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Cession d’entreprise / parts sociales

Liquidation judiciaire d'un bar-restaurant en Ille-et-Vilaine (35) : le guide étape par étape

Par Maître Gabriel Aknin · Avocat en droit des affaires et M&A11 min de lecture
Sommaire

Vous exploitez un bar ou un restaurant en Ille-et-Vilaine. La trésorerie ne couvre plus les charges, l'URSSAF relance, le bailleur menace, et vous ne voyez plus comment honorer les prochaines échéances. La liquidation judiciaire n'est pas la fin d'une histoire : c'est une procédure encadrée, qui s'ouvre devant le tribunal de commerce de Rennes et qui va trier ce qui peut être sauvé, ce qui doit être cédé, et ce qui doit être soldé.

Ce guide s'adresse au dirigeant d'un établissement du département 35 confronté à une cessation des paiements avérée. Il décrit, étape par étape, ce que vous devez faire, dans quel ordre, avec quels délais et quelles pièces. Le secteur de la restauration cumule des spécificités lourdes : stocks périssables, salariés nombreux souvent à temps partiel, titres-restaurant, licence IV, dépôt de garantie commercial, matériel loué. Chaque brique a son régime, et chaque brique peut vous coûter cher si elle est traitée de travers.

Comptez six à dix-huit mois entre le dépôt de la déclaration de cessation des paiements et la clôture de la procédure, selon la complexité du passif et l'existence ou non d'un repreneur. L'enjeu n'est pas d'éviter la liquidation : c'est d'en sortir sans engagement personnel disproportionné et sans sanction d'interdiction de gérer.

  1. Étape 1 — Caractériser la cessation des paiements

    Confirmer que l'actif disponible ne couvre plus le passif exigible, et dater précisément cet état. C'est le point de départ obligatoire.

  2. Étape 2 — Déposer la déclaration au tribunal de commerce de Rennes

    Formaliser le dossier auprès du greffe compétent pour l'Ille-et-Vilaine, dans le délai imparti depuis la cessation des paiements.

  3. Étape 3 — Informer et consulter les représentants du personnel

    Le comité social et économique, s'il existe, doit être consulté avant le dépôt. Les salariés doivent être informés dans la foulée du jugement.

  4. Étape 4 — Collaborer avec le liquidateur désigné

    Remettre les clés, les comptes, les contrats, le stock. Le dirigeant se dessaisit mais reste tenu d'une obligation de coopération.

  5. Étape 5 — Traiter les salariés, la licence IV, le bail et les stocks

    Licenciements économiques pilotés par le liquidateur, sort de la licence d'exploitation, résiliation ou cession du bail commercial, écoulement des stocks périssables.

  6. Étape 6 — Clôture et sort du dirigeant

    Clôture pour insuffisance d'actif ou extinction du passif. Reste la question des cautions personnelles et des éventuelles sanctions.

Caractériser la cessation des paiements de votre bar-restaurant en Ille-et-Vilaine

La liquidation judiciaire ne s'ouvre pas sur une impression de difficulté. Elle suppose un état objectif : l'impossibilité de faire face au passif exigible avec l'actif disponible. L'actif disponible, c'est la trésorerie immédiate et les sommes mobilisables sous quelques jours. Le passif exigible, c'est tout ce qui est dû et réclamé : fournisseurs non payés, loyers échus, charges sociales, échéances fiscales, prêt bancaire en défaut.

Pour un établissement de restauration, cette équation bascule vite. Un stock de viande ne se transforme pas en liquidités en 48 heures. Un bail commercial avec dépôt de garantie bloqué n'est pas un actif disponible. Une facture Métro de la semaine précédente, même pas encore relancée, est un passif exigible dès lors que l'échéance est passée.

Vous devez dater la cessation des paiements. Cette date, le tribunal la fixera lui-même, mais vous proposez une date dans votre déclaration. Elle ne peut remonter à plus de dix-huit mois avant le jugement. Son enjeu est lourd : les actes passés entre cette date et le jugement d'ouverture entrent dans la période suspecte et peuvent être annulés. Payer un fournisseur ami juste avant de déposer le bilan, régler une caution personnelle d'un dirigeant, vendre un élément du matériel à prix bradé : autant d'actes qui seront passés au crible.

Déposer la déclaration de cessation des paiements au tribunal de commerce de Rennes

Le tribunal territorialement compétent est celui du siège social de l'entreprise. Pour un bar ou un restaurant exploité en Ille-et-Vilaine, c'est le tribunal de commerce de Rennes, qui couvre l'ensemble du département. Le dépôt se fait au greffe, sur le formulaire officiel accompagné de pièces précises.

Les pièces à produire pour la liquidation judiciaire de l'établissement

Le dossier type comprend : un extrait Kbis récent, l'état des créances et des dettes avec identité et adresse de chaque créancier, l'état actif et passif des sûretés, l'inventaire sommaire des biens, le dernier bilan et compte de résultat, la situation de trésorerie, le nombre de salariés et la masse salariale, la liste des contrats en cours (bail, crédit-bail du matériel de cuisine, abonnement caisse, contrat de brasseur pour la bière à la pression).

Pour un restaurant, trois pièces méritent une attention particulière. Le bail commercial, parce que son sort conditionne la cession éventuelle du fonds. La licence d'exploitation (II, III, IV), parce qu'elle a une valeur marchande propre. Les contrats fournisseurs à long terme avec exclusivité, souvent signés avec un brasseur en échange d'une avance, parce qu'ils peuvent peser sur la cession.

Le tribunal statue dans la même décision sur l'ouverture de la liquidation judiciaire et, le cas échéant, sur l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire. Lorsque la liquidation est prononcée en cours de période d'observation d'une sauvegarde ou d'un redressement, le mandataire judiciaire est nommé en qualité de liquidateur.
Article L641-1 du Code de commerce

Le tribunal n'est pas lié par votre demande. Il peut, après examen, estimer qu'un redressement judiciaire reste possible si l'activité peut être sauvée. Il peut aussi, à l'inverse, prononcer directement la liquidation sans période d'observation lorsque le redressement est manifestement impossible, ce qui est fréquent pour les établissements dont le fonds n'a plus de valeur marchande.

Informer et consulter les salariés avant la liquidation judiciaire

Si votre établissement compte au moins onze salariés et qu'un comité social et économique est en place, celui-ci doit être consulté avant le dépôt de la déclaration. Cette consultation est une obligation d'ordre public.

Le comité d'entreprise est informé et consulté avant le dépôt au greffe d'une demande d'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire ou de liquidation judiciaire, puis lors du déroulement de ces procédures dans les conditions prévues par le Code de commerce.
Article L2323-48 du Code du travail

Dans la restauration, les effectifs sont souvent inférieurs au seuil déclenchant la mise en place du CSE. Dans ce cas, l'obligation de consultation collective ne s'applique pas, mais vous devez informer individuellement les salariés dès que le jugement est rendu. Un salarié prévenu la veille par la rumeur plutôt que par son employeur n'oublie pas.

Prévoyez une réunion courte, factuelle, avec remise d'un document écrit : date du jugement, nom du liquidateur, calendrier prévisible, droits des salariés auprès de l'AGS (le régime de garantie des salaires qui va avancer les sommes dues). Les salariés d'un restaurant touchent très vite leurs bulletins de salaire en retard de cette façon, à condition que le liquidateur ait saisi l'AGS rapidement.

Collaborer avec le liquidateur judiciaire désigné par le tribunal

Dès le jugement d'ouverture, un mandataire judiciaire est désigné en qualité de liquidateur. Vous êtes dessaisi de l'administration et de la disposition de vos biens professionnels. Vous ne pouvez plus signer un contrat au nom de la société, encaisser un chèque, régler un fournisseur, prendre une commande. Toutes ces opérations relèvent désormais du liquidateur.

La période qui s'ouvre dure généralement quelques semaines à quelques mois. Pendant ce temps, le liquidateur dresse l'inventaire, prend contact avec les créanciers, décide du maintien ou non d'une activité provisoire. Pour un bar-restaurant en bord de mer en haute saison, le tribunal peut autoriser la poursuite d'exploitation pendant trois mois renouvelables une fois, le temps d'organiser une cession dans de meilleures conditions. Pour un établissement en centre-ville en janvier, la fermeture immédiate est la règle.

Sont payées à leur échéance les créances nées régulièrement après le jugement qui ouvre ou prononce la liquidation judiciaire, si elles sont nées pour les besoins du déroulement de la procédure ou du maintien provisoire de l'activité autorisé par le tribunal.
Article L641-13 du Code de commerce

Ce régime des créances postérieures est essentiel. Si le tribunal autorise la poursuite d'activité, les fournisseurs qui livrent après le jugement sont payés en priorité, à l'échéance normale. C'est ce qui permet concrètement au restaurant de continuer à recevoir des viandes, des légumes et du vin pendant quelques semaines, parce que leurs fournisseurs savent qu'ils ne tomberont pas dans le passif à distribuer.

Traiter les salariés, la licence IV, le bail et les stocks dans la liquidation judiciaire d'un restaurant

Les licenciements économiques en liquidation judiciaire

Les licenciements sont prononcés par le liquidateur, pas par vous. Ils interviennent dans un délai très court après le jugement, parce que le régime de garantie AGS ne prend en charge les créances salariales que si les ruptures sont notifiées dans des fenêtres légales strictes.

Les délais prévus à l'article L. 1233-15 pour l'envoi des lettres de licenciement prononcé pour un motif économique ne sont pas applicables en cas de redressement ou de liquidation judiciaire.
Article L1233-59 du Code du travail

La Cour de cassation a validé, dans un arrêt du 8 juillet 2020, la régularité des licenciements prononcés dans le cadre de la liquidation judiciaire d'un exploitant de bars-restaurants, dès lors que l'activité ne pouvait être maintenue. La contestation d'un salarié portant sur le motif économique a peu de chances d'aboutir lorsque la procédure a été correctement conduite.

Jurisprudence
La chambre sociale a confirmé la régularité du licenciement du personnel de bars-restaurants validé en cours de procédure collective, dans un contexte de liquidation judiciaire de l'exploitant. L'arrêt rappelle que la cause économique est caractérisée par la seule situation de l'entreprise au regard de la procédure.

Cass. soc. — 2020-07-08 — n° 18-20.109

Le sort de la licence IV, du bail commercial et des stocks

La licence IV est un actif cessible. Elle peut être vendue séparément du fonds, à un autre exploitant du département qui en a besoin, à condition de respecter les règles d'implantation. Le prix varie fortement selon la zone, mais c'est souvent une somme non négligeable qui vient alimenter la répartition entre créanciers.

Le bail commercial, lui, peut être résilié par le liquidateur ou cédé avec le fonds. S'il reste des années de bail et que l'emplacement est bon, un repreneur peut se présenter pour une cession de fonds. S'il n'y a pas de repreneur et que le loyer est hors de prix, la résiliation est demandée au juge-commissaire. Le bailleur devient alors un créancier dans la procédure, pour les loyers échus et impayés.

Les stocks posent une difficulté spécifique en restauration. Les denrées périssables doivent être écoulées ou détruites rapidement. Le liquidateur peut autoriser une vente aux salariés à prix coûtant, une cession à un confrère, ou une destruction encadrée. Les stocks d'alcool, s'ils sont significatifs, sont inventoriés et vendus aux enchères ou de gré à gré.

Enfin, les titres-restaurant encaissés et non encore remboursés par l'émetteur constituent une catégorie à part.

Les comptes prévus à l'article L. 3262-2 sont des comptes de dépôts de fonds intitulés « comptes de titres-restaurant ». Les émetteurs spécialisés qui n'ont pas déposé à l'avance à leur compte de titres-restaurant le montant de la valeur libératoire des titres qu'ils cèdent sont tenus à des obligations particulières.
Article L3262-3 du Code du travail

Ces titres sont normalement remboursés même après l'ouverture de la liquidation, à condition qu'ils aient été transmis à l'émetteur. Les restaurateurs qui gardent une pile de titres dans un tiroir sans les envoyer régulièrement perdent cette créance s'ils ne les transmettent pas rapidement au liquidateur.

Jurisprudence
La chambre commerciale s'est prononcée sur l'articulation entre une convention définitive de divorce comportant un état liquidatif attribuant au mari le fonds de bar-restaurant qu'il avait créé, et sa liquidation judiciaire ultérieure prononcée avec une date de cessation des paiements antérieure. L'arrêt illustre les tensions possibles entre liquidation du régime matrimonial et procédure collective.

Cass. com. — 2000-01-25 — n° 97-21.119

Clôturer la liquidation judiciaire et anticiper le sort du dirigeant

La procédure se clôt dans l'un des deux cas suivants : extinction du passif, lorsque tous les créanciers ont été payés, hypothèse rare pour un bar-restaurant ; insuffisance d'actif, lorsque le produit de la vente des actifs n'a pas suffi à désintéresser l'ensemble des créanciers, hypothèse la plus fréquente.

La clôture pour insuffisance d'actif a une conséquence capitale pour le dirigeant personne physique exploitant en nom propre, en entreprise individuelle ou en EURL dont il est associé unique : les créanciers ne peuvent plus, en principe, poursuivre individuellement le recouvrement de leurs créances. Il existe des exceptions, notamment en cas de fraude, de condamnation à faillite personnelle, ou de caution personnelle.

La caution personnelle est le point noir des dossiers restauration. Le dirigeant qui s'est porté caution de son prêt bancaire, de son bail commercial ou de son contrat de brasserie reste tenu, à titre personnel, de ce qui n'a pas été payé dans la procédure. La banque, le bailleur ou le brasseur peut agir directement sur son patrimoine personnel : résidence principale (sauf insaisissabilité notariée antérieure), véhicule, épargne.

Les sanctions personnelles contre le dirigeant ne sont pas automatiques. Elles supposent une action du liquidateur ou du ministère public, et des faits caractérisés : poursuite d'une exploitation déficitaire par intérêt personnel, détournement d'actif, défaut de déclaration dans les quarante-cinq jours de la cessation des paiements, absence de comptabilité. Le dirigeant qui a joué le jeu, déposé à temps et coopéré n'est en principe pas visé par ces sanctions.

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Rassembler les six derniers relevés bancaires professionnels, le dernier bilan et la situation de trésorerie à jour pour objectiver la cessation des paiements
  • Lister nommément les créanciers avec montants, dates d'échéance et éventuelles cautions personnelles accordées
  • Vérifier le statut exact du bail commercial, de la licence d'exploitation et des contrats de brasserie ou de crédit-bail du matériel
  • Préparer la communication aux salariés : convocation à une réunion dès le jugement, document écrit explicatif, coordonnées de l'AGS
  • Prendre rendez-vous avec un avocat en procédures collectives avant le dépôt pour sécuriser la date proposée et éviter la période suspecte

Questions fréquentes

  • Combien de temps dure une procédure de liquidation judiciaire pour un bar-restaurant en Ille-et-Vilaine ?

    La durée varie fortement selon la complexité du passif, l'existence d'un repreneur et la rapidité de la vente des actifs. Un dossier simple, sans contentieux, sans salariés et avec peu d'actifs peut se clôturer en six à neuf mois. Un dossier avec cession du fonds, licence IV à vendre séparément, contentieux prud'homal et contestation de créances peut prendre dix-huit à vingt-quatre mois, voire davantage. Le tribunal de commerce de Rennes fixe une date d'examen et peut, à cette date, prononcer la clôture, prolonger la procédure ou désigner un contrôleur pour accélérer les opérations.

  • Que devient mon bail commercial pendant la liquidation ?

    Le bail commercial survit au jugement d'ouverture : il ne tombe pas automatiquement. Le liquidateur dispose d'un délai pour se prononcer sur sa poursuite ou sa résiliation. Si le bail présente une valeur (bon emplacement, droit au bail négociable), il sera cédé avec le fonds ou séparément. Si le loyer est hors marché, le liquidateur demande la résiliation au juge-commissaire. Le bailleur devient alors créancier de la procédure pour les loyers impayés et peut récupérer les lieux pour relouer. Les loyers postérieurs au jugement sont dus au titre des créances postérieures et payés à leur échéance tant que les lieux sont occupés.

  • Mes salariés vont-ils être payés ?

    Oui, grâce au régime de garantie AGS. Dès que les licenciements économiques sont prononcés par le liquidateur, celui-ci saisit l'AGS qui avance les sommes dues au titre des salaires impayés, préavis, congés payés et indemnités de licenciement, dans la limite des plafonds légaux. Les salariés perçoivent ces sommes dans un délai souvent inférieur à deux mois après la saisine. L'AGS devient ensuite créancière de la procédure et sera remboursée sur le produit de la liquidation, dans l'ordre des privilèges. Pour un restaurant, où les salaires de décembre sont souvent partiellement impayés en janvier, ce dispositif est vital.

  • Que se passe-t-il si je me suis porté caution personnelle de la banque ou du bailleur ?

    Les cautions personnelles ne tombent pas avec la liquidation de la société. La banque, le bailleur ou le brasseur conservent leur recours contre vous à titre personnel, pour tout ce qui n'a pas été recouvré dans la procédure. Concrètement, si vous avez cautionné un prêt bancaire de 80 000 euros et que la procédure ne rembourse que 10 000 euros à la banque, celle-ci peut vous réclamer les 70 000 euros restants sur votre patrimoine privé. La seule protection réelle réside dans l'insaisissabilité notariée de la résidence principale, prise avant les difficultés, ou dans la négociation d'un étalement avec le créancier.

  • Puis-je rouvrir un bar ou un restaurant après la liquidation ?

    Oui, à deux conditions. D'abord, ne pas être sous le coup d'une sanction d'interdiction de gérer prononcée par le tribunal, qui empêche l'immatriculation d'une nouvelle société pour une durée fixée par le jugement. Ensuite, financer la nouvelle structure sans détourner d'actifs de la liquidation précédente : utiliser le matériel de l'ancien restaurant sans l'avoir racheté dans la procédure est un détournement caractérisé. En pratique, beaucoup de restaurateurs rouvrent en rachetant le fonds au liquidateur, parfois pour une somme symbolique, et repartent sur des bases assainies. Un avocat vous aide à structurer cette reprise.