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Création d’entreprise

TVA en EURL : régimes, franchise en base et obligations

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Sommaire

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Une EURL est, par principe, redevable de la TVA dès qu'elle réalise des opérations imposables sur le territoire français, sauf à entrer dans le champ de la franchise en base. Ce point de bascule, souvent traité comme une simple case à cocher au moment de la création, conditionne en réalité la trésorerie de la société, son prix de vente et sa charge administrative dès les premiers mois d'activité.

Le choix entre franchise en base, régime réel simplifié et régime réel normal n'est ni neutre ni définitif. Il dépend du chiffre d'affaires prévisionnel, de la nature de l'activité (vente de biens ou prestation de services), de la composition de la clientèle (professionnels ou particuliers) et de la capacité de l'EURL à supporter une comptabilité de TVA mensuelle. Une erreur d'aiguillage à la constitution se paie souvent en N+1, par un rattrapage de TVA non collectée ou par la perte d'un avantage commercial.

Ce guide expose, étape par étape, comment positionner votre EURL sur le bon régime de TVA, comment vérifier votre éligibilité à la franchise en base, comment basculer d'un régime à l'autre en cas de dépassement de seuil et comment tenir vos obligations déclaratives sans exposer la société à un redressement. La séquence complète, du formulaire M0 de constitution au premier exercice clos, s'étale sur douze à dix-huit mois.

  1. Étape 1 — Identifier le régime de TVA applicable à votre EURL

    À la constitution, vous choisissez entre franchise en base, régime réel simplifié et régime réel normal sur le formulaire M0. Ce choix initial s'aligne sur votre chiffre d'affaires prévisionnel et la nature de l'activité.

  2. Étape 2 — Vérifier l'éligibilité à la franchise en base

    La franchise en base dispense de facturer la TVA mais interdit toute déduction. Elle suppose de rester sous les seuils légaux et impose une mention spécifique sur chaque facture.

  3. Étape 3 — Choisir le régime réel adapté

    Au-delà des seuils de franchise, l'EURL bascule au régime réel simplifié (déclaration annuelle, acomptes semestriels) ou normal (déclaration mensuelle ou trimestrielle).

  4. Étape 4 — Déclarer la TVA dans les délais légaux

    La TVA collectée est reversée par télédéclaration via l'espace professionnel impots.gouv.fr. La TVA déductible exige la conservation rigoureuse des factures fournisseurs.

  5. Étape 5 — Anticiper les changements de seuil et de régime

    Le dépassement de seuil entraîne, selon les cas, une bascule immédiate ou différée. Le suivi mensuel du chiffre d'affaires en cours d'exercice évite la TVA non collectée rétroactive.

Identifier le régime de TVA applicable à votre EURL

Le régime de TVA d'une EURL est indépendant de son régime d'imposition des bénéfices. Une EURL à l'impôt sur le revenu (IR), comme une EURL à l'impôt sur les sociétés (IS), peut être placée sous franchise en base, régime réel simplifié ou régime réel normal. Cette distinction surprend souvent les créateurs qui assimilent à tort « micro-entreprise » et « franchise de TVA ».

Trois régimes coexistent. La franchise en base dispense l'EURL de collecter et de reverser la TVA, en contrepartie d'une interdiction totale de la déduire sur ses achats. Le régime réel simplifié impose une déclaration annuelle (formulaire CA12) avec deux acomptes semestriels. Le régime réel normal impose une déclaration mensuelle (formulaire CA3), trimestrielle si la TVA annuelle reste sous un certain plancher.

Le rattachement initial dépend du chiffre d'affaires prévisionnel renseigné lors de l'immatriculation. L'EURL démarre sous franchise en base si son prévisionnel reste sous les seuils, et peut renoncer expressément à cette franchise pour basculer au régime réel dès la création. Cette renonciation, formulée par option écrite auprès du service des impôts des entreprises (SIE) de rattachement, est utile lorsque l'EURL prévoit des investissements lourds (matériel, locaux, véhicule professionnel) générateurs de TVA déductible.

Vérifier l'éligibilité à la franchise en base de TVA pour une EURL

La franchise en base est ouverte aux EURL dont le chiffre d'affaires reste sous les seuils fixés par la loi, distincts selon que l'activité relève de la vente de biens ou de la prestation de services. Ces seuils sont actualisés régulièrement et ont fait l'objet de plusieurs ajustements législatifs récents : vérifiez le seuil applicable l'année de votre exercice auprès du SIE ou de votre expert-comptable avant tout arbitrage.

L'EURL en franchise n'est ni redevable, ni collectrice de la TVA. Ses factures portent le prix hors taxes uniquement, accompagné d'une mention obligatoire prévue par le Code général des impôts.

Les assujettis bénéficiaires d'une franchise mentionnée à l'article 293 B sont dispensés du paiement de la taxe. Ils doivent faire figurer sur chacune de leurs factures la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI ».
Article 293 E du Code général des impôts

L'absence de cette mention constitue un manquement formel. En cas de contrôle, elle expose l'EURL à un rappel de TVA assis sur l'intégralité des factures non conformes, l'administration considérant que la TVA était théoriquement due faute de revendication régulière de la franchise. La chambre criminelle de la Cour de cassation a rappelé l'importance de ce formalisme dans le cadre d'un litige où l'absence de déclaration de TVA par une EURL était justifiée par le bénéfice de la franchise.

Jurisprudence
La Cour rappelle que l'EURL placée sous le régime de franchise en base est dispensée de paiement et de déclaration de TVA, sous réserve du respect des conditions et obligations formelles attachées à ce régime, en particulier les mentions de facturation.

Cass. crim. — 2005-06-01 — n° 04-81.645

La franchise présente trois avantages opérationnels : pas de comptabilité de TVA à tenir, des factures plus simples, un prix de vente plus compétitif vis-à-vis d'une clientèle de particuliers qui ne récupère pas la TVA. Elle présente trois inconvénients symétriques : aucune TVA déductible sur les achats professionnels (matériel, prestations, loyers), une crédibilité parfois entamée auprès d'une clientèle professionnelle qui assimile l'absence de TVA à une activité débutante, et un effet de seuil brutal au moment du dépassement.

Opter pour le régime réel simplifié de TVA en EURL

Au-delà des seuils de franchise et sous un plafond supérieur fixé par la loi, l'EURL relève de plein droit du régime réel simplifié de TVA. Ce régime, conçu pour les TPE, allège la charge déclarative sans pour autant exonérer la société du suivi mensuel de sa TVA en interne.

Déclaration annuelle et acomptes semestriels au régime réel simplifié

L'EURL au réel simplifié dépose une déclaration annuelle CA12 dans les trois mois de la clôture de l'exercice, ou avant le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai si l'exercice est calé sur l'année civile. Cette déclaration récapitule la TVA collectée, la TVA déductible et le solde dû ou à rembourser.

Deux acomptes de TVA sont versés en cours d'année : en juillet (55 % de la TVA due au titre de l'exercice précédent) et en décembre (40 %). Le solde, positif ou négatif, est régularisé sur le CA12. Une EURL qui anticipe une chute de chiffre d'affaires peut moduler ses acomptes à la baisse, sous réserve de ne pas dépasser une marge d'erreur fixée par l'administration sous peine de majoration.

Pièges courants du régime réel simplifié pour une EURL

Le piège récurrent du réel simplifié est la trésorerie. Comme la TVA collectée n'est reversée qu'une fois par an, le gérant a souvent l'illusion d'avoir cet argent disponible. Il l'utilise pour payer un fournisseur, financer un investissement, se rémunérer. Au moment du CA12, la TVA est due mais le compte est vide. Provisionnez chaque mois la TVA nette sur un compte séparé.

Gérer le régime réel normal de TVA en EURL

Le régime réel normal s'applique de plein droit aux EURL dont le chiffre d'affaires dépasse les seuils du réel simplifié, ainsi qu'à toute EURL ayant opté pour ce régime, notamment pour bénéficier d'un remboursement rapide de crédit de TVA. Une EURL réalisant l'essentiel de son chiffre d'affaires à l'export ou en livraisons intracommunautaires se retrouve fréquemment en situation structurelle de crédit, ce qui rend le régime normal mensuel plus avantageux pour la trésorerie.

L'EURL dépose une déclaration CA3 chaque mois, dans les délais affichés sur son espace professionnel impots.gouv.fr (entre le 15 et le 24 du mois suivant selon la forme sociale et le département). La TVA nette est payée par télépaiement à la même date. Une déclaration trimestrielle reste possible lorsque la TVA exigible annuelle reste sous un seuil bas fixé par le CGI.

Une EURL exportatrice qui constate des crédits de TVA mensuels peut demander leur remboursement immédiat dès lors qu'ils dépassent un montant plancher prévu par les textes. La demande s'effectue via le formulaire 3519 joint à la CA3 du mois. L'administration dispose d'un délai d'instruction pendant lequel elle peut exiger les pièces justificatives (factures, déclarations d'exportation, attestations de livraisons intracommunautaires).

Jurisprudence
Une EURL constamment en crédit de TVA et sollicitant périodiquement le remboursement de ce crédit reste exposée au contrôle de la cohérence entre les contingents d'achats en franchise obtenus et les opérations effectivement réalisées.

Cass. crim. — 2005-03-09 — n° 04-80.004

Déclarer la TVA collectée et déduire la TVA d'amont en EURL

Quel que soit le régime réel retenu, la mécanique reste identique. L'EURL collecte la TVA sur ses ventes au taux applicable (taux normal, taux intermédiaire, taux réduit ou taux super-réduit), déduit la TVA grevant ses achats engagés pour les besoins de l'activité, et reverse la différence au Trésor. Le crédit éventuel est reportable sur le mois suivant ou remboursable sur demande.

Conditions de déduction de la TVA d'amont

Le droit à déduction est subordonné à trois conditions cumulatives : la dépense doit être engagée pour les besoins de l'activité imposable, la TVA doit être exigible chez le fournisseur (livraison effectuée ou paiement intervenu selon la nature de l'opération), et la facture doit porter l'ensemble des mentions obligatoires. La réglementation fixe le contenu précis des justificatifs exigibles.

Les redevables doivent justifier de la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée par la production des factures d'achat ou des documents en tenant lieu, comportant l'ensemble des mentions exigées par la réglementation.
Article 254 du Code général des impôts, annexe II

Certaines dépenses sont exclues du droit à déduction par disposition expresse : achat de véhicules de tourisme (sauf exceptions liées à l'activité de transport ou de location), dépenses de logement du dirigeant, cadeaux d'affaires au-delà d'un seuil annuel par bénéficiaire. Une EURL qui déduit à tort la TVA sur ces postes s'expose à un rappel assorti de l'intérêt de retard et, en cas de manquement délibéré, d'une majoration pouvant atteindre 40 %.

Conservation des justificatifs de TVA

L'EURL conserve l'ensemble des factures d'achat et de vente pendant six ans à compter de l'année concernée, délai aligné sur celui de reprise dont dispose l'administration fiscale. Une numérisation conforme aux exigences techniques de l'arrêté ministériel applicable permet de se libérer des originaux papier, sous réserve d'une procédure d'archivage probante.

Anticiper le dépassement de seuil et changer de régime de TVA

Le dépassement des seuils de franchise en base entraîne une sortie du régime, immédiate ou différée selon l'ampleur du dépassement. Les textes distinguent un seuil de franchise et un seuil majoré au-delà duquel la sortie est immédiate, dès le premier jour du mois de dépassement.

Concrètement, l'EURL qui franchit le seuil majoré en cours d'année doit, dès le mois suivant : facturer la TVA sur toutes ses opérations à compter du premier jour du mois de dépassement, déposer ses premières CA3 ou se positionner sur le régime simplifié, et corriger les factures émises depuis le 1er du mois de bascule pour y intégrer la TVA. Ce rattrapage est délicat lorsque les clients sont des particuliers, car la TVA est juridiquement à la charge de l'EURL si la facture initiale ne pouvait pas être modifiée.

La taxe sur la valeur ajoutée est régie par les dispositions du Code général des impôts et, pour les règles relatives à son recouvrement et aux contrôles afférents, par les codes et textes auxquels il renvoie.
Article L223-1 du Code des impositions sur les biens et services

L'EURL peut aussi choisir, à tout moment, de renoncer volontairement à la franchise en base. L'option est formulée par écrit auprès du SIE, prend effet le premier jour du mois de la demande et engage la société pour deux ans, renouvelables tacitement. Ce choix est irréversible avant l'échéance, sauf cessation d'activité.

Articuler le régime micro à l'IR et le régime de TVA de l'EURL

L'EURL dont l'associé unique est une personne physique peut, sous conditions, relever du régime micro-BIC ou micro-BNC pour l'imposition de ses bénéfices. Ce régime simplifie le calcul de l'impôt sur le revenu en appliquant un abattement forfaitaire représentatif de charges au chiffre d'affaires déclaré.

Les entreprises dont le chiffre d'affaires hors taxes n'excède pas les limites prévues sont soumises au régime micro défini par cet article, sous réserve qu'elles bénéficient par ailleurs du régime de la franchise en base de TVA prévu à l'article 293 B.
Article 50-0 du Code général des impôts

Le régime micro est conditionné au bénéfice de la franchise en base de TVA. Une EURL qui sort de la franchise (dépassement, renonciation) bascule simultanément au régime réel des bénéfices, avec obligation de tenir une comptabilité d'engagement complète. Cette articulation est trop souvent ignorée des créateurs qui pensent à tort pouvoir « rester au micro » tout en collectant la TVA.

Sortir de la franchise en base, c'est presque toujours sortir du régime micro. Les deux décisions n'en font qu'une, prise ou subie.

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Vérifier auprès du SIE le seuil de franchise en base de TVA en vigueur l'année de votre exercice.
  • Mettre à jour vos factures avec la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » si vous êtes en franchise.
  • Mettre en place un suivi mensuel du chiffre d'affaires cumulé pour détecter tout franchissement de seuil.
  • Provisionner sur un compte séparé la TVA nette estimée si vous êtes au régime réel simplifié.
  • Solliciter un expert-comptable avant tout investissement significatif pour arbitrer entre franchise et option au réel.

Questions fréquentes

  • Une EURL peut-elle bénéficier de la franchise en base de TVA ?

    Oui, l'EURL est éligible à la franchise en base de TVA dès lors que son chiffre d'affaires reste sous les seuils fixés par la loi, distincts selon que l'activité relève de la vente de biens ou de la prestation de services. La franchise s'applique automatiquement à la création si le prévisionnel est inférieur aux seuils, mais l'EURL peut aussi y renoncer expressément pour opter dès le départ au régime réel et déduire la TVA de ses investissements. Les seuils sont régulièrement actualisés par la loi de finances : vérifiez le seuil en vigueur l'année de votre exercice avant tout arbitrage.

  • Comment savoir si mon EURL doit facturer la TVA ?

    Votre EURL facture la TVA dès qu'elle quitte le régime de franchise en base, soit parce qu'elle a dépassé les seuils, soit parce qu'elle a opté volontairement pour le régime réel. En franchise, vous facturez exclusivement hors taxes avec la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI ». Au régime réel, vous appliquez le taux de TVA correspondant à votre prestation ou à votre bien vendu (taux normal, intermédiaire, réduit ou super-réduit). La facture doit dans tous les cas comporter l'ensemble des mentions obligatoires, dont le numéro de TVA intracommunautaire de l'EURL si elle est assujettie.

  • Quelle différence entre régime réel simplifié et régime réel normal pour une EURL ?

    Le régime réel simplifié allège la charge déclarative : une seule déclaration annuelle CA12 et deux acomptes semestriels. Il est adapté aux EURL dont le chiffre d'affaires dépasse les seuils de franchise mais reste sous un plafond intermédiaire. Le régime réel normal impose une déclaration CA3 mensuelle (ou trimestrielle sous un faible niveau de TVA annuelle), avec paiement immédiat de la TVA nette à chaque déclaration. Il s'impose au-delà du plafond du réel simplifié et est souvent préférable pour les EURL en crédit structurel de TVA (export, livraisons intracommunautaires) car le remboursement peut être sollicité mois après mois.

  • Que se passe-t-il en cas de dépassement du seuil de franchise en base ?

    Le franchissement du seuil majoré entraîne une sortie immédiate du régime de franchise : la TVA devient applicable à toutes les opérations à compter du premier jour du mois de dépassement. L'EURL doit corriger ses factures émises depuis cette date pour y intégrer la TVA, déposer ses premières déclarations CA3 ou se positionner au régime simplifié, et reverser la TVA correspondante. Si les factures ont été émises à des particuliers sans possibilité de régularisation, la TVA reste juridiquement due par l'EURL sur son propre prix. Un suivi mensuel du chiffre d'affaires cumulé est la seule sauvegarde efficace contre cette TVA rétroactive.

  • L'EURL à l'impôt sur le revenu peut-elle être soumise au régime réel de TVA ?

    Oui, le régime de TVA est indépendant du régime d'imposition des bénéfices. Une EURL à l'IR peut être placée sous franchise en base, régime réel simplifié ou régime réel normal selon son chiffre d'affaires et son option. À noter toutefois qu'une EURL qui sort de la franchise en base bascule simultanément au régime réel des bénéfices, le régime micro-BIC ou micro-BNC étant subordonné au bénéfice de la franchise selon l'article 50-0 du Code général des impôts. Renoncer à la franchise, c'est donc presque toujours renoncer aussi au régime micro.