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Divorce contentieux

Conjoint qui refuse le divorce : la procédure imposée en 2026

Par Maître Valérie Pons-Tomasello · Droit de la famille et des successions13 min de lecture
Sommaire

Un divorce ne se refuse pas. Quand un époux s'oppose à la rupture, l'autre dispose de plusieurs voies procédurales qui aboutissent au prononcé du divorce, même sans son accord. Le droit français a fait le choix, depuis les réformes de 2004, 2017 puis 2021, de garantir à chacun le droit de ne plus rester marié. Le conjoint récalcitrant peut ralentir la procédure, contester la répartition des torts, discuter la prestation compensatoire ou la liquidation du régime matrimonial. Il ne peut pas empêcher le juge de prononcer la rupture. Reste à savoir comment activer les bons leviers, dans quels délais, et à quel coût. Voici dix questions concrètes, avec les réponses qui font autorité.

Peut-on refuser le divorce demandé par son conjoint en 2026 ?

La réponse courte : non. Aucune disposition du droit français ne permet à un époux de bloquer indéfiniment le divorce voulu par l'autre. Le refus n'a d'effet que sur une seule voie procédurale, le divorce par consentement mutuel, qui suppose par définition l'accord des deux conjoints. Dès qu'un époux est déterminé à divorcer, il dispose de trois autres fondements qui n'exigent pas l'accord du conjoint : le divorce pour altération définitive du lien conjugal, le divorce pour faute, et le divorce accepté (les époux s'accordent sur le principe mais discutent les conséquences).

L'article 232 du Code civil ne concerne que le consentement mutuel judiciaire, devenu résiduel depuis la réforme de 2017 : le juge n'intervient plus que lorsque l'enfant mineur demande à être entendu. Pour tous les autres cas de divorce contentieux, aucun consentement du conjoint n'est requis pour saisir le tribunal judiciaire. La procédure démarre par une assignation, l'affaire est jugée, et le divorce est prononcé si le fondement est établi. Le conjoint qui refuse peut ralentir la procédure, multiplier les incidents, contester les torts. Il ne dispose d'aucun mécanisme juridique pour interdire au juge de prononcer la rupture.

Le juge statue sur la demande de divorce par consentement mutuel lorsque le mineur, informé par ses parents de son droit à être entendu, demande son audition.
Article 232 du Code civil

Que se passe-t-il si mon conjoint refuse de signer les papiers du divorce ?

La question repose sur une confusion fréquente. La signature n'est requise que dans un seul type de divorce : le divorce par consentement mutuel par acte d'avocat, formalisé par une convention signée devant deux avocats et déposée chez un notaire. Si un époux refuse de signer cette convention, cette voie s'éteint. Le divorce ne se fait plus par consentement mutuel. Mais il n'est pas empêché : il change simplement de forme.

Le conjoint qui souhaite divorcer engage alors une procédure judiciaire devant le tribunal judiciaire, sur un autre fondement qui n'exige aucune signature de l'autre partie. Dans ce cadre, le conjoint récalcitrant est assigné par voie de commissaire de justice. Il n'a rien à signer pour que la procédure suive son cours. Il peut choisir de comparaître par avocat, de se défendre, de discuter la répartition des torts ou les conséquences financières. Il peut aussi ne pas se présenter : le juge statuera alors par défaut, ce qui, en pratique, accélère plutôt qu'il ne ralentit le prononcé du divorce.

Autrement dit, refuser de signer n'a de sens que face à une convention amiable. Face à une assignation, le refus est sans effet procédural. Le divorce peut être prononcé sans jamais qu'un document ait été signé par l'époux qui s'y opposait. C'est précisément la logique du divorce contentieux : imposer la rupture par la voie judiciaire.

Quelle procédure de divorce judiciaire engager face à un conjoint qui refuse de divorcer ?

Trois voies s'ouvrent à l'époux qui veut divorcer sans l'accord de l'autre. La première est le divorce pour altération définitive du lien conjugal. Elle est aujourd'hui la voie la plus fréquente en cas de refus, car elle n'exige aucune faute ni aucun grief. Il suffit de démontrer une séparation effective d'un an au jour de l'assignation. La deuxième est le divorce pour faute : violation grave ou renouvelée des devoirs et obligations du mariage rendant intolérable le maintien de la vie commune. Elle suppose des preuves solides et expose à des débats sur la vie privée. La troisième, plus rare quand le conjoint refuse dès l'origine, est le divorce accepté : les époux s'entendent sur le principe de la rupture mais laissent au juge le soin de trancher ses effets.

L'article 1088 du Code de procédure civile fixe le cadre général : la procédure est introduite par assignation devant le tribunal judiciaire. Depuis la réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2021, il n'y a plus de phase distincte de conciliation obligatoire préalable. L'assignation peut d'emblée demander le prononcé du divorce, formuler les demandes relatives aux enfants, à la prestation compensatoire, à la liquidation du régime matrimonial. Le conjoint refusant se voit alors imposer un calendrier procédural fixé par le juge de la mise en état, avec des dates couperets pour conclure et produire ses pièces.

La demande en divorce est formée, instruite et jugée selon les règles de la procédure ordinaire écrite devant le tribunal judiciaire, sous réserve des dispositions particulières prévues au présent titre.
Article 1088 du Code de procédure civile

Combien de temps dure un divorce judiciaire quand le conjoint le refuse ?

Le délai varie fortement selon le fondement retenu, l'engorgement du tribunal et la stratégie du conjoint récalcitrant. Sur le fondement de l'altération définitive du lien conjugal, l'assignation ne peut être délivrée qu'après un an de séparation effective. Ce délai court à rebours du dépôt : il faut justifier, au jour de l'assignation, d'une séparation de fait d'au moins douze mois. Le compteur ne démarre pas à la saisine du juge mais à la rupture matérielle de la vie commune.

Une fois l'assignation délivrée, la procédure suit son cours devant le juge aux affaires familiales. La durée moyenne observée en pratique se situe entre douze et vingt-quatre mois, selon la complexité du dossier et la juridiction saisie. Un conjoint récalcitrant peut allonger ces délais par plusieurs leviers : demandes de renvoi, contestation des mesures provisoires, appel des ordonnances intermédiaires, refus de communiquer les pièces patrimoniales, multiplication des incidents. Aucun de ces leviers ne bloque le divorce dans son principe, mais chacun peut ajouter quelques mois.

En cas d'appel de la décision de divorce, il faut compter en moyenne dix-huit mois supplémentaires devant la cour d'appel. Le divorce prononcé en première instance n'est pas définitif tant que les voies de recours ne sont pas épuisées, sauf exécution provisoire ordonnée par le juge. Sur un dossier fortement conflictuel, il n'est pas rare que la procédure totale, appel compris, dépasse trois ans. La stratégie de l'avocat consiste, dès l'assignation, à structurer le dossier pour minimiser les prises procédurales offertes au conjoint récalcitrant.

Le juge peut-il refuser de prononcer un divorce unilatéral ?

La marge du juge est étroite. Sur le fondement de l'altération définitive du lien conjugal, le juge ne dispose d'aucun pouvoir d'appréciation sur le principe : dès lors que la séparation effective d'un an est établie à la date de l'assignation, le divorce doit être prononcé. Le refus du conjoint n'entre pas dans cette appréciation. Ce fondement a précisément été conçu pour interdire au conjoint récalcitrant de bloquer la sortie du mariage.

Sur le fondement du divorce pour faute, la marge est plus large. Le juge vérifie que les faits invoqués sont établis, qu'ils constituent une violation grave ou renouvelée des devoirs du mariage, et qu'ils rendent intolérable le maintien de la vie commune. Si ces conditions ne sont pas réunies, le juge rejette la demande. Le conjoint récalcitrant peut donc espérer, sur ce terrain, un débouté. Mais l'époux qui souhaite divorcer conserve alors la faculté d'agir de nouveau sur le fondement de l'altération, une fois le délai d'un an écoulé.

La jurisprudence de la Cour de cassation encadre ces débats. Elle rappelle notamment que le juge apprécie souverainement les preuves, mais qu'il ne peut refuser d'examiner un élément régulièrement produit et soumis à la contradiction. Le refus de prononcer un divorce sollicité sur un fondement bien étayé est, en pratique, exceptionnel. Dans la très grande majorité des dossiers, le juge tranche sur les conséquences (torts, prestation compensatoire, garde des enfants) plus que sur le principe même du divorce.

Jurisprudence
Le juge ne peut refuser d'examiner un rapport d'expertise établi unilatéralement à la demande d'une partie, dès lors qu'il est régulièrement versé aux débats et soumis à la contradiction. Un principe qui s'applique à tous les éléments de preuve produits dans le cadre du divorce contentieux.

Cass. 3ème civ. — 2021-06-23 — n° 19-23.614

Quel coût prévoir pour imposer le divorce à un conjoint récalcitrant ?

Un divorce judiciaire imposé à un conjoint récalcitrant représente un coût significatif, difficile à estimer précisément à l'avance : il dépend de la durée de la procédure, du nombre d'audiences et de la complexité patrimoniale. Trois postes composent la facture. Le premier, dominant, est l'honoraire d'avocat. Il est libre : le tarif varie selon le cabinet, le barreau, la technicité du dossier. La plupart des avocats en droit de la famille pratiquent soit un forfait pour la procédure complète, soit une facturation au temps passé. Un dossier fortement contesté génère mécaniquement plus d'heures et donc plus d'honoraires. Une convention d'honoraires écrite est obligatoire.

Le deuxième poste regroupe les frais de procédure : signification de l'assignation par commissaire de justice, éventuelles significations d'actes en cours d'instance, expertise judiciaire si le patrimoine est complexe (biens immobiliers, parts sociales, portefeuille financier). Le troisième poste est fiscal. La liquidation du régime matrimonial peut donner lieu à un droit de partage. La fiscalité de la prestation compensatoire suit un régime particulier : versée en capital sur une période courte, elle ouvre droit, pour le débiteur, à une réduction d'impôt selon les modalités prévues à l'article 199 octodecies du Code général des impôts.

L'aide juridictionnelle reste accessible sous conditions de ressources, totalement ou partiellement selon le niveau de revenus. Un justiciable dont le conjoint dispose de revenus supérieurs peut demander à ce que celui-ci soit condamné aux dépens et à une somme au titre de l'article 700 du Code de procédure civile, ce qui n'efface pas les honoraires mais en atténue le poids net. Sur un dossier où le conjoint multiplie les manœuvres dilatoires, cette demande devient un levier stratégique.

Ouvrent droit à une réduction d'impôt sur le revenu les versements de sommes d'argent et l'attribution de biens ou de droits effectués en exécution de la prestation compensatoire, lorsque, en application de l'article 275 du Code civil, ils sont effectués en capital, sur une période au plus égale à douze mois à compter de la date à laquelle le jugement de divorce est passé en force de chose jugée.
Article 199 octodecies du Code général des impôts

Peut-on obtenir une prestation compensatoire malgré le refus du conjoint ?

La prestation compensatoire ne dépend pas de l'accord du conjoint. Elle est due, en principe, dès lors que le divorce crée une disparité dans les conditions de vie respectives des époux. Le juge évalue cette disparité selon plusieurs critères : durée du mariage, âge et état de santé des époux, qualifications et situations professionnelles, patrimoine estimé ou prévisible, droits acquis et prévisibles, situation en matière de retraite. Le refus du conjoint de divorcer ne constitue pas un obstacle à l'attribution d'une prestation compensatoire.

Ce refus peut néanmoins avoir une incidence. La Cour de cassation a rappelé, dans un arrêt du 17 avril 2019, que le juge peut refuser d'accorder une prestation compensatoire si l'équité le commande, soit au regard des critères légaux, soit lorsque le divorce est prononcé aux torts exclusifs du demandeur. Un conjoint qui invoque une faute grave de l'époux réclamant la prestation peut donc, sous conditions, obtenir un rejet ou une réduction. C'est un point stratégique pour l'époux qui refuse la rupture et souhaite se défendre sur les conséquences financières.

La prestation prend la forme d'un capital, soit en argent, soit par attribution d'un bien, soit sous forme de rente dans les cas limitativement prévus. Le paiement du capital sur une période courte ouvre droit à une réduction d'impôt selon les modalités prévues à l'article 199 octodecies du Code général des impôts. Un conjoint récalcitrant ne peut donc pas, par son seul refus, faire échapper l'autre à une prestation compensatoire due. Il peut, en revanche, en contester le principe ou le montant en produisant des éléments précis sur les revenus, le patrimoine et le train de vie des deux époux.

Jurisprudence
Le juge peut refuser d'accorder une prestation compensatoire si l'équité le commande, soit en considération des critères prévus à l'article 271 du Code civil, soit lorsque le divorce est prononcé aux torts exclusifs du conjoint qui la demande. Un levier utilisable par le conjoint qui conteste le divorce sur le terrain de ses conséquences financières.

Cass. 1ère civ. — 2019-04-17 — n° 18-12.339

Que faire si le conjoint refuse de quitter le domicile pendant la procédure ?

L'attribution du domicile conjugal pendant la procédure ne relève pas du bon vouloir des conjoints, mais de la décision du juge aux affaires familiales. Depuis la réforme de 2021, les mesures provisoires (garde des enfants, pension alimentaire, attribution du domicile) sont fixées dès l'audience d'orientation et sur mesures provisoires, qui se tient dans les premières semaines suivant l'assignation. Le juge attribue la jouissance du logement à titre gratuit ou onéreux, à l'un ou l'autre des époux, en fonction de plusieurs critères : présence des enfants, situation professionnelle, ressources, existence d'un contexte de violence.

Le conjoint qui refuse de quitter les lieux après une décision d'attribution s'expose à une exécution forcée : commissaire de justice, éventuellement force publique. Le refus du divorce et le refus de quitter le domicile sont deux questions distinctes. Un époux peut parfaitement s'opposer au divorce et se voir néanmoins imposer de quitter le domicile pendant la procédure. Ces mesures provisoires produisent leurs effets pendant toute la durée de l'instance, jusqu'au prononcé du divorce définitif.

Si le contexte est celui d'un conflit aigu, notamment en présence de violences, l'ordonnance de protection prévue par le Code civil peut être sollicitée en amont ou parallèlement à la procédure de divorce. Elle permet d'obtenir en quelques jours l'éviction du conjoint violent et interdit tout contact. Le refus de divorcer d'un conjoint qui reste au domicile pour tenter de prolonger le mariage n'a aucune valeur juridique en soi. Ce sont les mesures provisoires ordonnées par le juge qui déterminent la vie matérielle des époux pendant la procédure, indépendamment de la volonté de l'un ou de l'autre.

Le refus de divorcer ouvre-t-il droit à des dommages et intérêts ?

Le simple refus de divorcer n'ouvre pas, en soi, un droit à indemnisation. La liberté d'opposition, tant qu'elle s'exprime dans le cadre procédural (défense au fond, contestation des torts, appel), demeure un droit. Ce droit devient toutefois source de responsabilité lorsqu'il dégénère en abus caractérisé.

Deux terrains existent. Le premier est celui de la procédure abusive : le conjoint qui multiplie les incidents dilatoires, les demandes manifestement infondées, les recours voués à l'échec, peut être condamné à des dommages et intérêts distincts, sur le fondement du droit commun de la responsabilité civile. S'ajoute la condamnation possible au titre de l'article 700 du Code de procédure civile pour les frais irrépétibles engagés par l'autre partie. Le second terrain est celui des conséquences du divorce lui-même. Lorsque la dissolution du mariage a pour l'un des époux des conséquences d'une particulière gravité, il peut solliciter des dommages et intérêts spécifiques prévus par le Code civil.

Les tribunaux évaluent souverainement ces demandes, qui restent d'un montant modéré : quelques milliers d'euros en pratique, rarement plus. Le refus obstiné de divorcer, s'il s'accompagne de manœuvres pour retarder la procédure, épuiser financièrement le conjoint ou entraver la liquidation du régime matrimonial, peut être invoqué au soutien d'une demande de dommages et intérêts. Il faut alors caractériser une intention de nuire ou une légèreté blâmable, et non un simple exercice des voies de droit. Le seuil de preuve est exigeant : la jurisprudence protège la liberté de se défendre en justice.

Comment prouver l'altération définitive du lien conjugal contre l'avis du conjoint ?

La preuve exigée porte sur un fait matériel : la séparation effective d'un an au jour de l'assignation. Il ne s'agit pas de démontrer une intention de rompre, ni des griefs, ni une faute. Seule compte la réalité d'une cohabitation cessée. Les modes de preuve sont libres. Les plus courants sont : la production d'un bail au nom seul du demandeur ou de son conjoint, portant sur un logement distinct ; des factures de fourniture d'énergie ou d'abonnement à une adresse différente ; des relevés bancaires montrant des dépenses habituelles à une autre adresse ; des attestations rédigées par des proches, voisins, employeurs, décrivant la séparation de fait avec précision et sans complaisance.

Un simple courrier de rupture ou une déclaration sur l'honneur du seul demandeur ne suffisent pas. Le conjoint qui conteste peut, symétriquement, produire des éléments tendant à démontrer que la vie commune s'est poursuivie : trajets communs, séjours ensemble, présence régulière au domicile, prise en charge partagée des enfants, comptes bancaires actifs à l'adresse commune. Le juge tranche en appréciant l'ensemble des pièces. Un point technique compte : la séparation doit être effective au jour de l'assignation, pas au jour du prononcé du divorce. Une reprise ponctuelle de la vie commune, même brève, peut faire échec au fondement.

Les articles 1100 et 1101 du Code de procédure civile encadrent la présentation de la demande et la vérification par le juge des conditions du divorce. Si le juge estime la séparation d'un an non prouvée, il peut refuser le divorce sur ce fondement. L'époux demandeur reste libre de le solliciter à nouveau une fois la preuve constituée, sans que la première décision fasse obstacle. Dans les dossiers contentieux, la constitution des preuves de séparation en amont de l'assignation, souvent plusieurs mois à l'avance, est un point stratégique clé. Un avocat compétent en droit de la famille bâtit ce dossier probatoire avant même d'engager la procédure.

La demande en divorce indique les motifs pour lesquels elle est formée, ainsi que les demandes formées au titre des mesures provisoires et des conséquences du divorce.
Article 1100 du Code de procédure civile
L'assignation contient, à peine de nullité, les mentions prévues par les règles de la procédure ordinaire ainsi que celles propres à la matière du divorce.
Article 1101 du Code de procédure civile