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Vente immobilière

Calcul de la plus-value sur un bien reçu en donation : le guide pratique

Par Maître Valérie Pons-Tomasello · Droit de la famille et des successionsMis à jour le 10 min de lecture
Sommaire

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Vous avez reçu un appartement par donation il y a quatre ans. Aujourd'hui, vous souhaitez le vendre. Votre notaire vous annonce une plus-value imposable, et vous ne comprenez pas comment ce montant est calculé, ni pourquoi il semble si élevé alors que vous n'avez rien payé pour acquérir ce bien.

Le calcul de la plus-value sur un bien reçu en donation obéit à des règles qui ne correspondent pas à l'intuition. La valeur de référence n'est pas celle que vous imaginez. Les abattements dépendent d'une date qui n'est pas celle que vous croyez. Le régime fiscal change selon que le bien provient d'une donation entre vifs, d'un testament ou d'une succession ordinaire.

L'enjeu financier est rarement anodin : plusieurs milliers d'euros d'écart selon la méthode retenue, parfois davantage pour un bien détenu longtemps par le donateur. S'y ajoute une déclaration à opérer au moment de la vente, dont le non-respect expose à des intérêts de retard et à une majoration.

Ce guide détaille, étape par étape, comment qualifier l'origine du bien, déterminer la valeur d'acquisition retenue par l'administration fiscale, calculer la plus-value brute, appliquer les abattements pour durée de détention, puis déclarer et payer l'impôt. Il distingue les cas, signale les pièges fréquents et indique les situations où le recours à un notaire ou à un avocat fiscaliste permet d'éviter une mauvaise surprise. Ce contenu informatif ne remplace pas une consultation personnalisée : chaque dossier dépend de la nature exacte du bien, de la date de la donation d'origine et de la rédaction de l'acte.

  1. Étape 1 : qualifier l'origine du bien

    Donation entre vifs, legs par testament, succession légale, donation-partage avec démembrement : chaque qualification entraîne une méthode de calcul différente.

  2. Étape 2 : déterminer la valeur d'acquisition fiscale

    C'est la valeur retenue pour la liquidation des droits de mutation à titre gratuit qui sert, en principe, de prix d'acquisition dans le calcul de la plus-value.

  3. Étape 3 : calculer la plus-value brute

    Prix de cession diminué de la valeur d'acquisition et des frais déductibles (droits de donation acquittés, frais d'acte, travaux justifiés).

  4. Étape 4 : appliquer les abattements pour durée de détention

    Le point de départ du décompte est la date de la donation, et non celle de l'acquisition initiale par le donateur. L'erreur sur cette date coûte cher.

  5. Étape 5 : déclarer la plus-value et régler l'impôt

    Pour un bien immobilier, le notaire liquide et acquitte l'impôt au moment de l'acte. Pour les valeurs mobilières, la déclaration intervient avec la déclaration de revenus annuelle.

Qualifier l'origine du bien pour le calcul de la plus-value sur un bien reçu en donation

Avant toute arithmétique, lisez l'acte. L'origine juridique du bien conditionne la totalité du raisonnement fiscal qui suivra. Trois configurations se rencontrent le plus souvent en cabinet.

Donation entre vifs

La donation entre vifs est un acte par lequel le donateur se dépouille, de son vivant et à titre gratuit, d'un bien au profit du donataire. Elle suppose la capacité de donner (sain d'esprit) et la capacité de recevoir.

Pour faire une donation entre vifs ou un testament, il faut être sain d'esprit.
Article 901 du Code civil

Dans cette hypothèse, la valeur retenue comme prix d'acquisition pour le calcul futur de la plus-value est celle qui figure dans l'acte notarié de donation et qui a servi d'assiette aux droits de mutation à titre gratuit.

Legs par testament et succession légale

Le bien reçu par voie de testament, ou par dévolution légale en l'absence de dispositions testamentaires, suit un raisonnement voisin. La valeur portée dans la déclaration de succession, retenue par le service de l'enregistrement pour le calcul des droits, devient le prix d'acquisition de référence.

Cette valeur doit refléter la valeur vénale au jour du décès. Une sous-évaluation initiale allège les droits de succession mais gonfle mécaniquement la plus-value au moment de la revente. L'arbitrage mérite d'être posé dès le règlement de la succession, pas au moment de vendre.

Démembrement et donation-partage

Les donations avec réserve d'usufruit et les donations-partages introduisent une couche de complexité supplémentaire. La valeur de la nue-propriété au jour de la donation diffère de celle de la pleine propriété au jour de la cession. Le calcul de la plus-value dépend alors de la nature du droit reçu, de l'extinction éventuelle de l'usufruit et de la quote-part cédée.

Déterminer la valeur d'acquisition retenue pour un bien reçu par donation ou testament

C'est le cœur du calcul, et la source la plus fréquente d'erreurs. La valeur d'acquisition retenue par l'administration fiscale n'est ni celle que le donateur avait payée lors de l'achat initial, ni le prix de marché actuel. C'est, en principe, la valeur déclarée dans l'acte de donation ou dans la déclaration de succession, celle qui a servi de base aux droits de mutation à titre gratuit.

Valeur retenue pour les droits de mutation à titre gratuit

Le Code général des impôts organise la perception des droits de donation sur la valeur des biens compris dans l'acte, en tenant compte des donations antérieures consenties par le même donateur au même bénéficiaire.

La perception est effectuée en ajoutant à la valeur des biens compris dans la donation ou la déclaration de succession celle des biens qui ont fait l'objet de donations antérieures, à l'exception de celles passées depuis plus de quinze ans.
Article 784 du Code général des impôts

Cette valeur, une fois figée dans l'acte, devient la référence pour le futur calcul de la plus-value. Elle est opposable au donataire comme à l'administration. D'où l'intérêt de ne pas minorer artificiellement la valeur au moment de la donation : une économie immédiate sur les droits peut se transformer en surcoût fiscal lors de la revente.

Cas particulier des donations rapprochées

Un régime particulier a historiquement visé les donations récentes. L'article 150 I du Code général des impôts, dans sa rédaction citée, prévoyait un mécanisme spécifique.

Lorsque le bien cédé provient d'une donation entre vifs remontant à moins de cinq ans, la plus-value est calculée à partir de la date et de la valeur de l'acquisition par le donateur.
Article 150 I du Code général des impôts

La rédaction et l'application de cette disposition ont connu des évolutions législatives, et le régime effectivement applicable à votre situation dépend de la date de la donation, de la nature du bien et des réformes intervenues depuis. Pour un bien immobilier reçu par donation récente, interrogez votre notaire sur la base de calcul retenue avant d'engager la vente : la différence peut être substantielle.

Frais et travaux à ajouter à la valeur d'acquisition

La valeur d'acquisition s'augmente de plusieurs postes qui, correctement documentés, réduisent la plus-value imposable : droits de mutation à titre gratuit effectivement acquittés, frais d'acte notarié supportés lors de la donation, dépenses de construction, de reconstruction, d'agrandissement ou d'amélioration réalisées depuis la donation et justifiées par facture.

Calculer la plus-value brute sur le bien reçu en donation

La formule générale est simple : plus-value brute = prix de cession, diminué de la valeur d'acquisition majorée des frais déductibles. La difficulté n'est pas dans la soustraction, elle est dans la qualité des deux termes de l'opération.

Le prix de cession est celui mentionné dans l'acte de vente, diminué des frais supportés par le vendeur (diagnostics obligatoires, mainlevée d'hypothèque, honoraires d'intermédiaire si à la charge du vendeur). Il peut, dans certains cas, être majoré de charges imposées à l'acquéreur.

Jurisprudence
La Cour de cassation a eu à connaître d'un litige dans lequel la plus-value retenue devait refléter la valeur marchande du bien à l'époque de la cession, à partir d'éléments d'évaluation spécifiques au bien considéré, et non d'une estimation générale non spécialisée. L'enseignement est net : la rigueur dans la détermination des valeurs d'entrée et de sortie protège contre un redressement.

Cour de cassation — 2021-06-10 — n° 19-25.037

Une erreur courante consiste à retenir, comme valeur d'acquisition, le prix historique payé par le donateur plutôt que la valeur portée dans l'acte de donation. Elle gonfle artificiellement la plus-value et conduit à payer un impôt supérieur à celui légalement dû. L'inverse (surestimer la valeur de donation) attire le redressement.

Appliquer les abattements pour durée de détention au bien reçu en donation

La plus-value brute n'est pas celle qui sera effectivement imposée. Elle subit d'abord un abattement progressif qui dépend de la durée de détention du bien. Pour les biens immobiliers et pour certaines valeurs mobilières, le mécanisme est codifié.

La plus-value brute réalisée sur les biens ou droits mentionnés aux articles 150 U, 150 UB et 150 UC est réduite d'un abattement fixé à 2 % pour chaque année de détention au-delà de la cinquième.
Article 150 VC du Code général des impôts

Le barème progresse ensuite selon un calendrier fixé par le texte, avec des taux distincts pour l'impôt sur le revenu et pour les prélèvements sociaux. L'exonération totale au titre de l'impôt sur le revenu intervient au terme d'un nombre d'années de détention fixé par la loi ; l'exonération au titre des prélèvements sociaux intervient plus tardivement.

La Cour de cassation a par ailleurs rappelé que les plus ou moins-values advenues après la donation ne doivent pas être prises en compte pour certaines opérations de masse successorale, mais entrent bien dans le calcul de la plus-value fiscale lors de la cession par le donataire (Cass., 11 septembre 2013, n° 12-17.277). Les deux logiques (civile et fiscale) coexistent sans se confondre.

Déclarer la plus-value et régler l'impôt dans les délais

Pour un bien immobilier reçu par donation ou succession, la plus-value est liquidée et acquittée par le notaire lors de la signature de l'acte authentique de vente. L'impôt est prélevé sur le prix et versé directement au Trésor public. Le notaire remet au vendeur un décompte détaillé.

Lisez ce décompte ligne à ligne. Vérifiez la valeur d'acquisition retenue, la durée de détention appliquée, le montant des frais déductibles pris en compte. Une rectification demandée avant la signature se traite en quelques jours ; après signature, elle devient une procédure contentieuse avec l'administration fiscale, plus longue et plus incertaine.

Pour les valeurs mobilières (titres, parts sociales, droits sociaux) reçus par donation ou testament, la déclaration intervient avec la déclaration annuelle des revenus. Le redevable mentionne la somme de l'ensemble des plus et moins-values réalisées au cours de l'année d'imposition sur une annexe dédiée. Les règles de report et de computation obéissent à des mécanismes spécifiques, à vérifier au cas par cas.

Anticiper le calcul de la plus-value par une stratégie de donation & protection

La meilleure gestion de la plus-value ne se fait pas au moment de la vente. Elle se prépare au moment de la donation. Quatre leviers structurent une stratégie de donation & protection patrimoniale efficace sur le long terme.

Le premier levier est l'évaluation initiale du bien. Une valeur réaliste au jour de la donation évite à la fois le risque de redressement pour sous-évaluation et le gonflement artificiel de la future plus-value. Le second levier est la rédaction précise de l'acte : nature du bien, démembrement éventuel, charges imposées au donataire. Chaque clause pèsera au moment de la revente.

Le troisième levier est la répartition de la charge fiscale entre les parties. La jurisprudence est claire sur ce point : l'impôt sur la plus-value acquitté lors de la revente d'un bien reçu en donation incombe au donataire-vendeur, et à lui seul, sauf stipulation contraire opposable.

Jurisprudence
Dans une affaire de donation-partage de la nue-propriété de biens immobiliers avec réserve d'usufruit par les parents, la Cour a jugé que les droits et prélèvements sociaux acquittés à l'occasion de la vente de tout ou partie des biens incombent exclusivement au donataire en qualité de vendeur.

Cour de cassation — 2018-11-07 — n° 17-26.149

Le quatrième levier est la coordination entre la donation et le testament. Un bien transmis par testament relève de la déclaration de succession ; un bien transmis en donation entre vifs relève de l'acte de donation. Les deux outils s'articulent mais ne se substituent pas, et le choix de l'un ou de l'autre, parfois des deux pour des biens distincts, se décide à la lumière de la fiscalité anticipée sur la revente.

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Rassembler l'acte de donation ou la déclaration de succession pour identifier la valeur d'acquisition retenue.
  • Reconstituer la liste des travaux réalisés depuis la donation, avec les factures justificatives.
  • Calculer la durée de détention à partir de la date de la donation, pas de l'acquisition initiale.
  • Demander au notaire chargé de la vente un décompte prévisionnel de la plus-value avant signature du compromis.
  • Faire valider ce décompte par un avocat fiscaliste si le montant dépasse 50 000 euros ou si le bien a été reçu en donation-partage.

Questions fréquentes

  • La plus-value sur un bien reçu en donation est-elle calculée sur le prix payé par le donateur ?

    Non, pas en principe. La valeur d'acquisition retenue pour le calcul de la plus-value est celle qui figure dans l'acte de donation et qui a servi d'assiette aux droits de mutation à titre gratuit, pas le prix historique payé par le donateur. Un régime particulier a historiquement visé les donations récentes, et le régime applicable à votre situation dépend de la date de la donation, de la nature du bien et des réformes législatives intervenues. Faites vérifier la base de calcul retenue par votre notaire avant toute vente.

  • La durée de détention se compte-t-elle depuis l'achat par le donateur ou depuis la donation ?

    Depuis la donation. Le point de départ du décompte des années de détention, utilisé pour appliquer les abattements de l'article 150 VC du Code général des impôts, est la date à laquelle vous avez reçu le bien, pas la date à laquelle le donateur l'avait lui-même acquis. L'erreur sur ce point est l'une des plus coûteuses dans les dossiers de plus-value sur bien donné : un bien détenu quinze ans par le donateur mais reçu depuis trois ans ne bénéficie que de trois années de détention pour l'application des abattements.

  • Qui doit payer l'impôt sur la plus-value d'un bien reçu en donation-partage ?

    Le donataire-vendeur, en principe seul. La Cour de cassation a jugé, dans un arrêt du 7 novembre 2018 (n° 17-26.149), que les droits et prélèvements sociaux acquittés à l'occasion de la vente d'un bien reçu en donation-partage incombent exclusivement au donataire en qualité de vendeur. Cette règle s'applique sauf stipulation contraire opposable prévue dans l'acte de donation ou dans une convention entre héritiers. Vérifiez la rédaction de votre acte avant de supposer que la charge sera partagée.

  • Les travaux réalisés sur le bien reçu en donation réduisent-ils la plus-value ?

    Oui, à condition d'être justifiés. Les dépenses de construction, de reconstruction, d'agrandissement ou d'amélioration réalisées depuis la donation s'ajoutent à la valeur d'acquisition et réduisent d'autant la plus-value imposable. Elles doivent être appuyées par des factures d'entreprises établies à votre nom. Les travaux réalisés par vous-même ou payés en espèces sans facture ne sont pas déductibles. Classez systématiquement les factures dans un dossier dédié dès la réalisation des travaux ; les reconstituer dix ans plus tard est, en pratique, très difficile.

  • Faut-il déclarer la plus-value si le bien est reçu par testament ?

    Oui, dans les mêmes conditions qu'un bien reçu par donation entre vifs. Pour un bien immobilier, le notaire liquide la plus-value lors de l'acte de vente et verse l'impôt directement au Trésor public. Pour des valeurs mobilières reçues par testament, la déclaration intervient avec la déclaration annuelle de revenus, sur une annexe dédiée aux plus-values. La valeur d'acquisition retenue est celle figurant dans la déclaration de succession déposée au décès du testateur et ayant servi de base aux droits de succession.