux liquidations en cours et modifie l'équilibre financier des successions et divorces conflictuels.

Le régime choisi il y a vingt ans n'est plus toujours le bon aujourd'hui. Le réévaluer à chaque étape de vie fait partie de l'hygiène patrimoniale d'un couple.

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Retrouver votre convention de PACS ou votre contrat de mariage et le relire attentivement.
  • Faire l'inventaire de votre patrimoine (biens, dettes, activité professionnelle, projets à cinq ans).
  • Solliciter un devis notarial pour un changement de régime, en précisant la configuration cible envisagée.
  • Informer très en amont les enfants majeurs, pour éviter une opposition surprise le jour de la signature.
  • Mettre à jour votre testament et vos assurances-vie pour les aligner sur le nouveau régime choisi.

Questions fréquentes

  • Le PACS impose-t-il un régime matrimonial ?

    Non. Le régime matrimonial est une notion strictement réservée aux couples mariés. Les partenaires pacsés relèvent d'un régime patrimonial, qui est soit la séparation de biens (régime légal applicable par défaut aux PACS conclus depuis 2007), soit l'indivision des acquêts si elle a été expressément choisie dans la convention de PACS. Cette distinction terminologique n'est pas anodine : elle emporte des conséquences très concrètes sur la propriété des biens, la protection du survivant et la fiscalité applicable. Un partenaire pacsé qui parle de son « régime matrimonial » commet une erreur juridique fréquente, souvent lourde de malentendus au moment de la rupture ou du décès.

  • Quelle est la différence entre indivision et séparation de biens dans un PACS ?

    En séparation de biens, chaque partenaire conserve la propriété exclusive de ce qu'il acquiert, de ses revenus et de ses dettes pendant le PACS. En indivision des acquêts, tout bien acquis pendant l'union est présumé appartenir aux deux partenaires pour moitié, sauf mention contraire dans l'acte d'achat. La séparation protège chaque partenaire des créanciers de l'autre et convient particulièrement aux couples dont l'un exerce une activité indépendante à risque. L'indivision simplifie la gestion patrimoniale commune mais expose davantage chacun aux difficultés de l'autre sur les biens indivis. Le choix se fait au moment de la conclusion du PACS et peut être modifié ultérieurement par convention modificative.

  • Peut-on modifier une convention de PACS sans notaire ?

    Oui, la modification d'une convention de PACS peut se faire par convention modificative signée entre les partenaires et remise à l'officier d'état civil qui a enregistré le PACS, ou au notaire s'il s'agit d'un PACS notarié. Le passage par un notaire n'est pas obligatoire, mais il est fortement recommandé dès qu'il existe un patrimoine préexistant, une activité indépendante, un projet immobilier ou un choix technique sensible (indivision partielle, clause de reprise). L'accompagnement d'un professionnel évite les rédactions ambiguës, sources de contentieux au moment de la dissolution.

  • Combien de temps faut-il pour changer de régime matrimonial ?

    La procédure prend généralement plusieurs mois. Elle comprend la préparation de l'acte notarié, l'information des enfants majeurs et des créanciers avec un délai d'opposition, puis la publicité par mention en marge de l'acte de mariage. Lorsqu'un enfant mineur est concerné ou qu'une opposition est formée, l'homologation judiciaire ajoute plusieurs mois supplémentaires. Le juge intervient dans le cadre gracieux prévu par l'article 1301 du Code de procédure civile pour vérifier que la modification n'est pas contraire à l'intérêt de la famille. Il faut donc anticiper largement, notamment lorsque le changement de régime est motivé par un événement à échéance rapprochée.

  • Le passage du PACS au mariage change-t-il automatiquement le régime patrimonial ?

    Oui. La conclusion d'un mariage entre partenaires pacsés met fin au PACS et fait entrer le couple dans un régime matrimonial. À défaut de contrat de mariage préalable, c'est le régime légal de la communauté réduite aux acquêts qui s'applique automatiquement. Si les partenaires souhaitent conserver la logique séparatiste de leur PACS, ils doivent signer un contrat de mariage en séparation de biens devant notaire avant la célébration. Ce point est régulièrement sous-estimé par les couples qui pensent, à tort, que leur régime patrimonial de PACS se prolonge naturellement dans le mariage.

  • L'exonération fiscale sur le changement de régime matrimonial couvre-t-elle tous les frais ?

    Non. L'article 1133 bis du Code général des impôts prévoit une exonération de perception au profit du Trésor uniquement pour les actes de changement de régime en vue de l'adoption d'un régime communautaire. Cette exonération allège le coût fiscal mais ne couvre ni les émoluments du notaire, ni les frais liés à la publicité foncière lorsqu'un bien immobilier est apporté à la communauté, ni les éventuels frais de procédure en cas d'homologation judiciaire. Le passage inverse, d'un régime communautaire vers une séparation, ne bénéficie pas de cette exonération et peut déclencher un droit de partage sur les biens communs. Un devis notarial préalable reste indispensable.