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Cession d’entreprise / parts sociales

Liste des sociétés en liquidation judiciaire : comment la consulter

Par Maître Gabriel Aknin · Avocat en droit des affaires et M&A10 min de lecture
Sommaire

Vous apprenez qu'un fournisseur essentiel vient d'être placé en liquidation judiciaire. Vous envisagez de reprendre un fonds de commerce et devez vérifier le statut exact de l'entreprise cédée. Vous êtes créancier d'une société dont vous suspectez les difficultés et vous cherchez à savoir si une procédure collective a été ouverte. Dans toutes ces situations, consulter la liste officielle des sociétés en liquidation judiciaire conditionne vos décisions suivantes : déclarer une créance, suspendre un contrat, enclencher une action en responsabilité, négocier une reprise d'actifs.

En France, cette liste n'est pas centralisée dans un fichier unique accessible d'un seul clic. Elle se reconstitue à partir de trois sources officielles qui se complètent : le BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales), le registre du commerce et des sociétés tenu par les greffes des tribunaux de commerce, et les publications sectorielles obligatoires pour les activités réglementées (entreprises d'assurance, mutuelles, sociétés d'exercice libéral de professions de santé). Chaque source répond à une logique propre et offre un niveau de détail distinct.

Les délais comptent. Une fois le jugement d'ouverture prononcé et publié, les créanciers disposent d'un délai légal strict pour déclarer leurs créances auprès du mandataire judiciaire. Passé ce délai, la créance est présumée éteinte, sauf à obtenir un relevé de forclusion devant le juge-commissaire. Agir vite, c'est protéger ses droits. Ce guide détaille, étape par étape, comment accéder à la liste des sociétés en liquidation judiciaire, comment la lire correctement et comment utiliser l'information selon votre position.

  1. Étape 1 — Identifier le périmètre de votre recherche

    Clarifiez le type de société recherché (commerçant, non commerçant, profession réglementée) et votre objectif (créancier, repreneur, cocontractant). Le canal de consultation en dépend.

  2. Étape 2 — Consulter le BODACC

    Le BODACC publie l'intégralité des jugements d'ouverture, de redressement et de liquidation judiciaire des sociétés commerciales. Consultation gratuite en ligne.

  3. Étape 3 — Interroger le greffe du tribunal de commerce

    Un extrait Kbis à jour mentionne explicitement l'ouverture d'une procédure collective. Service payant mais actualisé en temps réel via Infogreffe.

  4. Étape 4 — Déchiffrer les mentions légales obligatoires

    La dénomination sociale doit être suivie de la mention « société en liquidation » sur tous les documents. L'absence de cette mention engage la responsabilité du dirigeant.

  5. Étape 5 — Vérifier les régimes spéciaux pour les activités réglementées

    Assurances, mutuelles, institutions de prévoyance, sociétés d'exercice libéral de santé : les procédures passent par des autorités de contrôle dédiées et obéissent à des règles distinctes.

Comprendre à quoi correspond la liste des sociétés en liquidation judiciaire

Aucune administration française ne tient une « liste des sociétés en liquidation judiciaire » unique, exhaustive et téléchargeable d'un seul coup. L'information existe, mais elle est éclatée entre plusieurs supports officiels. Comprendre cette fragmentation vous évite de perdre du temps sur des agrégateurs privés dont les données sont incomplètes, parfois erronées ou commercialement orientées.

La liquidation judiciaire est une procédure collective ouverte par jugement du tribunal compétent lorsque le redressement de l'entreprise est manifestement impossible. Le tribunal désigne un liquidateur judiciaire chargé de réaliser l'actif et d'apurer le passif. La société conserve sa personnalité morale pour les seuls besoins de la liquidation, jusqu'à sa clôture et sa radiation du registre.

Distinguer dissolution volontaire et liquidation judiciaire forcée

Le vocabulaire courant mélange souvent liquidation et dissolution. Les deux notions sont pourtant distinctes. La dissolution est la décision qui met fin à la société, qu'elle soit volontaire (décision des associés) ou judiciaire (prononcée par un juge). La liquidation est l'opération matérielle qui s'ensuit : vendre les actifs, payer les créanciers, répartir l'éventuel boni. Une société peut être en liquidation amiable sans être en difficulté : les associés ont simplement choisi de cesser l'activité. La liquidation judiciaire, elle, est toujours la conséquence d'un état de cessation des paiements doublé d'une impossibilité de redressement.

Identifier le tribunal compétent selon la nature du débiteur

Le tribunal de commerce est compétent pour les commerçants et les sociétés commerciales immatriculées au registre du commerce. Pour les débiteurs qui ne sont ni commerçants ni immatriculés au répertoire des métiers (associations, professions libérales relevant du régime général, agriculteurs par certains aspects), la compétence revient au tribunal judiciaire. Cette distinction a une incidence directe sur la source à interroger : les procédures jugées par le tribunal judiciaire ne figurent pas de la même manière au BODACC commercial.

Le tribunal judiciaire connaît notamment des procédures de sauvegarde, redressement judiciaire et liquidation judiciaire lorsque le débiteur n'est ni commerçant ni immatriculé au répertoire des métiers.
Article R211-4 du Code de l'organisation judiciaire

Consulter la liste des sociétés en liquidation judiciaire via le BODACC

Le BODACC est le canal officiel de publicité des procédures collectives. Toute ouverture de redressement ou de liquidation judiciaire d'une société commerciale fait l'objet d'une annonce obligatoire, à peine d'inopposabilité à l'égard des tiers. C'est la source gratuite la plus fiable pour reconstituer, à l'échelle nationale ou locale, une liste de sociétés en liquidation judiciaire sur une période donnée.

Accéder au BODACC et paramétrer sa recherche

Le BODACC est librement consultable sur bodacc.fr. Son moteur de recherche permet de filtrer par nature d'annonce (procédure collective), par type de procédure (redressement, liquidation judiciaire, plan de cession, clôture), par département, par juridiction d'ouverture et par période. Un export au format structuré est également disponible sur data.gouv.fr via le jeu de données « BODACC Procédures collectives », mis à jour quotidiennement.

Lire une annonce de liquidation judiciaire au BODACC

Une annonce de liquidation judiciaire comporte systématiquement : la dénomination sociale et le numéro SIREN du débiteur, le siège social, l'activité, la date du jugement d'ouverture, la juridiction qui l'a prononcé, l'identité du mandataire judiciaire désigné et, le cas échéant, la date de cessation des paiements fixée par le tribunal. C'est cette dernière date qui déclenche la période suspecte, pendant laquelle certains actes du débiteur peuvent être annulés.

Vérifier une société inscrite sur la liste des sociétés en liquidation judiciaire auprès du greffe

Le greffe du tribunal de commerce est le dépositaire officiel du registre du commerce et des sociétés. Toute procédure collective ouverte contre une société commerciale est portée au RCS et apparaît sur son extrait Kbis. Cette source est juridiquement opposable aux tiers : elle fait foi jusqu'à preuve contraire. Pour une décision engageante, c'est la vérification de référence.

Interroger Infogreffe et obtenir un extrait Kbis actualisé

Infogreffe est le portail commun des greffes des tribunaux de commerce. Il permet de commander en ligne, pour quelques euros, un extrait Kbis actualisé au jour de la demande. Sur cet extrait, la mention d'une procédure collective figure en clair : « Liquidation judiciaire prononcée par jugement du [date] du tribunal de commerce de [ville] ». Y figurent également l'identité du liquidateur judiciaire désigné et, le cas échéant, les décisions ultérieures (clôture pour insuffisance d'actif, plan de cession homologué, prolongation de la mission du liquidateur).

Consulter directement le dossier au greffe

Au-delà du Kbis, le dossier physique de la procédure est consultable sur place au greffe. Y sont versées les pièces produites par le mandataire : état des créances, inventaire, projets de cession, rapports au juge-commissaire. L'accès est libre pour tout tiers justifiant d'un intérêt. Cette consultation est particulièrement utile pour un repreneur potentiel qui souhaite évaluer précisément la consistance des actifs mis à la vente.

Le liquidateur dépose au greffe chargé de la tenue du registre du commerce et des sociétés où la société est inscrite, pour être versée au dossier ouvert au nom de la société, la copie de l'expédition des décisions relatives à la liquidation.
Article R814-169 du Code de commerce

Déchiffrer les mentions obligatoires portées sur une société en liquidation

Une société placée en liquidation est tenue à des mentions légales spécifiques sur l'ensemble de ses documents commerciaux : factures, devis, bons de commande, courriers, site internet, correspondance électronique. La dénomination sociale doit être systématiquement suivie des mots « société en liquidation ». Cette obligation vaut tant pour les liquidations amiables que pour les liquidations judiciaires. Son non-respect engage la responsabilité civile du dirigeant ou du liquidateur et peut constituer un acte de concurrence déloyale ou de tromperie à l'égard des cocontractants.

Dans certains régimes sectoriels, cette obligation est expressément rappelée par les textes. Les sociétés d'exercice libéral de pharmaciens d'officine, par exemple, sont soumises à une règle identique. La dénomination doit être suivie de la mention « société en liquidation » durant toute la durée des opérations de liquidation.

La société est en liquidation dès sa dissolution pour quelque cause que ce soit ou dès que la décision judiciaire déclarant sa nullité est devenue définitive. La dénomination sociale est obligatoirement suivie de la mention « société en liquidation ».
Article R6223-52 du Code de la santé publique

Vérifier la présence de cette mention sur les documents reçus d'un partenaire est un test simple et immédiat : son absence sur un devis récent, alors que le Kbis fait apparaître une procédure collective, est un indice sérieux d'irrégularité. Si vous êtes sur le point de contracter avec une telle société, suspendez la signature et interrogez le mandataire judiciaire, seul habilité à représenter la société pour les actes relevant de sa mission.

Identifier les régimes spéciaux de liquidation judiciaire (assurances, mutuelles, santé)

Certaines activités réglementées obéissent à des règles de liquidation distinctes du droit commun des procédures collectives. Pour ces secteurs, la liquidation judiciaire n'est pas déclenchée à la seule initiative du débiteur ou d'un créancier, mais sur requête d'une autorité de contrôle. La « liste des sociétés en liquidation judiciaire » doit alors être complétée par les publications sectorielles de ces autorités.

Entreprises d'assurance

La liquidation judiciaire d'une entreprise d'assurance ne peut être ouverte qu'à la requête de l'autorité de contrôle du secteur. Le tribunal désigne, lors du jugement d'ouverture, un ou plusieurs mandataires qui peuvent être choisis en dehors de la liste des mandataires judiciaires habituels. Cette dérogation s'explique par la technicité du contentieux assurantiel et par la nécessité de préserver les droits des assurés.

Dans les deux cas, la liquidation judiciaire est ouverte à la requête de la commission de contrôle des assurances. Il est fait application des règles relatives au redressement et à la liquidation judiciaires des entreprises.
Article L326-2 du Code des assurances

Institutions de prévoyance et mutuelles

Les institutions de prévoyance relevant du Code de la sécurité sociale et les mutuelles régies par le Code de la mutualité suivent une logique analogue. L'ouverture de la liquidation est subordonnée à la requête de l'autorité de contrôle prudentielle. Le tribunal nomme simultanément un liquidateur qui peut être choisi hors des listes classiques. La publicité de la procédure obéit aux règles de droit commun, mais la décision administrative préalable est elle-même publiée au recueil des actes de l'autorité.

Dans ce cas, la liquidation judiciaire est ouverte à la requête de l'Autorité de contrôle prudentiel. Le tribunal désigne parallèlement en tant que liquidateur, lors du jugement d'ouverture, un ou plusieurs mandataires de justice.
Article L212-16 du Code de la mutualité

Sociétés d'exercice libéral de professions de santé

Pour les sociétés d'exercice libéral de médecins, pharmaciens, biologistes, chirurgiens-dentistes, la dissolution et la liquidation obéissent à des règles particulières qui tiennent à l'inscription au tableau de l'ordre professionnel. La radiation ou le retrait de la liste par la décision devenue définitive emporte dissolution et ouvre la liquidation. La subsistance de la personnalité morale pour les besoins de la liquidation est expressément prévue.

La société est en liquidation dès sa dissolution pour quelque cause que ce soit. La personnalité morale de la société subsiste pour les besoins de la liquidation, jusqu'à la clôture de celle-ci. La raison sociale est obligatoirement suivie de la mention « société en liquidation ».
Article R4113-90 du Code de la santé publique

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Identifiez précisément le statut de la société recherchée (commerciale, non commerciale, réglementée) : il détermine la source officielle à interroger.
  • Consultez le BODACC sur bodacc.fr pour les sociétés commerciales et notez la date exacte de publication du jugement d'ouverture.
  • Commandez un extrait Kbis actualisé sur Infogreffe avant toute décision engageante (signature de bail, versement d'acompte, cession de parts).
  • Si vous êtes créancier, préparez votre déclaration de créance (titre, montant, pièces justificatives, nature chirographaire ou privilégiée) et adressez-la au mandataire judiciaire désigné.
  • Consultez un avocat spécialisé en procédures collectives si votre situation implique un délai court, un contentieux ou une opération complexe de reprise.

Questions fréquentes

  • Où trouver gratuitement la liste des sociétés en liquidation judiciaire en France ?

    La source officielle gratuite est le BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales), accessible sur bodacc.fr. Le moteur de recherche permet de filtrer par type de procédure (liquidation judiciaire), par département, par juridiction et par période. Les données sont également disponibles au format structuré sur data.gouv.fr via le jeu de données « BODACC Procédures collectives », actualisé quotidiennement. Pour les sociétés commerciales, c'est la référence. Pour les débiteurs non commerçants, les procédures sont jugées par le tribunal judiciaire et leur publicité suit un circuit différent. Pour les secteurs réglementés (assurances, mutuelles, SEL de santé), il faut compléter par les publications des autorités de contrôle sectorielles.

  • Combien de temps une société reste-t-elle inscrite sur la liste des sociétés en liquidation judiciaire ?

    La société figure comme « en liquidation judiciaire » tant que la procédure n'est pas clôturée. La clôture intervient soit pour extinction du passif (toutes les créances sont payées), soit, le plus souvent, pour insuffisance d'actif (l'actif ne suffit pas à désintéresser les créanciers). La clôture est elle-même publiée au BODACC. Après la clôture et la radiation effective au registre du commerce et des sociétés, la société disparaît. Les annonces antérieures restent toutefois consultables dans les archives du BODACC, qui conserve les publications sur plusieurs années.

  • Peut-on contester le fait qu'une société figure sur la liste des sociétés en liquidation judiciaire ?

    Le jugement d'ouverture de liquidation judiciaire est susceptible d'appel dans un délai court, courant à compter de sa notification ou de sa publication au BODACC selon la qualité du demandeur. L'appel peut être formé par le débiteur, le ministère public et, dans certains cas, par des créanciers. Au-delà de ce délai, le jugement devient définitif et l'inscription au BODACC et au RCS reflète fidèlement la situation. Une rectification pour erreur matérielle (dénomination mal orthographiée, SIREN inexact) peut toujours être sollicitée auprès du greffe sur présentation de justificatifs.

  • Comment déclarer une créance auprès du mandataire judiciaire ?

    La déclaration de créance se fait par courrier adressé au mandataire judiciaire désigné par le jugement (son identité figure sur l'annonce BODACC et sur le Kbis). Elle doit indiquer le montant exact de la créance, sa nature (chirographaire, privilégiée, assortie d'une sûreté), les intérêts éventuels, et être accompagnée des pièces justificatives (factures, contrats, titres exécutoires). Le délai court à compter de la publication du jugement au BODACC. Les créanciers titulaires d'une sûreté publiée reçoivent un avertissement personnel qui ouvre un délai distinct. Passé le délai, la créance est présumée éteinte, sauf relevé de forclusion devant le juge-commissaire.

  • Une société en liquidation judiciaire peut-elle encore signer des contrats ?

    Le dirigeant est dessaisi par le jugement d'ouverture. C'est le liquidateur judiciaire qui représente la société et administre ses biens. La société conserve sa personnalité morale pour les seuls besoins de la liquidation. Les actes nécessaires à la liquidation (vente d'actifs, cession de contrats, règlement de créances) sont valablement signés par le liquidateur, le cas échéant avec l'autorisation du juge-commissaire pour les actes importants. Un contrat signé par l'ancien dirigeant après le jugement est, en principe, inopposable à la procédure. Avant tout engagement, exigez un Kbis récent et vérifiez l'identité du signataire.

  • Les sites privés qui affichent une « liste des sociétés en liquidation judiciaire » sont-ils fiables ?

    Ces plateformes agrègent par aspiration automatique les annonces publiées au BODACC. Leur fiabilité est variable. Les délais de mise à jour peuvent dépasser plusieurs jours ouvrés, et des erreurs d'identification (homonymes, confusion entre filiales et sociétés mères) sont fréquentes. Elles sont utiles pour une veille large ou une recherche exploratoire, mais ne constituent pas une source juridiquement opposable. Pour une décision engageante (déclaration de créance, cession, assignation, suspension d'un contrat), repartez toujours de la source officielle : BODACC pour la publication, Kbis récent délivré par le greffe pour la situation actuelle de la société.