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Contrat commercial & rupture

État des lieux d'un bail commercial : le guide PDF pour entrer et sortir sans litige

Par Maître Romain Mirabile · Avocat en IP/IT et droit commercial10 min de lecture
Sommaire

Télécharger un modèle d'état des lieux de bail commercial au format PDF ne vous met à l'abri de rien. Depuis la loi Pinel de 2014, le document est devenu une obligation légale pour la quasi-totalité des baux commerciaux en France, à l'entrée dans les lieux comme à la sortie. Un PDF rempli à la va-vite, signé sans témoin, ou simplement archivé sans avoir été joint au bail peut vous coûter plusieurs milliers d'euros de travaux de remise en état à la restitution.

Vous êtes locataire sur le point de prendre possession d'un local. Ou bailleur qui veut sécuriser la restitution d'un commerce. Ou vous entamez une procédure de départ et vous découvrez qu'aucun état des lieux n'a jamais été dressé. Dans les trois cas, les règles sont les mêmes et les conséquences financières dépendent entièrement du soin apporté à ce document.

Ce guide détaille la procédure complète : les six étapes à suivre, le contenu attendu du PDF, le choix entre rédaction amiable et recours à un commissaire de justice, l'annexion au contrat et la gestion des désaccords à la sortie. Comptez une à deux heures de préparation pour un local standard, une demi-journée pour une surface complexe avec aménagements lourds.

  1. Étape 1 — Vérifier le cadre légal applicable à votre bail

    Confirmer que votre bail entre bien dans le champ de l'article L145-40-1 du Code de commerce ou, pour les baux dérogatoires courts, dans celui de l'article L145-5.

  2. Étape 2 — Choisir le format du document

    Opter entre un modèle PDF rempli à l'amiable et le constat d'un commissaire de justice, selon la complexité du local et le niveau de risque.

  3. Étape 3 — Préparer la visite contradictoire

    Rassembler plans, photos horodatées, inventaire des équipements et clés, puis fixer un rendez-vous conjoint bailleur et locataire.

  4. Étape 4 — Rédiger et signer le PDF

    Compléter chaque pièce, chaque équipement et chaque anomalie, puis signer contradictoirement, en main propre ou par signature électronique qualifiée.

  5. Étape 5 — Annexer le document au bail commercial

    Joindre le PDF signé au contrat de bail, en remettre un exemplaire à chaque partie et le conserver pendant toute la durée du bail et au-delà.

  6. Étape 6 — Réaliser l'état des lieux de sortie

    Reprendre le document d'entrée, comparer poste par poste, acter les dégradations imputables au locataire et gérer les désaccords éventuels.

Vérifier les obligations légales de l'état des lieux pour un bail commercial

Avant de télécharger un modèle PDF, assurez-vous que votre situation est bien visée par le texte. L'obligation d'état des lieux pour un bail commercial résulte de l'article L145-40-1 du Code de commerce, introduit par la loi Pinel du 18 juin 2014. Elle s'applique à tous les baux conclus ou renouvelés depuis le 20 juin 2014, et impose l'établissement d'un état des lieux à la prise de possession et à la restitution.

Lors de la prise de possession des locaux par le locataire en cas de conclusion d'un bail, de cession du droit au bail, de cession ou de mutation à titre gratuit du fonds et lors de la restitution des locaux, un état des lieux est établi contradictoirement et amiablement par le bailleur et le locataire ou par un tiers mandaté par eux. L'état des lieux est joint au contrat de location ou, à défaut, conservé par chacune des parties.
Article L145-40-1 du Code de commerce

Le texte vise aussi les cessions de droit au bail et les transmissions de fonds de commerce : un état des lieux doit être redressé à chaque changement de locataire, même si les locaux n'ont pas été restitués au bailleur. En pratique, cette formalité est régulièrement oubliée lors des cessions de fonds, ce qui prive l'acquéreur de la preuve de l'état des locaux à son arrivée.

Les baux dérogatoires de courte durée relèvent d'un régime distinct mais tout aussi contraignant. L'article L145-5 du Code de commerce impose un état des lieux à la prise de possession et à la restitution, selon les mêmes modalités contradictoires.

Lorsque le bail est conclu conformément au premier alinéa, un état des lieux est établi lors de la prise de possession des locaux par un locataire et lors de leur restitution, contradictoirement et amiablement par le bailleur et le locataire ou par un tiers mandaté par eux.
Article L145-5 du Code de commerce

Choisir entre modèle PDF d'état des lieux et commissaire de justice

La loi laisse deux voies. L'état des lieux amiable, rédigé par les parties elles-mêmes sur un modèle PDF téléchargé, ou le constat dressé par un commissaire de justice (ex-huissier). Les deux ont la même valeur juridique dès lors que le document est contradictoire, mais leur force probante devant un tribunal diffère nettement.

Quand un modèle PDF amiable suffit

Pour un local nu, de petite surface, sans aménagement spécifique du locataire (bureau standard, boutique sans vitrine complexe, cellule commerciale neuve), un PDF rempli à deux et signé contradictoirement est juridiquement suffisant. Choisissez un modèle qui comprend des rubriques pour chaque pièce, chaque mur, chaque sol, chaque équipement technique (chauffage, climatisation, vitrines, rideaux métalliques, enseignes, compteurs). Prévoyez une colonne pour l'état général et une colonne pour les observations précises.

Un bon PDF intègre également un espace pour les relevés de compteurs (eau, électricité, gaz), la liste des clés et badges remis, l'inventaire du mobilier et des équipements, et un dossier de photos annexes dûment référencées.

Quand recourir à un commissaire de justice

Le constat d'un commissaire de justice s'impose dans quatre configurations : local avec aménagements lourds du preneur, surface supérieure à 300 m² environ, antécédent conflictuel entre les parties, ou refus de signer de l'une d'elles. Le constat a une force probante quasi absolue devant le juge, à la différence du PDF amiable qui peut toujours être contesté par celui qui prétend avoir signé sans vérifier.

Le coût oscille entre 250 et 1 500 euros selon la surface et la durée de l'intervention. Les frais sont partagés par moitié entre bailleur et locataire, sauf stipulation contraire du bail. Si l'une des parties refuse l'état des lieux amiable, l'autre peut saisir le président du tribunal judiciaire pour qu'il désigne un commissaire de justice, les frais étant alors supportés pour moitié par chacune.

Préparer la visite contradictoire et constituer le dossier état des lieux PDF

Une visite d'état des lieux bâclée coûte toujours plus cher qu'une visite préparée. Bloquez une plage horaire d'au moins deux heures pour un local de 100 m², davantage si le commerce est équipé. Prévoyez d'être deux côté locataire et deux côté bailleur si possible, pour que personne ne dispute ensuite ce qui a été constaté.

Rassemblez les documents à avoir sur place le jour J. Le bail commercial lui-même, pour pouvoir viser l'état des lieux à l'endroit prévu. Un plan coté du local, pour localiser précisément les constats. Un appareil photo avec horodatage activé ou un smartphone récent, pour les clichés annexes. Un mètre, une lampe torche, un multimètre pour les équipements électriques si vous êtes en mesure de l'utiliser.

La visite se déroule pièce par pièce, dans un ordre logique (entrée, zone commerciale, réserve, sanitaires, local technique, extérieur). Pour chaque pièce, notez l'état des sols, des murs, des plafonds, des huisseries, des équipements fixes et des réseaux visibles. Les termes « bon état », « état d'usage » ou « mauvais état » sont acceptés par la pratique mais ne suffisent pas seuls : décrivez l'anomalie en quelques mots (« fissure horizontale 30 cm mur ouest », « carrelage ébréché angle sud-est »).

Rédiger l'état des lieux de bail commercial contradictoirement

Le mot clé du texte légal est contradictoirement. Pour qu'un état des lieux produise ses effets, il doit avoir été constaté ensemble par le bailleur et le locataire, chacun pouvant s'exprimer et faire ajouter ses observations. Un PDF que l'une des parties remet déjà pré-rempli à l'autre pour signature n'est pas contradictoire : il n'engagera pas le signataire si celui-ci démontre qu'il n'a pas visité les lieux conjointement.

La rédaction suit une trame simple. En en-tête, identifiez précisément les parties (dénomination, SIREN, adresse), l'adresse du local, la date du bail et sa durée, la date de l'état des lieux et le moment (entrée ou sortie). Dans le corps, décrivez pièce par pièce, en reprenant la même grille que celle utilisée pendant la visite. En annexe, listez les clés et badges remis, les relevés de compteurs, l'inventaire des équipements et la série des photos horodatées.

Pour les équipements techniques, soyez précis : marque, modèle, numéro de série, dernière date d'entretien connue. C'est particulièrement vrai pour les systèmes de climatisation réversible, les groupes froids, les monte-charges, les rideaux métalliques motorisés. À la sortie, le bailleur qui réclame le remplacement d'un équipement défaillant devra prouver qu'il fonctionnait à l'entrée.

La signature peut être manuscrite, apposée en bas de chaque page et à la fin du document, ou électronique si vous utilisez une solution qualifiée au sens du règlement eIDAS. Un simple scan de signature collé sur un PDF n'a pas la même valeur et sera contesté sans difficulté par la partie qui le conteste. Chaque partie repart avec un exemplaire original paraphé.

Cet inventaire donne lieu à un état récapitulatif annuel adressé par le bailleur au locataire dans un délai fixé par voie réglementaire.
Article L145-40-2 du Code de commerce

Profitez de l'état des lieux pour vérifier que l'inventaire précis des charges, impôts et travaux refacturés au locataire, prévu par l'article L145-40-2 du Code de commerce, figure bien dans votre dossier. Les deux documents forment le socle du contrôle que vous pouvez exercer pendant toute la durée du bail.

Annexer l'état des lieux PDF au contrat de bail commercial

Le texte de l'article L145-40-1 est explicite : l'état des lieux doit être joint au contrat de location. Si cette annexion n'est pas matériellement possible le jour de la signature du bail (visite ultérieure, loyers d'entrée différés), chaque partie doit conserver son exemplaire. En pratique, trois précautions valent mieux qu'une.

Imprimez et paraphez le PDF à la suite du bail, ou intégrez-le en annexe numérotée avec mention expresse dans le corps du contrat (« L'état des lieux dressé le JJ/MM/AAAA, joint en annexe n° X, fait partie intégrante du bail »). Envoyez une copie par recommandé à l'autre partie après la signature, pour en figer la date certaine. Conservez l'original pendant toute la durée du bail et au moins cinq ans après sa fin, délai pendant lequel une action en responsabilité contractuelle reste possible.

Pour les bailleurs qui gèrent plusieurs locaux, un archivage numérique centralisé, horodaté et sauvegardé en double est préférable à l'empilement de classeurs papier. Pour les locataires, conservez le PDF dans un espace accessible aux membres de l'entreprise habilités (gérant, comptable, avocat), avec les factures de travaux réalisés en cours de bail.

Réaliser l'état des lieux de sortie du bail commercial

La sortie est le moment où se cristallisent les enjeux financiers du bail commercial. Vous reprendrez le PDF d'entrée, poste par poste, et comparerez l'état constaté le jour de la restitution. Trois catégories de différences sont à distinguer. Les détériorations imputables à un défaut d'entretien ou à un usage anormal, qui restent à la charge du locataire. L'usure normale liée au temps et à un usage conforme, qui reste à la charge du bailleur. Les travaux d'amélioration réalisés par le locataire pendant le bail, dont le sort dépend du contrat et parfois d'une négociation.

La frontière entre ces trois catégories alimente la majeure partie du contentieux. Un carrelage usé après dix ans d'exploitation d'une boutique à fort passage relève de l'usure normale. Un carrelage cassé par la chute répétée d'un chariot de livraison relève d'un usage anormal. Un sol stratifié posé par le locataire sur un carrelage préexistant relève d'une amélioration dont le sort est à régler.

Jurisprudence
La Cour de cassation a rappelé en 2023 que les sommes réclamées par le bailleur au titre de la remise en état des locaux donnés à bail doivent être justifiées par les constats d'entrée et de sortie et par les devis correspondants. L'absence d'état des lieux circonstancié affaiblit considérablement la demande.

Cour de cassation — 2023-09-20 — n° 21-14.252

Si vous êtes locataire, ne signez pas un état des lieux de sortie qui mentionne des dégradations que vous contestez. Faites porter votre refus par écrit, en marge ou dans une case « observations du locataire », et conservez l'original signé par les deux parties avec vos réserves. Si vous êtes bailleur, chiffrez vos demandes avec des devis d'entreprises qualifiées, pas avec une estimation à la louche : le juge, en cas de contentieux, se fondera sur les pièces.

Gérer un désaccord à la restitution du bail commercial

Si le dialogue n'aboutit pas, trois voies s'ouvrent. La médiation conventionnelle, confiée à un médiateur formé aux baux commerciaux, règle une partie des litiges en quelques semaines pour un coût modéré. L'expertise amiable contradictoire, confiée à un expert immobilier choisi d'un commun accord, permet de chiffrer objectivement les travaux de remise en état. L'action judiciaire devant le tribunal judiciaire, enfin, est le dernier recours : prévoyez douze à vingt-quatre mois de procédure en première instance et des frais d'avocat et d'expertise significatifs.

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Télécharger un modèle PDF d'état des lieux de bail commercial complet (toutes pièces, équipements, compteurs, annexes photos).
  • Bloquer un créneau d'au moins deux heures en présence des deux parties, avec plan, appareil photo et bail à portée de main.
  • Pour un local complexe ou en cas de tension, demander un devis à un commissaire de justice avant de choisir la voie amiable.
  • Faire signer un exemplaire original à chaque partie, le joindre matériellement au bail et conserver une copie numérique horodatée.
  • Si aucun état des lieux d'entrée n'a été dressé, consulter un avocat pour sécuriser au plus vite la trace écrite de l'état des locaux.

Questions fréquentes

  • L'état des lieux d'un bail commercial est-il obligatoire ?

    Oui, pour tous les baux commerciaux conclus ou renouvelés depuis le 20 juin 2014, en application de l'article L145-40-1 du Code de commerce issu de la loi Pinel. L'état des lieux doit être dressé à la prise de possession et à la restitution, contradictoirement entre bailleur et locataire. L'obligation s'applique également aux baux dérogatoires de courte durée au titre de l'article L145-5 du Code de commerce. En l'absence d'état des lieux d'entrée, le bailleur ne peut en principe pas opposer au locataire la présomption légale selon laquelle les locaux ont été reçus en bon état.

  • Un modèle PDF téléchargé en ligne a-t-il une valeur juridique ?

    Oui, dès lors qu'il est rempli contradictoirement, signé par les deux parties et suffisamment détaillé. La loi n'impose pas de format spécifique : le PDF est pleinement valable au même titre qu'un document papier. La force probante dépend du soin apporté à la rédaction, de la précision des descriptions pièce par pièce et de la qualité des annexes photographiques. En revanche, un PDF pré-rempli unilatéralement puis adressé pour signature à l'autre partie peut être contesté s'il n'a pas été constaté ensemble.

  • Combien coûte un état des lieux de bail commercial par commissaire de justice ?

    Le tarif oscille généralement entre 250 et 1 500 euros selon la surface du local, la complexité des aménagements et la durée de l'intervention. Les frais sont partagés par moitié entre bailleur et locataire, sauf stipulation contraire du bail. En cas de refus de l'une des parties d'établir l'état des lieux amiable, l'autre peut saisir le président du tribunal judiciaire pour qu'il désigne un commissaire de justice, les frais étant alors répartis par moitié de plein droit. Demandez systématiquement un devis écrit avant toute intervention.

  • Que se passe-t-il si aucun état des lieux d'entrée n'a été dressé ?

    L'absence d'état des lieux d'entrée est une difficulté sérieuse mais pas insoluble. Le bailleur ne peut pas se prévaloir de la présomption légale selon laquelle le locataire a reçu les locaux en bon état. À la sortie, le bailleur devra prouver par tous moyens (photos antérieures, témoignages, factures de travaux récents) l'état initial des locaux pour justifier une demande de remise en état. Côté locataire, la situation est tout aussi inconfortable car l'absence de référentiel écrit laisse place à toutes les contestations. La meilleure décision consiste à faire dresser au plus vite un constat par commissaire de justice.

  • Peut-on signer un état des lieux de bail commercial par signature électronique ?

    Oui, à condition d'utiliser une solution de signature électronique qualifiée au sens du règlement européen eIDAS. Les plateformes professionnelles (type DocuSign, Yousign ou équivalents en version avancée ou qualifiée) permettent de signer un PDF avec la même valeur juridique qu'une signature manuscrite. Un simple scan de signature collé dans un document n'a pas cette valeur et sera facilement contesté. Vérifiez que la solution utilisée délivre un certificat d'authenticité horodaté opposable.

  • Combien de temps conserver l'état des lieux après la fin du bail commercial ?

    Conservez l'état des lieux pendant toute la durée du bail et au moins cinq ans après sa restitution. Ce délai correspond à la prescription de droit commun des actions personnelles ou mobilières, pendant lequel une action en responsabilité contractuelle (notamment pour défaut de remise en état) reste possible. Pour les biens dont la restitution a donné lieu à un contentieux non définitivement tranché, conservez les documents jusqu'au terme de la procédure et pendant toute la durée d'exécution de la décision.