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Licenciement pour faute

Se mettre en arrêt maladie avant un entretien préalable de licenciement : ce que vous pouvez faire

Par Maître Guillaume Ghestem · Avocat en droit social9 min de lecture
Sommaire

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Vous venez de recevoir une convocation à un entretien préalable au licenciement. Vous êtes stressé, votre sommeil se dérègle, votre médecin vous parle d'arrêt de travail. Une question revient alors : se mettre en arrêt maladie avant l'entretien préalable de licenciement, est-ce que ça change quelque chose ? La réponse honnête tient en une phrase : l'arrêt maladie ne suspend pas la procédure, mais il modifie plusieurs leviers concrets, à condition d'être posé pour les bonnes raisons et transmis dans les règles.

Ce guide s'adresse au salarié qui vient de recevoir, ou qui pressent, une convocation disciplinaire. Il décrit, étape par étape, ce que vous pouvez faire avant l'entretien, pendant l'arrêt, et après la notification éventuelle du licenciement. L'enjeu n'est pas de « gagner du temps » : la procédure continue sans vous si vous le décidez. L'enjeu est de préserver vos droits à indemnités journalières, de construire une défense documentée, et de ne pas transformer un arrêt légitime en argument contre vous.

  1. Étape 1 — Évaluer les effets réels de l'arrêt maladie sur la procédure

    Comprendre que l'arrêt ne suspend pas la convocation, l'entretien ni la notification. Identifier le seul vrai interdit : licencier à cause de l'état de santé.

  2. Étape 2 — Consulter un médecin et obtenir un arrêt de travail sincère

    Prendre rendez-vous avec le médecin traitant, exposer la situation sans mise en scène, repartir avec un avis d'arrêt de travail motivé médicalement.

  3. Étape 3 — Transmettre l'arrêt dans les délais à l'employeur et à la CPAM

    Envoyer les volets dans les 48 heures, conserver les preuves d'envoi, respecter les heures de sortie fixées par le médecin.

  4. Étape 4 — Décider de se présenter ou non à l'entretien préalable

    Choisir entre présence physique, demande de report, envoi d'une note écrite, ou représentation par un conseiller du salarié.

  5. Étape 5 — Préparer la défense et anticiper la rupture du contrat de travail

    Rassembler les pièces, formaliser les arguments, préparer la réponse à une éventuelle lettre de licenciement et la stratégie prud'homale.

Comprendre les effets d'un arrêt maladie avant l'entretien préalable de licenciement

Première règle, celle qui conditionne toutes les autres : un arrêt maladie ne suspend pas la procédure disciplinaire. L'employeur conserve le droit de vous convoquer, de tenir l'entretien préalable à la date prévue, puis de notifier le licenciement si les griefs sont caractérisés. L'arrêt protège votre salaire via les indemnités journalières, pas votre poste.

Ce que l'arrêt interdit, c'est un licenciement fondé exclusivement ou principalement sur votre état de santé. Un employeur qui vous licencierait parce que vous êtes malade commettrait une discrimination. Mais s'il vous reproche une faute antérieure à l'arrêt (absence injustifiée, insubordination, manquement professionnel), la procédure se poursuit normalement.

La convocation elle-même obéit à un délai légal précis. L'entretien préalable ne peut avoir lieu moins de cinq jours ouvrables après la présentation de la lettre recommandée ou sa remise en main propre contre décharge. Ce délai court à partir du jour de première présentation de la lettre, pas de son retrait.

L'entretien préalable ne peut avoir lieu moins de cinq jours ouvrables après la présentation de la lettre recommandée ou la remise en main propre de la lettre de convocation.
Article L1233-11 du Code du travail

Dans le cas particulier d'un licenciement économique collectif d'au moins dix salariés sur trente jours en présence d'un comité social et économique, la procédure d'entretien préalable individuel ne s'applique pas (article L1233-38 du Code du travail). Le sujet traité ici concerne le licenciement individuel, disciplinaire ou pour motif personnel : celui pour lequel la question de l'arrêt maladie se pose en pratique.

Consulter un médecin pour obtenir un arrêt de travail sincère avant la convocation

Un arrêt maladie n'est pas un acte stratégique, c'est un acte médical. Le médecin traitant ou un médecin de ville évalue votre état et décide, seul, de prescrire un avis d'arrêt de travail. L'exposer franchement à votre situation professionnelle n'a rien d'illégitime : le choc d'une procédure de licenciement provoque régulièrement des syndromes anxio-dépressifs réactionnels, des troubles du sommeil, parfois des manifestations physiques qui justifient médicalement un arrêt.

Ce qu'il faut éviter : l'arrêt dit « de complaisance », demandé pour la seule raison de différer l'entretien, sans réalité clinique. Le médecin qui le délivrerait engagerait sa responsabilité ordinale, et vous vous exposeriez à une double sanction : refus d'indemnisation par la CPAM si une contre-visite démontre l'absence de pathologie, et élément à charge si le dossier arrive devant le conseil de prud'hommes.

Les juges du fond sont attentifs à la cohérence chronologique. Dans un arrêt rendu le 30 avril 2014, la Cour de cassation a validé l'appréciation d'une cour d'appel qui avait retenu qu'un arrêt maladie survenu après un événement professionnel précis pouvait être examiné dans sa crédibilité, et donné comme la conséquence directe de cet événement. L'arrêt n'est pas automatiquement protecteur : son contexte est regardé.

Jurisprudence
La chambre sociale admet que les juges du fond examinent la crédibilité d'un arrêt de travail dont la survenance apparaît directement liée au contexte professionnel conflictuel, sans pour autant priver le salarié de ses droits lorsque la pathologie est médicalement établie.

Cass. soc. — 2014-04-30 — n° 13-13.585

L'employeur conserve par ailleurs la possibilité de diligenter une contre-visite médicale à son initiative, lorsqu'il verse un complément de salaire au titre d'une convention collective ou d'un accord d'entreprise. Un refus de vous laisser examiner, ou une absence de votre domicile en dehors des heures de sortie autorisées, peut suspendre le maintien de salaire conventionnel.

Transmettre l'arrêt maladie à l'employeur et à la CPAM dans les délais

L'avis d'arrêt de travail comporte trois volets. Les volets 1 et 2 doivent être adressés à la caisse primaire d'assurance maladie dont vous dépendez, par voie postale ou par télétransmission si le médecin l'a effectuée. Le volet 3 est destiné à votre employeur. Le délai à retenir : 48 heures à compter de la prescription.

Ce respect scrupuleux du délai conditionne vos droits financiers. Les indemnités journalières de sécurité sociale (IJSS) ne sont versées qu'à des assurés remplissant les conditions d'ouverture des droits et ayant transmis leur arrêt dans les formes requises.

Pour bénéficier du règlement des prestations en espèces au titre de l'assurance maladie et maternité pendant une durée déterminée, les personnes mentionnées à l'article L. 611-1 doivent justifier, dans [certaines conditions]. Le revenu d'activité pris en compte pour le calcul de ces prestations est celui correspondant à l'assiette sur la base de laquelle l'assuré s'est effectivement acquitté, à la date de l'arrêt de travail.
Article L622-3 du Code de la sécurité sociale

Côté employeur, l'envoi du volet 3 doit se faire par un canal traçable : lettre recommandée avec accusé de réception, ou remise en main propre contre décharge. L'erreur fréquente est l'envoi par simple courriel non confirmé : en cas de contestation, vous n'aurez aucune preuve. Conservez systématiquement une copie de l'avis et le justificatif de dépôt postal.

Le défaut de transmission dans le délai de 48 heures entraîne, à la première occurrence, un simple rappel à l'ordre ; à partir de la seconde occurrence sur une période de 24 mois, une réduction des indemnités journalières peut être appliquée par la CPAM. Vis-à-vis de l'employeur, l'absence de justification peut être qualifiée d'absence injustifiée et nourrir un grief disciplinaire supplémentaire. Dans un contexte de procédure déjà engagée, cette négligence serait catastrophique.

Décider de se présenter ou non à l'entretien préalable au licenciement pendant l'arrêt maladie

Un arrêt de travail n'interdit pas, en lui-même, d'assister à un entretien préalable. Si vos heures de sortie l'autorisent et si votre état médical le permet, vous pouvez vous présenter. L'intérêt pratique est réel : vous entendez de la bouche de l'employeur les griefs réellement retenus, vous répondez à chaud, vous pouvez faire porter vos observations au compte rendu dressé par votre conseiller.

Si vous ne pouvez pas vous déplacer, vous pouvez solliciter un report. Attention : la demande de report n'oblige pas l'employeur à accepter. En l'état du droit, aucun texte n'impose à l'employeur de reporter l'entretien préalable au motif que le salarié est en arrêt maladie, dès lors que le délai minimal de cinq jours ouvrables prévu à l'article L1233-11 est respecté. Un refus de report n'est pas en soi une irrégularité.

Vous faire assister par un conseiller du salarié

Dans les entreprises dépourvues de représentants du personnel, vous pouvez vous faire assister par un conseiller du salarié inscrit sur une liste préfectorale. Ce choix est particulièrement utile quand vous êtes en arrêt : le conseiller peut se présenter, prendre des notes, dresser un compte rendu, poser des questions à votre place.

Le salarié qui souhaite se faire assister, lors de l'entretien préalable à son licenciement, par un conseiller du salarié communique à celui-ci la date, l'heure et le lieu de l'entretien.
Article R1232-2 du Code du travail

En pratique, trois options s'ouvrent à vous une fois en arrêt. Elles ne s'excluent pas totalement, et vous pouvez combiner la deuxième et la troisième.

Première option : vous présenter en personne. Si vos heures de sortie et votre état le permettent, c'est souvent le meilleur choix tactique. Vous entendez directement les griefs, vous observez le ton, et votre présence coupe court à l'argument « il ne s'est pas défendu ».

Deuxième option : vous faire représenter par un conseiller du salarié. Vous restez chez vous, le conseiller se déplace, prend des notes et vous rapporte les échanges. Le compte rendu qu'il établit, souvent très détaillé, devient une pièce centrale de la défense prud'homale.

Troisième option : adresser une note écrite de défense. Que vous veniez ou non, un courrier recommandé exposant point par point vos observations sur chaque grief est systématiquement conseillé. Il fige votre version avant la notification du licenciement et prive l'employeur de l'argument selon lequel vous n'auriez pas répondu.

Préparer sa défense et anticiper la rupture du contrat de travail

L'arrêt maladie, quand il est sincère, ouvre une fenêtre pour faire ce que la pression quotidienne du poste rendait impossible : reprendre froidement le dossier. Rassemblez, dans un dossier dédié, tous les éléments utiles. Contrat de travail, avenants, fiches de paie des douze derniers mois, entretiens annuels, courriels échangés avec la hiérarchie, SMS, comptes rendus de réunion, attestations éventuelles de collègues.

Pour chaque grief qui figure dans la lettre de convocation, préparez une réponse structurée : exposé des faits de votre point de vue, pièces à l'appui, contexte, atténuations éventuelles. Un reproche d'insubordination se répond en produisant les instructions reçues et vos échanges. Un grief d'absence se répond en produisant les justificatifs d'absence antérieurs. Un grief de performance se répond par les objectifs assignés, les moyens accordés, les comptes rendus favorables antérieurs.

Anticiper les suites de la rupture du contrat de travail

Après l'entretien, l'employeur dispose d'un délai pour notifier sa décision par lettre recommandée. Il peut renoncer, prononcer une sanction moindre (avertissement, mise à pied disciplinaire), ou notifier le licenciement. En cas de licenciement, le préavis commence à courir, mais sa durée effective dépend de votre arrêt : les règles d'imputation varient selon que l'arrêt est pour maladie ordinaire ou pour accident du travail.

La contestation du licenciement devant le conseil de prud'hommes doit être engagée dans les délais légaux prévus par le Code du travail. Votre avocat validera la stratégie : contestation de la cause réelle et sérieuse, invocation d'une discrimination liée à l'état de santé si les faits le permettent, demande de nullité le cas échéant. L'arrêt maladie posé avant l'entretien n'est jamais, en soi, un argument de contestation : il devient un argument si vous démontrez que l'employeur a tiré prétexte de la pathologie ou l'a aggravée par ses manquements.

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Prendre rendez-vous avec votre médecin traitant pour un examen complet, en lui exposant franchement le contexte professionnel et vos symptômes.
  • Transmettre les volets 1 et 2 à la CPAM et le volet 3 à l'employeur dans les 48 heures, par voie recommandée ou remise contre décharge.
  • Identifier et contacter un conseiller du salarié sur la liste préfectorale si l'entreprise ne dispose pas de représentants du personnel.
  • Rassembler dans un dossier unique contrat, bulletins, courriels, entretiens annuels et toute pièce utile à la défense.
  • Prendre contact avec un avocat en droit du travail avant la date de l'entretien pour cadrer la stratégie écrite et orale.

Questions fréquentes

  • Mon employeur peut-il tenir l'entretien préalable si je suis en arrêt maladie ?

    Oui. L'arrêt maladie ne suspend pas la procédure de licenciement. Dès lors que l'employeur a respecté le délai minimal de cinq jours ouvrables entre la présentation de la lettre de convocation et la date de l'entretien, prévu par l'article L1233-11 du Code du travail, il peut tenir l'entretien à la date annoncée. Votre absence n'entraîne pas automatiquement un report. Vous pouvez solliciter un report, mais l'employeur n'est pas juridiquement tenu de l'accepter. Vous conservez la possibilité de vous faire représenter par un conseiller du salarié ou d'adresser une note écrite exposant votre défense.

  • Puis-je être licencié alors que je suis en arrêt maladie ?

    Oui, à condition que le motif ne soit pas votre état de santé. Un licenciement fondé exclusivement ou principalement sur la maladie serait discriminatoire et donc nul. En revanche, l'employeur conserve le droit de vous licencier pour une faute antérieure à l'arrêt, pour un motif économique, pour désorganisation durable de l'entreprise dans certains cas très encadrés, ou pour inaptitude constatée par le médecin du travail. L'arrêt maladie ne constitue donc pas, à lui seul, une protection contre le licenciement.

  • L'arrêt maladie peut-il me faire perdre mon dossier devant le conseil de prud'hommes ?

    Il peut, s'il apparaît comme opportuniste et dépourvu de réalité médicale. Les juges du fond examinent la cohérence chronologique et la crédibilité de l'arrêt, comme l'illustre notamment la décision de la chambre sociale de la Cour de cassation du 30 avril 2014. En revanche, un arrêt sincère, posé par un médecin qui vous suit, pour une pathologie médicalement constatée, même déclenchée par le conflit professionnel, ne vous dessert pas. Il peut au contraire devenir un élément de preuve si vous invoquez une souffrance au travail imputable à l'employeur.

  • Dois-je me présenter à l'entretien préalable si je suis en arrêt ?

    Rien ne vous y oblige, mais rien ne vous l'interdit si vos heures de sortie et votre état médical le permettent. Trois options existent : vous présenter personnellement, vous faire représenter par un conseiller du salarié inscrit sur la liste préfectorale conformément à l'article R1232-2 du Code du travail, ou adresser une note écrite recommandée. L'absence pure et silencieuse est la seule option à écarter : elle laisse l'employeur fixer seul la narration des faits et affaiblit votre position en cas de contestation ultérieure.

  • Quelles indemnités puis-je percevoir pendant l'arrêt maladie ?

    Vous percevez des indemnités journalières de sécurité sociale (IJSS) versées par la CPAM, sous réserve de remplir les conditions d'ouverture des droits prévues par le Code de la sécurité sociale et de transmettre l'arrêt dans les 48 heures. Un jour de carence s'applique en règle générale. Selon votre ancienneté et votre convention collective, l'employeur peut être tenu de verser un complément de salaire, parfois conditionné au respect d'une contre-visite médicale. En cas de licenciement notifié pendant l'arrêt, les règles d'imputation du préavis dépendent de la nature de l'arrêt (maladie ordinaire, accident du travail, maladie professionnelle).

  • Puis-je demander une rupture conventionnelle à la place du licenciement ?

    Vous pouvez le proposer, mais la rupture conventionnelle suppose un accord libre entre les deux parties. Dans un contexte de procédure disciplinaire déjà engagée, l'employeur n'a souvent aucun intérêt à abandonner ses griefs pour signer une rupture négociée, sauf si votre dossier présente un risque prud'homal significatif pour lui. C'est précisément l'évaluation que votre avocat réalisera avec vous : si les griefs sont fragiles et que la contestation ultérieure menacerait l'entreprise, une négociation est envisageable, parfois avec une indemnité transactionnelle supérieure à l'indemnité légale de licenciement.