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Règlement de succession

Droits de succession en Espagne pour un non-résident : le guide complet

Par Maître Valérie Pons-Tomasello · Droit de la famille et des successions9 min de lecture
Sommaire

Hériter d'un bien situé en Espagne quand vous résidez fiscalement en France vous place face à deux administrations fiscales simultanément. Les règles diffèrent, les délais se chevauchent, les documents se multiplient. Le risque concret : payer deux fois, ou payer en retard et voir la facture gonfler de pénalités et d'intérêts.

Ce guide s'adresse à vous si vous êtes résident fiscal français et que vous héritez d'un bien en Espagne (immeuble, compte bancaire, parts de société, assurance-vie souscrite auprès d'un assureur espagnol). Vous y trouverez les étapes opérationnelles pour sécuriser la succession côté espagnol, remplir vos obligations déclaratives côté français, et activer le mécanisme d'élimination de la double imposition prévu par la convention fiscale conclue entre la France et l'Espagne.

L'ordre des étapes compte. L'erreur la plus fréquente consiste à traiter d'abord la succession française puis à regarder « ce qu'il faut faire » côté espagnol. L'administration espagnole impose en premier les biens situés sur son sol, et c'est cet impôt qui viendra ensuite s'imputer sur l'impôt français. Inverser cette séquence coûte du temps, parfois de l'argent.

Comptez plusieurs mois pour la procédure complète, souvent plus d'un an quand le dossier comporte un immeuble à faire estimer. Les délais légaux imposent une discipline stricte dès les premières semaines qui suivent le décès. Ce qui suit détaille chaque étape, les pièces à produire, les acteurs à mobiliser et les pièges récurrents observés sur ce type de dossier en cabinet.

  1. Étape 1 — Déterminer votre statut fiscal et la loi applicable

    Vérifiez votre qualité de résident fiscal français et identifiez la loi civile applicable à la succession, qui peut différer de la loi fiscale.

  2. Étape 2 — Recenser les biens situés en Espagne

    Dressez l'inventaire précis des biens espagnols avec une évaluation défendable (notariée ou expertisée pour les immeubles).

  3. Étape 3 — Obtenir un NIE et choisir un représentant fiscal

    Sans numéro d'identification d'étranger (NIE), aucune démarche fiscale espagnole n'est possible. Le représentant fiscal centralise les échanges avec l'Agencia Tributaria.

  4. Étape 4 — Déposer la déclaration et payer l'impôt en Espagne

    La déclaration est à adresser à l'administration de la Communauté autonome compétente, qui applique son propre barème et ses propres abattements.

  5. Étape 5 — Déclarer la succession en France

    Le résident fiscal français doit déclarer l'ensemble des biens hérités, y compris ceux situés en Espagne, à l'administration fiscale française.

  6. Étape 6 — Imputer l'impôt espagnol sur l'impôt français

    L'impôt payé en Espagne vient en déduction de l'impôt français calculé sur les mêmes biens, dans la limite de ce dernier.

Déterminer votre statut de non-résident face aux droits de succession en Espagne

Première chose à poser clairement : vous êtes qualifié de non-résident au sens espagnol si vous n'avez pas en Espagne votre résidence habituelle au sens de la législation fiscale espagnole. Dans cette hypothèse, l'Espagne vous impose uniquement sur les biens hérités situés sur son territoire (c'est l'obligation réelle). À l'inverse, votre qualité de résident fiscal français déclenche une imposition en France sur l'ensemble des biens que vous recueillez, où qu'ils se trouvent dans le monde.

Deux corps de règles coexistent et ne doivent pas être confondus. D'un côté, la loi civile qui organise la dévolution successorale (qui hérite, de quoi, dans quelles proportions, avec quels droits du conjoint). De l'autre, la loi fiscale qui détermine l'impôt dû sur ces transmissions. Pour la loi civile, le règlement européen sur les successions permet, dans certains cas, de choisir la loi nationale du défunt. Pour la loi fiscale, c'est la convention fiscale conclue entre la France et l'Espagne qui coordonne les deux systèmes et prévoit un crédit d'impôt pour éviter que vous ne payiez deux fois.

Identifier les biens imposables aux droits de succession en Espagne

L'Espagne impose, à l'égard du non-résident, les biens et droits situés sur son territoire. Trois catégories concentrent l'essentiel des dossiers : les immeubles (résidence secondaire sur la Costa Blanca, appartement à Barcelone, terrain aux Baléares) ; les comptes bancaires et placements ouverts auprès d'un établissement espagnol ; les parts ou actions de sociétés de droit espagnol, ainsi que les actifs détenus via une société civile ou patrimoniale espagnole.

L'évaluation de chaque bien conditionne l'assiette. Pour un immeuble, l'administration retient en principe la plus élevée des trois valeurs suivantes : la valeur de référence fixée par le cadastre, la valeur déclarée, ou la valeur de marché. Sous-évaluer expose à un redressement rapide. Surévaluer gonfle inutilement l'impôt. L'expertise d'un professionnel local sécurise cette étape, qui est le poste de contestation le plus fréquent entre héritiers et administration espagnole.

Obtenir un NIE et désigner un représentant fiscal pour la succession espagnole

Le NIE (Número de Identificación de Extranjero) est le numéro fiscal attribué à toute personne étrangère ayant une obligation administrative ou fiscale en Espagne. Sans NIE, vous ne pouvez ni déposer de déclaration, ni ouvrir un compte, ni signer un acte notarié devant un notario espagnol. La demande se fait soit via le consulat d'Espagne en France, soit directement en Espagne via la police nationale. Les délais varient de quelques semaines à plusieurs mois selon le lieu de dépôt.

La désignation d'un représentant fiscal espagnol (gestor, avocat ou cabinet spécialisé) n'est plus systématiquement obligatoire depuis les dernières évolutions, mais reste très fortement recommandée pour un héritier non-résident. Ce représentant centralise les notifications de l'Agencia Tributaria, dépose la déclaration, règle l'impôt depuis un compte espagnol et conserve les justificatifs. Son coût (généralement forfaitaire pour une succession simple) s'amortit largement sur le risque évité de pénalité pour notification manquée.

La déclaration de succession espagnole s'effectue sur un formulaire officiel édité par l'administration (modèle de déclaration ISD, en version autoliquidée ou simple selon la Communauté autonome compétente). Le délai légal court à compter du jour du décès. Une prorogation peut être demandée dans la première moitié de ce délai, pour une durée équivalente, à condition de la solliciter formellement avant son expiration. Le non-dépôt dans les temps déclenche des pénalités et des intérêts qui augmentent avec le temps.

La compétence territoriale est le point le plus souvent mal compris. Pour un défunt non-résident en Espagne et des biens situés en Espagne, la déclaration relevait historiquement de l'administration centrale (Agencia Tributaria à Madrid). Depuis les ajustements imposés par le droit européen, les héritiers non-résidents de l'Union européenne peuvent, pour certains biens, bénéficier du régime fiscal de la Communauté autonome où se situe le bien principal. Les écarts entre régions sont considérables : Madrid, l'Andalousie ou la Cantabrie appliquent des bonifications très importantes, tandis que d'autres communautés taxent plus lourdement.

Le dossier à constituer comprend typiquement : l'acte de décès légalisé et traduit, le certificat du registre espagnol des dernières volontés, le testament (ou l'acte français équivalent), l'acte notarié de partage ou d'adjudication signé devant notario, les titres de propriété des biens espagnols, les relevés bancaires à la date du décès, et le justificatif du NIE de chaque héritier. L'ensemble doit être traduit par un traducteur assermenté et apostillé.

Déclarer la succession en France et appliquer les abattements légaux

Parallèlement à vos obligations espagnoles, vous devez déposer en France une déclaration de succession dès lors que vous êtes résident fiscal français. Cette déclaration doit intégrer l'ensemble des biens recueillis, y compris ceux situés en Espagne. L'administration fiscale française calcule les droits sur l'actif net successoral mondial, applique les abattements prévus par le Code général des impôts, puis admet, le cas échéant, la déduction de l'impôt déjà payé en Espagne au titre de la convention fiscale bilatérale.

« Pour la perception des droits de mutation par décès, il est effectué un abattement sur la part nette de tout héritier, donataire ou légataire correspondant à la valeur des biens reçus du défunt… »
Article 788

L'abattement personnel dont bénéficie chaque héritier dépend de son lien avec le défunt. Il s'applique sur la part nette reçue et avant application du barème progressif. Les donations antérieures consenties par le défunt au même héritier doivent être rappelées dans la déclaration : si elles datent de moins de quinze ans, elles réduisent d'autant l'abattement disponible et peuvent faire glisser une part de l'héritage dans une tranche supérieure du barème.

« Les parties sont tenues de faire connaître, dans tout acte constatant une transmission entre vifs à titre gratuit et dans toute déclaration de succession, s'il existe ou non des donations antérieures consenties… passées depuis plus de quinze ans… »
Article 784

Le délai légal français de dépôt de la déclaration est allongé lorsque le défunt est décédé hors de France. L'administration fiscale met à disposition un formulaire dédié (déclaration principale et annexes selon la nature des biens). L'évaluation des biens espagnols retenue en France doit être cohérente avec celle déclarée en Espagne, pour éviter toute remise en cause croisée. Les cabinets conseillent de retenir la même expertise des deux côtés de la frontière.

Imputer l'impôt espagnol et anticiper le contrôle de la succession

Le mécanisme d'élimination de la double imposition prévu par la convention fiscale franco-espagnole prend la forme d'un crédit d'impôt. L'impôt espagnol effectivement payé sur les biens situés en Espagne est imputé sur l'impôt français calculé sur ces mêmes biens, dans la limite du montant de l'impôt français correspondant. Si l'impôt espagnol est plus élevé que l'impôt français (hypothèse fréquente dans les Communautés autonomes à fiscalité forte), le reliquat n'est pas remboursé par la France : il reste à la charge de l'héritier.

Pour activer ce crédit, vous devez produire à l'administration fiscale française les justificatifs du paiement en Espagne : copie de la déclaration déposée, avis d'imposition espagnol, preuve de paiement et traduction si nécessaire. Conservez ces pièces au moins pendant la durée du droit de reprise de l'administration française, qui s'exerce dans un délai pluri-annuel après le dépôt.

« À l'occasion du contrôle des déclarations de succession, l'administration des impôts peut demander aux héritiers et autres ayants droit des éclaircissements ou des justifications au sujet des titres, valeurs et créances ainsi que des biens ou droits placés dans un trust… et des produits qui y sont capitalisés, non énoncés dans la déclaration et qui sont présumés faire partie de la succession… »
Article L19

Si vous considérez que la succession est déficitaire, surchargée de dettes ou que le dossier espagnol est trop risqué, la renonciation reste une option. Elle doit être formalisée selon des règles strictes en droit français, et son effet sur la succession espagnole doit être vérifié séparément : l'Espagne connaît ses propres modalités de renonciation et de délai.

« La renonciation à une succession ne se présume pas. […] Dans le mois suivant la renonciation, le notaire qui l'a reçue en adresse copie au tribunal dans le ressort duquel la succession s'est ouverte. »
Article 804

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Rassembler l'acte de décès, le testament ou l'acte notarié français équivalent, et faire légaliser ou apostiller les pièces destinées à l'Espagne.
  • Dresser la liste exhaustive des biens situés en Espagne avec une évaluation défendable (expertise notariale ou immobilière).
  • Déposer sans attendre la demande de NIE pour chaque héritier concerné.
  • Prendre contact avec un notaire français habitué à l'international et un représentant fiscal en Espagne (gestor ou avocat).
  • Préparer en parallèle le dossier de déclaration française pour éviter toute précipitation à l'approche du délai légal.

Questions fréquentes

  • Un héritier non-résident paie-t-il réellement les droits de succession deux fois sur un bien espagnol ?

    Non, à condition de bien activer le mécanisme prévu par la convention fiscale conclue entre la France et l'Espagne. L'impôt payé en Espagne sur les biens situés en Espagne vient en déduction de l'impôt français calculé sur ces mêmes biens, dans la limite de l'impôt français correspondant. En pratique, si l'impôt espagnol est inférieur ou égal à l'impôt français, la double imposition est totalement neutralisée. Si l'impôt espagnol est supérieur (hypothèse fréquente dans certaines Communautés autonomes), le reliquat reste à votre charge et n'est pas remboursé par la France. La bonne tenue des justificatifs de paiement en Espagne est la condition pour que l'administration française accepte l'imputation.

  • Qu'est-ce que le NIE et pourquoi est-il indispensable pour hériter en Espagne ?

    Le NIE (Número de Identificación de Extranjero) est le numéro d'identification fiscale attribué par l'Espagne à tout étranger ayant une obligation administrative ou fiscale sur son territoire. C'est l'équivalent d'un numéro fiscal personnel. Il est obligatoire pour déposer une déclaration de succession, signer un acte notarié devant un notario, ouvrir un compte bancaire espagnol destiné à régler l'impôt, ou revendre ensuite un bien hérité. Sans NIE, aucune démarche fiscale ou patrimoniale n'avance. La demande se fait soit au consulat d'Espagne en France, soit en Espagne. Les délais variant de quelques semaines à plusieurs mois, lancer la procédure dans les premiers jours est essentiel pour ne pas bloquer l'ensemble du dossier.

  • Dans quel délai faut-il déclarer la succession en Espagne ?

    Le délai légal espagnol de dépôt de la déclaration de succession court à compter du jour du décès. Il peut être prorogé une fois, pour une durée équivalente, à condition de solliciter formellement cette prorogation avant l'expiration de la première moitié du délai initial. Passé le délai (initial ou prorogé), l'administration applique des majorations qui augmentent avec la durée du retard, auxquelles s'ajoutent des intérêts. Déposer la déclaration même imparfaite dans les temps, quitte à la rectifier ensuite, est généralement préférable à un dépôt tardif. Un représentant fiscal local permet de sécuriser le respect de ces délais quand vous résidez à distance.

  • Peut-on renoncer uniquement à la succession espagnole en acceptant la succession française ?

    Juridiquement, la question est plus subtile qu'il n'y paraît. En droit français, la renonciation à une succession porte sur l'ensemble de la vocation successorale et obéit à des règles strictes de forme (déclaration adressée au tribunal, intervention notariale, publicité). L'article 804 du Code civil précise que la renonciation ne se présume pas et que le notaire qui la reçoit en adresse copie au tribunal dans le mois. En droit espagnol, des règles propres s'appliquent avec leurs propres délais et formalités. Vouloir « dissocier » un héritage franco-espagnol est risqué et doit être examiné au cas par cas avec un professionnel maîtrisant les deux systèmes.

  • Pourquoi la Communauté autonome compétente change-t-elle autant la facture fiscale ?

    L'impôt sur les successions espagnol (ISD) est un impôt dont le barème, les abattements et les bonifications sont en partie fixés par chaque Communauté autonome. Les écarts sont considérables : certaines régions (Madrid, Andalousie, Cantabrie) ont instauré des bonifications très importantes qui réduisent fortement, voire quasi totalement, l'impôt dû entre proches parents. D'autres communautés appliquent au contraire des barèmes élevés. Pour un même immeuble d'une même valeur, la facture peut varier du simple au triple selon qu'il est situé à Malaga ou dans une autre communauté. Identifier la Communauté autonome compétente, et vérifier son régime au jour du décès, est l'un des points les plus structurants du dossier.