Aller au contenu

Cession d’entreprise / parts sociales

Modifier les statuts d'une SCI après le décès d'un associé : le mode d'emploi

Par Maître Gabriel Aknin · Avocat en droit des affaires et M&A9 min de lecture
Sommaire

Trouver un avocatVoir la liste des meilleurs avocats en droit des affaires →

Le décès d'un associé d'une société civile immobilière n'entraîne pas, en principe, la dissolution de la société. Les parts du défunt rejoignent sa succession, les héritiers deviennent associés ou obtiennent la valeur de ces parts, et la société continue. Restent à mettre les statuts en conformité avec cette nouvelle réalité.

C'est là qu'intervient la question du modele modification statuts sci suite à décès d'un associé. La difficulté ne vient pas tant de la rédaction que des arbitrages préalables : qui hérite, qui devient associé, à quelle valeur, selon quelle clause des statuts d'origine. Un procès-verbal mal cadré ou un modèle recopié sans discernement crée des contestations pendant des années.

Ce guide expose les six étapes à accomplir, dans l'ordre, pour modifier les statuts d'une SCI après le décès d'un associé. Vous y trouverez les clauses à vérifier en priorité, les règles de valorisation des parts, le contenu minimum du procès-verbal et les démarches de publicité auprès du greffe du tribunal de commerce.

La procédure prend en pratique plusieurs mois à compter de l'ouverture de la succession, le temps que le notaire établisse l'attestation de dévolution successorale et que l'assemblée se réunisse. Un retard n'expose la société à aucune sanction automatique, mais il complique la gestion courante (locations, cession ultérieure, financement bancaire) et peut engager la responsabilité du gérant à l'égard des héritiers.

  1. Étape 1 : vérifier la clause de continuation

    Relire les statuts d'origine pour identifier le régime applicable au décès : continuation automatique avec les héritiers, agrément préalable, continuation avec les seuls survivants, ou dissolution.

  2. Étape 2 : identifier les héritiers et leurs droits

    Obtenir l'attestation de dévolution successorale du notaire et distinguer les héritiers qui deviennent associés de ceux qui n'auront droit qu'à la valeur des parts.

  3. Étape 3 : convoquer l'assemblée générale extraordinaire

    Respecter les règles de convocation prévues par les statuts (délai, forme, ordre du jour) pour que la modification soit valablement votée.

  4. Étape 4 : rédiger le procès-verbal et les statuts modifiés

    Mettre à jour la liste des associés, la répartition du capital et, le cas échéant, la clause de continuation ou le gérant si le défunt l'était.

  5. Étape 5 : déposer au greffe et publier la modification

    Transmettre le dossier au guichet unique des formalités d'entreprise et publier l'avis dans un support habilité à recevoir les annonces légales.

  6. Étape 6 : mettre à jour les registres et informer les tiers

    Actualiser le registre des associés, informer la banque, les locataires, l'administration fiscale et les cocontractants de la société.

Vérifier la clause de continuation prévue par les statuts de la SCI

Le point de départ n'est pas le modèle de modification des statuts, c'est la relecture des statuts actuels. L'article 1870 du Code civil pose le principe : le décès d'un associé n'entraîne pas la dissolution de la société, qui continue avec les héritiers ou légataires. Les statuts peuvent cependant moduler ce principe, parfois radicalement.

La société n'est pas dissoute par le décès d'un associé, mais continue avec ses héritiers ou légataires, sauf à prévoir dans les statuts qu'ils doivent être agréés par les associés. Il peut toutefois être convenu que ce décès entraînera la dissolution de la société ou que celle-ci continuera avec les seuls associés survivants.
Article 1870 du Code civil

Les trois formes juridiques de continuation après le décès d'un associé

Trois lectures des statuts sont possibles. Première hypothèse : les statuts reprennent le principe légal sans l'aménager. Les héritiers deviennent automatiquement associés dès l'ouverture de la succession, et la modification des statuts se limite à acter leur arrivée et la nouvelle répartition du capital.

Deuxième hypothèse : les statuts imposent un agrément des héritiers par les associés survivants, à une majorité qu'ils fixent. L'assemblée doit alors se prononcer sur chaque héritier. Les agréés deviennent associés, les refusés sont traités comme des tiers créanciers de la société et perçoivent la valeur des parts.

Troisième hypothèse : les statuts prévoient la continuation avec les seuls associés survivants, ou la dissolution pure et simple de la société. Dans le premier cas, les parts du défunt sont rachetées par les survivants et les héritiers n'obtiennent que leur contre-valeur. Dans le second, la société entre en liquidation : la question du modèle de modification des statuts ne se pose plus.

Identifier les héritiers et déterminer leurs droits sur les parts sociales

La deuxième étape consiste à savoir qui sont précisément les héritiers du défunt et dans quelle proportion ils recueillent les parts. L'information n'appartient pas à la SCI : elle appartient au notaire chargé de la succession. C'est lui qui établit l'attestation de dévolution successorale, document opposable à la société, qui désigne nommément les héritiers et leurs quotes-parts.

La répartition des parts entre héritiers suit les règles de droit successoral, pas la logique du capital social. Si le défunt laisse un conjoint survivant et deux enfants, les parts seront en principe partagées selon les quotités du droit des successions, en pleine propriété ou en démembrement selon les choix du conjoint. La SCI doit prendre acte de ce partage, elle ne le décide pas.

Lorsque certains héritiers ne deviennent pas associés, par refus d'agrément ou parce que les statuts les écartent, leur droit se résume à la valeur des parts. L'article 1870-1 du Code civil pose la règle d'évaluation : la valeur se détermine au jour du décès, selon la procédure de l'article 1843-4, c'est-à-dire par expertise à défaut d'accord.

Les héritiers ou légataires qui ne deviennent pas associés n'ont droit qu'à la valeur des parts sociales de leur auteur. La valeur de ces droits sociaux est déterminée au jour du décès dans les conditions prévues à l'article 1843-4.
Article 1870-1 du Code civil

Convoquer l'assemblée générale extraordinaire de modification des statuts

Modifier les statuts d'une SCI relève de l'assemblée générale extraordinaire. La convocation suit les règles prévues par les statuts : forme (lettre recommandée, remise contre récépissé, courriel si prévu), délai de prévenance, auteur de la convocation. Si les statuts restent muets, le gérant convoque les associés dans un délai raisonnable permettant à chacun de préparer la décision.

L'ordre du jour doit être explicite. Mentionner « questions diverses » ne suffit pas. La convocation doit viser nommément la modification des statuts à la suite du décès de l'associé, l'agrément des héritiers si une clause le prévoit, la mise à jour de la répartition du capital, et, le cas échéant, le remplacement du gérant si le défunt exerçait ces fonctions.

La règle de majorité est celle fixée par les statuts pour les décisions extraordinaires. En SCI, les statuts prévoient souvent l'unanimité ou une majorité qualifiée (deux tiers, trois quarts). Vérifier ce point avant de tenir l'assemblée évite de voir la décision contestée par un héritier insatisfait, surtout dans un contexte familial tendu.

Les héritiers, dès lors qu'ils acquièrent la qualité d'associé par l'effet du décès, participent au vote. Dans l'intervalle, si les statuts imposent un agrément préalable, ils ne votent pas sur leur propre agrément. L'articulation est délicate quand plusieurs héritiers sont concernés ou quand un indivisaire représente tous les autres.

Rédiger le modèle de modification des statuts de la SCI suite au décès d'un associé

Vient alors la rédaction proprement dite. Elle se compose de deux documents distincts, souvent confondus : le procès-verbal de l'assemblée et les statuts modifiés. Le procès-verbal constate la décision ; les statuts modifiés en portent la trace dans le pacte social lui-même.

Le procès-verbal doit mentionner la date et le lieu de l'assemblée, l'identité des associés présents ou représentés, l'ordre du jour, le rappel du décès de l'associé et de la date du décès, la référence à l'attestation de dévolution successorale, les décisions votées article par article et le résultat des votes. Il est signé par le président de séance et le ou les scrutateurs.

Les statuts modifiés reprennent les statuts d'origine, en modifiant uniquement les articles concernés. Trois articles au minimum sont à mettre à jour : la liste des associés (identité, adresse, parts détenues), la répartition du capital social, et le cas échéant la désignation du gérant. Lorsque les héritiers souhaitent profiter de la modification pour clarifier la clause de continuation ou les règles d'agrément, un quatrième article est révisé.

La portée des statuts d'une SCI est stricte : ce qui n'y figure pas n'existe pas, ce qui y figure engage. Un modèle téléchargé et rempli à la hâte sans relecture article par article reste la première source d'erreur en pratique. L'arrêt rendu par la Cour de cassation le 23 mai 2006 (n° 05-82.606) illustre jusqu'où peut aller la contestation : la mention d'un gérant à l'article 14 des statuts a été discutée pénalement, le juge appréciant la conformité de la rédaction à la réalité de la gérance.

Jurisprudence
La rigueur formelle attendue d'une modification des statuts d'une SCI concerne autant la désignation du gérant que la mention des associés : une rédaction inexacte peut nourrir une contestation portant sur la régularité même du pacte social modifié.

Cour de Cassation — 2006-05-23 — n° 05-82.606

Déposer les statuts modifiés au greffe et publier la modification

La modification des statuts n'est opposable aux tiers qu'après accomplissement des formalités de publicité. Deux démarches principales s'enchaînent : la publication dans un support habilité à recevoir les annonces légales du département du siège social, et le dépôt du dossier auprès du guichet unique des formalités d'entreprise, qui transmet au greffe du tribunal de commerce.

Le dossier à déposer comporte en général un exemplaire du procès-verbal de l'assemblée, un exemplaire des statuts modifiés, l'acte de décès de l'associé, l'attestation de dévolution successorale, l'avis de publication dans le support d'annonces légales et le formulaire de déclaration de modification. La liste exacte dépend du régime applicable à la SCI et des règles tenues à jour par le greffe compétent.

Le greffe contrôle la régularité formelle du dossier, pas le fond de la décision. Un dossier incomplet est rejeté. Un dossier régulier donne lieu à l'inscription modificative au registre du commerce et des sociétés et à la délivrance d'un extrait Kbis mis à jour, dont la banque et les cocontractants auront besoin pour les opérations courantes.

Mettre à jour les registres internes et informer les tiers de la modification des statuts

Une fois le Kbis modificatif obtenu, la mise en conformité continue en interne. Le registre des associés, lorsque la SCI en tient un, doit refléter la nouvelle répartition. Les comptes bancaires de la société, les contrats de prêt, les baux consentis ou souscrits, les contrats d'assurance et les contrats fournisseurs doivent être signalés et, pour certains, modifiés.

L'information de la banque est prioritaire. Les établissements prêteurs exigent une copie du Kbis, des statuts modifiés et parfois une nouvelle convention de compte ou de prêt. Un défaut d'information peut, selon les clauses du contrat de prêt, caractériser un manquement contractuel. Les locataires des biens détenus par la SCI reçoivent, eux, une simple information écrite précisant les nouvelles coordonnées pour le paiement des loyers.

Reste la question du retrait éventuel d'un héritier devenu associé mais qui ne souhaite pas rester dans la société. L'article 1869 du Code civil organise ce retrait, dans les conditions prévues par les statuts ou à défaut par décision unanime des autres associés. Mieux vaut traiter cette question en amont, lors de l'assemblée de modification, que par une seconde procédure quelques mois plus tard.

Sans préjudice des droits des tiers, un associé peut se retirer totalement ou partiellement de la société, dans les conditions prévues par les statuts ou, à défaut, après autorisation donnée par une décision unanime des autres associés.
Article 1869 du Code civil

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Relire ligne à ligne les statuts d'origine pour identifier la clause applicable au décès d'un associé.
  • Demander au notaire une copie de l'acte de décès et de l'attestation de dévolution successorale avant toute convocation d'assemblée.
  • Préparer un ordre du jour explicite, mentionnant la modification des statuts à la suite du décès et l'agrément éventuel des héritiers.
  • Rédiger simultanément le procès-verbal et les statuts modifiés, en vérifiant la cohérence entre les deux documents article par article.
  • Déposer le dossier complet au guichet unique et faire publier l'avis dans un support d'annonces légales du département du siège.

Questions fréquentes

  • La SCI est-elle automatiquement dissoute au décès d'un associé ?

    Non. L'article 1870 du Code civil pose le principe inverse : la société n'est pas dissoute par le décès d'un associé, elle continue avec ses héritiers ou légataires. La dissolution n'intervient que si les statuts l'ont expressément prévu, ce qui reste rare dans les SCI familiales. L'erreur fréquente consiste à croire que le décès « ferme » la société et à cesser toute activité, alors qu'il faut au contraire modifier les statuts et poursuivre la gestion. En l'absence de clause particulière, les héritiers deviennent associés dès l'ouverture de la succession et participent aux décisions.

  • Faut-il obligatoirement passer par un notaire pour modifier les statuts d'une SCI ?

    L'acte modificatif des statuts d'une SCI n'exige pas la forme notariée en lui-même. Il peut être rédigé sous signature privée dès lors qu'il respecte les règles de forme imposées par les statuts d'origine et le droit des sociétés. Le notaire intervient en revanche obligatoirement pour établir l'attestation de dévolution successorale, qui est le document opposable identifiant les héritiers du défunt. En pratique, lorsque la SCI détient de l'immobilier, le notaire est également sollicité pour l'attestation de propriété portant sur les biens immobiliers transmis par la succession.

  • Comment est fixée la valeur des parts sociales des héritiers qui ne deviennent pas associés ?

    L'article 1870-1 du Code civil renvoie à la procédure prévue par l'article 1843-4 : la valeur se détermine au jour du décès, par accord entre les parties ou, à défaut d'accord, par expertise. L'expert est désigné par les parties ou par le juge. Son évaluation s'impose aux parties. Il tient compte de la valeur réelle des actifs détenus par la SCI, en premier lieu les immeubles, en déduisant les dettes et en appliquant parfois une décote pour tenir compte du caractère minoritaire des parts ou de leur illiquidité. Les divergences d'évaluation entre héritiers et associés survivants nourrissent la majorité des contentieux post-succession en SCI.

  • Que faire si le gérant unique de la SCI est l'associé décédé ?

    La société se retrouve privée de représentant légal. L'assemblée extraordinaire doit alors cumuler deux décisions : la modification des statuts à la suite du décès et la désignation d'un nouveau gérant. Dans l'intervalle, les actes de gestion courante peuvent être poursuivis sous la responsabilité collective des associés, mais les actes importants (vente d'un bien immobilier, souscription d'un prêt, signature d'un bail de longue durée) sont impossibles à conclure. Les banques refuseront en pratique toute opération tant que le Kbis mis à jour ne leur sera pas communiqué. Convoquer rapidement l'assemblée est donc un enjeu de gestion opérationnelle autant qu'un enjeu juridique.

  • Dans quel délai faut-il modifier les statuts après le décès ?

    Aucun délai général n'est imposé par le Code civil pour modifier les statuts d'une SCI à la suite d'un décès. En pratique, la modification est accomplie dans les mois qui suivent la délivrance de l'attestation de dévolution successorale, laquelle dépend elle-même de la durée du règlement de la succession. Les formalités de publicité au greffe du tribunal de commerce suivent, elles, les délais réglementaires applicables à toute modification statutaire. Un retard excessif n'entraîne pas de sanction automatique, mais il expose le gérant à une mise en cause par les héritiers si cette inaction compromet un acte important de la vie sociale ou crée un préjudice.