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Règlement de succession

Donation universelle au conjoint survivant : le guide pratique pour protéger votre époux

Par Maître Valérie Pons-Tomasello · Droit de la famille et des successions9 min de lecture
Sommaire

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La donation universelle au conjoint survivant répond à une crainte simple : que se passe-t-il pour votre époux ou votre épouse si vous mourez le premier ? La loi protège déjà le conjoint, mais souvent de façon insuffisante en présence d'enfants, et plus encore quand ces enfants sont issus d'une union précédente. Cette donation, aussi appelée donation au dernier vivant ou donation entre époux, élargit les droits du survivant au-delà du minimum légal.

Elle ne se confond ni avec un testament, ni avec le régime matrimonial de communauté universelle. C'est un acte notarié distinct, souple et peu coûteux, dont les effets se déclenchent uniquement au décès du premier époux. Son coût chez le notaire reste modique, mais ses conséquences sur la succession peuvent être considérables.

Ce guide vous présente la procédure pas à pas : choisir la forme adaptée, préparer les pièces, signer l'acte, l'enregistrer, puis anticiper les choix qui s'offriront au survivant. Comptez une à trois semaines entre la prise de rendez-vous chez le notaire et la signature. La donation pourra ensuite être modifiée ou révoquée à tout moment par chaque époux, séparément et sans en informer l'autre.

  1. Étape 1 — Choisir le dispositif adapté

    Décider entre donation entre époux, testament en faveur du conjoint ou changement de régime matrimonial, selon votre configuration familiale et patrimoniale.

  2. Étape 2 — Préparer les pièces avec le notaire

    Rassembler livret de famille, contrat de mariage éventuel, pièces d'identité, et faire le point sur les enfants communs ou issus d'autres unions.

  3. Étape 3 — Signer l'acte notarié

    Rendez-vous individuel ou commun chez le notaire pour la lecture et la signature. Compter environ 115 € d'émoluments par acte.

  4. Étape 4 — Enregistrement et conservation

    Inscription au fichier central des dispositions de dernières volontés et conservation de la minute en l'étude notariale.

  5. Étape 5 — Révision périodique

    Relire la donation tous les cinq à dix ans ou après tout événement familial majeur : naissance, divorce, remariage, décès d'un enfant.

Choisir la forme adaptée de la donation universelle au conjoint survivant

Avant de prendre rendez-vous chez le notaire, clarifiez ce que vous voulez transmettre et ce que vous cherchez à éviter. Trois dispositifs portent souvent le même nom dans le langage courant alors qu'ils produisent des effets juridiques très différents.

La donation au dernier vivant est un acte notarié qui augmente la part dévolue au conjoint au décès. Elle ne transfère rien du vivant du donateur et reste révocable unilatéralement. La communauté universelle avec clause d'attribution intégrale, elle, n'est pas une donation : c'est un régime matrimonial qui fait passer la totalité de la communauté au survivant hors succession.

La Cour de cassation a nettement tranché cette distinction. Elle juge qu'une clause d'attribution intégrale au conjoint survivant insérée dans un contrat de mariage n'est pas une libéralité mais une convention matrimoniale, ce qui en modifie profondément le régime juridique et fiscal.

Jurisprudence
La clause d'attribution intégrale au conjoint survivant stipulée dans un contrat de communauté universelle ne constitue pas une libéralité mais une convention de mariage, ce qui exclut l'application des règles relatives aux donations et au calcul des droits successoraux du conjoint.

Cour de cassation — 2015-09-23 — n° 14-18.131

Donation au dernier vivant ou testament : quelle différence pour la protection du conjoint

Un testament en faveur du conjoint produit un effet proche sur plusieurs aspects, mais la donation entre époux présente deux atouts décisifs. Elle est connue des deux époux, qui l'établissent souvent réciproquement le même jour. Elle offre surtout un cadre technique précis : trois quotités que le survivant choisira après le décès, en connaissance de sa situation réelle.

Le testament, lui, fige une attribution. Si votre situation évolue, il faut le rédiger à nouveau. Les deux outils peuvent se cumuler : la donation au dernier vivant pour les droits successoraux, le testament pour désigner un exécuteur testamentaire ou organiser des legs particuliers.

Préparer la donation au dernier vivant avec votre notaire

La préparation prend rarement plus d'une heure, mais elle conditionne la qualité de l'acte. Avant le rendez-vous, rassemblez votre livret de famille, votre contrat de mariage si vous en avez un, vos pièces d'identité et un relevé de patrimoine sommaire. Pensez à mentionner les éventuels enfants nés hors mariage, car leur existence modifie le calcul des quotités disponibles.

Le notaire vérifiera deux conditions de fond. D'abord, votre capacité à donner : la loi exige que le disposant soit sain d'esprit au moment de l'acte. Ensuite, la capacité à recevoir du bénéficiaire, qui ne pose pas de difficulté entre époux vivants.

Pour faire une donation entre vifs ou un testament, il faut être sain d'esprit.
Article 901 du Code civil

Cette exigence prend toute son importance quand la donation est consentie à un âge avancé ou après un diagnostic de pathologie neurologique. Un acte signé par une personne dont l'altération mentale est démontrée est annulable. Le notaire sera particulièrement vigilant et pourra demander un certificat médical en cas de doute.

La capacité du bénéficiaire à recevoir est posée par l'article 906 du Code civil, qui règle notamment le sort des enfants simplement conçus. Entre époux déjà mariés et majeurs, la question ne se pose pas en pratique, mais elle peut jouer pour les clauses secondaires qui désignent des petits-enfants à défaut.

Signer l'acte de donation entre époux devant notaire

La donation au dernier vivant est obligatoirement reçue par acte authentique. Contrairement à un testament qui peut être olographe, elle ne peut pas être rédigée sur papier libre à la maison. L'intervention du notaire garantit la lecture, le conseil et la conservation de l'acte.

La signature peut avoir lieu en un seul rendez-vous commun ou en deux rendez-vous séparés quand les époux souhaitent préserver la confidentialité de leurs dispositions respectives. Chaque donation est en effet un acte unilatéral, même quand les deux époux la signent le même jour. L'un peut donner plus que l'autre, ou dans des conditions différentes.

Les émoluments du notaire sont fixés par le tarif réglementé. Pour une donation entre époux pendant le mariage, le barème des actes notariés prévoit un émolument forfaitaire modique.

Les actes relatifs aux donations entre époux donnent lieu à la perception des émoluments suivants : Donation entre époux, pendant le mariage : 113,20 €. Révocation de donation entre époux, de testament, de mandat ou de substitution : 26,41 €.
Article A444-69 du Code de commerce

À cet émolument s'ajoutent les frais d'enregistrement, les débours (formalités au fichier central) et la TVA. En pratique, prévoyez un budget total de l'ordre de 130 € à 200 € par époux donateur. C'est l'un des actes notariés les moins coûteux du droit patrimonial.

Enregistrer et conserver la donation universelle au conjoint survivant

L'acte signé reste conservé en original (la « minute ») à l'étude du notaire. Chaque époux repart avec une copie exécutoire ou une copie authentique selon le cas. Mais la véritable garantie de retrouver l'acte au décès réside ailleurs : dans l'inscription au fichier central des dispositions de dernières volontés, géré par le notariat.

Cette inscription est automatique quand l'acte est reçu par un notaire. Elle permet, au décès, à n'importe quel notaire chargé du règlement de la succession d'interroger le fichier et d'identifier l'existence d'une donation entre époux, même si les proches en ignoraient l'existence.

Sur le plan fiscal, les donations entre époux figurent dans la liste des actes dont l'enregistrement est régi par le Code général des impôts. Elles ne génèrent pas de droits de donation à payer de votre vivant, puisque la donation ne prend effet qu'au décès.

Figurent parmi les actes soumis à enregistrement : testaments et codicilles ; donations entre époux ; actes d'option par le conjoint survivant.
Article 60 du Code général des impôts

Anticiper les options du conjoint survivant au moment du décès

La donation entre époux offre au survivant un choix entre plusieurs quotités. Ce choix s'exerce après le décès, en pleine connaissance de la composition du patrimoine, de la configuration familiale et des besoins propres du survivant. C'est cette souplesse qui fait la supériorité de la donation sur un testament figé.

Les trois quotités de protection offertes au conjoint survivant

Le survivant peut opter pour la totalité en usufruit. Il conserve alors l'usage et les revenus de l'intégralité du patrimoine ; les enfants n'héritent qu'en nue-propriété et devront attendre son décès pour disposer pleinement des biens. Cette option convient quand les enfants sont tous issus du couple et que la stabilité du cadre de vie du survivant prime.

Il peut aussi opter pour un quart en pleine propriété et trois quarts en usufruit. Cette formule mixte lui donne une liberté immédiate sur une partie du patrimoine (par exemple pour vendre un bien) tout en préservant l'essentiel en usufruit.

La troisième option est la quotité disponible ordinaire en pleine propriété, qui varie selon le nombre d'enfants : la moitié avec un enfant, le tiers avec deux, le quart avec trois ou plus. Cette option est privilégiée en présence d'enfants d'un premier lit, car l'usufruit sur un bien en indivision avec des beaux-enfants devient vite source de conflit.

La Cour de cassation a précisé que la quotité disponible spéciale entre époux a un champ d'application défini par la loi. Elle ne joue pas pour certains droits particuliers comme les droits d'auteur, qui obéissent à la quotité disponible ordinaire des articles 913 et suivants du Code civil.

Jurisprudence
La quotité disponible spéciale au profit du conjoint survivant prévue à l'article 1094-1 du Code civil ne s'applique pas aux droits d'auteur, soumis à la seule quotité disponible ordinaire des articles 913 et suivants.

Cour de cassation — 2015-07-08 — n° 14-18.850

En famille recomposée, l'usufruit sur un bien en indivision avec des beaux-enfants devient vite source de conflit. La quotité disponible en pleine propriété évite ce piège.

Modifier ou révoquer la donation universelle au conjoint survivant

La donation entre époux consentie pendant le mariage présente une particularité notable : elle est librement et unilatéralement révocable par le donateur, à tout moment, sans avoir à motiver sa décision ni à en informer son conjoint. Cette révocabilité la distingue radicalement d'une donation ordinaire, en principe irrévocable.

La révocation prend la forme d'un acte notarié distinct, dont le tarif est modique. Le notaire ne notifiera pas le conjoint sauf instruction expresse. L'acte révoqué perd son effet sans autre formalité, et il devient prudent d'en établir un nouveau si vous souhaitez redéfinir la protection accordée.

La révocation peut aussi résulter d'un acte postérieur contraire : un nouveau testament ou une nouvelle donation entre époux qui contredit la précédente l'annule tacitement sur les points incompatibles. Pour éviter toute incertitude, préférez une révocation expresse avant d'établir un nouvel acte.

Le divorce entraîne la caducité automatique de la donation entre époux consentie pendant le mariage, sauf volonté contraire exprimée par le donateur dans la convention de divorce. Un remariage ultérieur ne la ressuscite pas : il faudra un nouvel acte.

Ce qu'il faut faire maintenant

  • Faire le point sur votre régime matrimonial et vos héritiers avant toute démarche notariale.
  • Comparer les trois quotités offertes par la donation au dernier vivant à votre configuration familiale.
  • Prendre rendez-vous avec un notaire pour établir, mettre à jour ou simplement vérifier l'acte.
  • Conserver votre copie de l'acte et vérifier son inscription au fichier central des dispositions de dernières volontés.
  • Revoir la donation tous les cinq à dix ans ou après tout changement familial majeur (naissance, divorce, remariage).

Questions fréquentes

  • Combien coûte une donation au dernier vivant chez le notaire ?

    L'émolument fixé par le tarif réglementé des notaires s'élève à 113,20 € pour une donation entre époux signée pendant le mariage, selon l'article A444-69 du Code de commerce. À ce tarif s'ajoutent les frais d'enregistrement, les débours (inscription au fichier central des dispositions de dernières volontés) et la TVA. En pratique, prévoyez un budget total compris entre 130 € et 200 € par époux donateur. Ce coût est l'un des plus faibles du droit patrimonial notarial, à mettre en regard des conséquences protectrices de l'acte au décès.

  • La donation universelle au conjoint survivant est-elle imposable aux droits de donation ?

    Non, pas au moment de la signature. La donation entre époux ne transfère rien du vivant du donateur : elle prend effet uniquement au décès. Elle est donc fiscalement neutre à l'établissement. Au décès, les biens transmis au conjoint survivant bénéficient en principe d'une exonération totale de droits de succession entre époux et partenaires pacsés, en application du droit fiscal des successions. L'acte lui-même est soumis à enregistrement en vertu de l'article 60 du Code général des impôts, mais sans droit proportionnel à payer.

  • Peut-on révoquer la donation sans en informer son conjoint ?

    Oui. La donation entre époux consentie pendant le mariage est librement et unilatéralement révocable par le donateur, à tout moment, sans motif à fournir et sans obligation d'information de l'autre conjoint. La révocation prend la forme d'un acte notarié distinct, dont le tarif est de 26,41 € selon l'article A444-69 du Code de commerce. Cette discrétion est une protection juridique, mais aussi un piège familial : un conjoint qui se croit protégé peut l'ignorer. Avant de révoquer, pesez l'opportunité d'une discussion ouverte.

  • Que devient la donation au dernier vivant en cas de divorce ?

    La donation entre époux consentie pendant le mariage devient caduque de plein droit en cas de divorce, sauf volonté contraire expressément exprimée par le donateur dans la convention de divorce ou le jugement. Il n'est donc pas nécessaire d'effectuer une démarche de révocation après un divorce prononcé : l'acte perd son effet automatiquement. En revanche, un remariage ultérieur ne la ressuscite pas. Si vous souhaitez protéger un nouveau conjoint, il faut établir une nouvelle donation chez le notaire après la seconde célébration.

  • La donation au conjoint survivant prime-t-elle sur un testament antérieur ?

    Les deux outils peuvent coexister tant qu'ils ne se contredisent pas. Lorsqu'une donation au dernier vivant postérieure contredit un testament antérieur sur la même disposition, elle le révoque tacitement sur les points incompatibles. L'inverse est aussi vrai : un testament postérieur peut révoquer tacitement une donation antérieure. Pour éviter toute incertitude et toute contestation au décès, préférez une révocation expresse avant d'établir un nouvel acte, et demandez à votre notaire de vérifier la cohérence de l'ensemble de vos dispositions de dernières volontés.