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Achat immobilier

Avocat loyer impayé

Par Maître Pierrick Bournet · Avocat en droit immobilier10 min de lecture
Sommaire

Le premier loyer manque au 5 du mois. Vous relancez votre locataire par SMS, il promet de régulariser. Un mois passe, puis deux. La dette gonfle, les échanges se tendent, et vous découvrez que le temps joue contre vous. Chaque mois d'inaction repousse d'autant la récupération du logement et alourdit la créance que vous ne recouvrerez peut-être jamais.

Un impayé locatif n'est pas un simple différend contractuel. C'est une procédure encadrée, jalonnée d'actes obligatoires, dans laquelle le rôle d'un avocat loyer impayé consiste à sécuriser chaque étape pour préserver deux choses : le recouvrement de la dette et la libération du logement. Faute de commandement de payer conforme, faute de délais respectés, faute d'assignation motivée, un dossier techniquement gagnable peut se retourner contre le bailleur.

Ce guide décrit les six étapes que suit un avocat immobilier lorsqu'il prend en main un dossier de loyer impayé, de la relance formelle jusqu'à l'expulsion. Durée totale réaliste : douze à vingt-quatre mois. Coût moyen d'un dossier contentieux complet : 2 000 à 5 000 euros d'honoraires selon la complexité, en partie récupérables auprès du locataire condamné.

  1. Étape 1 — Sécuriser la dette et diagnostiquer le dossier

    Rassembler le bail, les quittances, les relevés, les courriers échangés. L'avocat vérifie la clause résolutoire, le montant exact dû et l'existence éventuelle d'une caution ou d'une assurance loyers impayés.

  2. Étape 2 — Faire signifier un commandement de payer

    Acte de commissaire de justice qui ouvre le délai légal de régularisation. C'est le point de départ obligatoire de la procédure judiciaire et le déclencheur de la garantie loyers impayés éventuelle.

  3. Étape 3 — Signaler l'impayé à la CCAPEX et aux garants

    Notification obligatoire à la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives. Simultanément, mise en demeure du garant ou déclaration à l'assureur loyers impayés.

  4. Étape 4 — Assigner devant le juge des contentieux de la protection

    À défaut de paiement dans le délai légal, l'avocat rédige et fait délivrer l'assignation. Elle demande le constat de la résiliation du bail, la condamnation au paiement et l'expulsion.

  5. Étape 5 — Obtenir et faire signifier le jugement

    Le juge se prononce, souvent avec un délai accordé au locataire pour se relever de la clause résolutoire. Le jugement est signifié et rend la décision exécutoire.

  6. Étape 6 — Faire exécuter l'expulsion et recouvrer la dette

    Commandement de quitter les lieux, éventuel concours de la force publique, puis mesures d'exécution sur les revenus et les comptes du locataire condamné.

Sécuriser la dette et diagnostiquer le dossier avant toute action

La première consultation avec un avocat loyer impayé n'est pas une formalité. Elle conditionne tout ce qui suit. L'avocat examine le bail pour vérifier la présence et la rédaction de la clause résolutoire, contrôle les quittances émises, reconstitue le compte locataire au centime près et vérifie si la dette n'est pas partiellement prescrite.

Le point de prescription est un piège récurrent. La Cour de cassation a jugé, dans deux arrêts rendus le même jour, que l'action en recouvrement des loyers impayés d'un logement d'habitation relève de la prescription triennale spéciale du bail d'habitation, y compris lorsque le bailleur est un professionnel de la location. Un bailleur qui laisse traîner un impayé au-delà de trois ans risque de voir sa créance amputée d'autant.

Jurisprudence
Les loyers d'un logement d'habitation se prescrivent par trois ans en application de la loi du 6 juillet 1989. Cette prescription spéciale l'emporte sur la prescription quinquennale de droit commun et sur la prescription biennale du Code de la consommation.

Cass. 3e civ. — 2017-01-26 — n° 15-27.580

Jurisprudence
Même lorsque le bailleur est un professionnel de la location immobilière, la prescription spéciale de la loi de 1989 s'applique. Le locataire ne peut donc pas invoquer la prescription biennale plus courte du Code de la consommation pour se libérer d'une partie de la dette.

Cass. 3e civ. — 2017-01-26 — n° 16-10.389

L'avocat immobilier vérifie aussi trois éléments souvent négligés par le bailleur seul : l'existence d'une caution solidaire dont l'engagement reste valable, la souscription éventuelle d'une garantie loyers impayés (GLI) qui impose ses propres délais de déclaration, et l'existence de dépôts de garantie ou de sommes bloquées mobilisables. Ce diagnostic conditionne la stratégie : contentieux immédiat, mise en demeure du garant en premier, ou activation de l'assurance.

Faire délivrer un commandement de payer conforme au bail

Le commandement de payer visant la clause résolutoire est l'acte fondateur de toute procédure de recouvrement locatif. Il est délivré par un commissaire de justice, à la demande de l'avocat, et fait courir le délai légal accordé au locataire pour régulariser sa dette. À défaut de paiement dans ce délai, la clause résolutoire est acquise et le bail peut être considéré comme résilié de plein droit.

Le contenu du commandement est strictement encadré. Il doit indiquer le montant exact de la dette, la ventilation entre loyers et charges, la clause résolutoire visée, le délai de régularisation et la possibilité pour le locataire de saisir le juge d'une demande de délais de paiement. Une erreur sur le décompte, une mention manquante, et l'acte peut être annulé, faisant perdre plusieurs mois de procédure.

Les émoluments dus au commissaire de justice pour la délivrance de ses actes sont fixés selon un tarif réglementé. Le coût d'un commandement de payer visant la clause résolutoire est donc encadré par ce tarif.
Article R444-71 du Code de commerce

En pratique, le coût de l'acte oscille entre 150 et 250 euros selon le montant en jeu, tarif tarifé applicable au commissaire de justice territorialement compétent. Cet argent n'est pas perdu : les frais de commandement peuvent être mis à la charge du locataire en fin de procédure.

Signaler l'impayé à la CCAPEX et actionner les garanties

Dès la délivrance du commandement de payer, le bailleur a l'obligation de signaler l'impayé à la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX). Cette formalité, souvent ignorée des bailleurs particuliers, conditionne la recevabilité de la suite de la procédure et vise à permettre un accompagnement social du locataire en difficulté.

Le signalement à la CCAPEX des situations d'impayés locatifs est encadré par le Code de la construction et de l'habitation. La saisine intervient selon des modalités précises destinées à assurer la prévention effective des expulsions.
Article R824-1 du Code de la construction et de l'habitation
Les seuils et modalités de saisine de la CCAPEX sont fixés par voie réglementaire. Ils distinguent selon la nature du bailleur et le montant de la dette. Le respect de ces règles est un préalable à la poursuite de la procédure d'expulsion.
Article R824-2 du Code de la construction et de l'habitation

En parallèle du signalement, l'avocat active les garanties disponibles. Si un garant s'est porté caution, il reçoit une mise en demeure formelle. Le montant réclamé doit correspondre exactement au décompte notifié au locataire, faute de quoi le garant peut contester. Si une assurance loyers impayés a été souscrite, la déclaration de sinistre respecte les délais contractuels, souvent trente à soixante jours à compter du premier impayé constaté.

Un dossier bien piloté à ce stade permet parfois d'éviter la suite judiciaire. Une caution solvable règle la dette pour préserver son propre patrimoine. Un assureur prend le relais et pilote lui-même l'expulsion. Un locataire mis face à la CCAPEX négocie un plan d'apurement crédible. Un avocat loyer impayé chiffre ces scénarios dès la première semaine plutôt que de foncer vers le contentieux.

Assigner le locataire devant le juge des contentieux de la protection

À défaut de paiement dans le délai du commandement, l'avocat rédige l'assignation. Cet acte, également délivré par commissaire de justice, saisit le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire du lieu de situation de l'immeuble. Il demande trois choses : le constat de la résiliation du bail par acquisition de la clause résolutoire, la condamnation au paiement de la dette avec intérêts, et l'expulsion du locataire ainsi que de tout occupant de son chef.

L'assignation doit être notifiée au représentant de l'État dans le département deux mois au moins avant l'audience. Ce délai est incompressible et vise à permettre un éventuel relogement du locataire. Un avocat qui néglige cette formalité voit l'audience renvoyée et perd deux à trois mois supplémentaires.

À l'audience, le juge examine plusieurs points. La dette est-elle certaine, liquide et exigible ? Le commandement de payer est-il régulier ? Le locataire justifie-t-il d'un règlement partiel, de démarches sociales, d'une situation de surendettement ? Sur ce dernier point, la commission de surendettement peut avoir accordé un moratoire qui suspend la procédure.

La saisine de la commission de surendettement peut entraîner la suspension des procédures d'exécution engagées contre le débiteur, ce qui inclut les procédures locatives en cours. Ce mécanisme protège temporairement le locataire mais retarde le recouvrement du bailleur.
Article L723-24 du Code de la consommation

Il faut bien distinguer les loyers échus avant la résiliation du bail et les indemnités d'occupation dues ensuite. La Cour de cassation a rappelé que les loyers impayés restent dus jusqu'à la résiliation effective du bail. Après cette date, ce sont des indemnités d'occupation, calculées sur la base du loyer, qui courent tant que le locataire n'a pas quitté les lieux.

Jurisprudence
Les loyers impayés jusqu'à la résiliation du bail restent dus au bailleur. La créance ne s'éteint pas avec la résiliation ; elle se transforme, pour la période postérieure, en indemnité d'occupation calculée sur la même base.

Cass. 3e civ. — 2018-06-14 — n° 17-14.365

Obtenir le jugement d'expulsion et le faire signifier

Après l'audience, le juge rend sa décision, soit sur le siège, soit par mise à disposition au greffe quelques semaines plus tard. Le jugement type prononce la résiliation du bail à la date d'acquisition de la clause résolutoire, condamne le locataire au paiement des loyers impayés et des indemnités d'occupation, ordonne son expulsion et fixe une astreinte le cas échéant.

Le jugement n'a d'effet que s'il est signifié au locataire par commissaire de justice. Cette signification fait courir les délais d'appel du locataire, qui sont d'un mois. Passé ce délai sans recours, le jugement devient définitif et l'expulsion peut être mise à exécution, sous réserve du respect de la trêve hivernale qui court chaque année du 1er novembre au 31 mars.

Le Code de la construction et de l'habitation encadre les modalités de suivi post-jugement des dossiers d'expulsion et les échanges entre le bailleur, le locataire et les services de l'État chargés de la prévention des expulsions.
Article R824-5 du Code de la construction et de l'habitation

Deux erreurs classiques à ce stade. La première consiste à signifier le jugement soi-même par lettre recommandée : la signification par commissaire de justice est indispensable, la lettre n'a aucune valeur procédurale. La seconde consiste à attendre passivement la fin des délais d'appel sans préparer la suite. L'avocat immobilier prépare dès la signification le commandement de quitter les lieux, prêt à partir dès le premier jour utile.

Faire exécuter l'expulsion et recouvrer les loyers impayés

L'exécution du jugement commence par le commandement de quitter les lieux, délivré par commissaire de justice. Le locataire dispose alors d'un délai légal, généralement deux mois, pour libérer le logement volontairement. Ce délai peut être allongé par le juge selon la situation familiale et sociale du locataire, sans pouvoir excéder les plafonds fixés par la loi.

À l'expiration du délai, si le logement n'est pas libéré, le commissaire de justice tente une expulsion. En cas de résistance, il sollicite le concours de la force publique auprès du préfet. Ce concours n'est pas automatique et peut être refusé pour des motifs d'ordre public, notamment lorsque le locataire n'a aucune solution de relogement. Un refus de concours n'anéantit pas la créance : il ouvre droit à indemnisation de l'État envers le bailleur.

En parallèle de l'expulsion, le recouvrement de la dette se poursuit sur le patrimoine du locataire condamné. Saisie sur salaire, saisie sur compte bancaire, saisie-vente de biens mobiliers : le commissaire de justice, sur instruction de l'avocat, choisit la mesure adaptée à la solvabilité du débiteur. Une créance récupérable rapidement se limite parfois à la caution ou à l'assurance ; le contentieux contre le locataire lui-même court sur plusieurs années.

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Rassembler dès aujourd'hui le bail, l'état des lieux, les quittances et le décompte des sommes dues mois par mois
  • Vérifier la date du premier impayé pour évaluer le risque de prescription sur les mensualités anciennes
  • Contrôler dans le contrat d'assurance loyers impayés ou l'acte de cautionnement les délais et modalités de mise en jeu
  • Prendre rendez-vous avec un avocat immobilier avant de délivrer tout acte, y compris une mise en demeure formelle
  • Éviter tout échange oral non tracé avec le locataire, privilégier l'écrit horodaté

Questions fréquentes

  • Combien de temps dure une procédure d'expulsion pour loyer impayé ?

    Comptez douze à vingt-quatre mois entre le premier acte et la libération effective du logement, selon la région, la charge du tribunal et la coopération du locataire. Un dossier fluide, sans contestation ni demande de délais, tourne autour de douze à quinze mois. Un dossier avec surendettement, demande de délais devant le juge et trêve hivernale traversée peut dépasser deux ans. L'avocat immobilier ne peut pas réduire les délais légaux, mais il évite les erreurs qui les rallongent.

  • Combien coûtent les honoraires d'un avocat loyer impayé ?

    Les honoraires d'un avocat pour un dossier complet, du commandement de payer à l'expulsion, se situent le plus souvent entre 2 000 et 5 000 euros hors taxes, selon la complexité et les honoraires du cabinet. Certains cabinets proposent un forfait par étape, d'autres un taux horaire ou un mixte forfait-résultat. Les honoraires sont partiellement récupérables auprès du locataire condamné au titre des frais irrépétibles, mais leur recouvrement dépend de sa solvabilité réelle.

  • Puis-je expulser mon locataire sans passer par le juge ?

    Non. L'expulsion d'un locataire, même en cas d'impayé grave, est un monopole judiciaire. Toute tentative de reprise du logement par la force, changement de serrure ou coupure des fluides expose le bailleur à des sanctions pénales lourdes, à l'obligation de reloger le locataire et à des dommages-intérêts substantiels. Seul le juge peut ordonner l'expulsion, et seul un commissaire de justice mandaté peut l'exécuter, éventuellement avec le concours de la force publique.

  • Que se passe-t-il pendant la trêve hivernale ?

    La trêve hivernale, qui court du 1er novembre au 31 mars, interdit l'exécution des mesures d'expulsion. Elle ne suspend pas la procédure elle-même : le commandement de payer peut être délivré, l'assignation lancée, le jugement rendu et signifié. Seul le passage du commissaire de justice pour vider les lieux est reporté. Un dossier bien piloté profite de la trêve pour préparer l'exécution, prête à partir dès le 1er avril.

  • Le locataire peut-il obtenir des délais de paiement ?

    Oui. Le juge peut accorder au locataire de bonne foi des délais de paiement pouvant s'étaler sur plusieurs années, en suspendant les effets de la clause résolutoire tant que ces délais sont respectés. Si le locataire tient son échéancier, le bail reprend son cours normal. À la première défaillance, la clause résolutoire redevient acquise sans nouvelle audience, sur simple constat par le commissaire de justice. C'est un aléa réel pour le bailleur, que l'avocat anticipe dans sa stratégie.

  • L'assurance loyers impayés couvre-t-elle vraiment tout le dossier ?

    L'assurance loyers impayés (GLI) prend généralement en charge les loyers impayés jusqu'à un plafond contractuel, les honoraires d'avocat et de commissaire de justice, et parfois les dégradations locatives. Encore faut-il respecter scrupuleusement les délais et modalités de déclaration : premier impayé déclaré dans un délai souvent de trente à soixante jours, commandement de payer délivré dans les délais du contrat, transmission des pièces demandées. Une déclaration tardive ou incomplète peut vider la garantie de sa substance.