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Achat immobilier

Maison en indivision et divorce

Par Maître Pierrick Bournet · Avocat en droit immobilier11 min de lecture
Sommaire

Vous avez acheté la maison ensemble, à deux noms. Le divorce est engagé, ou il vient d'être prononcé. Reste la question qui fâche : à qui va la maison, à quel prix, et dans quel délai. Le bien ne disparaît pas avec le mariage. Il bascule dans un régime particulier, l'indivision, qui va gouverner tous vos rapports avec votre ex-conjoint jusqu'au partage définitif.

Ce guide vous accompagne étape par étape : de la qualification juridique du bien jusqu'au partage notarié, en passant par le choix entre rachat, vente amiable et vente forcée. La procédure prend en moyenne 12 à 24 mois quand tout se passe bien, et plusieurs années en cas de blocage. Chaque décision que vous prenez, ou refusez de prendre, engage votre patrimoine pour longtemps.

Le régime matrimonial change la donne. Un couple marié sous le régime légal (communauté réduite aux acquêts) et un couple marié sous séparation de biens ne sont pas dans la même situation face à la maison familiale. Ce guide traite le cas le plus fréquent, l'indivision post-communautaire ou post-séparation qui naît à la dissolution du mariage, et signale les points de vigilance propres à chaque configuration.

  1. Étape 1 — Qualifier la nature du bien et le régime d'indivision

    Identifier si la maison est un bien commun, un bien propre, ou un bien indivis stricto sensu. La qualification conditionne tout ce qui suit.

  2. Étape 2 — Fixer la date d'effet du divorce entre époux

    La date à laquelle l'indivision commence détermine le calcul des remboursements, indemnités et fruits du bien.

  3. Étape 3 — Décider qui occupe le logement pendant la procédure

    L'occupation exclusive de l'un des ex-conjoints déclenche une indemnité d'occupation, qui se cumule pendant toute la durée de l'indivision.

  4. Étape 4 — Choisir le mode de sortie : rachat, vente amiable ou licitation

    Trois voies principales, aux conséquences financières et fiscales très différentes. Le choix se prépare, il ne s'improvise pas.

  5. Étape 5 — Demander éventuellement l'attribution préférentielle du logement

    Un ex-conjoint peut demander au juge que la maison lui soit attribuée en priorité, à charge de soulte. Les conditions sont strictes.

  6. Étape 6 — Signer l'acte de partage devant notaire

    L'acte notarié met fin à l'indivision, purge les créances entre ex-conjoints et transfère la propriété. C'est l'étape qui referme le dossier.

Qualifier la nature de la maison en indivision et divorce

La première question n'est pas « comment vendre » mais « qu'est-ce qui est à qui ». La réponse dépend du régime matrimonial et de la date d'acquisition du bien. Sans cette qualification, vous ne pouvez pas discuter sérieusement du partage.

Si vous êtes mariés sous le régime légal de la communauté réduite aux acquêts et que la maison a été achetée pendant le mariage, elle est en principe un bien commun. À la dissolution du mariage par le divorce, la communauté s'éteint et laisse place à une indivision post-communautaire portant sur les biens qui la composaient, dont la maison. Chaque ex-époux détient alors la moitié en valeur, sauf récompenses à liquider.

Si vous êtes mariés sous séparation de biens et que vous avez acheté ensemble, la maison est un bien indivis dès l'origine. L'acte d'achat fixe alors les quotes-parts (souvent 50/50, parfois 60/40 ou toute autre proportion). Le divorce ne crée pas l'indivision, il ne fait que la mettre en lumière et déclencher les mécanismes de sortie.

Financement inégal du logement en indivision

En séparation de biens, un écart fréquent existe entre les quotes-parts inscrites à l'acte et le financement réel. L'un a versé 80 % de l'apport, l'autre 20 %, mais l'acte mentionne 50/50. Le partage se fait selon l'acte, pas selon le financement réel, sauf à démontrer un enrichissement sans cause ou à établir une créance entre époux, ce qui suppose la conservation de tous les justificatifs bancaires.

Fixer la date d'effet du divorce entre époux

Le divorce produit deux dates distinctes : la date d'effet à l'égard des tiers (opposabilité) et la date d'effet entre les époux. C'est cette seconde date qui compte pour le partage. Elle détermine à partir de quand cessent les remboursements de crédit communs, à partir de quand court l'indemnité d'occupation, et à partir de quand les fruits du bien reviennent à l'indivision.

Le juge prononce le divorce et statue sur ses conséquences lorsqu'il a acquis la conviction que la volonté de chacun des époux est réelle et que leur consentement est libre et éclairé.
Article 232 du Code civil

En pratique, la date d'effet du divorce entre époux dépend de la nature de la procédure. Pour un divorce contentieux, la date de l'assignation en divorce est le point d'ancrage habituel des règlements pécuniaires entre époux. La Cour de cassation a rappelé, dans un arrêt du 23 mai 2012, que le principe du divorce, une fois non contesté, acquiert force de chose jugée immédiatement, ce qui verrouille les effets patrimoniaux à partir de la date pertinente.

Jurisprudence
La Cour de cassation confirme que le principe du divorce, dès lors qu'il n'est plus contesté, acquiert force de chose jugée immédiatement. Les conséquences patrimoniales, dont l'indemnité d'occupation due à l'indivision, se calculent à partir de la date effective de séparation retenue par le juge, souvent l'assignation en divorce.

Cass. 1ère civ. — 2012-05-23 — n° 11-12.813

Vous devez donc noter précisément trois dates dans votre dossier : la date de la séparation de fait (départ effectif d'un des époux du domicile), la date de l'assignation en divorce ou de la requête conjointe, et la date de la décision définitive. Chacune joue un rôle dans les comptes de l'indivision.

Décider qui occupe la maison indivise pendant le divorce

Le plus souvent, l'un des ex-conjoints reste dans la maison, l'autre part. Cette occupation n'est pas gratuite. Elle donne lieu à une indemnité d'occupation due à l'indivision, indemnité qui viendra s'imputer au partage. Ce mécanisme est prévu par l'article 815-9 du Code civil et s'articule avec les créances entre indivisaires régies par l'article 815-10.

Sont de plein droit indivis, par l'effet d'une subrogation réelle, les créances et indemnités qui remplacent des biens indivis, ainsi que les biens acquis, avec le consentement de l'ensemble des indivisaires, en emploi ou remploi des biens indivis. Les fruits et les revenus des biens indivis accroissent à l'indivision, à défaut de partage provisionnel ou de tout autre accord établissant la jouissance divise.
Article 815-10 du Code civil

L'indemnité d'occupation est fixée par référence à une valeur locative de marché, minorée d'une décote (souvent 20 à 30 %) pour tenir compte de la précarité de l'occupation et de son caractère non locatif. Le juge fixe le montant en cas de désaccord. Il court en principe à compter de la date d'effet du divorce entre époux et jusqu'au partage définitif ou jusqu'à la libération des lieux.

Jurisprudence
La Cour de cassation confirme la logique du compte d'indivision : les taxes foncières réglées par l'un des indivisaires pour le compte de l'indivision créent une créance à son profit, tandis que la jouissance exclusive de parcelles indivises génère à l'inverse une indemnité d'occupation qu'il doit à l'indivision. Les deux se compensent au moment du partage.

Cass. 1ère civ. — 2014-09-24 — n° 13-21.005

Charges de la maison et créances entre ex-conjoints

Pendant l'indivision, quelqu'un continue de payer le crédit, les taxes foncières, l'assurance habitation, les travaux de conservation. Ces dépenses créent des créances entre indivisaires. Celui qui paie plus que sa quote-part récupère la différence au partage, avec revalorisation le cas échéant. Conservez toutes les factures, tous les relevés bancaires, tous les échéanciers de prêt sur la durée complète de la procédure.

Choisir la sortie d'indivision : rachat de soulte, vente amiable ou licitation

Trois voies principales existent pour sortir de l'indivision. Le choix dépend d'abord de votre entente, ensuite de vos capacités financières, enfin de la valeur du bien et de l'existence d'un crédit en cours.

Le rachat de soulte est la voie la plus fréquente quand un ex-conjoint souhaite conserver le logement. Il rachète la quote-part de l'autre en lui versant une somme d'argent (la soulte), qui correspond à la valeur de cette quote-part après déduction du solde du crédit à sa charge. Il doit obtenir de la banque la désolidarisation de l'autre ex-conjoint sur le prêt, faute de quoi celui-ci reste tenu malgré la vente de sa quote-part.

La vente amiable à un tiers est la voie la plus simple sur le plan patrimonial : le prix est partagé, chacun récupère sa part, l'indivision s'éteint mécaniquement. Elle suppose l'accord des deux ex-conjoints sur le principe, sur le prix, sur le mandat de l'agent immobilier, sur les conditions de la vente. Un désaccord sur un seul de ces éléments bloque tout.

La licitation, ou vente aux enchères judiciaire, est la voie forcée : quand l'un des ex-conjoints refuse la vente amiable, l'autre peut demander au juge d'autoriser la vente du bien aux enchères. Elle est régie par le principe posé à l'article 815 du Code civil, selon lequel nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision. Le prix obtenu est en général inférieur à celui d'une vente amiable, parfois de 20 à 30 %.

Nul n'est contraint à demeurer dans l'indivision. Ce principe est votre meilleur argument face à un ex-conjoint qui bloque toute décision.
Le droit de préemption est instauré au profit des indivisaires en cas de cession, à titre onéreux, à un tiers étranger à l'indivision, de tout ou partie des droits d'un ou de plusieurs coïndivisaires dans les biens indivis ou dans un ou plusieurs de ces biens.
Article 815-18 du Code civil

L'article 815-18 organise un droit de préemption au profit des indivisaires : si l'un de vous veut vendre sa quote-part à un tiers, l'autre peut se substituer à ce tiers aux mêmes conditions. Ce droit protège contre l'entrée d'un inconnu dans l'indivision, mais il oblige à mobiliser rapidement les fonds nécessaires.

Fiscalité du partage de la maison indivise

Le partage d'un bien indivis à la suite d'un divorce donne lieu à un droit de partage prévu par l'article 1135 du Code général des impôts. Ce droit est perçu par l'administration fiscale lors de l'enregistrement de l'acte de partage devant notaire. Il s'ajoute aux émoluments du notaire, aux frais d'état hypothécaire et aux éventuelles pénalités de remboursement anticipé de crédit.

Les partages qui interviennent entre les personnes visées à l'article 1136, sur les biens meubles et immeubles dépendant d'une communauté conjugale ou d'une succession, sont soumis à un droit d'enregistrement ou à une taxe de publicité foncière.
Article 1135 du Code général des impôts

Demander l'attribution préférentielle du logement familial

L'attribution préférentielle permet à l'un des ex-conjoints d'obtenir du juge que la maison lui soit attribuée en priorité au partage, à charge pour lui de verser une soulte à l'autre. Elle intéresse en particulier l'époux qui a la garde des enfants, celui qui exerce une activité professionnelle dans le bien, ou celui qui y est particulièrement attaché.

Attention à une confusion fréquente : dans le cadre d'un divorce, l'attribution préférentielle du logement n'est jamais de droit. Le juge conserve un pouvoir d'appréciation. La Cour de cassation l'a rappelé fermement dans un arrêt du 23 juin 2010.

Jurisprudence
Pour les communautés dissoutes par divorce, l'attribution préférentielle du logement, même lorsqu'il a constitué le domicile conjugal, n'est jamais de droit. Le juge apprécie souverainement l'opportunité de faire droit à la demande, au regard des intérêts en présence, de la capacité financière du demandeur à verser la soulte, et de la situation des enfants.

Cass. 1ère civ. — 2010-06-23 — n° 09-13.250

En pratique, celui qui demande l'attribution préférentielle doit démontrer trois choses : un intérêt légitime à conserver le bien (résidence habituelle, enfants scolarisés à proximité, activité professionnelle), une capacité financière à verser la soulte (accord de principe bancaire, disponibilités personnelles), et l'absence de préjudice disproportionné pour l'autre ex-conjoint.

Jurisprudence
La Cour de cassation admet qu'une propriété immobilière indivise composée de plusieurs éléments (maison et terrain) puisse être divisée en lots distincts au moment du partage, dès lors que la division n'est pas contraire à la destination économique du bien. Cette solution ouvre parfois une voie de compromis quand aucun ex-conjoint ne peut racheter l'ensemble.

Cass. 1ère civ. — 2014-07-09 — n° 13-19.130

Conditions et pièces à réunir pour la demande

La demande d'attribution préférentielle se formule devant le juge aux affaires familiales, soit dans le cadre du divorce lui-même, soit dans le cadre de la procédure de partage judiciaire postérieure. Vous devez produire une estimation à jour du bien (idéalement contradictoire, par un notaire ou par un expert), un simulateur bancaire chiffrant la faisabilité de la soulte, un état civil des enfants et un justificatif de scolarité le cas échéant.

Signer l'acte de partage notarié qui clôture l'indivision

Le partage d'un bien immobilier passe obligatoirement par un acte notarié. Le notaire liquide les comptes de l'indivision (créances, indemnité d'occupation, remboursements de crédit inégaux), applique le droit de partage, procède à la publication auprès du service de la publicité foncière et remet à chaque ex-conjoint un titre de propriété conforme au partage.

Vous devez fournir au notaire : le jugement de divorce définitif, l'acte d'acquisition d'origine, l'état hypothécaire du bien, les décomptes de prêt à jour, l'ensemble des justificatifs des dépenses réglées pendant l'indivision (taxe foncière, assurance, travaux, mensualités), l'estimation contradictoire du bien, et le cas échéant l'accord bancaire de désolidarisation ou de reprise du crédit.

Le notaire peut établir un projet d'état liquidatif que les parties signent avant l'acte définitif. Ce projet est le document clé : il chiffre toutes les créances et compensations. Faites-le relire par votre avocat avant signature. Une erreur d'imputation à ce stade peut vous coûter plusieurs milliers d'euros, et elle est difficile à contester après l'acte définitif.

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Vérifier la qualification du bien selon votre régime matrimonial et la date d'acquisition.
  • Rassembler tous les justificatifs de paiement (crédit, taxes, assurance, travaux) depuis la séparation.
  • Obtenir une estimation à jour du bien, idéalement par deux professionnels indépendants.
  • Consulter votre banque pour chiffrer la faisabilité d'un rachat de soulte et la désolidarisation du prêt.
  • Prendre rendez-vous avec un avocat en droit patrimonial de la famille avant toute proposition écrite à l'ex-conjoint.

Questions fréquentes

  • Combien de temps prend le partage d'une maison en indivision après un divorce ?

    En pratique, le partage prend 6 à 12 mois quand les deux ex-conjoints s'accordent sur la valeur du bien et le mode de sortie. Il peut s'étendre à 2 ou 3 ans, voire davantage, en cas de désaccord sur le prix, de refus de vendre ou de blocage bancaire sur la désolidarisation du prêt. Le déclenchement d'une procédure de partage judiciaire allonge encore les délais, en général de 12 à 24 mois supplémentaires.

  • Peut-on forcer son ex-conjoint à vendre la maison ?

    Oui. Le principe posé à l'article 815 du Code civil est que nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision. Si votre ex-conjoint refuse toute vente amiable, vous pouvez saisir le tribunal judiciaire d'une assignation en partage. Le juge peut ordonner la licitation, c'est-à-dire la vente aux enchères judiciaire du bien. La procédure est contentieuse, longue et coûteuse, mais elle aboutit.

  • Qui paie le crédit immobilier pendant la procédure de divorce ?

    Tant que le divorce n'est pas définitif et que le crédit est commun, les deux époux restent solidairement tenus envers la banque. En interne, celui qui occupe le bien assume souvent le remboursement, mais chaque paiement excédentaire crée une créance sur l'indivision qui sera régularisée au partage. Conservez précieusement tous les relevés bancaires prouvant les échéances effectivement réglées, et par qui.

  • Le rachat de soulte est-il taxé ?

    Le rachat de soulte lors du partage d'une indivision post-communautaire ou post-divorce est soumis au droit de partage prévu par l'article 1135 du Code général des impôts, perçu lors de l'enregistrement de l'acte notarié. À ce droit s'ajoutent les émoluments du notaire, les frais d'état hypothécaire et éventuellement une indemnité de remboursement anticipé si un nouveau prêt refinance l'opération. Chiffrez le total avant de vous engager.

  • Que se passe-t-il si l'un des ex-conjoints occupe la maison sans payer d'indemnité ?

    L'occupation exclusive d'un bien indivis par l'un des ex-conjoints ouvre droit, au profit de l'indivision, à une indemnité d'occupation, généralement fixée par référence à une valeur locative de marché. Elle court en principe à compter de la date d'effet du divorce entre époux. Elle s'impute au partage. Si l'occupant refuse de la payer, l'autre ex-conjoint peut la réclamer devant le juge, qui en fixe le montant.

  • Peut-on vendre sa quote-part indivise à un tiers ?

    Oui, sur le principe, mais avec deux limites majeures. D'abord, l'article 815-18 du Code civil confère à l'autre indivisaire un droit de préemption : il peut se substituer au tiers acquéreur aux mêmes conditions. Ensuite, la valeur d'une quote-part indivise sur le marché est très inférieure à celle du bien entier, car l'acquéreur entrerait dans une indivision conflictuelle. En pratique, cette solution est rarement financièrement intéressante.