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RGPD & conformité données

Attestation de droit à l'image : rédaction, signature et conservation

Par Maître Romain Mirabile · Avocat en IP/IT et droit commercial10 min de lecture
Sommaire

Une photo d'équipe publiée sur LinkedIn, un portrait de dirigeant dans la newsletter, une vidéo de formation diffusée en interne, un visuel de salon réutilisé dans une plaquette commerciale : chacun de ces usages suppose le consentement écrit de la personne filmée ou photographiée. L'attestation de droit à l'image formalise ce consentement et constitue la preuve que vous avez obtenu l'accord de la personne concernée, pour un usage précisément défini.

Sans ce document, vous vous exposez à des demandes de retrait, à des actions civiles en réparation et, dans certaines hypothèses, à des sanctions pénales. Le droit à l'image est reconnu de longue date comme un attribut de la personnalité. La Cour de cassation l'a encore réaffirmé en 2024, y compris pour les salariés sur leur temps de travail. La personne concernée conserve donc, à tout moment, la maîtrise de la diffusion de son visage ou de sa voix.

Ce guide détaille, étape par étape, comment construire une attestation de droit à l'image solide : situations qui l'imposent, mentions obligatoires, périmètre de l'autorisation, modalités de signature, conservation de la preuve et gestion du retrait. Il s'adresse aux responsables communication, DRH, éditeurs de contenus et dirigeants qui exploitent des images de personnes identifiables, en interne comme en ligne.

  1. Étape 1 : Qualifier la situation

    Identifier qui est concerné (salarié, mineur, personne vulnérable, tiers), si la personne est identifiable à l'image et quels usages sont réellement envisagés.

  2. Étape 2 : Rédiger les mentions obligatoires

    Intégrer l'identité des parties, le contexte de la prise, les finalités, les supports, la durée, le territoire et le droit de retrait.

  3. Étape 3 : Préciser les supports de diffusion

    Lister de manière exhaustive les canaux visés (site web, réseaux sociaux, imprimés, vidéo, publicité) et distinguer les usages commerciaux des usages non commerciaux.

  4. Étape 4 : Encadrer la durée et le territoire

    Fixer une durée raisonnable, prévoir un renouvellement et délimiter le périmètre géographique de la diffusion.

  5. Étape 5 : Collecter la signature et archiver

    Faire signer en version manuscrite ou par un procédé électronique conforme, puis conserver l'attestation dans un archivage sécurisé et traçable.

  6. Étape 6 : Gérer le retrait et les contentieux

    Désigner un référent, répondre sans délai aux demandes de retrait et préparer la défense en cas de mise en demeure ou de procédure judiciaire.

Identifier les situations qui exigent une attestation de droit à l'image

Le principe est simple : dès lors qu'une personne est identifiable sur une image, sa diffusion suppose son accord. La Cour de cassation a rappelé, dans un arrêt du 16 janvier 2013, que le droit au respect de la vie privée permet à chacun de s'opposer à la diffusion sans son accord de son image, laquelle constitue un attribut de sa personnalité. L'identification s'apprécie largement : visage net, silhouette caractéristique, uniforme reconnaissable, voix, prénom associé à l'image, contexte explicite.

Jurisprudence
Le droit à l'image est un attribut de la personnalité : toute personne peut s'opposer à la diffusion de son image sans son accord, y compris lorsque la publication prétend servir un intérêt informationnel ou commercial.

Cour de cassation — 2013-01-16 — n° 12-15.547

Trois situations méritent une attention particulière. Le salarié d'abord : la Cour de cassation a jugé le 25 septembre 2024 qu'il conserve son droit à l'image même sur son temps de travail, un contrat de travail ne vaut pas renonciation implicite. Le mineur ensuite : l'autorisation doit être donnée par les deux titulaires de l'autorité parentale, le refus d'un seul suffit à bloquer la diffusion. La personne détenue enfin, dont la diffusion de l'image en détention provisoire relève d'un régime d'autorisation spécifique.

La diffusion de l'image ou de la voix des personnes détenues prévenues est autorisée par le magistrat saisi du dossier de la procédure.
Article R57-6-17 du Code de procédure pénale

Les personnes morales ne sont pas étrangères à ce régime. La chambre criminelle a confirmé, le 8 juin 2022, qu'une société peut invoquer une atteinte à sa réputation ou à son image. L'arrêt du 26 septembre 2019 avait déjà reconnu l'intérêt à agir d'une entreprise lorsque sa marque et sa réputation étaient visées. Avant toute captation d'images associant une entreprise cliente, un partenaire ou un lieu identifiable, mieux vaut sécuriser l'accord écrit.

Rédiger une attestation de droit à l'image juridiquement valide

Une attestation efficace tient en une page et contient six blocs d'informations. L'identité complète de la personne concernée (nom, prénom, date de naissance, adresse) ; l'identité de l'exploitant (dénomination, siège, représentant légal) ; le contexte de la prise (date, lieu, nature des images, prestataire éventuel) ; les finalités autorisées ; les supports de diffusion ; la durée et le territoire. Chaque bloc doit être rédigé en clair, sans renvoi générique à des conditions générales.

Les mentions non négociables du modèle d'attestation

Trois mentions font la différence devant un juge. La première rappelle que la personne autorise, à titre gratuit ou onéreux, la reproduction et la diffusion de son image. La deuxième liste limitativement les usages couverts : interdiction d'extension unilatérale par l'exploitant. La troisième garantit le droit de retrait, en précisant les modalités concrètes (destinataire, délai de traitement, éventuel maintien des exemplaires déjà imprimés).

Évitez les formules passe-partout du type « tous supports actuels et futurs, sur tous territoires et pour toute durée ». Les tribunaux les interprètent restrictivement, considérant qu'une autorisation aussi large peut être jugée imprécise et donc inopposable sur les usages non expressément mentionnés. Mieux vaut une attestation ciblée, renouvelée si l'usage évolue, qu'un blanc-seing illusoire.

Préciser les finalités et supports dans l'attestation de droit à l'image

La finalité est le cœur de l'autorisation. Elle répond à la question : « À quoi va servir cette image ? ». Une autorisation donnée pour un trombinoscope interne ne couvre pas une campagne publicitaire. Une autorisation donnée pour un reportage institutionnel ne couvre pas une revente à une banque d'images. La finalité doit être formulée en termes concrets, compréhensibles par un non-juriste, et refléter l'usage réellement envisagé.

Les supports doivent être énumérés limitativement. Pour un usage digital classique, pensez à distinguer : site web institutionnel, pages réseaux sociaux de l'organisation (en précisant lesquelles), newsletter, campagnes payantes sur les plateformes publicitaires, intranet, applications mobiles. Pour un usage imprimé : plaquette commerciale, rapport annuel, affichage événementiel, PLV. Pour l'audiovisuel : vidéos institutionnelles, interviews, bandes-annonces, captations d'événements.

Distinguez ensuite nettement l'usage commercial de l'usage non commercial. L'un valorise un produit ou un service et peut justifier une rémunération ; l'autre relève de la communication institutionnelle ou éditoriale. La confusion entre les deux est source de contentieux : une image utilisée en campagne sponsorisée alors que l'attestation ne couvrait qu'un usage éditorial expose à une demande de retrait et de dommages et intérêts.

Encadrer la durée, le territoire et les conditions de renouvellement

La durée est le paramètre le plus souvent mal calibré. Une attestation sans durée est juridiquement fragile et peut être remise en cause pour imprécision. Fixez une durée déterminée, cohérente avec le cycle de vie du support (deux à cinq ans pour une plaquette commerciale, un à trois ans pour une campagne digitale, durée du contrat de travail augmentée d'une période de latence pour les trombinoscopes internes). Prévoyez un mécanisme de renouvellement explicite : tacite reconduction, nouvelle signature, ou simple notification.

Le territoire se définit en fonction du public ciblé. Trois niveaux classiques : France ; Union européenne ; monde entier. La diffusion sur internet pose une difficulté spécifique : techniquement, un contenu mis en ligne est accessible mondialement. Mentionnez-le explicitement dans l'attestation, en précisant que la mise en ligne vaut diffusion mondiale, même si la cible éditoriale est franco-française. Cette précision évite qu'une personne invoque une diffusion non autorisée hors du territoire national.

La question de la rémunération doit être tranchée dans l'attestation. Trois régimes coexistent : autorisation à titre gratuit (usages institutionnels classiques, salariés dans certaines limites) ; autorisation à titre forfaitaire (prestations ponctuelles, modèles amateurs) ; autorisation rémunérée au cachet et sur la durée (mannequins, personnalités publiques, usages publicitaires lourds). Le silence sur ce point est une faiblesse : il permet à la personne de contester a posteriori le caractère gratuit de l'autorisation.

Collecter la signature et archiver l'attestation de droit à l'image signée

Deux modes de signature coexistent. La signature manuscrite classique, apposée sur deux exemplaires originaux dont un est remis à la personne. La signature électronique, à condition de recourir à un procédé fiable : la réglementation applicable à la retranscription de la signature manuscrite en matière de procédure pénale fixe des exigences techniques qui constituent un repère utile de bonne pratique, même en dehors du champ pénal.

Le dispositif doit permettre de garantir une retranscription fidèle de la signature manuscrite par l'utilisation d'un dispositif de saisie d'une résolution minimale de 200 pixels fois 80 pixels et par la production d'une image. Le système d'information qui met en œuvre la signature numérique fait l'objet d'une homologation de sécurité.
Article A53-5 du Code de procédure pénale (annexes)

L'archivage conditionne la valeur probatoire de l'attestation. Trois exigences pratiques : l'intégrité (le document ne doit pas pouvoir être modifié a posteriori) ; l'horodatage (preuve de la date de signature) ; la traçabilité (lien entre l'attestation et les supports de diffusion réels). Un simple PDF stocké dans un dossier partagé est insuffisant pour une organisation qui diffuse régulièrement des images : optez pour une solution d'archivage électronique ou, à défaut, un classement rigoureux avec sauvegardes versionnées.

Durée de conservation après la fin de l'exploitation

Les textes applicables au droit à l'image ne fixent pas de durée uniforme de conservation. La règle de prudence : conserver l'attestation pendant toute la durée d'exploitation effective, puis au-delà, le temps nécessaire pour justifier du consentement en cas de contentieux ou de demande de retrait. En pratique, un archivage de plusieurs années après la dernière diffusion s'impose, articulé avec les règles internes de rétention documentaire de l'organisation.

Anticiper le retrait du consentement et les atteintes à la réputation numérique

Le droit à l'image étant un attribut de la personnalité, la personne conserve la maîtrise de son image, même après avoir signé une attestation. Elle peut demander le retrait à tout moment. L'exploitant doit traiter la demande sans délai : retrait des publications en ligne, arrêt des rééditions imprimées, demandes de désindexation auprès des moteurs de recherche quand les visuels remontent dans les résultats. La question de l'indemnisation de la rétractation dépend des termes de l'attestation initiale et du caractère commercial de l'exploitation.

Jurisprudence
Un salarié conserve son droit à l'image, y compris sur son temps de travail. Le lien de subordination ne vaut pas consentement implicite à la diffusion : l'employeur doit disposer d'une attestation écrite spécifique et respecter les demandes de retrait.

Cour de cassation — 2024-09-25 — n° 23-11.860

Équilibre entre liberté d'expression et réputation numérique

Face à une demande de retrait, l'exploitant invoque parfois la liberté d'expression ou l'intérêt informationnel. La Cour de cassation, dans un arrêt du 20 avril 2022, rappelle que la liberté d'expression peut connaître certaines restrictions pour la protection de la réputation ou des droits d'autrui. L'équilibre entre les deux impératifs se résout au cas par cas : nature de l'image, contexte de diffusion, qualité de la personne concernée, caractère public ou privé de la scène captée, proportionnalité de la diffusion.

Pour les personnes morales, la réputation numérique a été reconnue comme un intérêt protégé. La chambre criminelle a retenu, le 8 juin 2022, qu'une personne morale peut invoquer une atteinte à sa réputation ou à son image. L'arrêt du 26 septembre 2019 avait confirmé l'intérêt à agir d'une société visée dans sa marque et sa réputation. L'attestation de droit à l'image doit donc, lorsqu'elle concerne un dirigeant ou un salarié photographié dans un cadre professionnel, intégrer une clause de non-dénigrement et un droit de regard sur les visuels associés à la marque.

Jurisprudence
La personne morale, en tant que titulaire de droits de la personnalité adaptés, peut agir en justice pour atteinte à sa réputation ou à son image. Cette reconnaissance ouvre la voie à des actions de l'entreprise elle-même, en complément des actions individuelles des personnes identifiables.

Cour de cassation — 2022-06-08 — n° 21-84.493

La sensibilisation en amont reste la meilleure défense. Le Code de l'éducation prévoit désormais une attestation remise aux élèves à l'issue de l'école primaire et du collège, certifiant qu'ils ont bénéficié d'une sensibilisation au bon usage des outils numériques et des réseaux sociaux. Cette logique de culture numérique progressive doit inspirer les organisations : charte d'utilisation des images, formation des équipes communication, référent identifié, procédure de traitement des demandes de retrait sous 48 heures.

À l'issue de l'école primaire et du collège, les élèves reçoivent une attestation certifiant qu'ils ont bénéficié d'une sensibilisation au bon usage des outils numériques et de l'intelligence artificielle.
Article L312-9 du Code de l'éducation

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Auditer les visuels actuellement en diffusion et vérifier que chaque personne identifiable a signé une attestation couvrant l'usage réel.
  • Rédiger un modèle d'attestation de droit à l'image unique pour l'organisation, intégrant les six mentions obligatoires détaillées dans ce guide.
  • Faire signer systématiquement l'attestation avant toute captation, et jamais a posteriori sous pression de la publication.
  • Centraliser l'archivage dans un registre unique, horodaté, lié à chaque visuel diffusé par un identifiant.
  • Désigner un référent interne compétent pour traiter sous 48 heures toute demande de retrait ou mise en demeure liée à une image diffusée.

Questions fréquentes

  • Combien de temps faut-il conserver une attestation de droit à l'image signée ?

    Les textes applicables au droit à l'image ne fixent pas de durée uniforme de conservation. La règle de prudence consiste à conserver l'attestation pendant toute la durée d'exploitation effective de l'image, puis au-delà, le temps nécessaire pour justifier du consentement en cas de contentieux ou de demande de retrait. En pratique, l'archivage est maintenu plusieurs années après la dernière diffusion. L'attestation doit rester accessible, horodatée et liée à un identifiant permettant de retrouver immédiatement les supports diffusés. Un référent interne devrait pouvoir produire l'attestation en moins de 48 heures en cas de demande de la personne concernée ou de son avocat.

  • Faut-il refaire signer une attestation lorsque l'usage de l'image change ?

    Oui. Dès lors que la nouvelle utilisation sort du périmètre défini dans l'attestation initiale, un nouveau consentement écrit est nécessaire. L'autorisation donnée pour une plaquette interne ne couvre pas une campagne publicitaire sur les réseaux sociaux. Celle donnée pour la France ne couvre pas une diffusion mondiale. L'extension unilatérale de l'usage par l'exploitant expose à une action pour atteinte au droit à l'image. La Cour de cassation a rappelé, dans un arrêt du 16 janvier 2013, que l'image est un attribut de la personnalité et que chacun peut s'opposer à sa diffusion sans accord préalable. Mieux vaut faire signer un avenant qu'improviser.

  • Un email d'accord suffit-il comme attestation de droit à l'image ?

    Un email peut constituer un début de preuve du consentement, à condition qu'il émane sans ambiguïté de la personne concernée et qu'il mentionne précisément l'image, l'usage prévu, les supports et la durée. En pratique, cette formule reste fragile : adresse email contestée, formulation sommaire, absence de signature identifiable. Une attestation écrite signée, en version papier ou via un procédé de signature électronique conforme aux standards techniques de retranscription de la signature manuscrite, offre une sécurité juridique bien supérieure. Pour les usages engageants (publicité, campagne externe, image d'un dirigeant), privilégiez systématiquement un document signé en bonne et due forme.

  • L'attestation est-elle requise pour les photos de groupe ou de foule ?

    La règle traditionnelle distingue l'image isolée d'une personne, qui exige son consentement, de la photographie d'un groupe où aucun individu n'est le sujet central et identifié. Dans ce dernier cas, l'autorisation individuelle n'est pas systématiquement requise. La frontière reste fragile : dès qu'une personne est identifiable et que l'image s'arrête visuellement sur elle, le consentement redevient nécessaire. Dans le doute, faites signer les personnes reconnaissables au premier plan ou floutez leur visage. Les événements professionnels captés par un prestataire gagnent à prévoir, dans l'information communiquée aux participants en amont, une mention claire sur la captation et un dispositif d'opposition simple à activer.

  • Que faire si la personne se rétracte après la diffusion de son image ?

    La personne peut à tout moment demander le retrait de son image, le droit à l'image étant un attribut de la personnalité dont elle conserve la maîtrise. L'exploitant doit traiter cette demande sans délai : retrait des publications en ligne, arrêt des rééditions imprimées, demande de désindexation auprès des moteurs de recherche quand l'image remonte dans les résultats. La question de l'indemnisation de la rétractation dépend des termes de l'attestation initiale et du caractère commercial de l'exploitation. En cas de refus ou de retrait partiel, la personne peut saisir le juge civil pour obtenir le retrait forcé et des dommages et intérêts. La Cour de cassation a rappelé en 2024 que même le salarié conserve ce droit sur son temps de travail.