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Cession d’entreprise / parts sociales

Différence entre dissolution et liquidation de société : le guide étape par étape

Par Maître Gabriel Aknin · Avocat en droit des affaires et M&A11 min de lecture
Sommaire

Fermer une société n'est pas une seule décision mais deux. La première, la dissolution, acte le principe de la fin et transforme la société en structure survivante le temps de solder ses comptes. La seconde, la liquidation, règle concrètement la sortie : vendre ce qui doit l'être, payer les créanciers, répartir le solde entre les associés. Entre ces deux étapes, la société garde la personnalité morale, continue d'ester en justice, continue de produire des actes.

Confondre les deux coûte cher. Un dirigeant qui pense avoir fermé sa société en votant la dissolution découvre souvent, plusieurs mois plus tard, qu'il reste tenu de déposer des comptes, de répondre à des créanciers oubliés, de régulariser l'URSSAF ou l'administration fiscale. À l'inverse, enclencher les opérations de liquidation avant d'avoir voté la dissolution expose à la nullité d'actes passés par un liquidateur qui n'a juridiquement aucun pouvoir.

Ce guide suit l'ordre réel des opérations : comprendre la distinction, voter la dissolution, publier et désigner un liquidateur, conduire les opérations de liquidation, clôturer et radier. Il distingue aussi la dissolution amiable choisie par les associés, la liquidation judiciaire imposée par un tribunal face à des difficultés financières, et les cas où la dissolution se produit sans liquidation. Comptez six à vingt-quatre mois selon la complexité des actifs et le nombre de contentieux pendants. Un calendrier mal piloté coûte en honoraires, en fiscalité et en responsabilité du dirigeant.

  1. Étape 1 : distinguer les deux opérations

    Évaluer l'actif net et la fiscalité du boni. Choisir entre dissolution amiable ou procédure judiciaire si la société ne peut plus payer ses dettes à échéance.

  2. Étape 2 : voter la dissolution

    Réunir l'assemblée générale extraordinaire, fixer la date d'effet, désigner le liquidateur et borner ses pouvoirs dans le procès-verbal.

  3. Étape 3 : publier et déposer

    Publier l'avis de dissolution dans un journal d'annonces légales dans le mois et déposer la déclaration modificative au greffe via le guichet unique.

  4. Étape 4 : conduire la liquidation

    Réaliser les actifs, apurer le passif dans l'ordre des créanciers, documenter chaque opération, rendre compte aux associés au moins une fois par an.

  5. Étape 5 : clôturer et radier

    Faire approuver les comptes de clôture, répartir le boni ou constater le mali, obtenir la radiation du registre du commerce et des sociétés.

Dissolution et liquidation de société : comprendre la différence

La dissolution est l'acte qui met fin au contrat de société. Elle ne fait pas disparaître la personne morale immédiatement. L'article 1844-7 du Code civil énumère les causes de dissolution : arrivée du terme, réalisation ou extinction de l'objet, annulation du contrat, décision anticipée des associés, décision du tribunal pour justes motifs ou mésentente paralysante, jugement ordonnant la liquidation des biens, toute cause prévue par les statuts. Chacune de ces causes ouvre la phase de liquidation.

La société prend fin notamment par la dissolution anticipée décidée par les associés, par la dissolution anticipée prononcée par le tribunal à la demande d'un associé pour justes motifs, en cas d'inexécution de ses obligations par un associé ou de mésentente entre associés paralysant le fonctionnement de la société, et par l'effet d'un jugement ordonnant la liquidation des biens de la société.
Article 1844-7 du Code civil

La liquidation est la série d'opérations qui transforme le patrimoine social en argent, règle les créanciers et répartit le solde entre les associés. Elle commence juridiquement dès la dissolution. La personnalité morale survit uniquement pour les besoins de la liquidation, jusqu'à la clôture de celle-ci. Pendant toute cette période, la mention « société en liquidation » accompagne obligatoirement la dénomination sur l'ensemble des documents sociaux.

L'ordre importe. La dissolution est une décision politique : vouloir arrêter. La liquidation est un travail technique : comment arrêter. Les deux peuvent coïncider dans le temps lors d'un même procès-verbal, mais les actes de liquidation produits avant la dissolution régulièrement votée sont contestables. Les associés qui veulent accélérer en autorisant le gérant à vendre les actifs avant toute décision formelle s'exposent à des recours de créanciers ou d'associés minoritaires.

Les cas particuliers : dissolution sans liquidation et liquidation judiciaire

Deux configurations échappent au schéma classique. La fusion absorption entraîne la dissolution de la société absorbée sans ouvrir de liquidation : son patrimoine est transmis en bloc à la société absorbante. L'article R322-106-3 du Code des assurances formalise ce mécanisme pour les sociétés d'assurance mutuelles. Le principe de la transmission universelle du patrimoine (TUP) existe aussi hors assurance, quand un associé unique absorbe sa filiale. Dans ces hypothèses, il n'y a rien à liquider : tout passe à l'absorbante.

La liquidation judiciaire, elle, est une procédure collective. Elle intervient quand la société est en cessation des paiements et que son redressement est manifestement impossible. Elle est prononcée par le tribunal, place la gestion entre les mains d'un mandataire désigné, et obéit à des règles d'ordre public étrangères à la liquidation amiable. Les dirigeants n'ont plus la main. Le présent guide traite de la liquidation amiable, décidée par les associés hors difficulté financière.

Décider la dissolution de la société en assemblée générale extraordinaire

La dissolution anticipée relève de l'assemblée générale extraordinaire des associés. Les majorités dépendent de la forme sociale et des statuts : unanimité en société en nom collectif, majorité des deux tiers des parts en SARL pour les statuts postérieurs à 2005, deux tiers des actions présentes ou représentées en SA et SAS sauf stipulation contraire. La convocation respecte les délais statutaires et porte expressément la dissolution anticipée à l'ordre du jour.

Le procès-verbal doit mentionner la cause de la dissolution (volonté des associés, extinction de l'objet, arrivée du terme non prorogé), fixer la date d'effet, désigner le liquidateur et déterminer ses pouvoirs. L'article R526-2 du Code de commerce rappelle que l'assemblée règle le mode de liquidation. Un oubli sur la méthode ou sur l'étendue des pouvoirs oblige à convoquer une nouvelle assemblée, ce qui ralentit l'ensemble du calendrier.

En cas de dissolution anticipée, de même qu'à l'expiration de la durée contractuelle de la société, l'assemblée générale règle le mode de liquidation. Pendant la liquidation, les pouvoirs de l'assemblée se poursuivent comme pendant l'existence de la société.
Article R526-2 du Code de commerce

L'arrivée du terme statutaire déclenche la dissolution de plein droit, sans qu'une décision soit nécessaire. La Cour de cassation l'a confirmé en 2015 : à défaut de prorogation expresse ou tacite, la société est dissoute par l'arrivée du terme. Les associés qui souhaitent prolonger doivent voter la prorogation avant l'échéance. Un vote postérieur ne régularise pas rétroactivement l'existence de la société.

Jurisprudence
La Cour de cassation rappelle qu'en l'absence de toute prorogation expresse ou tacite de sa durée, la société est dissoute par l'arrivée du terme statutaire. Les associés qui laissent passer l'échéance ne peuvent plus faire reconnaître une continuité juridique de la personne morale.

Cour de cassation — 2015-06-30 — n° 14-17.649

Le volet fiscal doit être cadré avant le vote. La dissolution déclenche l'imposition immédiate des bénéfices non encore taxés, des plus-values latentes sur l'actif immobilisé et des provisions reprises. L'article 239 bis B du Code général des impôts prévoit, pour certaines sociétés transparentes qui se transforment, un régime d'agrément à solliciter préalablement à la dissolution. Un rendez-vous avec l'expert-comptable et l'avocat permet de simuler la facture et, le cas échéant, de différer de quelques mois pour optimiser.

Publier la dissolution et désigner le liquidateur de la société

La dissolution amiable fait l'objet d'une double publicité. Un avis est publié dans un journal d'annonces légales du département du siège social, dans le mois qui suit la décision. Une déclaration de modification est déposée au greffe du tribunal de commerce via le guichet unique, accompagnée du procès-verbal, de l'attestation de parution et de la déclaration de non-condamnation du liquidateur. L'inscription modificative au registre du commerce et des sociétés informe les tiers.

À compter de la publication, la dénomination sociale est obligatoirement suivie de la mention « société en liquidation » sur tous les documents émis par la société : contrats, factures, courriers, site internet, correspondances fiscales. Plusieurs articles réglementaires le rappellent de façon identique selon la forme sociale, dont l'article R4113-90 du Code de la santé publique pour les sociétés d'exercice libéral de professions médicales. Le liquidateur engage sa responsabilité en cas d'omission.

La société est en liquidation dès sa dissolution pour quelque cause que ce soit ou dès que la décision judiciaire déclarant sa nullité est devenue définitive. La personnalité morale de la société subsiste pour les besoins de la liquidation, jusqu'à la clôture de celle-ci. La raison sociale est obligatoirement suivie de la mention « société en liquidation ».
Article R4113-90 du Code de la santé publique

Le liquidateur peut être un associé, le dirigeant sortant ou un tiers (avocat, administrateur judiciaire, expert-comptable). Il reçoit les pouvoirs les plus étendus pour réaliser l'actif, payer les créanciers, éteindre les contrats et représenter la société pendant toute la phase de liquidation. Choisir un tiers neutre évite les conflits entre associés et sécurise les décisions, en particulier lorsque la liquidation révèle des créances contestées ou des actifs à valoriser (fonds de commerce, marques, parts sociales détenues dans des filiales).

Le liquidateur doit déposer au greffe les actes qui jalonnent la procédure : décision de dissolution, inventaire d'ouverture, comptes annuels de la période de liquidation si celle-ci dépasse l'exercice social, acte de clôture. L'article R743-139-31 du Code de commerce illustre cette obligation de dépôt par le liquidateur. Un défaut de dépôt entraîne des injonctions du greffe et peut déboucher sur une mise en cause personnelle.

La dissolution de la société est portée à la connaissance du procureur de la République à la diligence du liquidateur. Le liquidateur dépose au greffe chargé de la tenue du registre du commerce et des sociétés où la société est inscrite, pour être versée au dossier ouvert au nom de la société, la copie de l'expédition des actes.
Article R743-139-31 du Code de commerce

Conduire les opérations de liquidation : réaliser l'actif, apurer le passif

Le liquidateur ouvre la phase par un inventaire précis des actifs et des passifs. Immobilisations, stocks, créances clients, trésorerie d'un côté. Dettes fournisseurs, emprunts bancaires, dettes fiscales et sociales, provisions pour litiges de l'autre. Cet inventaire sert de base aux arbitrages : quels actifs vendre, à quel prix, à qui, dans quel ordre régler les créanciers. Il engage la responsabilité du liquidateur, qui doit documenter chaque opération.

La cession des actifs obéit à une logique de valorisation. Un fonds de commerce se cède en bloc, avec publicité au BODACC et respect du droit de préemption de la commune lorsqu'il s'applique. Les stocks peuvent se liquider à prix réduit, mais le liquidateur doit démontrer qu'il a cherché la meilleure offre raisonnable. Les créances clients se recouvrent activement, parfois par voie contentieuse si le délai le permet. Céder un actif à un associé ou au dirigeant exige une transparence totale et, idéalement, une évaluation par un expert indépendant pour prévenir la contestation.

L'apurement du passif suit un ordre : créanciers privilégiés (Trésor public, URSSAF, salariés) d'abord, créanciers chirographaires ensuite. Si l'actif ne suffit pas, la liquidation amiable doit basculer en procédure collective. Poursuivre une liquidation amiable en état de cessation des paiements expose le liquidateur et le dirigeant à une action en comblement de passif et à des sanctions personnelles. Le liquidateur qui doute consulte un avocat avant toute distribution.

Le liquidateur établit des comptes annuels pour chaque exercice de la période de liquidation si celle-ci se prolonge. Il convoque au moins une fois par an l'assemblée pour rendre compte de l'avancement. À la fin des opérations, il arrête les comptes de clôture qui font apparaître le résultat de liquidation : boni si l'actif net après paiement des dettes et remboursement des apports est positif, mali si les associés doivent constater une perte.

Clôturer la liquidation et radier la société du registre

Les opérations terminées, le liquidateur convoque l'assemblée de clôture. L'ordre du jour porte sur trois points : approbation des comptes définitifs de liquidation, quitus donné au liquidateur, constatation de la clôture. Le procès-verbal fixe la date de clôture, à partir de laquelle la société est juridiquement éteinte. La personnalité morale disparaît, sauf pour les actions résiduelles qui pourraient subsister pendant les délais de prescription applicables.

Le résultat de liquidation est réparti. En cas de boni, les associés récupèrent d'abord leurs apports, puis se partagent le surplus proportionnellement à leur participation. Le boni est imposé comme un revenu distribué chez l'associé personne physique : droit d'enregistrement sur la part excédant le capital social, puis impôt sur le revenu ou prélèvement forfaitaire unique selon l'option. En cas de mali, les associés supportent la perte dans la limite de leurs apports pour les SARL, SAS et SA, et au-delà pour les sociétés de personnes.

Le liquidateur dépose au greffe la demande de radiation accompagnée du procès-verbal de clôture, des comptes définitifs et de l'attestation de parution de l'avis de clôture au journal d'annonces légales. Le greffier procède à la radiation du registre du commerce et des sociétés, publie l'information au BODACC et notifie l'URSSAF et l'administration fiscale. La société disparaît alors complètement du paysage juridique et administratif.

Le délai total varie fortement. Une dissolution-liquidation simple (petite société sans dettes, actifs limités, associés d'accord) tient en trois à six mois. Une liquidation avec cession de fonds, contentieux fiscal ou créances contestées peut dépasser deux ans. Le mandat du liquidateur étant limité à trois ans renouvelables, dépasser cette durée sans renouvellement expose à la nullité des actes postérieurs.

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Dresser un état des actifs, du passif exigible et de la trésorerie disponible pour vérifier que la liquidation amiable est possible (pas de cessation des paiements).
  • Faire chiffrer par l'expert-comptable l'impôt sur les plus-values latentes et le boni de liquidation attendu, avant toute convocation d'assemblée.
  • Rédiger un projet de procès-verbal de dissolution avec un avocat, en bornant précisément les pouvoirs du liquidateur et la date d'effet.
  • Préparer la publication au journal d'annonces légales et le dépôt au greffe via le guichet unique dans le mois qui suit la décision.
  • Mettre à jour papier à en-tête, factures, signatures d'e-mail et site internet avec la mention « société en liquidation » dès la parution.

Questions fréquentes

  • Peut-on voter la dissolution et la clôture de la liquidation lors de la même assemblée ?

    Non. La dissolution ouvre la phase de liquidation ; la clôture ne peut intervenir qu'une fois les opérations de réalisation de l'actif et d'apurement du passif effectivement menées. Même pour une société vide (pas d'actif, pas de passif), la pratique du greffe exige deux temps distincts : un procès-verbal de dissolution avec désignation du liquidateur, publication, inventaire d'ouverture, puis un procès-verbal de clôture avec comptes définitifs et publication. Un délai minimum d'environ un mois sépare les deux. Vouloir fusionner les deux étapes expose à un refus du greffier et à une perte de temps supérieure au respect de la procédure.

  • Combien coûte une dissolution-liquidation amiable de SARL ou de SAS ?

    Les frais fixes incombent à la société : deux publications au journal d'annonces légales (environ 150 à 200 euros chacune selon le département), les frais de greffe pour l'inscription modificative de dissolution puis pour la radiation (quelques centaines d'euros au total), et le droit d'enregistrement sur le boni éventuel. S'y ajoutent les honoraires de l'expert-comptable pour les comptes de liquidation et ceux de l'avocat si vous le mandatez pour rédiger les actes et accompagner le liquidateur. Pour une petite société simple, comptez entre 1 500 et 3 000 euros d'honoraires. Pour une liquidation complexe avec actifs à céder, le budget peut dépasser 10 000 euros.

  • Que devient le dirigeant pendant la liquidation de la société ?

    La désignation du liquidateur met fin aux fonctions du gérant ou du président. Le dirigeant perd ses pouvoirs de représentation à compter de la publication de la dissolution. Il peut toutefois être désigné liquidateur lors de la même assemblée, ce qui est fréquent dans les petites structures. Dans ce cas, il continue à représenter la société, mais avec un mandat et une responsabilité différents : il n'agit plus pour développer l'activité mais pour la clôturer. Son statut social (TNS, assimilé salarié) suit généralement son nouveau mandat, à vérifier au cas par cas avec l'expert-comptable.

  • Peut-on annuler une dissolution déjà votée ?

    Oui, tant que la liquidation n'est pas clôturée. Les associés peuvent voter en assemblée extraordinaire une révocation de la décision de dissolution et une reprise d'activité, à condition que la société n'ait pas été mise en liquidation judiciaire et que la liquidation amiable n'ait pas conduit à répartir les apports entre associés. Cette décision doit être publiée dans les mêmes conditions que la dissolution. Une fois la clôture votée et la radiation obtenue, la société est juridiquement éteinte : la seule option restante est de créer une nouvelle société, avec un nouveau capital, un nouveau numéro de registre du commerce et des sociétés, et sans continuité juridique avec la précédente.

  • Les créanciers oubliés peuvent-ils encore agir après la radiation ?

    Oui, dans les délais de prescription applicables à leur créance. Un créancier qui n'a pas été payé pendant la liquidation peut agir contre les associés dans la limite des sommes qu'ils ont perçues au titre du boni, et contre le liquidateur personnellement en cas de faute (omission dans l'inventaire, défaut de recherche des créanciers, distribution prématurée). D'où l'importance de la publication de l'avis de dissolution au journal d'annonces légales, qui fait courir le délai de déclaration de créances, et de conserver la trace de toutes les démarches engagées pour identifier et désintéresser les créanciers connus.