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Licenciement pour faute

Modèle de lettre de convocation à l'entretien préalable pour licenciement pour faute grave

Par Maître Guillaume Ghestem · Avocat en droit socialMis à jour le 10 min de lecture
Sommaire

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Un salarié a commis des faits qui vous semblent incompatibles avec son maintien dans l'entreprise, même pendant la durée du préavis. Vous envisagez un licenciement pour faute grave et devez d'abord le convoquer à un entretien préalable. La lettre que vous allez envoyer n'est pas un formulaire administratif anodin : c'est la première pièce d'une procédure dont chaque étape sera contrôlée par le conseil de prud'hommes en cas de contestation.

Une convocation mal rédigée fragilise toute la suite. Oubli de la mention du conseiller du salarié, délai de cinq jours ouvrables raccourci, objet imprécis : chacune de ces erreurs peut suffire à faire condamner l'employeur, parfois à requalifier la rupture du contrat de travail en licenciement sans cause réelle et sérieuse, avec les indemnités qui en découlent.

Ce guide détaille, étape par étape, comment construire un modèle de lettre de convocation à l'entretien préalable pour licenciement pour faute grave qui résiste au contrôle du juge : mentions obligatoires, règles de délai, modes d'envoi admis, pièges rencontrés en pratique. La durée totale, de l'envoi de la lettre à la notification du licenciement, s'étale sur environ deux à trois semaines dans un dossier standard. Les règles exposées relèvent du droit commun du Code du travail. Des conventions collectives ajoutent parfois des exigences supplémentaires qu'il faut toujours vérifier avant d'engager la procédure.

  1. Étape 1 : vérifier la qualification de faute grave

    La faute grave suppose des faits suffisamment sérieux pour empêcher le maintien du salarié dans l'entreprise, même pendant le préavis. Documentez précisément les faits et vérifiez qu'ils ne sont pas prescrits.

  2. Étape 2 : rédiger la lettre de convocation

    La lettre doit comporter l'objet de la convocation, la date, l'heure et le lieu de l'entretien, et la mention relative au conseiller du salarié. L'absence d'une seule de ces mentions ouvre un terrain de contestation.

  3. Étape 3 : envoyer la convocation par un moyen à date certaine

    Deux canaux sont admis : lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge. Le choix du mode conditionne la preuve de la date de notification.

  4. Étape 4 : respecter le délai de cinq jours ouvrables

    Entre la présentation de la lettre et l'entretien, cinq jours ouvrables au minimum doivent s'écouler. Ce délai est un plancher d'ordre public, non négociable, y compris en cas de faute grave.

  5. Étape 5 : tenir l'entretien préalable

    L'entretien est conduit personnellement par l'employeur ou son représentant disposant du pouvoir disciplinaire. Le salarié y expose sa version des faits avant toute décision définitive.

Qualifier la faute grave avant toute convocation à l'entretien préalable

Avant même de rédiger un modèle de lettre de convocation à l'entretien préalable pour licenciement pour faute grave, assurez-vous que les faits reprochés justifient cette qualification. La faute grave est celle qui rend impossible le maintien du salarié dans l'entreprise. Elle prive le salarié de l'indemnité de licenciement et de l'indemnité compensatrice de préavis, ce qui explique qu'elle soit systématiquement examinée avec rigueur par le juge.

Les exemples classiques retenus par la jurisprudence incluent le vol dans l'entreprise, les actes de violence sur un collègue, l'abandon de poste sans justification, l'ivresse manifeste sur le lieu de travail, le refus réitéré d'exécuter une mission relevant du contrat de travail, ou encore la concurrence déloyale. Chaque situation s'apprécie au cas par cas, en fonction de l'ancienneté, du poste occupé, des antécédents disciplinaires et du contexte.

Vérifiez aussi la prescription. Les faits fautifs ne peuvent plus donner lieu à sanction au-delà de deux mois à compter du jour où l'employeur en a eu connaissance. Passé ce délai, aucune convocation à un entretien préalable ne peut être envoyée. L'envoi de la lettre interrompt cette prescription.

Erreur fréquente observée en cabinet : l'employeur recopie un modèle trouvé en ligne sans qualifier d'abord les faits. Beaucoup qualifient à tort de faute grave des manquements qui, examinés devant le conseil de prud'hommes, relèvent de la faute simple. La requalification entraîne la condamnation au paiement de l'indemnité de licenciement et de l'indemnité compensatrice de préavis.

Rédiger un modèle de lettre de convocation à l'entretien préalable conforme au Code du travail

Le modèle de lettre de convocation à l'entretien préalable pour licenciement pour faute grave obéit au cadre fixé par l'article L1232-2 du Code du travail. Cet article impose un socle de mentions sans lesquelles la convocation est irrégulière.

La convocation est effectuée par lettre recommandée ou par lettre remise en main propre contre décharge. Cette lettre indique l'objet de la convocation. L'entretien préalable ne peut avoir lieu moins de cinq jours ouvrables après la présentation de la lettre recommandée ou la remise en main propre de la lettre de convocation.
Article L1232-2 du Code du travail

La lettre identifie précisément l'employeur et le salarié destinataire, mentionne l'objet de la convocation en termes clairs (« entretien préalable à un éventuel licenciement »), indique la date, l'heure et le lieu de l'entretien, et précise la possibilité pour le salarié de se faire assister. Vous ne devez pas détailler ni qualifier les faits reprochés dans la lettre. Le motif précis sera exposé pendant l'entretien, puis repris dans la lettre de licenciement si la décision est prise.

Deux pièges se rencontrent souvent. Le premier consiste à écrire « entretien préalable à votre licenciement » plutôt que « à un éventuel licenciement ». Cette formulation laisse penser que la décision est déjà prise et vide l'entretien de sa fonction. Le second consiste à joindre à la lettre le détail des griefs : outre son inutilité juridique, cette pratique cristallise prématurément le dossier et empêche de tenir compte des explications du salarié.

Préserver la régularité de la rupture du contrat de travail dès la convocation

Ne mentionnez pas les sanctions envisagées, ne qualifiez pas juridiquement les faits (« faute grave », « faute lourde »), n'annoncez pas le montant d'une éventuelle indemnité. La lettre reste neutre sur l'issue : elle annonce une procédure, pas une décision. Toute formulation anticipant le résultat affaiblit la régularité de l'entretien et nourrit l'argumentation du salarié devant les prud'hommes, qui pourra soutenir que la rupture du contrat de travail était décidée avant même d'avoir entendu sa version.

Mentionner le conseiller du salarié dans la lettre de convocation à l'entretien préalable

L'article L1232-4 du Code du travail impose à l'employeur qui convoque un salarié à un entretien préalable de l'informer de la possibilité de se faire assister. Les modalités dépendent de la présence ou non d'institutions représentatives du personnel dans l'entreprise.

La lettre de convocation à l'entretien préalable adressée au salarié mentionne la possibilité de recourir à un conseiller du salarié et précise l'adresse des services dans lesquels la liste de ces conseillers est tenue à disposition.
Article L1232-4 du Code du travail

Dans les entreprises dotées d'un comité social et économique, le salarié peut se faire assister par tout salarié de l'entreprise. La lettre doit alors mentionner cette possibilité. Dans les entreprises qui en sont dépourvues, le salarié peut également se faire assister par un conseiller du salarié, personne extérieure inscrite sur une liste établie par le préfet.

Dans ce second cas, la lettre précise les adresses où cette liste est consultable : l'inspection du travail du département et la mairie du domicile du salarié ou de son lieu de travail. L'oubli de cette mention est l'un des vices les plus fréquents repérés par les prud'hommes. Il entraîne une irrégularité de procédure sanctionnée par une indemnité pouvant aller jusqu'à un mois de salaire.

Erreur fréquente en PME : l'employeur recopie un modèle utilisé en grande entreprise et oublie de citer les adresses des services où la liste est consultable. Le juge n'a pas à vérifier si le salarié a été effectivement lésé par cette omission ; la seule absence de la mention suffit à constater l'irrégularité.

Envoyer la lettre de convocation en respectant les cinq jours ouvrables

Le délai de cinq jours ouvrables entre la présentation de la lettre et l'entretien est fixé par l'article L1232-2 du Code du travail. Il court à compter du jour où la lettre est présentée au salarié, et non du jour où elle est postée. La présentation est datée par La Poste sur l'avis de réception, qu'il y ait ou non retrait effectif par le salarié.

Jurisprudence
La Cour de cassation a confirmé que le délai de cinq jours ouvrables entre la présentation de la lettre recommandée (ou la remise en main propre) et l'entretien préalable est un délai minimum d'ordre public. Son non-respect entache la procédure d'irrégularité, indépendamment du préjudice réel subi par le salarié.

Cour de cassation — 2015-01-20 — n° 13-21.565

Les jours ouvrables comprennent tous les jours de la semaine à l'exception du dimanche et des jours fériés chômés. Le samedi est un jour ouvrable. Le jour de présentation de la lettre et le jour de l'entretien ne comptent pas dans le délai. Cinq jours pleins doivent donc s'écouler entre les deux.

Illustration : pour une lettre présentée un mardi, le premier jour pris en compte est le mercredi, et le cinquième jour ouvrable tombe le mardi suivant. L'entretien ne peut donc avoir lieu qu'à partir du mercredi de la semaine suivante. En pratique, ajoutez un ou deux jours de marge pour éviter un calcul contesté par le salarié.

Deux modes d'envoi sont admis : la lettre recommandée avec accusé de réception et la remise en main propre contre décharge. L'envoi par courrier simple ou par courriel ne confère pas date certaine et n'est pas opposable au salarié. Si vous optez pour la remise en main propre, faites signer et dater deux exemplaires de la lettre, dont un reste au salarié et l'autre est conservé en archives.

Conduire l'entretien préalable au licenciement pour faute grave

L'entretien préalable n'est pas une formalité. Il permet au salarié de prendre connaissance précise des griefs et de présenter ses explications. L'employeur doit écouter ces explications de bonne foi et peut décider de ne pas donner suite s'il est convaincu par la défense présentée.

L'entretien se tient avec l'employeur ou son représentant disposant du pouvoir disciplinaire. Il peut être assisté d'une personne appartenant à l'entreprise, à condition que cela ne confère pas à l'entretien le caractère d'une enquête ou d'une délibération collective. La présence d'un avocat de l'employeur n'est pas admise, pas plus que celle d'un tiers extérieur à l'entreprise, sauf si le salarié est également assisté dans les mêmes conditions.

L'entretien commence par un exposé précis des faits reprochés : ce que vous avez observé, les dates, les témoins éventuels, l'impact sur l'activité. Vous précisez à ce stade la qualification envisagée et les conséquences sur le contrat de travail. Le salarié expose ensuite sa version. Prenez des notes manuscrites. Un procès-verbal formel n'est ni requis ni recommandé, car il tend à cristalliser des positions au lieu de les faire évoluer.

Après l'entretien, un délai de réflexion s'impose avant toute notification. La lettre de licenciement ne peut être expédiée moins de deux jours ouvrables après l'entretien, ni plus d'un mois après, sauf procédure devant une instance disciplinaire conventionnelle. Ce délai permet aussi d'intégrer les explications fournies et, le cas échéant, de renoncer à la mesure.

Éviter les erreurs qui font tomber la procédure de licenciement pour faute grave

Le contentieux prud'homal recense quelques erreurs récurrentes qui conduisent à l'annulation de la procédure ou à sa requalification. Les connaître avant d'envoyer la lettre évite une large part des contestations.

Première erreur : convoquer avant d'avoir réuni les éléments de preuve. Le dossier doit être constitué avant la convocation. Une fois la lettre partie, le délai pour notifier le licenciement court. Si vous découvrez de nouveaux faits pendant la procédure, ils ne pourront pas être ajoutés aux motifs de la lettre de licenciement, qui ne peut viser que les faits connus à la date de l'entretien.

Deuxième erreur : convoquer trop longtemps après la découverte des faits. Au-delà de deux mois, les faits sont prescrits et le licenciement sera jugé sans cause réelle et sérieuse. Entre la découverte des faits et l'envoi de la convocation, la rapidité est à la fois une exigence juridique et un indicateur de la gravité réelle que l'employeur attribue aux faits.

Troisième erreur : convoquer un salarié protégé sans respecter la procédure spécifique. Pour un représentant du personnel, un conseiller prud'homme ou un conseiller du salarié, l'autorisation de l'inspection du travail est requise avant tout licenciement. La convocation à l'entretien peut avoir lieu, mais la décision ne peut être prise sans autorisation administrative préalable.

Quatrième erreur : utiliser un modèle de lettre destiné à un licenciement économique. L'article L1233-11 du Code du travail prévoit un dispositif distinct pour le licenciement économique, avec notamment la proposition d'un contrat de sécurisation professionnelle. Mélanger les régimes rend la lettre inopérante et peut même conduire à requalifier la rupture.

La convocation est effectuée par lettre recommandée ou par lettre remise en main propre contre décharge. Cette lettre indique l'objet de la convocation. L'entretien préalable ne peut avoir lieu moins de cinq jours ouvrables après la présentation de la lettre recommandée ou la remise en main propre de la lettre de convocation.
Article L1233-11 du Code du travail

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Noter la date exacte à laquelle vous avez eu connaissance des faits et calculer le délai de prescription de deux mois.
  • Constituer un dossier de preuves (témoignages écrits, pièces, échanges) avant d'envoyer la lettre de convocation.
  • Préparer la lettre en reprenant les mentions obligatoires de l'article L1232-2 du Code du travail et la mention du conseiller du salarié prévue par l'article L1232-4.
  • Programmer l'entretien au moins six jours ouvrables après l'envoi, pour disposer d'une marge de sécurité sur le délai minimum.
  • Consulter un avocat avant notification si le salarié est protégé, si les faits sont contestables ou si une mise à pied conservatoire est envisagée.

Questions fréquentes

  • Peut-on envoyer la lettre de convocation à l'entretien préalable par courriel ?

    L'article L1232-2 du Code du travail prévoit deux modes d'envoi : la lettre recommandée avec accusé de réception et la remise en main propre contre décharge. Le courriel ne figure pas parmi les canaux admis. Même si le salarié reconnaît avoir reçu le courriel, les juges considèrent que ce mode d'envoi ne fait pas courir le délai de cinq jours ouvrables de façon opposable. Une convocation par courriel expose donc l'employeur à une irrégularité de procédure et à l'indemnisation qui en découle.

  • Que faire si le salarié refuse de retirer la lettre recommandée ?

    Le délai de cinq jours ouvrables court à compter de la première présentation par La Poste, et non du retrait effectif. Si le salarié ne retire pas sa lettre, cela ne bloque pas la procédure : l'entretien peut avoir lieu à partir du sixième jour ouvrable suivant la présentation. Conservez l'avis de passage daté par La Poste comme preuve de la date de présentation. En cas d'absence du salarié à l'entretien, l'employeur peut poursuivre la procédure si la convocation était régulière.

  • L'entretien préalable peut-il être reporté à la demande du salarié ?

    Le Code du travail n'impose pas de reporter l'entretien à la demande du salarié. L'employeur n'est pas tenu d'accepter un report, par exemple pour attendre la disponibilité d'un conseiller du salarié. En pratique, un refus de report systématique peut cependant être retenu en défaveur de l'employeur si le salarié démontre que son droit à l'assistance a été vidé de sa substance. Un report raisonnable, documenté par écrit, est souvent la solution la plus prudente.

  • Peut-on licencier pour faute grave sans entretien préalable en cas d'extrême urgence ?

    Non. Aucune urgence, même extrême, ne dispense l'employeur de la procédure préalable prévue par l'article L1232-2 du Code du travail. L'outil permettant de gérer l'urgence est la mise à pied conservatoire, qui écarte immédiatement le salarié de l'entreprise. Mais la procédure de licenciement proprement dite, avec convocation à un entretien préalable et respect du délai de cinq jours ouvrables, reste obligatoire. Toute entorse à cette règle expose à une condamnation pour licenciement sans cause réelle et sérieuse.

  • Le délai de cinq jours ouvrables peut-il être allongé par la convention collective ?

    Oui. Le délai de cinq jours ouvrables est un minimum d'ordre public. Une convention collective, un accord d'entreprise ou le règlement intérieur peuvent allonger ce délai ou prévoir des étapes supplémentaires, par exemple la saisine d'un conseil de discipline avant toute sanction. Vérifiez systématiquement la convention collective applicable avant d'envoyer la lettre : l'oubli d'une étape conventionnelle peut à lui seul rendre le licenciement sans cause réelle et sérieuse, même si la procédure légale a été parfaitement respectée.