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Compromis & promesse de vente

Après le compromis de vente : les étapes jusqu'à la remise des clés

Par Maître Pierrick Bournet · Avocat en droit immobilier10 min de lecture
Sommaire

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Vous venez de signer le compromis de vente. Le vendeur a paraphé, l'agent immobilier a souri, le notaire vous a serré la main. Et maintenant ? Entre cette signature et la remise des clés, il reste deux à trois mois, parfois plus, pendant lesquels tout peut encore basculer : refus de prêt, servitude découverte, préemption de la mairie, désistement du vendeur. Chaque étape de cette période a ses règles, ses délais, ses pièges.

La transaction immobilière ne se joue pas à la signature du compromis, elle se joue dans ce qui suit. Ce guide détaille, étape par étape, ce que vous devez faire après le compromis de vente, les délais à respecter, les documents à transmettre et les signaux qui doivent vous alerter. Il s'adresse à l'acquéreur comme au vendeur, car les deux subissent les mêmes aléas de la période intermédiaire.

Au total, comptez entre deux et quatre mois entre le compromis et l'acte authentique dans une opération standard. Ce délai n'est pas administratif : il correspond à des diligences précises, dont certaines dépendent de vous, d'autres du notaire, d'autres encore de tiers (banque, mairie, syndic). Les connaître, c'est éviter l'inertie qui, en matière immobilière, coûte toujours cher.

  1. Étape 1 — Exercer ou laisser passer le délai de rétractation

    L'acquéreur non professionnel dispose d'un délai de rétractation après notification du compromis signé. Pendant ces jours, il peut se retirer sans motif ni pénalité.

  2. Étape 2 — Déposer la demande de prêt

    La condition suspensive de financement court. Vous devez solliciter votre banque dans les délais fixés par le compromis, généralement 45 à 60 jours.

  3. Étape 3 — Suivre la purge des droits de préemption

    Le notaire interroge la mairie et, le cas échéant, la SAFER ou le preneur titulaire d'un droit de préemption. Deux mois sont nécessaires pour obtenir une réponse ferme.

  4. Étape 4 — Lever les conditions suspensives

    Offre de prêt reçue, préemption purgée, état hypothécaire propre : chaque condition levée doit être notifiée par écrit, dans les formes prévues au compromis.

  5. Étape 5 — Préparer et signer l'acte authentique

    Le notaire convoque les parties, vérifie les fonds, procède au virement du prix et remet les clés. L'acte est publié au service de la publicité foncière dans le mois qui suit.

Exercer le droit de rétractation après le compromis de vente

L'acquéreur non professionnel d'un bien à usage d'habitation dispose d'un délai légal de rétractation après la signature du compromis. Ce délai court à compter du lendemain de la première présentation du compromis par lettre recommandée avec accusé de réception ou par voie électronique sécurisée. Pendant cette période, vous pouvez renoncer sans motif et sans pénalité, et le dépôt de garantie éventuellement versé doit vous être restitué dans les délais réglementaires.

La rétractation s'exerce par écrit, par lettre recommandée avec accusé de réception adressée au vendeur ou au professionnel qui a reçu la signature (notaire ou agent). Le cachet de la poste fait foi. L'erreur la plus fréquente consiste à notifier verbalement ou par simple mail : la Cour de cassation a toujours été exigeante sur la forme. Une rétractation hors délai ou mal formalisée vous engage définitivement.

Le vendeur, lui, n'a pas de droit de rétractation équivalent. Dès la signature, il est engagé. S'il tente de se dédire, l'acquéreur peut l'y contraindre judiciairement, le plus souvent par une action en vente forcée ou par la voie d'un protocole transactionnel négocié. Un arrêt de la Cour de cassation (Cass. 2010-06-17, n° 09-14.144) illustre la situation d'un vendeur ayant refusé de signer après avoir trouvé un acheteur à meilleur prix, et condamné à régulariser.

Déposer la demande de prêt dans les délais de la condition suspensive

La quasi-totalité des compromis contient une condition suspensive d'obtention de prêt. Cette condition protège l'acquéreur : si la banque refuse le financement dans les conditions fixées, la vente tombe et le dépôt de garantie est restitué. Mais cette protection n'est pas automatique. Elle suppose que vous ayez effectivement sollicité un ou plusieurs établissements, dans les délais, pour un prêt conforme aux caractéristiques décrites dans le compromis (montant, durée, taux maximum).

Le délai standard est de 45 à 60 jours à compter de la signature. Pendant cette période, vous devez constituer un dossier bancaire complet : avis d'imposition, bulletins de salaire, relevés de compte, apport personnel justifié, assurance emprunteur. Un dossier mal préparé qui provoque un refus formel n'est pas opposable comme condition suspensive défaillante : le juge peut considérer que l'acquéreur a lui-même fait échec à la condition.

Transmettre l'accord ou le refus au notaire

Dès réception de l'offre de prêt, vous la transmettez au notaire chargé de la vente. S'il s'agit d'un refus, celui-ci doit être formalisé par écrit par la banque, mentionner la demande qui vous a été refusée et correspondre aux critères du compromis. Un simple « refus de principe » oral est insuffisant pour faire tomber la vente.

Prolonger la condition suspensive si nécessaire

Si l'instruction bancaire prend plus de temps que prévu, demandez par écrit au vendeur, via le notaire, une prorogation de la condition suspensive. Un vendeur conciliant acceptera le plus souvent, surtout si le marché est tendu de son côté. En revanche, un vendeur pressé peut refuser et constater la caducité du compromis à l'échéance : vous perdez alors le bien, mais récupérez votre dépôt de garantie.

Suivre la purge des droits de préemption après le compromis de vente

Dès la signature du compromis, le notaire déclenche la purge des droits de préemption. Le droit de préemption urbain, exercé par la commune, est le plus courant en zone urbaine : le notaire adresse à la mairie une déclaration d'intention d'aliéner (DIA) qui mentionne le prix et les conditions de la vente. La mairie dispose de deux mois pour répondre. Son silence vaut renonciation.

Si la mairie préempte, elle acquiert le bien aux conditions de la DIA, ou propose un prix inférieur. Le vendeur peut alors accepter, refuser ou retirer son bien. Pour l'acquéreur initial, la préemption signifie en principe la fin de l'opération. La jurisprudence rappelle qu'une fois le droit exercé, le titulaire du droit doit effectivement signer l'acte authentique dans les conditions annoncées (Cass. 2015-06-24, n° 14-18.684).

Les autres droits de préemption à vérifier

Selon la nature du bien, d'autres droits peuvent s'ajouter : droit du locataire en cas de vente d'un logement loué vide, droit de la SAFER en zone agricole, droit de préemption du département pour les espaces naturels sensibles, préemption des locataires commerciaux dans certains cas. Chacun suit ses propres délais. Le notaire est seul en mesure de dresser la liste exhaustive des purges applicables à votre bien ; c'est l'une des raisons pour lesquelles sa diligence conditionne tout le calendrier.

Lever les conditions suspensives avant la signature de l'acte authentique

Entre le compromis et l'acte authentique, le notaire rassemble les pièces qui permettront de constater que toutes les conditions suspensives sont levées. Au-delà du prêt et de la préemption, cela inclut : l'état hypothécaire du bien, les diagnostics techniques complémentaires si nécessaire, le règlement de copropriété et les trois derniers procès-verbaux d'assemblée générale, le pré-état daté du syndic, les certificats d'urbanisme, la situation fiscale du vendeur, et toute servitude non révélée au compromis.

Chaque élément peut révéler une difficulté : un hypothèque non purgée du côté vendeur, une procédure contentieuse en cours sur la copropriété, un refus d'autorisation de travaux obtenu entre-temps. L'acquéreur attentif demande au notaire une liste mise à jour toutes les deux semaines des pièces reçues et des pièces en attente. Cette discipline simple prévient 80 % des mauvaises surprises.

Préparer la signature de l'acte authentique

Une fois toutes les conditions levées, le notaire fixe la date de signature de l'acte authentique. Il adresse aux parties, environ quinze jours avant, le projet d'acte pour relecture. Ne vous contentez jamais d'un survol : vérifiez l'identité des parties, la description cadastrale, le prix et ses modalités de paiement, les servitudes mentionnées, les diagnostics annexés, la date d'entrée en jouissance et l'état des taxes au prorata. Toute divergence avec le compromis doit être signalée avant la signature.

Côté acquéreur, les fonds doivent être virés sur le compte du notaire au plus tard la veille du rendez-vous. Prévoyez un virement SEPA en début de semaine pour éviter tout retard : le notaire ne signera pas sans la totalité du prix et des frais sur son compte. Le vendeur, de son côté, doit avoir fait relever les compteurs, résilié ses abonnements et préparé la remise des clés.

Les frais à régler au notaire

Les frais dits « de notaire » comprennent les droits d'enregistrement, la taxe de publicité foncière, les émoluments du notaire et les débours. Ils représentent environ 7 à 8 % du prix dans l'ancien, et 2 à 3 % dans le neuf. L'acquéreur les règle en sus du prix de vente, directement entre les mains du notaire. L'ordre public du financement de l'acte est strict : à défaut de versement complet, le titre de propriété ne peut être délivré, principe que l'on retrouve dans d'autres procédures de vente, par exemple à l'article L322-11 du Code des procédures civiles d'exécution qui conditionne la délivrance du titre à la justification du paiement des frais taxés.

Le titre de vente n'est délivré à l'adjudicataire que sur justification du paiement des frais taxés.
Article L322-11 du Code des procédures civiles d'exécution

La remise des clés et l'entrée en jouissance

La remise des clés intervient en principe le jour de la signature, immédiatement après que le notaire a confirmé le transfert effectif du prix au vendeur. L'entrée en jouissance, qui marque le point de départ des assurances, des charges de copropriété et de la taxe foncière au prorata, peut être décalée si les parties en conviennent, mais cette dérogation doit être écrite dans l'acte. Faute de clause claire, la jurisprudence applique le principe du jour de la signature.

Après la signature : publication et formalités post-acte

Une fois l'acte authentique signé, le notaire dispose d'un délai pour publier le titre au service de la publicité foncière. Cette publication rend la vente opposable aux tiers : elle garantit que personne ne pourra revendiquer un droit concurrent sur le bien que vous venez d'acquérir. Le principe de publication au fichier immobilier, dérivé de règles comme celle de l'article R322-63 du Code des procédures civiles d'exécution, structure l'ensemble du système de publicité foncière français.

Le titre de vente est publié au fichier immobilier selon les règles prévues pour les ventes judiciaires, à la requête de l'acquéreur ou, à son défaut, du créancier poursuivant la distribution.
Article R322-63 du Code des procédures civiles d'exécution

Vous recevrez du notaire, dans les semaines qui suivent, une attestation de propriété utile pour les démarches urgentes (changement d'adresse, souscription d'assurance, raccordements). Le titre de propriété définitif, c'est-à-dire la copie authentique revêtue des mentions de publication, vous est remis plusieurs mois plus tard, parfois jusqu'à six mois après la signature selon la charge des services de publicité foncière.

Pensez à conserver dans un dossier unique : le compromis, l'acte authentique, les diagnostics, les attestations d'assurance, les procès-verbaux d'assemblée générale remis par le vendeur. Ces documents vous seront demandés à la revente, en cas de sinistre, ou en cas de contentieux. Un dossier numérisé et sauvegardé en double vous évitera des recherches fastidieuses dans dix ans. Le notaire conserve la minute de l'acte, dont le dépôt est encadré par les règles de l'office notarial, dans l'esprit des dispositions de l'article R322-24 du Code des procédures civiles d'exécution sur la remise des pièces entre notaire et parties.

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Noter immédiatement dans un calendrier les trois dates clés : fin du délai de rétractation, échéance de la condition suspensive de prêt, date prévisionnelle de l'acte authentique.
  • Déposer la demande de prêt dans les quinze jours qui suivent la signature, avec un dossier bancaire complet, et en conserver la preuve datée.
  • Demander au notaire, toutes les deux semaines, l'état d'avancement des pièces reçues et des purges en cours.
  • Relire le projet d'acte authentique dès réception, en comparant ligne à ligne avec le compromis signé.
  • Préparer le virement des fonds plusieurs jours avant la signature pour éviter tout décalage du rendez-vous.

Questions fréquentes

  • Que se passe-t-il si la banque refuse mon prêt après le compromis de vente ?

    Si la banque vous refuse le prêt dans les conditions prévues au compromis, et que vous avez effectivement sollicité un financement conforme aux caractéristiques stipulées (montant, durée, taux maximum), la condition suspensive de financement joue : la vente est caduque et votre dépôt de garantie vous est restitué. Vous devez transmettre au notaire une attestation de refus écrite de la banque, mentionnant la demande précise. Un refus de principe oral ou un dossier incomplet qui aurait provoqué le rejet ne suffisent pas. En cas de contestation du vendeur, le juge vérifiera que vous avez fait preuve de diligence et que le refus porte bien sur un prêt conforme au compromis.

  • Combien de temps entre le compromis et l'acte authentique ?

    Le délai standard est de deux à trois mois entre la signature du compromis et celle de l'acte authentique. Cette durée correspond au temps nécessaire pour obtenir le prêt, purger les droits de préemption (deux mois en général pour la mairie), rassembler les pièces du vendeur (état hypothécaire, documents de copropriété, certificats d'urbanisme), et préparer le projet d'acte. Dans certains cas, ce délai peut atteindre quatre à six mois : bien complexe, succession en cours, difficulté bancaire, préemption contestée. Le compromis fixe une date butoir indicative ; au-delà, la caducité peut être constatée si une partie l'invoque.

  • Puis-je me rétracter après le délai de rétractation ?

    Passé le délai légal de rétractation, l'acquéreur ne peut plus renoncer sans motif à la vente. S'il renonce malgré tout, il perd son dépôt de garantie et le vendeur peut l'assigner en exécution forcée pour obtenir la signature de l'acte authentique sous astreinte, ou obtenir des dommages et intérêts. Les seuls cas où l'acquéreur peut encore se dégager sans pénalité sont la défaillance d'une condition suspensive prévue au compromis (refus de prêt documenté, exercice d'un droit de préemption, découverte d'une servitude non révélée) ou la preuve d'un vice du consentement, qui reste rare en pratique.

  • Qui paie la taxe foncière entre le compromis et l'acte authentique ?

    La taxe foncière de l'année en cours est due par le propriétaire au 1er janvier, donc par le vendeur si l'acte authentique est signé en cours d'année. En pratique, une répartition prorata temporis est le plus souvent prévue au compromis : l'acquéreur rembourse au vendeur la part correspondant aux jours restant à courir après la signature. Cette répartition n'a pas de caractère obligatoire ; elle dépend des stipulations du compromis. Vérifiez cette clause avant la signature et prévoyez le montant correspondant, qui est généralement intégré au décompte final établi par le notaire.

  • Que faire si le vendeur refuse de signer l'acte authentique à la date prévue ?

    Si le vendeur ne se présente pas ou refuse de signer à la date prévue, l'acquéreur peut faire dresser par le notaire un procès-verbal de carence, puis mettre en demeure le vendeur de régulariser sous un délai raisonnable. Si le vendeur persiste, l'acquéreur dispose de deux voies principales : l'action en vente forcée, qui vise à obtenir un jugement valant acte authentique, ou l'action en résolution avec dommages et intérêts si l'acquéreur préfère renoncer à l'opération et être indemnisé. Dans les deux cas, l'assistance d'un avocat spécialisé est nécessaire ; le choix entre les deux voies dépend de l'intérêt économique du bien et de la situation financière du vendeur.