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Règlement de succession

Pas d'argent pour payer les droits de succession : que faire

Par Maître Valérie Pons-Tomasello · Droit de la famille et des successions11 min de lecture
Sommaire

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Un proche est décédé. Le notaire vous annonce le montant des droits de succession à payer, et le chiffre vous laisse sans voix. Vous héritez d'un appartement, de meubles, peut-être d'une part de résidence secondaire, mais vous n'avez pas la trésorerie pour régler la facture fiscale dans les six mois qui suivent le décès. Cette situation est bien plus fréquente qu'on ne le croit, en particulier depuis la hausse des valeurs immobilières.

L'administration fiscale le sait. Le droit prévoit plusieurs mécanismes pour l'héritier qui hérite d'un patrimoine réel mais qui n'a pas le cash disponible : délais de paiement, paiement fractionné, paiement différé, dation en paiement, vente d'un bien successoral. Chacun a ses conditions, ses garanties à fournir, son coût. Certains sont réservés à des situations précises, d'autres accessibles au cas général.

Ce guide vous donne, étape par étape, la marche à suivre quand vous n'avez pas d'argent pour payer les droits de succession. De la première évaluation du montant dû jusqu'à la décision entre payer, étaler ou renoncer, en passant par la demande formelle au service des impôts. L'objectif est simple : vous éviter de payer plus cher que nécessaire, et vous éviter surtout la faute qui coûte l'héritage entier.

  1. Étape 1 — Chiffrer précisément les droits dus

    Obtenir du notaire une estimation ferme de l'actif net taxable et des droits par héritier, avant toute décision.

  2. Étape 2 — Identifier les abattements et exonérations

    Vérifier les abattements applicables selon votre lien de parenté et les éventuelles exonérations sectorielles avant de conclure que vous devez payer.

  3. Étape 3 — Choisir entre paiement comptant, fractionné ou différé

    Comparer le coût d'un crédit bancaire classique et celui du crédit fiscal offert par l'administration, selon la composition de l'héritage.

  4. Étape 4 — Déposer la demande de délai auprès du service des impôts

    Formuler la demande en même temps que la déclaration de succession, avec les garanties requises et une offre chiffrée.

  5. Étape 5 — Envisager la vente d'un bien ou la dation en paiement

    Si aucun crédit ni délai n'est envisageable, organiser la vente d'un actif successoral ou proposer un bien à l'État en paiement des droits.

  6. Étape 6 — Décider si la renonciation à la succession s'impose

    Quand les dettes dépassent l'actif ou que les droits sont réellement hors de portée, la renonciation reste une option, sous conditions strictes.

Étape 1 — Chiffrer précisément les droits de succession à payer

Avant tout, vous devez savoir combien vous devez réellement. La panique naît presque toujours d'une estimation approximative faite au bistrot ou d'un pourcentage entendu à la télévision. Le montant réel des droits dépend de trois éléments : l'actif net taxable transmis, le lien de parenté avec le défunt, et les abattements applicables à votre situation.

L'actif net taxable, c'est la valeur brute de ce que vous recevez, moins les dettes déductibles de la succession. Le notaire chargé du dossier procède à cette évaluation, immeuble par immeuble, compte par compte. Vous avez le droit de demander le détail écrit de ce calcul. Si un bien immobilier vous paraît surévalué, une contre-expertise est possible et peut réduire significativement la note.

Attention à un piège bien connu : les dettes que vous voudrez déduire de l'actif seront contrôlées. L'administration fiscale peut exiger des justifications sur toutes les dettes portées en déduction, et réclamer une attestation certifiant leur existence à la date du décès.

L'administration des impôts peut exiger des justifications au sujet de toutes les dettes déduites de l'actif d'une succession. Elle peut, dans tous les cas, exiger des héritiers et autres ayants droit la production d'une attestation certifiant l'existence d'une dette à l'époque de l'ouverture de la succession.
Article L20 du Livre des procédures fiscales

Étape 2 — Identifier les abattements et exonérations sur les droits de succession

Avant de conclure que vous n'avez pas d'argent pour payer les droits de succession, encore faut-il être sûr que vous en devez. Le Code général des impôts prévoit une série d'abattements qui réduisent l'assiette taxable, parfois jusqu'à effacer complètement les droits pour les petites successions ou les héritiers en ligne directe.

L'abattement de droit commun s'applique sur la part nette de chaque héritier, selon son lien de parenté avec le défunt. Un enfant, un frère, un neveu ou un tiers ne bénéficient pas des mêmes montants. Le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont totalement exonérés de droits de succession, ce qui règle la question pour eux.

Pour la perception des droits de mutation par décès, il est effectué un abattement sur la part nette de tout héritier, donataire ou légataire correspondant à la valeur des biens reçus du défunt, évalués [...] reconnue d'utilité publique répondant aux conditions fixées au b du 1 de l'article 200, à l'État, à ses établissements publics ou à un organisme mentionné à l'article 794 en remploi des sommes, droits [...].
Article 788 du Code général des impôts

Le cas particulier des sommes réservées en usufruit

Depuis 2024, un dispositif spécifique encadre la transmission des sommes d'argent dont le défunt s'était réservé l'usufruit. La règle a été durcie pour éviter certains montages, et elle peut affecter votre calcul si le défunt avait consenti de telles donations de son vivant.

Pour la liquidation des droits dus lors de la succession, en application du présent II, l'article 784 ne s'applique ni sur la valeur des sommes d'argent dont le défunt s'était réservé l'usufruit ni sur [...].
Article 774 bis du Code général des impôts

Étape 3 — Choisir entre paiement comptant, fractionné ou différé des droits de succession

En principe, les droits de succession se paient au comptant lors du dépôt de la déclaration, dans les six mois qui suivent le décès (douze mois pour un décès survenu à l'étranger). Cette règle est stricte : au-delà, l'administration applique un intérêt de retard, auquel s'ajoute une majoration si le retard se prolonge.

Deux dérogations existent et changent radicalement la donne quand vous n'avez pas la trésorerie. Le paiement fractionné permet d'étaler la dette sur plusieurs années par versements égaux. Le paiement différé, plus rare, permet de repousser l'échéance jusqu'au décès du conjoint survivant ou jusqu'à la cession du bien, lorsque la succession comporte des biens démembrés (nue-propriété héritée avec usufruit conservé par un tiers).

Les deux dispositifs sont assortis d'un intérêt fixé chaque année par arrêté ministériel, et d'une exigence de garanties (hypothèque sur un immeuble successoral, caution bancaire, nantissement). Avant de choisir, comparez avec un vrai crédit bancaire à la consommation ou un prêt immobilier : selon les taux du marché, le crédit fiscal n'est pas toujours le plus avantageux, en particulier si vous devez immobiliser un bien en garantie.

Paiement fractionné : à qui s'adresse-t-il

Le fractionnement est ouvert à tous les héritiers, quelle que soit la composition de l'actif. Il permet de payer les droits en plusieurs versements semestriels étalés sur plusieurs années. La demande doit être formulée au moment du dépôt de la déclaration de succession, pas après.

Paiement différé : réservé aux successions démembrées

Le paiement différé est réservé aux successions qui comportent des biens transmis en nue-propriété, l'usufruit revenant à un autre bénéficiaire (typiquement le conjoint survivant). L'héritier nu-propriétaire peut alors demander à ne payer les droits qu'au moment où il récupérera la pleine propriété, c'est-à-dire au décès de l'usufruitier ou à la cession du bien.

Étape 4 — Déposer la demande de délai auprès du service des impôts

La demande de paiement fractionné ou différé n'est pas automatique. Vous devez la formuler expressément, par écrit, jointe à la déclaration de succession. Le service compétent est celui du service des impôts des particuliers dont dépendait le défunt à son décès (ou le service des impôts des non-résidents si le défunt résidait à l'étranger).

Le dossier de demande comprend en pratique : la déclaration de succession elle-même, une lettre motivée précisant le mode de paiement souhaité (fractionné ou différé, durée envisagée), l'offre de garanties (hypothèque conventionnelle sur un immeuble successoral, caution bancaire, nantissement de titres). L'administration instruit la demande, accepte ou refuse les garanties proposées, et notifie sa décision.

En cas d'acceptation, un échéancier est établi. Les versements suivent le calendrier fixé, avec l'intérêt applicable. En cas de refus des garanties, vous pouvez en proposer d'autres, mais le temps joue contre vous : pendant l'instruction, les droits restent formellement dus, et un accord tardif ne fait pas disparaître les intérêts de retard qui ont couru avant.

Les garanties acceptées par l'administration

L'hypothèque sur un immeuble de la succession est la garantie la plus couramment acceptée, mais elle génère des frais notariés (inscription hypothécaire). La caution bancaire est plus souple mais coûte cher chaque année. Le nantissement de contrats d'assurance-vie ou de portefeuilles-titres est possible mais soumis à l'accord de l'administration au cas par cas.

Étape 5 — Vendre un bien successoral ou proposer une dation en paiement

Quand le crédit bancaire est refusé et que les garanties pour un paiement différé ne sont pas suffisantes, la vente d'un bien de la succession devient inévitable. C'est souvent la solution la plus rationnelle : vous liquidez un actif que vous n'auriez de toute façon pas gardé, vous payez les droits, vous conservez le reste. Le notaire peut coordonner l'ensemble de l'opération.

Un point à connaître : les créanciers de la succession et les légataires de sommes d'argent ne peuvent poursuivre le recouvrement que dans les limites fixées par la loi lorsque l'héritier a accepté la succession à concurrence de l'actif net. Ce cantonnement du gage protège votre patrimoine personnel.

Sans préjudice des droits des créanciers munis de sûretés, les créanciers de la succession et les légataires de sommes d'argent ne peuvent poursuivre le recouvrement que sur les biens recueillis de la succession qui n'ont été ni conservés ni aliénés dans les conditions prévues à l'article 793.
Article 798 du Code civil

La dation en paiement d'œuvres, d'immeubles ou de titres

Mécanisme plus rare mais utile pour les patrimoines particuliers, la dation en paiement permet de régler les droits de succession en cédant à l'État un bien de la succession en lieu et place du paiement en espèces. Sont éligibles certaines œuvres d'art de haute valeur artistique ou historique, certains immeubles situés dans des zones protégées, certains blocs de titres. La procédure est soumise à un agrément ministériel après avis d'une commission, et suppose un accord sur la valeur du bien remis.

La vente forcée quand un héritier bloque

Si un héritier refuse de vendre alors que la vente est nécessaire pour payer les droits, une procédure judiciaire de vente sous autorité de justice peut être engagée. La demande est portée devant le président du tribunal judiciaire compétent.

La demande est portée devant le président du tribunal judiciaire dans le ressort duquel est ouverte la succession qui statue par ordonnance sur requête. Le ministère d'avocat n'est pas obligatoire. La décision qui fait droit à la demande désigne un huissier de justice pour accomplir les diligences prévues à la présente section.
Article 1306 du Code de procédure civile

Étape 6 — Décider si la renonciation à la succession s'impose vraiment

La renonciation est l'option nucléaire : vous êtes réputé n'avoir jamais été héritier, vous ne devez rien, vous ne recevez rien. Elle a du sens quand les dettes dépassent l'actif, ou quand la charge fiscale (droits + travaux + charges d'un bien invendable) rend l'héritage économiquement négatif. En revanche, elle est absurde quand l'actif net dépasse les droits, même si vous n'avez pas la trésorerie immédiate.

La renonciation doit être formalisée. Elle ne se déduit pas d'un silence, ni d'une simple absence à un rendez-vous notarial. Elle exige un acte devant notaire, qui transmet une copie au tribunal du lieu d'ouverture de la succession dans le mois qui suit.

La renonciation à une succession ne se présume pas. Dans le mois suivant la renonciation, le notaire qui l'a reçue en adresse copie au tribunal dans le ressort duquel la succession s'est ouverte.
Article 804 du Code civil

Bonne nouvelle si vous avez renoncé trop vite : la révocation est possible tant que la prescription du droit d'accepter n'est pas acquise. Vous pouvez revenir sur votre renonciation et accepter la succession, sous réserve qu'un autre héritier ne l'ait pas déjà acceptée entre-temps, et sous réserve des droits acquis par des tiers.

Tant que la prescription du droit d'accepter n'est pas acquise contre lui, l'héritier peut révoquer sa renonciation en acceptant la succession purement et simplement, si elle n'a pas été déjà acceptée. Cette acceptation rétroagit au jour de l'ouverture de la succession, sans toutefois remettre en cause les droits qui peuvent être acquis à des tiers sur les biens de la succession par prescription ou par [...].
Article 807 du Code civil

L'alternative de l'acceptation à concurrence de l'actif net

Entre l'acceptation pure et simple (vous héritez de tout, dettes comprises, sur votre patrimoine personnel) et la renonciation totale, il existe une voie médiane : l'acceptation à concurrence de l'actif net. Vous acceptez, mais vous ne devez les dettes successorales que dans la limite de la valeur des biens reçus. Votre patrimoine personnel est protégé. C'est souvent la bonne réponse quand vous soupçonnez des dettes cachées ou un actif difficile à évaluer.

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Demander au notaire un chiffrage écrit détaillé : actif net taxable, abattements appliqués, droits nets par héritier.
  • Consulter votre banque pour obtenir un devis de prêt personnel sur le montant exact des droits, avec durée réaliste.
  • Formuler la demande de paiement fractionné ou différé AU MOMENT du dépôt de la déclaration, jamais après.
  • Ne toucher à aucun bien successoral (meubles, comptes, logement) avant d'avoir tranché acceptation ou renonciation.
  • Prendre rendez-vous avec un avocat fiscaliste si les droits dépassent 30 % de vos revenus annuels ou si la succession est complexe.

Questions fréquentes

  • Quel est le délai pour payer les droits de succession en France ?

    Les droits de succession sont dus au dépôt de la déclaration de succession, qui doit intervenir dans les six mois du décès si le défunt résidait en France, et dans les douze mois si le décès est survenu à l'étranger. Passé ce délai, l'administration applique un intérêt de retard mensuel et, au-delà d'un certain temps, une majoration. Vous pouvez toutefois demander, au moment du dépôt de la déclaration, un paiement fractionné (échelonné sur plusieurs années) ou un paiement différé (repoussé à un événement futur pour la nue-propriété). Ces dérogations doivent être demandées avec la déclaration, jamais après, et sont assorties d'un intérêt fixé chaque année par arrêté et d'une exigence de garanties.

  • Puis-je vendre un bien de la succession pour payer les droits ?

    Oui, c'est même l'une des solutions les plus courantes quand la trésorerie manque. Le notaire peut coordonner la vente d'un immeuble, de titres ou de meubles pour dégager les liquidités nécessaires au paiement des droits. Attention néanmoins : vendre en catastrophe, sous décote, faute d'avoir demandé un délai à temps, vous fait perdre de l'argent inutilement. Anticipez la vente dès l'ouverture de la succession, avec l'aide du notaire, et demandez en parallèle un paiement fractionné pour vous laisser le temps de vendre au bon prix. Si un cohéritier bloque la vente, une procédure judiciaire de vente sous autorité de justice est possible devant le président du tribunal judiciaire compétent.

  • Que se passe-t-il si je ne paie pas les droits de succession dans les délais ?

    L'administration fiscale applique un intérêt de retard qui court chaque mois à partir du premier jour du mois suivant la date limite de dépôt de la déclaration. Si le retard se prolonge et qu'une mise en demeure reste sans effet, une majoration s'ajoute à l'intérêt de retard, dont le taux augmente selon la durée et la gravité du manquement. Au terme d'une procédure de recouvrement forcé, l'administration peut saisir vos comptes ou vendre vos biens (y compris ceux issus de la succession) pour se payer. Le mieux est toujours de dialoguer avec le service des impôts avant l'échéance : un délai administratif de paiement est presque toujours préférable à une procédure contentieuse.

  • La renonciation à la succession est-elle définitive ?

    Non, pas dans tous les cas. L'article 807 du Code civil permet à l'héritier qui a renoncé de revenir sur sa décision et d'accepter la succession purement et simplement, tant que la prescription du droit d'accepter n'est pas acquise contre lui et à condition que la succession n'ait pas déjà été acceptée par un autre héritier. L'acceptation rétroagit au jour de l'ouverture de la succession, mais elle ne remet pas en cause les droits que des tiers auraient pu acquérir entre-temps sur les biens successoraux. La renonciation doit toujours être formalisée par un acte devant notaire, qui en adresse copie au tribunal dans le mois. Un silence ou une absence ne valent pas renonciation.

  • Le conjoint survivant paie-t-il des droits de succession ?

    Non. Le conjoint survivant marié est totalement exonéré de droits de succession, quel que soit le montant transmis. Il en va de même pour le partenaire lié au défunt par un pacte civil de solidarité (PACS). Cette exonération ne joue en revanche pas pour le concubin, même en cas de vie commune prolongée : sans mariage ni PACS, le concubin est traité comme un tiers étranger et taxé au taux le plus élevé. Cette différence explique pourquoi un simple PACS, signé en quelques semaines, peut représenter des dizaines voire des centaines de milliers d'euros d'économie fiscale au moment du décès, sans les autres effets d'un mariage.

  • Peut-on payer les droits de succession avec des œuvres d'art ou un immeuble ?

    Oui, dans certains cas très encadrés, via un mécanisme appelé dation en paiement. Il permet à l'héritier de régler tout ou partie des droits en cédant à l'État un bien de la succession en lieu et place du paiement en espèces : œuvres d'art de haute valeur artistique ou historique, certains immeubles situés dans des zones protégées, blocs de titres. La procédure est soumise à un agrément ministériel après avis d'une commission spécialisée, et suppose un accord sur la valeur du bien remis. Elle est rare en pratique, mais peut être une solution élégante pour des patrimoines particuliers, notamment les collections héritées d'un défunt collectionneur. Un notaire ou un avocat fiscaliste spécialisé peut instruire le dossier.